Intervention du président de la République devant les salariés de l'entreprise Pierre FABRE

Messieurs les ministres,

Messieurs les présidents de la Région, du Département,

Messieurs le maire de Castres, les parlementaires et élus,

Mesdames, Messieurs,

C’est vrai que c’est un jour exceptionnel pour une entreprise exceptionnelle, fondée par un homme exceptionnel. Et avant une finale exceptionnelle !

Pierre FABRE et Monsieur REVOL avaient souhaité que je vienne inaugurer cette nouvelle usine sur le site de Soual. Avec Martin MALVY, nous avons cherché la meilleure date. Il fallait qu’il fasse beau, il fallait que ce soit donc avant un grand évènement et il fallait que vous puissiez être là nombreux. Nous avons donc improvisé cette date du 30 et c’est avec beaucoup de plaisir que je suis devant vous.

C’est vrai que, vous salariés du groupe Fabre, vous êtes dans une grande entreprise, une entreprise à taille mondiale qui réalise plus de 55% de son chiffre d’affaire à l’exportation. 10 000 salariés ! Si l’on songe à ce qu’est l’industrie de la santé, vous êtes l’un des plus beaux fleurons de ce que l’entreprise en France peut donner comme exemple. Vous avez également été capables de connaître des mutations, des évolutions, parfois même des ruptures technologiques.

Quel est le secret qui est le vôtre ? Je ne parle pas du secret de fabrication des produits – même si cela en est un, aussi, qui explique votre succès ! Comment donner à ce que nous venons de visiter valeur de référence, de modèle ? Qu’est-ce qu’il a fallu trouver pour que vous puissiez en arriver là, à ce niveau-là, et en attendant encore d’autres progrès ?

Il a d’abord fallu un homme pour fonder l’entreprise, Pierre FABRE. Il m’avait fait venir de Corrèze jusqu’ici, il y a quelques années, parce qu’il envisageait – c’était modeste – un investissement en Corrèze. C’était une dérogation par rapport à toutes ces règles qui consistent d’abord à envisager un investissement à Castres ! C’était il y a déjà près de 15 ans. Il y avait cette volonté de me faire comprendre ce qui avait été le point de départ pour me signifier que le point d’arrivée n’était pas encore venu.

Le point de départ, c’est un homme qui est pharmacien à Castres et qui, par son talent, sa créativité, va être capable d’inventer des produits, puis ensuite de les développer et de les fabriquer. C’est un homme qui a été toujours en avance sur son temps et qui, pour autant, a été fidèle à un territoire, à une ville – je le disais –, à un département, à une région. Puisque plus de 4 500 emplois sont dans cette région Midi-Pyrénées.

En même temps, il a eu conscience qu’il devait être à l’échelle de l’Europe et du monde. Il a donc voulu absorber un certain nombre d’entreprises qui existaient en France et qui pouvaient correspondre à sa stratégie ; et être capable, en même temps, de se diversifier dans la pharmacie, dans la cosmétique, pour ne jamais dépendre d’un seul produit.

Cet homme-là fait partie de ce que notre pays peut offrir comme exemple à d’autres créateurs. Ce qu’il a été capable d’imaginer, d’autres peuvent le faire. Nous avons besoin de créateurs d’entreprise. Nous avons besoin de grands industriels, si nous voulons que notre pays continue d’avancer.

L’attachement à un territoire a aussi compté, parce que ce qui fait votre état d’esprit, c’est une solidarité, c’est une confiance, c’est un enracinement ici, sur un territoire, un territoire pourtant enclavé, je l’ai bien compris ! Ce n’est pas l’enclavement que vous applaudissiez, c’est l’espoir qu’il viendrait une infrastructure qui aurait dû être faite depuis des années, et qui n’a pas empêché néanmoins, par son absence, le développement de l’entreprise. Ce qui n’est pas une raison de ne pas souhaiter que l’infrastructure puisse venir !

Des choix vont être faits avec, toujours, ce souci de bien utiliser les deniers publics, de faire que ce soit par rapport à des infrastructures prioritaires, et qu’il y ait une volonté des élus – je crois qu’elle est rassemblée pour y parvenir avec des financements qui doivent être multiples. Dans les prochaines semaines, des décisions seront prises.

