Avril 2014

Intervention du président de la République devant les étudiants de l’université internationale à Rabat

Monsieur le Président,

 

Je vous remercie de m’accueillir dans cette belle université, avec les enseignants sans lesquels aucune formation et recherche ne sont possibles, et puis les étudiantes et étudiants ici rassemblés.

 

Vous êtes la force du Maroc, vous êtes son espoir, vous êtes sa chance.

 

Le Maroc est un pays jeune, 30% de la population a moins de 25 ans. Certains présentent cette démographie comme une charge, comme une contrainte. Mais c’est en fait une chance, un atout, un capital. A une condition, c’est de valoriser ce que vous êtes, de vous permettre d’accomplir votre destin, de faire le choix de votre vie en toute liberté et en même temps de servir votre pays.

 

Le Maroc a compris, depuis des années, que la formation était la condition même de son développement, de sa réussite ; qu’il était très important d’avoir des entreprises, indispensable d’avoir des infrastructures ; qu’il convenait de faire des paris audacieux en termes de développement, mais que la formation, l’éducation, la connaissance étaient le levier qui allait permettre à tous ces instruments d’être utilisés pleinement.

 

L’université internationale de Rabat est une création exceptionnelle. D’abord parce qu’elle traduit la relation elle-même exceptionnelle entre le Maroc et la France. C’est également un lieu d’excellence par les formations qui y sont dispensées, par les coopérations qui sont ouvertes. C’est un site exceptionnel, une réussite architecturale et des moyens considérables qui vous sont apportés pour l’accomplissement de votre parcours. Je salue le professeur Noureddine MOUADDIB qui a porté ce projet, qui a fait qu’il est aujourd’hui une réalité même s’il faudra attendre 2016 pour voir l’achèvement de cette ambitieuse réalisation.

 

Le Maroc a eu la bonne idée – je ne sais si elle a toujours été partagée – de copier un moment le modèle français en matière d’enseignement et d’universités, avec les grandes écoles, avec les classes préparatoires, avec les agrégations, avec les grandes universités, les écoles doctorales. Nous pourrions nous dire : finalement nous avons réussi à exporter ce modèle, cet exemple. Mais vous venez de démontrer qu’il ne s’agit pas de copier, d’imiter. Il s’agit d’inventer et vous avez innové, imaginé un projet nouveau avec l’université internationale de Rabat.

 

L’idée fondatrice, c’est d’incarner une nouvelle génération de formation qui permettra de délivrer des doubles diplômes et qui, en réalité, engage des établissements français à venir, non seulement ici, mais à mettre à la disposition de l’université internationale l’expérience, le diplôme et ensuite le parcours qui suivra.

 

Ce projet est porté par des professionnels marocains de l’Enseignement supérieur et de la recherche venus du monde entier - 36 au total- qui se sont assignés cette belle idée : ouvrir à la jeunesse marocaine – vous - les portes de la connaissance, de l’excellence, et avec une dimension sociale, permettre que les plus modestes puissent y accéder avec un mécanisme de bourses.

 

Je veux saluer à la fois l’idée, le projet, la réalisation et le soutien qui a été apporté par Sa Majesté le Roi du Maroc et les autorités de votre pays. Parce que c’est vous qui apportez un modèle nouveau, qui peut maintenant s’exporter également dans bien d’autres pays et dont la France s’honore d’être partie prenante.

 

La formation est le trait d’union entre le Maroc et la France. Pas seulement à travers cette université internationale, mais également avec les formations que nous dispensons en France auprès d’étudiants marocains. Plus de 32 000 résident en France. C’est la plus importante communauté étudiante étrangère sur le territoire français. Nous aussi, nous accompagnons ces étudiants par un système de bourses. 400 étudiants marocains en ont eu le bénéfice. 10.000 visas pour études sont accordés chaque année aux ressortissants marocains.

 

J’ai veillé à assouplir d’ailleurs cette procédure, à faire en sorte que des jeunes qui venaient se former puissent y rester pour faire des stages. J’ai rencontré des étudiants marocains, avant même mon élection, qui avaient fait les plus grandes écoles – celles qui sont d’ailleurs représentées ici – et qui voulaient rester encore quelques mois en France mais qui n’étaient pas autorisés à le faire. Nous avons donc décidé d’assouplir, et même d’abroger cette circulaire pour que les étudiants qui sont déjà en France puissent continuer leur parcours et pour que d’autres puissent venir.

