Intervention du président de la République lors de la réception faite à l’occasion du calendrier lunaire

Mesdames, Messieurs, représentants la communauté asiatique de France,

Je vous souhaite la bienvenue et la bonne année. Je le fais ici, à l’Elysée en présence de Valérie, du ministre des Affaires étrangères, d’une ministre que vous connaissez bien, Fleur PELLERIN, de l’ancien Président du Sénat, M. PONCELET, et de beaucoup d’autres qui, ici, avec vous participent à l’animation de notre pays à travers un certain nombre de fêtes. Aujourd’hui, c’est la vôtre.

J’ai une pensée amicale à l’égard de tous les peuples au-delà de vous qui, en ce moment même, célèbrent cet évènement important en Asie.

En France, la fête du nouvel an du calendrier lunaire rappelle à beaucoup leurs origines, leurs histoires personnelles, la venue de leurs parents ou d’eux-mêmes, ici en France. Notre pays apparaissait à leurs yeux comme la terre de la liberté. Elle est aujourd’hui une terre familière. Voire même la terre à laquelle ils sont maintenant attachés comme citoyens français.

Cette fête est un moment important pour vous, mais c’est aussi un moment important pour notre pays. Je m’en rends compte en voyant la ferveur populaire qui accompagne les manifestations du Nouvel an.

Moi-même, j’avais eu la chance et l’honneur, l’année dernière, d’être accueilli. Je n’étais que candidat et j’avais pu rallumer le dragon. Vous avez vu où cela m’a conduit ? J’en affronte d’autres maintenant ! Moins amicaux parfois. Mais j’avais gardé de ce moment, Jean-Marie LE GUEN s’en souvient, un grand souvenir. Parce qu’il y avait tout au long de notre parcours, des dizaines de milliers de personnes qui se pressaient et qui, avec vous, fêtaient cet évènement. Beaucoup de Parisiens sont venus maintenant en fidèles – même plus en curieux ! – pour voir ce qui a été imaginé pour cette fête de nouvelle année.

Je veux ici, saluer cet évènement parce qu’il témoigne de l’ouverture, de la créativité, de l’inspiration des communautés asiatiques qui sont en France et qui contribuent incontestablement à la vie culturelle, mais aussi à la vie économique de notre pays. Et en pleine harmonie avec les principes et les valeurs de la société française. Cette communauté ou ces communautés sont pleinement intégrées dans la République.

Cette année, c’est le serpent. On me dit que c’est un animal sympathique. J’avais eu des doutes au regard de ma propre culture… Mais vous, vous savez que c’est un animal intelligent, peut-être plus docile qu’il y parait et surtout qui est propice nous dit-on, à la réflexion, à la sagesse, aux relations apaisées et constructives.

Nous avons besoin de tout cela, en ce moment : de la réflexion pour ne pas nous précipiter devant chaque évènement ; de la sagesse, il y a tant d’impétueux, qu’il faut les appeler souvent à la raison ; des relations apaisées et constructives, parce que nous avons besoin d’être ensemble, rassemblés.

La France est un grand pays quand ce pays sait ce qui l’unie au plus profond, notamment la préparation de son avenir. Voilà pourquoi toutes ces valeurs nous serons précieuses pour les rapports que nous devons établir entre la France et l’Asie.

Un nouveau cycle va s’engager entre la France et la Chine avec l’arrivée de nouveaux responsables dans nos deux pays et dans la continuité de liens historiques forts qui nous unissent. Nos relations, au-delà des majorités en France, se sont toujours confirmées entre nos deux pays.

Nous aurons l’occasion de nouveaux échanges et d’une nouvelle étape dans l’amitié entre la France et la Chine. C’est dans cet esprit que je me rendrai en Chine prochainement pour rencontrer M. Xi JINPING. Je serai accompagné de nombreux ministres, du ministre des Affaires étrangères.

Ma visite fera suite à plusieurs déplacements de membres du Gouvernement, puisque – outre Laurent FABIUS – Pierre MOSCOVICI, Nicole BRICQ, Mme Yamina BENGUIGUI se sont rendus en Chine. C’est vous dire si cette visite est importante !

Il y a quelques jours, j’étais en Inde. J’ai conscience que la Chine et l’Inde représentent des Etats-continents. D’abord par leur ampleur, par la population qui y vit. 20% de l’humanité pour la Chine, 17% pour l’Inde. C’est considérable.

Nous avons à établir des rapports qui doivent nous permettre de tirer le mieux de nos atouts respectifs, ce que nous avons à gagner ensemble et d’abord la croissance. Il ne faudrait pas que s’installe l’idée que la croissance serait en Asie et le chômage en Europe. Non, nous ne devons pas avoir du chômage en Asie, mais de la croissance partout.

Nous avons besoin de tous nos efforts. Nous avons besoin de pays émergents qui ont la capacité aujourd’hui de créer de la richesse et nous avons aussi besoin de pays européens qui prennent conscience de leur atout de leur savoir-faire, de leur expérience, de leur technologie pour aller chercher de nouveaux marchés, mais aussi accueillir des investisseurs et notamment de Chine - j’en ai rencontré aujourd’hui – pour que les entreprises chinoises prennent leur part de la croissance ici en France.

