Ouverture de la table ronde sur le thème de la lutte contre le trafic et le braconnage des espèces menacées

Messieurs les Présidents,

Je veux d’abord vous exprimer toute ma gratitude pour être venus participer à cet évènement, car c’en est un, à côté du Sommet que nous allons ouvrir demain pour la sécurité et la paix en Afrique. Cet évènement va permettre d’alerter la communauté internationale sur les dangers, les risques, les menaces du braconnage, du trafic d’espèces menacées.

Nous sommes d’ailleurs, au cœur de nos discussions car si on songe à ce que représente ce trafic, à ses conséquences, nous sommes pleinement dans la prévention et la lutte pour assurer, à l’Afrique, sa sécurité. C’est pourquoi je voulais être présent avec vous pour le lancement de cette initiative : alerter, convaincre, agir.

La lutte contre le braconnage, le trafic d’espèces menacées, ce sont les Etats africains qui la mènent. Je veux saluer tous leurs efforts, parce que ce sont vos populations qui souffrent directement de ces trafics, c’est votre environnement qui peut gravement être altéré. C’est le patrimoine commun de l’humanité que vous protégez à travers votre combat.

Pourtant, il y a des règles, il y a des conventions internationales. Il y a des lois nationales. Nous devons donc agir. La France veut prendre pleinement sa part dans le combat qui est le vôtre et qui est le nôtre.

Je remercie le ministre, Philippe MARTIN, ministre de l’Ecologie, d’avoir préparé cette manifestation et Nicolas HULOT, qui est notre envoyé spécial pour la protection de la planète, de s’être personnellement impliqué dans son organisation. Je sais qu’il a été visité un certain nombre de pays et qu’il a eu, avec vous, des échanges qui ont été précieux pour préparer cette rencontre.

Je veux donner quelques chiffres qui sont assez mal connus de nos propres concitoyens.

Le braconnage et le trafic d’espèces menacées représente 20 milliards de dollars. C’est considérable. Le braconnage a pris ces dernières années une telle ampleur qu’il menace maintenant la survie de nombreuses espèces. Selon les informations les plus sûres, l’Afrique pourrait perdre 1/5ème de ses éléphants dans les 10 prochaines années. Si le braconnage se poursuivait au rythme que nous connaissons, alors il y aurait des extinctions locales à prévoir, notamment en Afrique centrale.

Cela veut dire que notre génération pourrait être celle qui aurait vu disparaitre les animaux parmi les plus emblématiques de l’Afrique, les rhinocéros, les éléphants, les hippopotames, les grands singes et même les gazelles. Nous sommes devant une menace qui concerne l’Afrique mais qui concerne l’ensemble de la planète.

L’enjeu est triple. C’est un enjeu de souveraineté, parce que ces trafiquants, ces bandes armées vivent au mépris des règles internationales, mais aussi des lois intérieures, et menacent donc la sécurité des Etats.

Le deuxième enjeu est un enjeu de sûreté, précisément parce que les populations qui sont concernées, celles qui vivent auprès des espèces menacées, sont également agressées par les bandes de braconniers, qui utilisent même des poisons pour prendre l’ivoire des défenses des éléphants ou des cornes de rhinocéros en faisant peser des risques sur la santé des populations environnantes. .

Enfin, c’est un enjeu économique parce que le respect des règles qui sont applicables aux aires protégées, c’est la condition pour qu’elles soient pérennisées. Si nous voulons qu’il y ait un tourisme qui puisse être encore plus important qu’il ne l’est aujourd’hui en Afrique et notamment dans les zones concernées, il faut que nous mettions fin à ces trafics et à ce braconnage.

Dois-je insister sur l’enjeu écologique, tellement il est évident ! La disparition des espèces animales menace l’homme lui-même. Ainsi, je ne suis pas spécialiste, mais je crois que les preuves sont maintenant devant nous que la présence de l’éléphant de forêt crée des corridors à travers les forêts denses du bassin du Congo, ce qui profite à de nombreuses espèces animales qui y trouvent les conditions favorables à leur épanouissement. Si ces animaux disparaissent, ces corridors ne se feront plus et c’est tout un écosystème qui disparaitra.

