Avril 2014

Intervention du président de la République devant la communauté française au Lycée Lyautey de Casablanca

Monsieur le Proviseur du Lycée Lyautey,

Je voudrais d’abord vous remercier pour votre accueil, celui qui m’a été également prodigué par l’ensemble du personnel et dire que c’est un grand honneur de venir ici dans ce lycée prestigieux, l’un des plus grands lycées français du monde et qui compte 3 500 élèves, ce qui est considérable.

Je salue M. l’Ambassadeur, Mesdames et Messieurs les Consuls généraux,

Je voulais à l’occasion de cette visite au Maroc venir rencontrer au moins une partie de nos compatriotes qui vivent ici, travaillent ici et perpétuent l’amitié entre nos deux pays, la France et le Maroc.

Je viens, il pleut. Je perpétue donc là-aussi une tradition et tout à l’heure un membre, je ne dirai pas lequel de la famille royale m’a dit qu’il y avait une formule de Lyautey, je demanderai à la vérifier, selon laquelle « gouverner c’était pleuvoir ». De ce point de vue-là, nous réussissons au-delà de toutes nos espérances.

Je viens ici avec Valérie à la tête d’une délégation importante, des ministres de la République, le ministre des Affaires étrangères, la ministre du Commerce extérieur, la ministre des Droits des femmes qui a quelques liens avec le Maroc, la ministre de l’Enseignement supérieur, le ministre de l’Agriculture, le ministre du Développement, la ministre de la Francophonie, bref, quasiment tout le gouvernement. Et en plus, nous avons la chance d’avoir Jack LANG avec nous.

Je viens également avec de nombreux chefs d’entreprise qui sont conscients de l’enjeu que représente le développement du Maroc, entreprises qui sont d’ailleurs installées depuis longtemps ici au Maroc et je ne doute pas que, parmi vous, il y ait de nombreux salariés de ces entreprises.

Je viens également avec des représentants culturels, et des personnalités qui, en France, représentent un certain nombre de nos compatriotes. Je pense aux musulmans, je pense aux juifs qui ont des liens profonds avec le Maroc. Je suis aussi entouré de personnalités qui souhaitaient venir avec moi ici dans ce grand pays pour confirmer le lien qui nous unit, un lien qui est forcément chargé d’histoire, un lien qui est aussi celui de la langue. Je reviens ici dans ce lycée au formidable réseau des établissements scolaires, 39 établissements scolaires français au Maroc qui dispensent une formation de grande qualité à 31 000 jeunes, français et marocains. C’est un service public exemplaire, d’abord pour les familles françaises installées au Maroc mais aussi pour des familles marocaines qui cherchent par l’accueil qui est fourni à leurs enfants à entretenir la relation entre nos deux pays.

Je veux saluer tous les enseignants, tous les personnels, français et marocains, qui travaillent dans ce réseau scolaire pour diffuser notre langue, la langue française qui ne nous appartient pas en propre, que nous partageons avec d’autres autour de la belle idée, de la grande idée de la francophonie. La langue française appartient tout autant au Maroc qu’à la France. C’est un patrimoine commun. Dans les prochaines décennies, il y aura plus de 750 millions de locuteurs français et notamment en Afrique, continent d’avenir, continent où la relation avec la France qui aurait pu être dégradée par le passé que l’on connait, s’enrichit continuellement par l’apport que vous pouvez également contribuer à accorder, à donner aux pays en Afrique et notamment au Maroc.

Ma visite, pendant ces deux jours,  a deux objectifs à l’invitation de sa Majesté le Roi.

Le premier objectif, c’est de conforter l’amitié entre la France et le Maroc.

Cette amitié s’est forgée dans le temps, le temps long, le temps où nos cultures se confrontaient et se rassemblaient.

Il y a eu ensuite le protectorat avec là-aussi ses contributions, ses apports mais aussi ses atteintes, ses agressions aux libertés. Et puis,  l’histoire c’est aussi celle de la solidarité dans les épreuves. Et tout à l’heure, il m’a été remis par trois lycéennes un très beau livre sur ceux qui ont donné leur vie, en tout cas, participé aux combats de la France dans les deux guerres. Je n’oublierai jamais, au nom de la France les tirailleurs qui sont venus se battre au cours des deux guerres mondiales. Pas davantage les nombreux compatriotes résidant au Maroc qui se sont illustrés par leur bravoure dans les deux conflits, dont je viens de parler et qui resteront à jamais gravés dans notre mémoire.

