Intervention du président de la République lors de l'ouverture du forum économique franco - qatarien

Doha (Qatar) - 23 juin 2013

Monsieur le Premier ministre,

Je vous remercie pour l’accueil que vous me réservez ici au Qatar, à moi-même à ma délégation.

C’est le signe de la qualité de la relation entre nos deux pays. Cette relation est fondée sur des enjeux politiques, sur une confiance, sur une même approche des grandes difficultés de la planète et notamment dans cette région. S’il y a un sens, d’abord, à donner à ma visite aujourd’hui, c’est de démontrer que sur les grands enjeux politiques, le Qatar et la France ont la même analyse et la même volonté. Je pense notamment à la question de la Syrie sur laquelle vous avez travaillé hier avec le ministre des Affaires étrangères français et avec la conférence des Amis du peuple syrien.

Mais si je suis venu avec 46 chefs d’entreprises françaises, c’est pour faire la démonstration que nous devons franchir une nouvelle étape dans notre partenariat économique. La France est consciente de la rapidité avec laquelle le Qatar réussit son développement. C’est impressionnant et nous en avons eu encore une preuve avec la visite du chantier de Bouygues ici, à Doha.

Tout, au Qatar, change de dimension à la fois la taille des projets, l’ampleur des financements, la qualité des technologies utilisées. Dès lors, nos entreprises françaises doivent pouvoir répondre à toutes les demandes qui leur seront adressées. Nous ne demandons aucun traitement particulier, aucune préférence. Nous voulons simplement faire valoir notre excellence, notre qualité de travail, notre ingénierie et la prouesse technologique de nos produits.

Le Qatar a une vision de son avenir à 30 ans et a engagé une diversification exceptionnelle de son activité, de son développement. Vous avez voulu notamment être moins dépendants de vos richesses pétrolières et gazières et vous mettre sur tous les domaines d’avenir. Dès lors que vous entrez dans cette nouvelle phase de votre développement, fondée à la fois sur une diversification de vos activités mais également une diversification de vos investissements, la France veut y participer pleinement, dans une coopération qui est fondée sur trois principes.

Le premier, c’est la durée. La durée, ça veut dire que nous sommes là déjà depuis longtemps au Qatar. Dois-je rappeler que Total est présent ici depuis 75 ans ? Mais nous sommes là aussi, depuis la première phase de votre développement. Les entreprises françaises doivent être prêtes à s’engager pour longtemps au Qatar. Pas simplement répondre à un besoin momentané ou à un appel d’offre qui ne sera pas suivi d’autres, non, de venir s’installer au Qatar. Il y a 100 entreprises qui sont aujourd’hui présentes dans votre pays et dans tous les secteurs : technologies de l’information, ingénierie, distribution, services financiers. La coopération que nous engageons aussi en matière universitaire, nous permettra de former des cadres qui pourront être utiles pour nos entreprises.

Le second principe sur lequel nous voulons fonder notre coopération, c’est l’excellence technologique. Nous sommes particulièrement fiers qu’Airbus fournisse les 2/3 de la flotte de Qatar Airways, particulièrement heureux de savoir que Technip a apporté une importante contribution à la construction des méga-trains de liquéfaction de gaz, que Bouygues et Vinci ont montré leur savoir-faire en matière de génie civil ou à la participation de chantiers prestigieux et que beaucoup d’entreprises françaises sont présentes au sein du Parc scientifique et technologique du Qatar. Voilà, déjà ce qui nous encourage. Parce que c’est sur la qualité de nos produits, sur l’excellence de nos interventions, que vous nous avez choisis.

Le troisième principe, c’est que nous devons agir en réciprocité. Il y a ce que les entreprises françaises doivent faire au Qatar, et il y a aussi les investissements du Qatar en France. Je vous ai souvent dit qu’ils étaient les bienvenus, ces investissements et qu’ils doivent couvrir tous les domaines de la croissance française : l’industrie, les services, mais également l’immobilier, en sachant que c’est sur l’industrie et sur les services que nous voulons donner aujourd’hui la priorité.

La France, c’est un pays attractif. Nous nous situons au 4ème rang mondial en termes d’accueil d’investissements étrangers dans notre pays. Nous sommes capables d’être un point d’entrée pour toute l’Europe et vos investissements doivent être engagés en coopération avec nous. Nous, nous devons encore améliorer notre attractivité, notre compétitivité. Mais nous devons être suffisamment convaincants, pour que vos investissements viennent là où nous avons choisi de les accueillir.

Nous voulons mettre en place deux partenariats avec vous et je veux donner deux exemples. Le premier est un partenariat financier. Nous avons créé avec la Caisse des dépôts et le fonds d’investissements du Qatar, Qatar Holding, un fonds nouveau qui a vocation à soutenir et à financer les PME françaises dans une démarche fondée sur la confiance et la transparence.

Le deuxième partenariat que je veux suggérer, c’est celui où nos entreprises, françaises et qatariennes, pourraient se projeter ensemble sur les marchés tiers. Vinci et Diar, par exemple, ont mis en place une filiale commune pour réaliser des projets en Afrique. Qatar Petroleum et Total se sont entendus pour développer ensemble les activités pétrolières au Congo. Et nous pouvons multiplier ce type d’alliances et de coopérations. Etre ensemble sur un certain nombre de marchés porteurs, que ce soit sur des technologies ou sur des espaces géographiques.

