Intervention devant la communauté française à Bratislava

Je mesure l’honneur qui m’est fait, à un moment qui est celui de plusieurs anniversaires. 20 ans que la Slovaquie est indépendante, 10 ans qu’elle a rejoint l’Union européenne, 5 ans qu’elle a adhéré à la zone euro. C’était l’occasion parfaite pour venir rappeler la relation entre la France et la Slovaquie.

Parce que la France a toujours été aux côtés de la Slovaquie dans notre histoire. J’en ai eu une nouvelle preuve avec cette exposition au château de Bratislava où – j’en félicite ceux qui l’ont organisée – on a exhumé des archives. Je ne parle pas simplement des archives du Quai d’Orsay, mais également des documents très anciens qui prouvent que dès le Moyen-Age, il y avait des relations entre nos deux pays.

Nous avons été aux côtés des Slovaques, comme les Slovaques ont été à nos côtés lors de la Première Guerre mondiale. Nous avons été aussi ensemble dans les combats contre le nazisme. La France a été également aux côtés des Slovaques pour, lors de la « Révolution de velours », assurer leur liberté et, selon leur propre vœu, leur indépendance. J’ai retrouvé, dans cette exposition, les photos de François MITTERRAND venant – mais c’était la Tchécoslovaquie, saluer cette Révolution de velours.

20 ans ! Que de chemin parcouru par la Slovaquie ! Qui aurait pu imaginer qu’en 20 ans la Slovaquie ait pu se transformer à ce point ? A la fois se doter d’institutions solides, stables, démocratiques, être capable de pouvoir ouvrir son économie et enfin être le premier pays de l’Europe centrale à rejoindre la zone euro. Alors si on se dit que les Slovaques ont été capables de faire cela en 20 ans, vous imaginez pour les 20 prochaines années ce qui est devant nous, comme autant de défis que nous pouvons relever !

Nous sommes souvent - je ne parle pas des Slovaques, je parle des Français - toujours en train de nous interroger : savoir s’il y a un sens de l’Histoire, si nous avançons encore, s’il y a une perspective de progrès… Il y en a même qui pensent que c’était mieux hier – je parle d’hier ou d’avant-hier – avec ce doute sur nous-mêmes… Oui, l’histoire avance ! Elle peut même s’accélérer. C’est tout le sens de ce que nous avons à faire pour l’Europe.

L’Europe, les Slovaques en attendaient beaucoup, en attendent encore énormément, en reçoivent néanmoins, à la fois par la stabilité que l’Europe procure et également par la solidarité, à travers son budget notamment. N’oublions pas que 75% des investissements publics slovaques sont financés par l’Union européenne.

L’Europe, nous aussi, nous en attendons beaucoup. Nous en attendons une protection par rapport aux aléas des marchés. Nous attendons aussi qu’elle nous permette d’avancer vers de nouveaux enjeux : la transition énergétique, les nouvelles technologies et tant d’autres investissements que nous avons à porter ensemble. Ce que nous attendons de l’Europe, c’est qu’elle nous procure davantage de croissance, de l’emploi et également toujours une forme d’idéal : qu’avons-nous à faire ensemble ? Sûrement était-ce plus simple quand l’Europe était à 12 ou 15. Elle est à 28 et peut-être que d’autres pays nous rejoindront.

Alors il faut se donner de nouvelles étapes dans la construction. C’est ce que nous avons fait avec le président de la République et le Premier ministre slovaque. Nous avons réfléchi ensemble à ce que nous pouvions faire. On dira, mais quel est le rapport entre la France, pays fondateur, et la Slovaquie, pays nouvellement adhérent ? Quel est le rapport entre une grande économie, la deuxième d’Europe et une économie qui n’est pas aujourd’hui la plus prospère d’Europe même si elle est dynamique ?

Ce que nous avons à faire, c’est porter le même état d’esprit, c’est-à-dire la même volonté. Nous sommes conscients qu’il y a des menaces : menace de désespérance des peuples, menace aussi de montée des extrémismes. Mais il y a aussi de beaux enjeux à relever et c’est ce que vous faites.