Pour toutes ces raisons, la France a décidé, avec vous, d’agir.

J’ai d’abord demandé que soit renforcé le dispositif de lutte contre le braconnage, avec des amendes en cas d’infraction qui seront décuplées - je dis bien décuplées – pour que ce ne soit pas un acte anodin que d’acheter de l’ivoire par exemple, que ce soit clairement un acte qui puisse être puni, parce que c’est du recel, que les gains générés par le braconnage puissent être menacés par l’importance des amendes.

J’ai également demandé à la ministre de la Justice, Christiane TAUBIRA, d’envoyer dans les jours qui viennent, à la suite de notre réunion, une circulaire pénale relative à la lutte contre les espèces menacées, au trafic contre les espèces menacées. Il y aura des saisies beaucoup plus importantes qu’aujourd’hui qui pourront avoir lieu grâce à cette mobilisation. Il s’agit d’identifier les trafiquants, de retrouver la trace de leur forfait et de pouvoir gérer et détruire les stocks d’ivoire saisis.

Au moment même où nous parlons, avec le ministre de l’Ecologie, nous avons décidé qu’il y aurait une destruction des stocks d’ivoire qui ont été saisis par la police ces dernières années. Ces mesures pourront permettre à l’Europe d’être également en avance sur la lutte contre ces trafiquants. Je veux que la France puisse être un exemple pour l’ensemble des pays européens.

Vous, en Afrique, vous avez été capables de prendre vos responsabilités. Le Sommet qui s’est tenu à Gaborone au Botswana, a marqué des avancées significatives.

Les Nations Unies, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, annoncent ou préparent de nouvelles initiatives aussi importantes que celles que la France a pu prendre.

La France elle-même, proposera à ses partenaires de renforcer l’Office des Nations Unies chargé de la lutte contre la drogue et le crime pour l’élargir au trafic des espèces menacées. Il y aura un projet de résolution dans ce sens qui sera présenté à la Conférence des Nations Unies de février 2014.

Par ailleurs, la France – et j’en parlerai également demain – via l’Agence française de développement, va soutenir près de 40 projets intégrés d’aménagement et de développement pour protéger les territoires et ainsi contribuer à lutter contre le braconnage des éléphants et des espèces menacées.

Je sais que les organisations non gouvernementales sont très mobilisées et peuvent être des soutiens précieux de l’action que nous pouvons engager au niveau des Etats. Je veux leur accorder de nouvelles facilités de financement pour que ces organisations puissent elles-mêmes agir et dissuader.

Enfin, nous aurons à mener, entre les Etats concernés, une coopération douanière et une harmonisation des dispositions pénales qui nous permettront d’être beaucoup plus efficaces.

Voilà, Messieurs les Présidents, ce que j’étais venu vous dire ici, l’engagement de la France, la volonté d’agir avec vous et aussi d’en appeler à la conscience des pays consommateurs. Ce sont des pays amis, ce sont des pays alliés, ce sont des pays pour lesquels nous avons grand respect. Nous devons les informer de cette réalité, les alerter sur la conséquence de consommations qui n’ont plus lieu d’être. Il nous faut les informer sur les conséquences de leurs actes. Je sais que ces populations et ces pays nous comprendront.

Je voulais ici rappeler l’engagement de la France, la mobilisation de l’Afrique et, j’en suis sûr, en appeler à la conscience des pays consommateurs.

Il est temps, il est plus que temps d’intervenir. Je crois que c’est ensemble, pays africains, pays européens, pays asiatiques et bien sûr américains, que nous pourrons, tous mobilisés, enrayer ce fléau et dire avec fierté dans quelques années que nous avons permis à nos enfants, ou à nos petits-enfants, de pouvoir toujours connaitre des éléphants, des rhinocéros, des gazelles et même des tortues.

Merci.

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