Je souhaite donc que nous donnions plus d’ampleur à la présence de nos entreprises dans trois domaines. Le premier, c’est l’énergie, parce qu’elle est au cœur des enjeux économiques et environnementaux aujourd’hui et parce que ce sera un élément de la compétitivité. Le Qatar détient les troisièmes réserves mondiales de gaz, qui est, pour nous, l’énergie carbone la moins polluante, et sur laquelle nous fondons encore beaucoup d’espoir. Les entreprises françaises doivent donc continuer à être associées à leur mise en valeur, avec des technologies toujours plus performantes. Mais je sais que vous êtes attentifs aussi à l’aspect environnemental, et à ce que sera la transition énergétique. Ce n’est pas un hasard, si le Qatar a accueilli la 18ème conférence sur le climat et a exprimé sa volonté de prendre toutes ses responsabilités sur ce sujet. La France elle-même est candidate pour accueillir la 21ème conférence sur le climat, et le Qatar nous sera précieux pour aboutir à un résultat favorable. Nous avons donc, nous et vous, pris conscience des défis que nous devons relever en matière énergétique. Et nous pouvons donc coopérer davantage pour développer les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, la séquestration du carbone, et bien d’autres investissements que nous pouvons mener ensemble.

Le second domaine c’est le développement urbain. La croissance des villes est un facteur commun à beaucoup de zones géographiques. Mais ici, au Qatar, vous avez fait une transformation considérable des villes. La population a triplé en dix ans. Un million d’habitants seront présents au Qatar d’ici 2030, ce qui forcément, crée une pression. Les projets sont considérables, aussi bien en termes de développement des immeubles de bureau, que des équipements touristiques, équipements sportifs et également d’immeubles d’habitation. Mais il n’y a pas que l’aspect immobilier. Il y a aussi le transport, les infrastructures, le traitement de l’eau, des déchets, bref ce qu’on appelle les villes intelligentes. Vous avez commencé à montrer la voie. Et, dans ces domaines, les entreprises françaises ont une expertise internationalement reconnue. Je sais qu’elles sont présentes déjà, pour répondre à vos besoins, pour le métro de Doha, déjà Alstom, pour le tramway de Lusail. Je ne vais pas ici faire la promotion de toutes les entreprises françaises, j’aurais d’ailleurs scrupule parce que j’en oublierais, tellement elles sont nombreuses. Mais sur la question des villes, sur la question du développement urbain, sur la question de l’architecture, c’est vrai qu’il y a, si je puis dire, une touche française et une qualité française que nous souhaitons retrouver ici, au Qatar.

Le dernier domaine, où nous pouvons aller de l’avant, ce sont les services. Services dans la qualité de l’eau, je le disais, des traitements des déchets, et là aussi, nous avons des entreprises qui sont parmi les meilleures au monde. Mais je veux m’attarder sur un domaine que nous avons en commun, le sport. Je ne parle pas ici d’une équipe en particulier française. Je parle du sport en général et des grandes compétitions que vous préparez ici au Qatar. Vous en avez déjà organisé. Mais celle qui se prépare à l’horizon du début de la prochaine décennie, la Coupe du monde de football, c’est un défi que vous avez à relever, un défi considérable. La France a organisé, elle aussi, c’était en 1998, une Coupe du monde de football. Nous avons même remporté la Coupe, je ne sais pas s’il faut faire un lien entre les deux résultats, je vous le souhaite. Mais nous savons, par expérience, ce que peut représenter l’organisation d’une telle compétition. Nous allons nous-mêmes d’ailleurs en France, organiser le championnat d’Europe de football en 2016. Et nous sommes donc prêts. Quand je dis « nous », c’est l’ensemble des services, c’est l’ensemble des équipes, c’est l’ensemble des entreprises, à pouvoir travailler avec vous, à répondre à toutes vos sollicitations. Je l’ai dit à l’Emir hier soir, si vous voulez, déléguer dès à présent des personnes de haut niveau pour nous accompagner dans notre propre organisation du championnat d’Europe, pour bien comprendre ce que va être l’organisation de la Coupe du monde. Et de voir, non pas simplement la réalisation des stades, ce qui est quand même la condition minimale, mais aussi le choix de tous les équipements : des transports, des aéroports, de l’accueil de la population, des structures hôtelières, de la gestion de ces événements internationaux, et la Coupe du monde en est un majeur.

Voilà ce que j’étais venu vous dire. Nous pouvons faire davantage. Nous devons avoir des principes : la durée, l’excellence, la réciprocité. Nous devons être dans les domaines de demain. Nous devons avoir une conception, qui puisse partager l’expérience et la technologie. Je veux donc saluer l’initiative qui est prise aujourd’hui. D’abord de rassembler les chefs d’entreprise qatariens et français. Mais aussi, la création du Conseil des affaires franco-qatarien, qui réunira, dans la durée, les entreprises de nos deux pays. Je remercie les ministres, du Commerce du Qatar, comme du Commerce extérieur français, d’en avoir pris l’initiative. J’attends de ce Conseil, qu’il puisse saisir toutes les opportunités d’investissement dans nos deux pays. Faciliter les échanges, nourrir un courant d’exportations, stimuler les partenariats, parce que nous devons réussir. Nous devons faire en sorte que notre bonne relation politique, notre vision commune de ce que doit être l’équilibre dans la région, notre coopération en matière de défense, qui font que les relations entre le Qatar et la France, dans la durée, ont toujours été excellentes. Je veux que tout cela serve d’appui à un développement considérable de nos échanges et de nos investissements dans l’intérêt du Qatar et de la France. Merci.

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