Je n’oublie pas les autres pays asiatiques que j’ai eu l’occasion de visiter depuis mon élection. Je pense au Laos ; c’était la première fois qu’un président de la République se rendait dans ce pays.

Je pense aussi au sommet Asie-Europe auquel j’ai participé. Réunion très intéressante qui d’abord m’a permis de rencontrer beaucoup de chefs de gouvernement de pays d’Asie, mais surtout de bien comprendre combien l’Asie attendait l’Europe. Parfois avec inquiétude, se posant la question « est-ce que la zone euro va véritablement garder, préserver son intégrité ? Est-ce que l’Europe va être capable de se mettre dans un chemin de croissance ? ».

J’ai répondu à ces questions. La zone euro a enfin trouvé en elle-même les ressorts pour sortir de la crise qui la frappait. Je ne cesse de le dire : la crise de la zone euro est derrière nous. Pas la crise elle-même, mais au moins celle qui frappait l’image de cette zone et parfois de notre monnaie. Aujourd’hui la confiance est revenue, la monnaie d’ailleurs s’est appréciée – parfois trop – et donc nous avons besoin de convaincre nos partenaires d’Asie que nous avons maintenant toutes les capacités pour attirer les capitaux et les investisseurs.

J’ai aussi été frappé par le dynamisme de beaucoup de pays d’Asie - de la plupart -, avec des attentes considérables à notre égard : en matière d’énergie, d’aménagement urbain, également de nouvelles technologies. Nous devons donc aussi répondre à ces besoins.

Mais je reviens vers vous, chers compatriotes d’origine asiatique, pour vous dire que vous êtes précieux dans le moment qui vient : précieux par votre présence ici, où vous apportez le meilleur de vous-mêmes ; précieux aussi parce que vous êtes un lien, un pont entre nos deux continents – l’Europe, l’Asie -, nos deux cultures. Vous pouvez donc permettre des échanges qui, sans vous, ne pourraient pas s’établir.

La Chine, l’Inde, l’Asie du Sud-Est inspirent de plus en plus les entrepreneurs français qui trouvent là-bas des marchés – je l’ai dit – en pleine expansion et où notre savoir-faire est apprécié. J’en ai encore eu le témoignage en Inde.

La Chine, aussi - j’en suis heureux - séduit nos étudiants. De plus en plus nombreux sont les français qui apprennent le chinois et qui réalisent même une partie de leur formation dans les excellentes universités de Pékin, de Shanghai, de Canton.

L’Asie attire aussi nos chercheurs et je ne m’en plains pas, parce que cela fait partie de ce que nous voulons favoriser.

Mais également – et avec le ministre des Affaires étrangères et le ministre de l’Intérieur nous y veillons – faciliter l’accueil de nombreux étudiants chinois ou étudiants asiatiques dans nos universités. Accueillir aussi des chercheurs, des scientifiques ; ne pas avoir peur qu’ils puissent travailler ici dans notre pays. C’est la raison pour laquelle nous avons changé, immédiatement après mon élection, une circulaire qui concernait les étudiants étrangers et qui les privait le plus souvent de la possibilité de rester un peu plus longtemps pour travailler ici et nous apporter leur intelligence, leur savoir-faire et leur capacité de créer de la richesse.

Je me félicite également que plus de 100 000 chinois apprennent régulièrement le français dans le secondaire, à l’université. Je veux saluer ici aussi les alliances françaises qui partout en Asie contribuent à diffuser notre culture, parce que la coopération linguistique et culturelle est au cœur de nos relations. Par exemple avec un pays comme le Vietnam qui est un pays francophone, mais où hélas l’on parle de moins en moins le français. Alors je compte sur vous pour promouvoir, partout, le français !

La France a besoin d’une Asie ouverte aux échanges ; une Asie engagée dans le développement durable ; une Asie qui agit pour la paix et la prospérité ; une Asie qui soit, avec l’Europe, consciente de ses devoirs.

Mesdames, Messieurs,

Je voulais donc, à travers cette cérémonie chaleureuse, amicale, vous dire que je comptais sur vous, parce que vous êtes dans ce moment où nous avons à redresser notre pays des instruments pour la croissance française.

Je comptais sur vous aussi parce que vous animez nos quartiers, nos villes ; parce que vous participez également à la vie démocratique : de plus en plus nombreux sont des personnes d’origine asiatique qui figurent sur nos listes aux élections municipales, prennent des responsabilités politiques – nous en avons ici une belle illustration -.

Je sais aussi que vous avez une exigence culturelle, que vous êtes attentifs à garder vos traditions, vos spécificités et en même temps à pleinement les faire partager à l’ensemble de la communauté nationale.

Voilà, je voulais vous exprimer notre gratitude, notre bonheur de vous accueillir ici et vous dire que vous êtes maintenant les ambassadeurs de la relation entre la France et l’Asie toute entière. Merci à vous.

 

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