Intervention du président de la République lors de la réception pour les 130 ans de l'Alliance Française

Palais de l’Elysée - 16 juillet 2013 

Mesdames les ministres,

Monsieur le Président de l’Alliance française, cher Jean-Pierre de LAUNOIT

Mesdames, Messieurs les parlementaires,

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis en cet instant pour célébrer un anniversaire, le 130ème de l’Alliance française. Une longue et belle vie, qui n’est pas terminée.

D’abord une longue et belle histoire, une histoire qui, vous le savez, commence, comme toutes les grandes aventures humaines, par une rencontre. C’était boulevard Saint Germain le 21 juillet 1883. Nous nous en souvenons les uns et les autres, c’était donc hier. Il y avait le diplomate Paul Cambon - il faut toujours un diplomate, cela peut toujours servir - un géographe, Pierre Foncin - pour nous dire dans quel monde l’Alliance française allait se déployer - un ancien ministre - c’est toujours utile un ancien ministre - c’était Paul Bert et d’autres, venus de tous les horizons, de tous les courants de pensée. N’était absente, aucune forme de religion ou de philosophie.

Une histoire à laquelle se sont associés très vite des grands noms, scientifiques comme Louis PASTEUR, écrivains comme Jules Verne, philosophes comme Ernest Renan ou d’autres encore, à la carrière prestigieuse, comme Ferdinand de Lesseps ou Raymond Poincaré.

Voilà votre histoire. Elle est grande. Elle est majestueuse. Elle est prestigieuse.

L’Alliance française avait, dès l’origine, trois objectifs.

Le premier, c’était de s’appuyer sur toutes les forces vives de la société pour mettre en œuvre une politique culturelle à l’échelle du monde. L’objectif n’était pas mince. L’ambition était élevée. Et pourtant, vous avez rempli la mission avec une forme originale, une « libre association d’hommes libres », aujourd’hui vous dites « d’hommes et de femmes libres », indépendante de tous les pouvoirs.

Le deuxième objectif n’était pas moins prétentieux. Il s’agissait de confier le rayonnement de notre langue à tous ceux qui la parlaient et l’aimaient. C’était une déclaration d’amour, que l’Alliance française faisait à l’ensemble du monde. Ce principe reste inscrit dans les statuts des alliances françaises, des associations de droit local administrées par des amis de la France issus de tous les pays.

Le troisième objectif, c’était de contribuer à redonner confiance à notre pays, dans ses valeurs, dans ses principes, dans sa culture, dans sa langue. Cet objectif continue de valoir aujourd’hui, sans doute plus que jamais.

A chaque génération, il convient de rappeler le contrat, de le renouveler.

Le 60ème anniversaire de l’Alliance française avait été célébré dans la guerre, en 1943, à Alger. Le Général de GAULLE avait, alors, salué le rôle éminent de votre institution qui était de promouvoir, depuis son comité de Londres, les valeurs de la République et de la Résistance. Avec l’usage qu’il faisait de notre langue, un usage remarquable, il avait demandé à l’Alliance de ranimer la « flamme claire de la pensée française ». Ainsi, quand les Résistants chantaient en secret dans les vers d’Aragon, quand ils exprimaient leur passion pour une France meurtrie sous les traits d’un visage aimé, l’Alliance française était là, présente, dans le combat pour la liberté.

Le Général de GAULLE eut cette immense privilège d’être Président d’honneur de l’Alliance française pendant le temps de la guerre et aussitôt la libération venue, conquise, il redonna ses pouvoirs pour que l’Alliance française puisse retrouver son indépendance.

Le 100ème anniversaire fut célébré en 1983, par François Mitterrand. Il avait eu le sens de la formule en considérant qu’il n’y avait que le premier centenaire qui coutait. Je m’inscris dans cette perspective. Il avait souhaité pour l’Alliance des jours heureux, à la mesure de son passé glorieux. Il avait raison.