Ma visite n’est pas une annonce, ma visite est simplement faite pour comprendre ce qu’un site comme celui-là exige de désenclavement, exige de facilité de transport, de fluidité. Parce qu’il ne faudrait pas que ce que vous avez été capables de faire avec Pierre FABRE, puisse être empêché de croitre à cause de cet enclavement.

Le troisième secret de votre réussite, c’est l’exemplarité de la construction même de la société, avec cette fondation qui vous rend indépendants par rapport à des fluctuations de marché ou qui vous rend également moins vulnérables à ce que la finance pourrait éventuellement faire. Ici, avec cette fondation, on connait les dirigeants, on sait qu’il y a toutes les conditions pour permettre le développement et la protection par rapport à des intérêts qui pourraient vouloir conquérir, contrôler votre entreprise.

Mais là aussi, il a fallu que Pierre FABRE puisse avoir la lucidité, l’intelligence, la clairvoyance, l’esprit de solidarité de mettre le capital de l’entreprise à l’abri avec cette fondation déclarée d’utilité publique. Vous êtes, de ce point de vue, une entreprise citoyenne. Et si l’Etat est présent dans la fondation, ce n’est pas pour contrôler la stratégie de l’entreprise, c’est pour en garantir l’indépendance.

Quel est le secret aussi de votre réussite ? C’est le fait que les salariés soient actionnaires de l’entreprise, enfin ceux qui le veulent, c’est-à-dire 95% d’entre eux. 95% ce n’est pas un mauvais résultat, à tous égards, même pour les indices de popularité ! Vous avez décidé pour l’essentiel, ici, d’être actionnaires de l’entreprise avec des possibilités de voir votre épargne fructifier avec des abondements. Je pense que cette idée de participation, vieille idée, peut trouver, ici, un cadre de référence.

Le secret de votre réussite, c’est l’innovation, c’est la recherche et c’est ce qui m’a été présenté tout au long de la visite. C’est-à-dire des laboratoires, des brevets, des innovations, appuyés – c’est vrai – par le crédit d’impôt recherche qui a été non seulement sanctuarisé et préservé mais élargi y compris à des innovations. Innovations qui ne sont pas seulement sur le produit mais qui peuvent être sur le conditionnement.

Ici, vous avez déjà pris de l’avance. S’il n’y a pas la recherche, s’il n’y a pas l’innovation, il ne peut pas y avoir le progrès. Cette entreprise aurait pu décider finalement de s’arrêter sur les produits qu’elle connaissait. Elle n’aurait pas connu le développement qui a été le vôtre. C’est parce que vous avez été toujours, avec vos dirigeants, dans l’idée qu’il fallait continuer l’innovation, la recherche, les brevets ; faire en sorte qu’il puisse y avoir des associations avec d’autres pour y parvenir ; que vous en êtes arrivés là et que vous avez encore de grandes espérances.

Il y a le projet – Pierre FABRE m’a parlé et je salue le maire de Toulouse – d’une grande réalisation sur l’oncologie qui pourrait, pour Toulouse et pour le groupe Fabre, être un facteur de développements considérables et, pour le progrès de la médecine, une avancée sans doute tout à fait significative et tellement attendue par celles et ceux qui sont victimes de cette terrible maladie.

La recherche ne doit donc pas être concentrée sur une seule entreprise. Elle doit être démultipliée avec des liens entre universités, laboratoires de recherche et entreprises privées pour mettre toutes nos forces dans la même perspective. Etre les meilleurs pour soigner. Etre les meilleurs pour exporter. Etre les meilleurs pour créer de l’activité et de l’emploi.

Quel est le secret de votre réussite ? Je cherche encore. Il y a la formation parce que sans les personnels, pour être auprès des machines elles-mêmes performantes, il n’y aurait pas de compétitivité. Il faut donc que les personnels soient non seulement recrutés, ce qui est déjà beaucoup, mais formés, accompagnés, qualifiés. Et c’est ce qui s’est produit.