Mais l’amitié entre la France et le Maroc ne se conjugue pas au passé. Elle est pleinement inscrite dans le présent et a vocation à se perpétuer dans l’avenir.

Depuis 1975, tous les Présidents de la République sont venus au Maroc. A chaque fois, ce fut une étape supplémentaire dans le resserrement des liens. A chaque fois, il y a eu des engagements qui se sont traduits. A chaque fois, il y a eu des progrès qui ont pu être constatés. Parce que l’amitié entre la France et le Maroc dépassent les alternances politiques en France, dépasse les clivages partisans. C’est un engagement irréversible de notre pays.

Mohammed VI a été le premier chef d’Etat que j’ai reçu officiellement à Paris au lendemain de mon élection. Et lui-même a veillé à faire en France sa première visite d’Etat lorsqu’il accéda au trône, signe de cette amitié, volonté de la prolonger au-delà des personnes.

Je veux saluer d’ailleurs la transition démocratique qui a été engagée ici au Maroc et qui s’accélère avec l’adoption de la nouvelle Constitution. Certes, il y a encore, comme pour toute démocratie, des imperfections, des progrès, des améliorations mais en même temps, le Maroc avance et de manière irréversible dans le chemin long de la démocratie.

Dans l’entretien que j’ai eu avec le Roi, avec le ministre des Affaires étrangères, Laurent FABIUS, nous avons évoqué les grands sujets, ce qui vous préoccupe et nous mobilise.

D’abord le Mali, le Maroc a soutenu dès le début, dès le premier jour, l’intervention française. Nos armées sont, en ce moment même, engagées sur le territoire malien. Plus de 4 000 soldats qui ont été accueillis comme des libérateurs, qui font en sorte de permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale, qui ont chassé les terroristes, il en reste, et qui encore en ce moment cherchent à libérer  nos otages encore retenus au Mali.

Leur mission est bientôt terminée car ils ont à la fois arrêté l’offensive terroriste, permis au Mali de retrouver le contrôle de ses villes et de son territoire. Ils sont dans la dernière phase. Et ensuite, ils se retireront progressivement, les Africains prenant le relais et bientôt dans le cadre d’une opération de maintien de la paix  décidée par les Nations Unies. Je suis fier de ce qu’ont fait nos soldats, fier aussi d’avoir vu la France saluée comme elle l’a été.

Nous sommes un grand pays, un pays mondial, un pays qui compte. Nous avons nos problèmes. Nous avons parfois nos oppositions, nos séparations, nos difficultés, nous les connaissons et nous faisons en sorte de les réduire, aussi bien les clivages inutiles que les difficultés qui ne sont jamais insurmontables. Nous essayons et nous y arriverons de redresser notre pays, lui redonner de la force industrielle, productive. Et en même temps, nous devons nous dire que la France est un pays qui peut décider seule, au nom de la communauté internationale, en fonction des valeurs qui ne nous appartiennent pas en propre mais que nous partageons, des valeurs universelles. Oui, la France a été capable de venir en soutien à un pays et de lutter contre le terrorisme. Et le Maroc l’a parfaitement compris.

Sur la Syrie, nous en avons également parlé avec le Roi, situation insupportable, 100 000 morts depuis deux ans, une dictature qui écrase son propre peuple, une opposition qui cherche à se structurer que nous avons reconnue comme légitime mais qui n’a pas la force des armes et une solution politique qui peinent à trouver enfin son aboutissement. Alors que faire ? Conjuguer encore nos forces avec le Maroc, chercher à solidifier, solidariser nos positions, c’est ce qu’a fait le Maroc en accueillant à Marrakech la conférence des amis de la Syrie, comme nous l’avions fait aussi à Paris. Alors, nous chercherons la transition politique. Nous ferons pression autant qu’il sera nécessaire. Nous éviterons là-aussi la radicalisation dont les terroristes ou les djihadistes  pourraient faire leur bénéfice.

