Intervention du président de la République à l'occasion de l'inauguration du navire CMA CGM "Jules Verne"

Monsieur le président SAADÉ,

Vous vivez et vous nous faites vivre un moment exceptionnel ici, à Marseille, en présence d’un ancien Premier ministre, de ministres, du maire de Marseille, parlementaires, du président de la Région, des acteurs économiques qui tous ont conscience que l’inauguration du « Jules-Verne » est une étape importante pour le port de Marseille, pour la ville de Marseille et pour la France tout entière.

Nous inaugurons en effet, l’un des fleurons de la flotte commerciale de notre pays. Un « géant des mers », nous sommes d’ailleurs, modestes à côté de lui ! Il s’impose à nous et je vous remercie d’avoir mis les conteneurs aux couleurs de la République.

Je veux aussi saluer les autorités libanaises qui marquent ainsi la relation, elle-même exceptionnelle, entre la France et le Liban. Vous êtes ici l’un de ceux qui permettent à cette relation d’avoir, à la fois, la créativité indispensable et la fidélité nécessaire.

Ce bâtiment, je le disais, impressionne. Il impressionne par sa force, sa longueur – 400 mètres – sa taille. Vous nous dites que la Tour Eiffel est moins grande que lui, mais vous ajoutez, car vous avez du respect pour Paris – même à Marseille ! –, vous faites en sorte que la Tour Eiffel ne soit pas citée. Votre bateau est plus grand que la Tour Eiffel.

En volume, il pourrait contenir la Cathédrale « Notre-Dame », c’est vous dire si nous sommes impressionnés ! Et la poussée est équivalente à dix réacteurs d’Airbus A380 pour porter votre porte-conteneurs à la vitesse de croisière. Nous avons tout ici : une cathédrale, des Airbus, Paris et Marseille confondus…, nous avions raison d’être là.

Votre bâtiment impressionne aussi par la somme d’intelligences réunies et je veux saluer tous les ingénieurs, techniciens ou ouvriers qui ont démontré, là-encore, la qualité de leur savoir-faire.

A cette prouesse technique, se sont ajoutées l’innovation environnementale et la performance économique. Le transport d’un conteneur de 20 tonnes sur le « Jules-Verne » entre la Chine et l’Europe sera moins coûteux que le transport d’un passager par avion et sera plus sobre en carburant – et donc en émission de CO2 – qu’aucun autre porte-conteneurs aujourd’hui dans le monde. C’est dire si le résultat est considérable.

J’ajoute et ce n’est pas la moindre de mes remarques et de mes félicitations, que le « Jules-Verne » battra pavillon français. Nous en éprouvons une légitime fierté. C’est un morceau, un beau morceau de France qui sillonnera les « sept mers ». Mais c’est également une preuve de notre compétitivité car le pavillon français est reconnu pour la rigueur de ses règles de sécurité, de sûreté, de protection environnementale mais aussi pour ses qualités économiques.

Cette cérémonie me permet de saluer deux réussites. La vôtre d’abord, Monsieur le président, et celle de votre famille ici rassemblée, attachée, je l’évoquais, à vos racines libanaises, venue en France dans des circonstances que vous avez rappelées. Pour un séjour, au départ, dont vous ne connaissiez pas la durée et qui hélas, grâce aux épreuves, nous permet aujourd’hui de compter parmi nous l’un de nos plus grands investisseurs et à Marseille d’être votre ville d’adoption.

La réussite, c’est celle de votre entreprise familiale – avec une participation du fonds stratégique d’investissements et donc, d’une certaine façon, de l’Etat – devenue à taille mondiale. CMA-CGM fêtera son 35ème anniversaire avec des résultats qui font légitimement votre fierté : 414 navires exportent chaque année 6 millions de tonnes de produits français.

Avoir un armateur, avoir un pavillon français, c’est aussi pouvoir davantage exporter. Votre groupe est présent dans le monde entier mais il faut toujours avoir une base, un ancrage. Et c’est ici, à Marseille. 4500 de vos 18 000 collaborateurs sont installés en France, dont la moitié à Marseille, faisant d’ailleurs de CMA-CGM, le premier employeur privé de la ville.

Votre identité marseillaise, vous avez voulu la marquer par un geste architectural, un immeuble que l’on pouvait voir de partout, une sorte de Tour Eiffel, de « Tour Saadé » et qui est devenue le rayonnement, aussi, de la métropole. La tour, vous en avez fait le siège de votre groupe et la première étape de la rénovation urbaine Euroméditerranée.

Votre entreprise contribue au dynamisme du port de Marseille. Je le rappelle parce que ce n’est pas toujours connu de nos compatriotes, Marseille c’est le premier port français, c’est le troisième port pétrolier mondial. Le port de Marseille a traité l’an dernier près de 90 millions de tonnes de marchandises, accueilli 2,5 millions de passagers. La région, la ville peuvent mesurer ce que le port de Marseille apporte à l’économie.

L’Etat doit donc considérer le port de Marseille comme un atout, comme une force pour son développement. C’est la raison pour laquelle je veux en faire un enjeu pour la compétitivité de notre économie avec une stratégie portuaire qui sera conçue autour de trois priorités.

La première, c’est la simplification de l’accès à nos ports. La création d’un guichet unique permettra de limiter à une seule les formalités déclaratives, administratives, douanières imposées aux clients du port. Partout nous devons faire simple, nous devons faire rapide, nous devons faire efficace.

La deuxième priorité, c’est l’amélioration des dessertes portuaires. Plus de 80% des marchandises traitées dans le port de Marseille sont acheminées par la route. C’est trop. Alors que seulement 15% circulent par la voie ferroviaire et moins de 5% par la voie fluviale.