 

Nous faisons en sorte aussi que le Maroc puisse garder sa jeunesse. Car notre idée n’est pas de capter ce que vous êtes : l’excellence, l’avenir, la qualification, au bénéfice de la France, en vous faisant venir en France ou en vous formant ici dans cette université internationale avec l’expérience que nos grandes écoles ou nos universités peuvent vous apporter. Non, notre idée, notre volonté, notre exigence, c’est qu’au-delà de la mobilité qui doit exister, de l’échange qui est indispensable pour une carrière universitaire, ou pour une première expérience professionnelle, au-delà de cette mobilité, de cet échange, vous puissiez revenir, rester au Maroc pour servir l’économie et les projets les plus emblématiques de votre pays.

 

C’est ainsi que je conçois le partenariat, il doit se faire sans crainte : aucune crainte pour la France de vous accueillir si vous en exprimez le besoin ; aucune crainte pour le Maroc de vous voir un moment faire un stage en France parce que le Maroc sait que vous reviendrez ; aucune crainte de faire venir des grandes écoles et des universités françaises ici, parce que cela ne dévalorisera pas le diplôme, au contraire, cela le mettra au plus haut sommet des références internationales.

 

Vous savez qu’il existe des classements. On classe tout aujourd’hui – les universités notamment dans ce qu’on appelle le classement de Shangaï. Les universités qui sont les plus renommées sont précisément celles où il y a ces échanges, il y a cette pluridisciplinarité et il y a aussi un haut niveau de recherche. C’est ce que vous avez voulu engager ici.

 

Je souhaite donc que vous puissiez faire les meilleures études dans cette université, que vous puissiez également comprendre la chance qui vous est donnée. Parmi les chercheurs qui sont ici, dans cette université, 20 ont été formés en France et sont revenus pour participer au progrès du Maroc. Toujours les allers-retours, toujours cet échange, toujours cette circulation des idées et des personnes...

 

A l’occasion de ma visite ici, et j’en remercie le Roi et le gouvernement du Maroc, nous avons pu conclure deux accords fondateurs portant création d’établissements nouveaux au Maroc : l’Ecole centrale de Casablanca, en partenariat avec l’Ecole centrale de Paris – c’est pour cela que pour ceux qui y seront admis, on dira qu’ils sont des centraliens sans savoir s’ils viennent de Casablanca ou d’ailleurs – et l’Institut International des Sciences Appliquées, en partenariat avec le groupe INSA.

 

Une école d’architecture sera créée ici-même, dans cette université internationale de Rabat avec le Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur de Paris et l’école d’architecture de Nancy. J’en salue le directeur. Toujours la même idée : faire que nous puissions échanger le meilleur niveau de qualification.

 

Un Institut méditerranéen de logistique et des transports sera créé à Tanger, en liaison avec l’Ecole Nationale des Pont et Chaussées en France et l’université de Valenciennes. J’allais dire que toutes les grandes écoles, toutes les grandes universités, vont être représentées au Maroc.

 

Certains esprits chagrins – il en existe partout, j’imagine au Maroc aussi – pourraient se dire : oui, mais ce ne sont pas des vraies écoles, ce ne sont pas des vraies universités comme celles que nous connaissons en France, ce ne sont pas les mêmes diplômes. Les diplômes seront reconnus dans les deux pays, auront la même valeur. Ils présenteront les mêmes exigences pour les employeurs, auront les mêmes garanties en termes de reconnaissance.

 

Nous essayons de créer ce qui ne s’est jamais fait nulle part ailleurs : un espace commun de formation, sans qu’il soit besoin d’ailleurs de faire des voyages. Il suffit d’être au Maroc, de travailler et de s’inscrire dans les parcours qui vous sont présentés, ce que vous avez fait.

 

Il n’empêche que les établissements français continueront d’accueillir des étudiants marocains et pourront, là aussi, favoriser l’élévation de la qualification et de l’excellence.

 

Voilà, jeunes du Maroc, ce que j’étais venu vous dire. C’est vous qui représentez l’avenir de votre pays, c’est vous qui allez décider de son destin. C’est vous qui allez choisir des filières qui demain permettront au Maroc d’être un grand pays, ce qu’il est déjà aujourd’hui à bien des égards, mais un grand pays émergent, un pays présent sur toutes les filières, sur toutes les qualifications. Un pays qui gardera une relation privilégiée avec la France.

 

Il n’y a pas de plus grand bonheur, il n’y a pas de plus grand honneur pour le président de la République Française que de savoir qu’une jeune Marocaine ou qu’un jeune Marocain sera lui-même heureux et fier d’avoir un diplôme d’une grande école marocaine et française.

 

Merci à vous.

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