Et puis nous avons parlé de l’avenir de la Méditerranée, la France et le Maroc ont une vision commune. Nous avons besoin des deux rives de la Méditerranée pour construire, ce que j’appelle, une Méditerranée de projets et ça passe par l’économie. Alors, je suis venu, ici à Casablanca, parce que beaucoup d’entreprises françaises y sont installées et parce que nous avons une coopération de haut niveau. Au Maroc, il y a pratiquement toutes les entreprises du CAC 40 qui sont présentes. 36 sur 40.

800 filiales d’entreprises françaises sont également installées ici.  1 100 entreprises au Maroc ont un lien avec la France. Cela correspond à 120 000 salariés. Vous n’êtes pas tous rassemblés mais vous en êtes tous plus ou moins les représentants.  

Le Maroc reste la première destination des investissements français en Afrique. La France participe pleinement aux grands projets du Maroc, pour le TGV, pour les  tramways, pour les villes nouvelles.

Je voulais à travers cette rencontre remercier tous ceux qui contribuent au développement économique du Maroc et surtout à ce lien partenarial que nous avons été capable d’établir. Le Maroc n’est pas un pays en développement, c’est déjà un pays émergent, un pays où il y a une capacité, une ressource, des ressorts, une croissance. Alors nous devons être présents, l’être même encore davantage. Nous sommes le premier client du Maroc mais nous ne sommes plus déjà les premiers fournisseurs. Donc, nous avons vocation à le redevenir.

Les grandes entreprises, je l’ai dit, sont là. Mais nous devons emmener les petites, les moyennes entreprises et là-aussi c’est vous, à travers vos élus, à travers vos représentants, à travers la chambre de commerce de leur facilité l’existence.

Nous devons aussi imaginer des coopérations nouvelles dans des domaines comme les énergies renouvelables, comme l’agro-alimentaire, comme le tourisme où nous pouvons encore faire mieux. Alors, il y a l’idée toujours présente en France de se dire mais si nos entreprises investissent au Maroc, est-ce que ce n’est pas au risque de l’emploi local, chez nous, de l’emploi national, de la production française ? Ces interrogations sont toujours légitimes.

Alors, nous devons imaginer un nouveau concept, celui de co-localisation industrielle, que les entreprises françaises viennent ici, oui et en même temps cela va entraîner un courant d’échange favorable à l’emploi en France. Et c’est ce qui se passe déjà à Casablanca, par exemple pour le pôle aéronautique. Il y a une centaine d’entreprises françaises, dont EADS et Safran, qui travaillent avec les entreprises marocaines et cela contribue, et à l’activité au Maroc et à l’emploi en  France.

De la même manière, nous devons montrer que sur le développement durable, nous pouvons donner, non pas en partage nos technologies, mais montrer que nous pouvons aussi innover au Maroc. C’est ce que nous allons faire pour les villes nouvelles. Nous allons le faire aussi dans le domaine de l’assainissement. Je viens de visiter la première usine de traitements des eaux du Grand Casablanca. C’est un bel exemple là-aussi de ce que nous pouvons faire.

Et puis, il y a une autre idée que nous avons évoquée, sa Majesté et moi-même : est-ce que nous ne pourrions pas fédérer nos forces, Maroc et France, pour servir le développement du continent africain, pour porter des projets ensemble, pour investir ensemble en Afrique ? Nos deux pays partagent la volonté d’aider un certain nombre de pays en Afrique et de  travailler dans la même direction avec nos atouts spécifiques, avec nos forces respectives et faire en sorte de conquérir, nous aussi, Français et Marocains, de nouveaux marchés.

Voilà, ce que je voulais vous dire sur le plan économique. Mais en même temps, entre la France et le Maroc, c’est une relation humaine, c’est-à-dire des échanges entre des hommes et des femmes.

Un million de Marocains résident en France et encore la statistiques doit être trompeuse car il y a beaucoup de Français qui sont d’origine marocaine et qui ont la nationalité française.  Et puis, il y a aussi tous ceux qui Marocains de France, quelle que soit leur nationalité sont des binationaux ou pas et contribuent à la richesse de la France.

De grandes personnalités nous apportent leur culture. Je salue ici Tahar Ben Jelloun, grand écrivain né au Maroc et qui a tant contribué à la littérature française.