Le ministre du Travail posait cette question aux dirigeants de l’entreprise : combien consacrez-vous à la formation ? La contribution obligatoire, c’est 0,9. En moyenne, les grandes entreprises peuvent faire jusqu’à 2-2,5. Ici, c’est plus de 4 ! C’est parce qu’il y a cet investissement dans la formation qu’il y a les résultats pour votre entreprise. Nous voulons, avec le gouvernement, qu’il y ait davantage encore qui puisse être fait pour la formation des jeunes, pour la formation de ceux qui sont loin de l’emploi, pour la formation de ceux qui sont les moins qualifiés.

Ce sera le sens de la réforme de la formation professionnelle que nous allons engager pour permettre aux entreprises d’être plus compétitives, mais surtout pour permettre aux personnels les moins qualifiés d’avoir une élévation de leur condition, de plus grandes chances pour leur promotion. Et également pour les demandeurs d’emploi, parce que nous avons ce chômage qui progresse depuis cinq ans et qui va continuer d’augmenter.

J’ai dit jusqu'à la fin de l’année, parce que nous devons mettre toutes nos forces pour inverser la courbe. Ce n’est pas simplement un pronostic que je formule, c’est une volonté, c’est une mobilisation, c’est un appel à toutes les forces vives pour que nous puissions retrouver de la croissance, mettre en œuvre nos instruments, et avoir ainsi une espérance à donner à celles et ceux qui, depuis trop longtemps, attendent un emploi : aux jeunes qui ne peuvent pas comprendre pourquoi la société ne leur fait pas de place ; à ceux qui sont qualifiés, qui ont fait des études, et à qui l’on ne propose rien de durable ; et à ceux qui n’ont pas pu connaître un parcours scolaire à la hauteur de leurs espérances mais qui ne demandent qu’à être qualifiés. A ceux-là on ne peut pas leur dire : cela sera plus tard.

Nous devons donc tout faire pour que les emplois d’avenir, pour que les contrats de génération – qui ici trouveront leur place – puissent permettre à des jeunes ou à des moins jeunes d’accéder à l’emploi. Ici, pour tout ce que vous pourrez imaginer, concevoir, comme moyen d’accueillir des jeunes, de garder des seniors dans l’emploi, vous aurez l’Etat à votre côté.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire.

Quels sont les secrets de la réussite pour vous et pour l’ensemble des entreprises ? L’investissement, l’innovation, la recherche, le dialogue social, la participation, la formation. Ce que vous avez été capables de faire, nous devons dire à d’autres que c’est de l’ordre du possible. Bien sûr, il n’y a pas des Pierre FABRE dans toutes les villes de France ! Mais, qui sait ?, nous devons chercher les nouveaux Pierre FABRE. C’est aussi le contrat de génération, il vaut également pour les chefs d’entreprises : permette qu’il y ait d’autres créations, d’autres initiatives, d’autres talents, qui puissent être portés.

Donner sa chance à chacun, à chacune ; permettre par la simplification, par les appuis que nous pouvons donner sur le plan financier grâce à la Banque publique d’investissement, qu’il puisse y avoir de nouveaux créateurs. Au début, c’est une petite entreprise, mais Pierre Fabre c’était au départ une petite entreprise, puis après, une moyenne entreprise, une entreprise de taille intermédiaire et maintenant un groupe mondial. Nous devons donc donner cette confiance cette énergie, montrer que l’on peut gagner.

On peut gagner. Vous avez gagné, d’autres espèrent gagner samedi, et la France doit gagner. Elle gagnera avec vous, avec des salariés motivés, compétents, fiers d’être dans une entreprise, fiers aussi d’appartenir à une Nation, parce que nous sommes dans le même ensemble. Il n’y a pas ceux qui sont dans les grandes entreprises et ceux qui sont dans les petites. Il n’y a pas ceux qui sont dans la fonction publique et ceux qui sont dans le secteur privé. Il n’y a pas ceux qui sont dans l’emploi et ceux qui en attendent. Nous sommes tous dans le même ensemble, dans la même Nation. Et nous devons porter la même espérance.

C’est avec l’image de votre réussite que je garderai le souvenir de mon déplacement, ici à Castres, ici à Soual, parce que ce que vous avez fait, nous allons le faire. Merci.

 

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