Votre institution, depuis 1983, n’a cessé de grandir : 900 implantations dans le monde, 137 pays, 500 000 élèves, étudiants, des milliers d’évènements artistiques et intellectuels organisés chaque année. Votre institution, l’Alliance, est en pleine expansion. Au-delà - des régions où son réseau est déjà organisé, structuré, vous avez pu ouvrir de nouvelles implantations en Arabie Saoudite, en Chine, en Russie, en Inde - où le festival « Bonjour India » connait un grand succès - en Australie aussi, où vous organisez un festival du cinéma français. Vous êtes présents partout dans le monde et notre langue avec vous.

L’Alliance française travaille avec tous les acteurs de la politique culturelle de la France à l’étranger - les ambassades et les consulats mais aussi l’Institut Français, dont je salue son Président, le jeune académicien, Xavier Darcos, car c’est bien que l’Académie permette à des jeunes comme Xavier DARCOS d’y rentrer. Quand on est touché par le vieillissement, accéder à l’Académie vous donne immédiatement une jouvence inespérée.

Je salue, au-delà de cette collaboration excellente qui existe entre les services et votre Alliance, tous les salariés, 12 000, tous les bénévoles, 8 000, qui œuvrent chaque jour pour la promotion de notre langue.

La mission de l’Alliance française, c’est, en effet en donnant des cours, en formant des professeurs, de faire vivre le français. Nous y sommes très attachés, la ministre de la Francophonie, mais également la ministre des Français qui vivent à l’étranger. Faire vivre notre langue – pas simplement pour les Français, mais pour tous ceux qui la parlent, la langue française, une langue difficile, même pour ceux qui prétendent la parler, j’allais dire, d’origine.

C’est une langue pleine de découvertes, il y a des mots que l’on apprend à connaitre, même au soir de la vie. Mon grand-père, qui était instituteur, avait une méthode pour apprendre le français. Il m’apprenait le dictionnaire : chaque jour que je passais avec lui, une page puis une autre. Je me suis arrêté en route. Il avait cette qualité, comme instituteur, de connaitre des mots que personne n’utilisait. Car la langue française est riche, elle est pleine de pièges aussi, notamment la grammaire. C’est une langue qui a la vertu de conférer néanmoins, malgré ses pièges et ses difficultés, plus de beauté à tout ce qu’elle désigne. Nous en avons fait don au monde ou plutôt le monde qui parle le français nous fait le plus beau présent qui soit. Ceux qui la parlent en sont les seuls propriétaires et ils sont de plus en plus nombreux dans cette indivision que nous avons proposée, 220 millions de personnes dont la moitié de jeunes. Avec la démographie, notamment sur le continent africain, nous avons bon espoir que d’ici 30, 40, 50 années… il y ait près d’1 milliard de locuteurs en français.

C’est une langue, la langue française, de l’émancipation. Apprendre le français, c’est pouvoir lire dans le texte la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, celle de 1948 aussi, découvrir également toutes les formes originales de culture. Aimé Césaire avait utilisé le français pour protester contre l’oppression d’une culture par une autre. Apprendre le français, c’est déchiffrer les langages de la liberté.

Le français, l’Alliance le promeut partout, dans les enceintes multilatérales - ce n’est pas toujours facile - et par commodité, certains pensent aussi par je ne sais quelle prétention qu’il est plus, disons poli, pour rester dans le domaine de la courtoisie, ou plus à la mode de parler une autre langue que le français.

Cette langue, vous faites en sorte qu’elle soit parlée partout et vous formez celles et ceux qui ont vocation à transmettre notre langue. On se bat pour une langue. C’est ce que vous faites dans l’Alliance. On ne se bat pas en défensif, on ne se bat pas contre, on se bat toujours pour partager. On se bat aussi pour la culture. La culture n’est pas une marchandise. Alors quand la culture est traitée comme telle, alors elle est menacée. C’est la raison pour laquelle la France, et pas seulement la France, l’Europe, se bat pour l’exception culturelle.

Permettre aux étudiants français de mieux connaître les langues étrangères fait partie des débats qui parfois animent le Parlement. Il est même question de faire apprendre, y compris ici en France, une langue étrangère ou d’exercer quelques cours en anglais - vous vous rendez compte - à des étudiants qui ne parlent pas encore le français. J’ai considéré que c’était une bonne méthode. Nous les faisons venir avec des cours qui sont professés dans leur langue pour mieux leur faire apprendre, ensuite, le français.

