Intervention lors de la clôture du Forum économique franco-tunisien

La France sait toujours se faire attendre. Je ne demande pas plus de lumière, ni plus de son, simplement votre attention – en vous remerciant encore pour votre accueil ! Je salue cette initiative qui a été prise par l’Union tunisienne du travail, de l’industrie, du commerce et de l’artisanat et par le MEDEF, qui nous permet membres du Gouvernement français, membres du Gouvernement tunisien, chefs d’entreprise de définir le cadre de ce que peut être une nouvelle coopération.

 

Je veux saluer la Présidente de l’UTICA, parce qu’elle est la première femme qui a été élue à la tête d’une organisation patronale dans le monde arabe, prouvant une nouvelle fois que la Tunisie est d’avant-garde. En outre, vous venez d’obtenir un prix prestigieux – le Women Business Award – qui a été décerné par les pays participant au partenariat de Deauville et qui est quasiment, on peut le dire, le prix Nobel du patronat. Je veux saluer, une nouvelle fois, le président de la République tunisienne, mon ami Moncef MARZOUKI. Parce que l’accueil qui m’est fait pour cette visite d’Etat situe la responsabilité de nos deux pays dans cette période que nous traversons, mais surtout le niveau de notre amitié. C’est dû à l’Histoire, à la réalité humaine mais aussi à la qualité des relations personnelles que nous pouvons tisser entre chefs d’Etat et ministres de nos deux gouvernements.

 

Je l’évoquais, la Tunisie vit un moment historique et les entreprises ont aussi un rôle à jouer pour que votre pays réussisse pleinement sa transition démocratique. Moncef MARZOUKI l’évoquait : une révolution produit, à la fois, de l’espoir, parfois de l’inquiétude, mais elle ne peut réussir que si parallèlement le développement économique connait une nouvelle accélération. Il ne peut y avoir de transition démocratique que s’il y a une mobilisation de l’ensemble des forces qui font la production d’un pays. En servant l’économie tunisienne, vous servez la transition démocratique. De la même manière, les entreprises françaises qui viennent depuis longtemps ici en Tunisie, investir, créer de l’activité, vont chercher, non seulement – et c’est bien légitime – un retour de leur investissement, ce qu’on appelle un profit, mais également vont rendre service à la Tunisie toute entière. Non pas qu’il y ait une volonté morale – parfois l’économie et la morale ne font pas bon ménage – mais au moins ce que nous pouvons retrouver là, c’est une conception de l’entreprise citoyenne au service du développement d’un pays ami.

 

La Tunisie peut compter sur le soutien de la France. Mon pays est le premier bailleur d’aide publique pour le développement pour la Tunisie qui, à travers tous ses instruments, arrive à mobiliser des centaines de millions d’euros : 500 millions d’€ pour la période 2013/2014. Au-delà des chiffres, ses projets sont considérables pour la Tunisie. C’est la mise en place du réseau ferroviaire du Grand Tunis, dont les protocoles financiers sont signés aujourd’hui même. Ce sont également des projets agricoles, des projets urbains. La France est prête à poursuivre non seulement son aide mais à la transformer, j’en ai fait l’annonce devant l’Assemblée constituante ce matin. Je l’avais dit, dès hier, au Président MARZOUKI ainsi qu’au Premier ministre. La France va réaliser une conversion de dette pour des projets d’investissements, c’est-à-dire permettre qu’une créance se transforme en activité économique. La France est le premier fournisseur de la Tunisie – pour près de 4 milliards d’euros. Mais ce qui est aussi très important, c’est que la France est le premier client de la Tunisie – pour un montant comparable. Le marché français absorbe un tiers des exportations de la Tunisie. Quand votre économie est dynamique, la nôtre se trouve confortée et réciproquement. C’est vrai, qu’en ce moment, il y a une récession en Europe et que cela peut altérer vos capacités de développement. Néanmoins, malgré ce qui s’est produit dans l’année 2012 avec les incertitudes qu’engendre nécessairement une révolution, je note que la croissance tunisienne a été supérieure à 3 % l’année dernière. Il y a ici une dynamique qui ne demande qu’à être encouragée. La France veut être le premier investisseur en Tunisie. Il y a déjà plus de 1350 entreprises qui sont présentes, employant 125 000 personnes. Nous pouvions avoir la crainte, cela peut arriver quand il y a des doutes sur un système politique, que les entreprises françaises se rétractent dans leur choix d’investissement. Cela a été tout l’inverse, elles se sont non seulement maintenues, ici sur leur marché, mais elles ont encore augmenté leur participation. Je veux en citer quelques exemples : des grands groupes comme BIC et AUCHAN sont venus renforcer leur présence en Tunisie ; une entreprise bancaire, CIC, est venue mettre sa participation dans la Banque de Tunisie ; SOFIPROTEOL vient d’ouvrir, dans le domaine agricole, une nouvelle usine dans la région de Testour avec un lien qui a été voulu par ses dirigeants avec des éleveurs tunisiens. C’est vrai pour les grands groupes, c’est vrai aussi pour les PME. Je veux saluer justement cette particularité qui est que beaucoup de PME françaises sont présentes sur le marché tunisien. Cela veut dire que vous leur avez fait le meilleur accueil. 80% des entreprises installées en Tunisie sont des PME. Il y a eu ce lien entre PME françaises et PME tunisiennes. Notre coopération est dynamique dans de nombreux secteurs souvent traditionnels : les équipements électroniques, l’aéronautique. Nous avons encore signé un marché, hier, avec l’achat de plusieurs avions Airbus. Ce que je veux, à travers la nouvelle période qui s’ouvre, c’est que nous puissions offrir de nouveaux domaines de coopération, de partenariats, d’investissements.