Mais il y a aussi tous les artistes, je ne vais pas les citer tous. Vous les connaissez, ils viennent d’ailleurs se produire régulièrement à Marrakech ou ailleurs. Il y a les humoristes nombreux, à croire que pour rire en France il faudrait aller chercher au Maroc. Je vais en citer un parmi d’autres, le plus connu, je ne veux pas me fâcher avec les autres.  Djamel Debbouze, qui a dit cette chose très juste comme souvent. Il a dit les Marocains, ils ont d’abord défendu la France, ensuite ils ont contribué à construire, ou à reconstruire la France au lendemain du second conflit mondial. Et puis maintenant les Marocains de France, ils racontent la France. Et donc, ils participent pleinement à la culture de France, au langage, aux mots de la France et avec la volonté d’y contribuer pleinement.

Et puis, vous, communauté française au Maroc, vous êtes l’une des plus importantes communautés françaises du monde. Là-aussi, les statistiques sont trompeuses.  Les consuls font parfaitement leur travail. Ils vous ont donc recensé. 45 000 dans les six consulats, mais on me dit qu’en fait vous seriez 80 000, non pas de manière irrégulière, vous ne risquez rien. Mais tout simplement parce que vous ne vous êtes pas fait inscrire. Et puis il y a tous les   Français de passage, dont on ne sait pas s’ils sont résidents ou pas résidents. Mais ce qui importe, c’est l’échange, c’est de savoir que votre communauté augmente chaque année.

En dix ans plus de 66% de Français de plus au Maroc. C’était avant mon élection, cela n’a rien à voir. Tout simplement pour la beauté, pour le climat et pour la vie au Maroc. Un tiers des Français établis au Maroc a moins de 18 ans. Là-aussi, vous êtes l’une des communautés les plus importantes établies à l’étranger. Je veux vous en remercier parce que, établis à l’étranger et Français de l’étranger, vous contribuer au développement de la France, à la promotion de la France, à l’économie de la France,  à la culture de la France,  à l’enseignement du français.

Néanmoins toute communauté a ses problèmes et les Français de l’étranger ne sont pas différents des Français qui vivent en France.

Il y a toujours la question de la scolarité. Plus grave encore, plus difficile encore, quand on vit à l’étranger. Je sais ce que représente les frais d’inscription et donc ce qu’il convient de faire pour l’attribution des bourses.

Je sais aussi qu’il y a une partie de nos compatriotes qui n’est pas la plus fortunée, qui souffre de difficultés sociales parfois d’isolement, de vieillissement et là-encore nous devons veiller à ce que les prestations sociales aillent bien vers ces compatriotes.

Et puis il y a la question de la sécurité dont je me suis entretenu avec le Roi et je continuerai de le faire avec le gouvernement. Parce que, pour nous, c’est un objectif essentiel, c’est une priorité en France, mais c’est une priorité hors de France. Je fais confiance aux forces de sécurité marocaines. Nous avons une très bonne coopération. Elle est permanente, elle est étroite. Elle est entière. Et je veux ici vous donner tous les éléments pour vous rassurer s’il en était besoin.

Voilà, Mesdames et Messieurs, chers compatriotes, ce que j’étais venu vous dire.

Vous êtes des Français installés au Maroc ou de passage au Maroc, certains depuis toujours, d’autres selon les activités professionnelles, les rencontres personnelles, les choix de vie. Vous avez, à la fois, des droits à faire valoir et en même temps vous avez d’une certaine façon une responsabilité aussi, contribuer au développement de la relation entre la France et le Maroc, promouvoir nos industries, notre langue –je le disais-, tout simplement prolonger l’histoire parce que chacun, à sa place, doit veiller à être à la fois fidèle à l’histoire, au passé et en même temps à inventer. Une amitié, ce n’est pas un pacte, ce n’est pas un contrat, ce n’est pas non plus un engagement irréversible. Une amitié comme celle qui existe entre la France et le Maroc, cela s’entretient, ça se cultive, ça s’enrichit et donc c’est vous qui permettez à cette amitié d’être toujours aussi belle et de rester une promesse d’avenir.

Merci pour votre accueil.   

 

 

Restez connecté