Nous avons la volonté, vous et nous, que la France puisse, à travers la francophonie, être plus grande encore et que le monde puisse être plus proche de nous.

En ouvrant ensemble la francophonie à tous les acteurs, nous luttons donc, au-delà de nous-mêmes, pour que le français puisse être une des langues du monde.

Je sais que c’est le travail que vous menez obstinément, l’Alliance, le dialogue des langues, des idées, des cultures.

Je pense au travail d’Oxmo Puccino, qui, lorsqu’il résidait à l’Alliance française de Bogota, a produit un album - que je n’ai pas écouté - où le rap français et la musique colombienne s’unissent. Formidable métissage !

Au concours international de la photographie qu’organise la Fondation Alliance française, il y a aussi de nouveaux talents qui permettent, grâce à cette langue, de faire valoir leur excellence. Aux festivals « Croisements », en Chine, vous permettez la découverte de nos artistes.

Je salue aussi le rôle qui est le vôtre dans le rapprochement entre la France et l’Afrique du Sud.

Je pourrais citer tant de pays. Les alliances restent le trait d’union. Même dans les pays où il y a du désordre, des conflits, des guerres, où se retrouver, si ce n’est à l’Alliance française pour avoir un lieu de sérénité, de concorde, de paix.

Je me souviens que dans les années de plomb à l’Est de l’Europe et hier, dans les « années de fer » en Amérique Latine, c’étaient les alliances françaises qui permettaient d’accueillir des intellectuels qui préparaient l’avenir de leur pays.

Aujourd’hui encore, dans ce qu’on appelle les pays du « printemps arabe », où vont les jeunes, où vont les femmes qui veulent défendre leurs droits, si ce n’est souvent dans les lieux de culture et notamment à l’Alliance française.

L’Alliance française n’est pas une organisation qui dépend de l’Etat. Cela n’a jamais été ainsi qu’elle a été conçue. L’Alliance française est libre et indépendante. En même temps, elle doit travailler avec les institutions, je l’évoquais.

Je souhaite que ce partenariat soit renforcé, pour que nous puissions, avec l’Institut français, avec nos ambassades, avec les ministères - et notamment celui de la Culture - porter une politique à l’échelle internationale.

Voilà ce que je voulais vous dire à l’occasion de votre anniversaire. Je ne sais pas quand seront fêtés les prochains, il faut des dates marquantes. Vous avez choisi de fêter les anniversaires de l’Alliance quasiment sous chaque président de la République et je souhaite donc que tous mes successeurs, pendant toutes ces années où vous continuerez à promouvoir la langue, soient à vos côtés. Je n’ai pas de doutes. Car ce qui fait la force de notre pays, c’est qu’au-delà des alternances, au-delà des majorités, au-delà des personnalités qui peuvent avoir la responsabilité de diriger notre grand pays, il y a toujours cette volonté de promouvoir la langue, la culture, la francophonie et donc la liberté.

Je me souviens de ce disait Léopold Sedar Senghor, quand il souhaitait qu’à travers notre langue « chacune de nos cultures se reconnaisse en naissant à l’universel ». Ici vous représentez tous les continents du monde et vous avez à travers la langue française, décidé de son caractère universel.  

Toute votre histoire, celle de l’Alliance, est celle de la France et celle de ses amis dans le monde. C’est une histoire d’une communauté vivante, vous en êtes la démonstration, qui a cette chance inouïe de ne pas connaitre l’usure le temps. Le vieillissement de l’âge vous est étranger comme l’essoufflement de l’esprit. Plus vous vivez longtemps, plus vous rajeunissez. C’est l’histoire, tout simplement, l’Alliance, d’une transmission entre les générations, entre les peuples, entre les cultures pour des valeurs, pour celles de la République.

C’est pourquoi j’exprime ma gratitude à l’Alliance française qui permet à notre langue d’être la seconde patrie de tous les hommes et de toutes les femmes libres.

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