C’est un déséquilibre qui devient un handicap. Si on prend les ports concurrents – Hambourg, Rotterdam – le rail et le fluvial représentent 40% des acheminements. Nos grands ports doivent donc s’inscrire dans la modernisation des réseaux : réseau ferroviaire, réseau fluvial.

Le ministre des Transports, M. CUVILLIER, veillera avec les gestionnaires de réseaux, c’est-à-dire Réseau Ferré de France et Voies Navigables de France, à mieux relier les différents modes de transports avec les ports et notamment avec le port de Marseille.

Prenons un exemple. Nous pourrions mieux relier Fos et Marseille au sillon rhodanien et à l’autoroute ferroviaire Perpignan-Luxembourg. Mais j’aborde déjà un sujet – les infrastructures de transport – qui risque de me mettre en péril au moment où nous attendons – et c’est bien légitime après une concertation – que l’Etat puisse fixer ses lignes de conduite par rapport aux grandes infrastructures de transport. Elles seront animées par plusieurs principes.

D’abord qu’est-ce qui contribue le plus au développement économique ? Qu’est-ce qui est le plus favorable au développement durable, à la protection de l’environnement ? Qu’est-ce qui permet de relier les infrastructures les unes avec les autres, et donc de permettre que nous ayons une meilleure efficacité de notre système de transports ? Les ports sont au cœur, si je puis dire, de cette réflexion.

La troisième priorité, c’est de développer les capacités sur les conteneurs. Vous avez évoqué ce qui avait été pour vous la première rencontre avec un conteneur, cela remontait à loin. Mais de cette rencontre est né un bel enfant, car le conteneur a bouleversé le monde du transport, de la logistique, a même transformé les chaînes industrielles et la fabrication, l’organisation même des usines. Parce qu’avec le conteneur c’est toute la chaîne de la production jusqu'à la distribution qui est modifiée. La France a du retard à combler. Ici, en Méditerranée, Marseille, avec un million de conteneurs traités, ne soutient pas encore – pas encore – la comparaison avec Valence, Algésiras ou Barcelone.

Alors, là aussi, nous devons agir : investir dans les capacités de traitement du conteneur à Fos. Les deux terminaux mis en service en 2011 vont dans ce sens. L’un d’eux, d’ailleurs, a été laissé à un opérateur que vous connaissez bien, puisque c’est votre groupe, en tout cas une filiale de CMA-CGM. Je pense aussi au futur terminal de Fos 4XL, qui donnera à Marseille une capacité d’un million de conteneurs supplémentaires en 2020.

Enfin, les bassins Est de Marseille devront également accueillir les trafics intra-méditerranéens de remorques et de conteneurs, et c’est le projet de nouveau terminal de transport combiné de Mourepiane qui sera opérationnel en 2015. Je rappelle que l’Etat y investira 20 millions d’euros, soit le tiers du coût total de l’équipement.

Mais je ne veux pas rentrer dans trop de détails. Car il y a une part d’émotion dans notre rendez-vous d’aujourd’hui. Cette inauguration me permet d’exprimer l’attachement de notre pays à la vocation industrielle et portuaire de Marseille. Pour être compétitif, un port ne peut pas être fermé sur lui-même. Il doit être ouvert sur l’ensemble des acteurs économiques mais également de la ville.

C’est le sens de la charte « ville-port » qui réunit autour d’une même vision stratégique l’ensemble des acteurs ici rassemblés, acteurs politiques et économiques du territoire. Le port, la ville, sont intimement liés. La dynamique de l’un peut faire la réussite de l’autre. C’est donc un beau jour pour Marseille, pour le port, pour la ville, pour la métropole, j’y reviendrai, mais également pour l’économie de la région, de toute la région.

Inaugurer un bateau – c’est la première fois pour ce qui me concerne et je vous en remercie –, c’est ouvrir de nouvelles perspectives. C’est d’une certaine façon engager une nouvelle aventure : le bateau va partir, il va sillonner les mers, il va porter partout les produits de la France. Il reviendra chargé d’autres produits, c’est la règle de l’échange, et c’est ce qui a toujours fait la tradition du port de Marseille.

Beaucoup d’habitants voient le bateau partir, ils attendront son retour, comme dans les romans d’hier. Dans ce bateau, dans ces conteneurs, il y aura des produits agroalimentaires, mais il y aura aussi du luxe : cela prendra moins de place, cela vaudra peut-être plus cher. Il y a donc toutes les occasions pour imaginer ce qu’un bateau peut porter, transporter. Pour imaginer aussi ce qu’est l’économie mondiale aujourd’hui.

D’une certaine façon, vous avez fait, vous aussi, œuvre d’imagination et de futurisme. C’est la raison pour laquelle vous avez choisi Jules Verne. Parce qu’à un moment, quand on invente un mode de transport, on pense être le premier, mais on est copié. Il faut toujours avoir un temps d’avance. Il faut toujours avoir un temps où le génie s’exprime, où l’on pense que l’on a été le premier.

Vous avez évoqué Jules Verne, je vais le citer à mon tour : « rien d’émouvant, disait-il, comme un bâtiment en partance, l’imagination le suit volontiers dans ses luttes avec la mer, dans ses combats livrés au vent, dans cette course aventureuse ». Il en est des bateaux comme il en est des pays. A un moment nous devons aussi affronter les vents, être sur toutes les mers et être capables de gagner la course la plus aventureuse. Voilà, nous y sommes, Monsieur le président, nous sommes sur le même bateau. Merci.

 

 

 

 

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