 

Premier domaine, la filière agricole et agroalimentaire. Une convention de partenariat, entre les ministres français et tunisiens de l’Agriculture, a été signée hier permettant de structurer des filières d’avenir comme le lait, l’huile d’olive et les céréales. Il s’agit, aussi bien pour la France que pour la Tunisie, de monter en gamme comme l’on dit. Cela vaut aussi pour l’agriculture et l’industrie agroalimentaire. Deuxième domaine, l’alliance numérique, c’est-à-dire les nouvelles technologies. Il y a eu, là-aussi, un partenariat exceptionnel entre entreprises françaises et entreprises tunisiennes avec des prolongements commerciaux permettant la colocalisation, car nous savons bien, parlons franchement, qu’il y a toujours un risque en ces domaines du numérique, des centres d’appels ; que ce qui est installé en Tunisie pourrait être défavorable à l’emploi en France. Justement, ce type de convention permet de rassurer, les uns et les autres, pour que ce qui se fait en Tunisie soit favorable à l’activité en France et que nous ne nous mettions pas à nous concurrencer inutilement. Créer de l’emploi et en France et en Tunisie dans le secteur des nouvelles technologies, c’est possible justement à travers un réseau de PME et de start-up que nous avons réussi à fédérer. Troisième domaine, les énergies renouvelables. Le président de la République tunisienne me disait : c’est l’avenir de la Tunisie. Depuis deux ans, le Gouvernement français a dégagé plusieurs millions d’euros pour monter des projets dans le solaire et dans l’éolien en Tunisie avec des villages qui vont être dotés des dernières technologies, dans le domaine notamment photovoltaïque ou des énergies marines. Là-aussi, ce que nous ferons pour la Tunisie sera utile pour la France, notamment dans la perspective de la transition énergétique, avec la montée des énergies renouvelables, avec des technologies nouvelles qui feront que le prix de ces énergies baissera. Car nous savons bien que le prix des énergies fossiles va augmenter et que nous pourrons ainsi permettre cette substitution, utile pour l’environnement, utile pour l’emploi. De nombreux chefs d’entreprise m’accompagnent et je veux les en remercier. Ils m’accompagnent pas simplement pour me faire plaisir, cela peut arriver, mais ils m’accompagnent parce qu’ils ont compris qu’ils avaient de nombreux projets à bâtir avec la Tunisie, des contacts utiles grâce à votre forum avec des industriels et des entrepreneurs tunisiens. Il y a des alliances à nouer. Je pense à la réalisation de grands travaux, à ce qui va se faire pour le port de Rades, pour les stations d’épuration d’eaux de traitement de déchets de nombreuses villes, pour des centrales électriques… Il y a également un consortium qui a été créé par la société Corail Rail, qui vient de remporter l’appel d’offres pour le réseau rapide de Tunis. Tout cela prouve que nous pouvons agir ensemble. J’ai également souhaité, cela a été exaucé, que les entreprises françaises et tunisiennes, qui sont fortes de leur complémentarité, puissent s’unir pour aller conquérir un certain nombre de marchés dans l’ensemble de la région. Par exemple, Schneider Electric apporte son soutien au premier groupe privé tunisien Poulina pour mettre en place un certain nombre de données. Plusieurs entreprises tunisiennes développeront leurs liens industriels avec de grandes sociétés françaises. C’est le cas de Telnet et de Sifax, qui se sont rapprochés d’Airbus et de Safran et d’Altran. Tout cela va dans le sens de cette complémentarité, de ce partenariat, de ce co-développement que je souhaitais. Les touristes français représentent un contingent, comme l’on dit, égal à l’ensemble des touristes britanniques, allemands et italiens réunis. La France a donc, depuis longtemps, en matière touristique, fait le choix de la Tunisie. Elle donne conseil aux voyageurs. Le ministre des Affaires étrangères les prodigue sur un site qui, paraît-il, est l’un des plus visités de France, peut-être même davantage que celui de l’Elysée ! Mais j’en comprends la raison, non pas parce qu’il annonce la météo mais parce que le site du ministère des Affaires étrangères renseigne tous les Français - et d’ailleurs, bon nombre d’Européens - qui s’interrogent sur leur lieu de vacances en terme de sécurité. Le site du ministère des Affaires étrangères signale que ce sont les régions touristiques de la Tunisie qui sont les plus sûrs du monde. J’encourage donc tous ceux qui, en France ou ailleurs, s’interrogent sur leur lieu de vacances à venir ici en Tunisie, comme je l’ai fait, même si ce n’était pas simplement pour des vacances. Mesdames et Messieurs, tout le sens de mon propos est à la fois économique et politique. Il est économique parce que la France a confiance dans la dynamique de croissance, ici, en Tunisie. Mon propos est économique, parce que nous avons à bâtir une coopération nouvelle, un partenariat exceptionnel. Il est économique parce que nous avons même à inventer des mécanismes et des dispositifs de co-développement. Il est économique, parce que je crois que c’est l’intérêt et de nos entreprises françaises et des entreprises tunisiennes d’avoir des alliances. Mais il est aussi politique, car si nous voulons que la révolution réussisse en Tunisie, si nous voulons que la transition démocratique puisse être accomplie, si nous voulons qu’il y ait un cadre stable, une sécurité pour les investissements mais aussi pour que les Tunisiens puissent vivre en liberté, alors nous devons tout faire pour que l’économie tunisienne puisse être encouragée, soutenue, stimulée. Vous avez souhaité mettre votre forum sous le slogan des opportunités. Mesdames et Messieurs, quand l’amitié rencontre l’opportunité ou les opportunités, cela s’appelle la confiance. Merci.

 

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