Cet après-midi, j’ai rencontré les acteurs économiques : 400 entreprises françaises présentes ici, investissant, créant des emplois – 35 000. Quelques fois cela inquiète en France… On se dit : est-ce que ces investissements, qui sont fait dans des pays d’Europe centrale, ne sont pas au détriment de ce que l’on pourrait faire dans notre propre pays ? Il faut y faire attention.

Je pense qu’il y a des courants d’échanges, des courants d’investissements qui sont utiles aux deux pays, en l’occurrence la Slovaquie et la France. J’encourage les entreprises françaises à continuer à travailler ici et à appeler un niveau d’activité plus élevé encore dans notre pays. Nous avons signé un partenariat stratégique. Il existait déjà. Nous lui avons donné un contenu, d’abord sur l’énergie.

Il se trouve que la France et la Slovaquie ont choisi l’option du nucléaire pour la production d’électricité. C’est un legs de l’histoire, c’est aussi un choix stratégique. Nous devons le valoriser et travailler ensemble. C’est ce que nous avons décidé de faire. Je sais qu’il y a ici des représentants d’entreprises énergétiques et je pense que nous pouvons avoir une certaine fierté. Nous sommes capables de préparer un réacteur de nouvelle génération ensemble. Nous avons également les économies d’énergie. Nous avons des entreprises tout à fait performantes en France sur ce terrain-là. Le partenariat stratégique inclut cette dimension.

Ensuite, les infrastructures. J’étais dans ce forum à côté du Premier ministre Robert FICO. Il me disait toute sa fierté d’avoir des autoroutes - je ne dirais pas construites par une entreprise française pour ne pas donner le sentiment d’une confusion - mais je pense que nous avons une marque France à développer.

La coopération entre nos deux pays, ce n’est pas simplement l’économie - c’est beaucoup l’économie -, mais c’est aussi la culture et la langue.

Je salue tous ceux qui y contribuent. D’abord, le réseau scolaire français à l’étranger, ici, en Slovaquie. Tous les enseignants et les personnels s’y dévouent parce que c’est à la fois un droit, le vôtre, de pouvoir mettre dans de bonnes conditions vos enfants dans l’école même si cela a un coût, je le connais. Mais c’est aussi un devoir pour nous, Français, de faire rayonner notre culture et notre langue. Je salue donc ceux qui y contribuent.

Je parlais de l’exposition de l’Institut français qui, avec les alliances françaises, font en sorte que l’on parle un peu plus - je ne dis pas un peu mieux - le français. La Slovaquie est membre observateur de l’organisation internationale de la Francophonie. Le français n’est pas simplement une langue que nous voulons voir parler pour l’honneur d’être français et la fierté d’avoir une langue internationale. C’est aussi un élément de diversité, de culture et de promotion économique.

Je voulais aussi dire combien je souhaite que les Français dits de l’étranger soient bien représentés. Il y a des élus. Je salue le députe, M. LE BORGN' qui m’accompagne. Il y a des conseillers qui représentent les Français de l’étranger. On va même augmenter leur nombre. C’est très important que ces élus puissent être à vos côtés pour traiter les questions qui vous concernent directement.

Je n’aime pas beaucoup le mot « expatrié ». C’est comme si l’on était loin de sa patrie… On est toujours patriote et Français, où que l’on soit. On l’est parfois même davantage à l’extérieur qu’à l’intérieur. On a l’impression de défendre nos couleurs tout en servant les intérêts du pays où l’on est.

C’est la raison pour laquelle, chaque fois que je me déplace - l’occasion était trop belle, ici, à Bratislava, pour ces anniversaires - je veux rencontrer ceux que l’on appelle « les Françaises et les Français de l’étranger », c’est-à-dire vous, pour vous donner des nouvelles du pays si vous en manquiez, si vous n’aviez pas les actualités, les informations.

Notre pays a accompli beaucoup d’efforts ces derniers mois, ces dernières années. Ces derniers mois, tout particulièrement parce que cela a été dur. Il fallait redresser les comptes publics, remettre l’économie dans le bon sens, sortir de la récession, faire en sorte que nous puissions retrouver un niveau d’investissement et de croissance.

Il y a toujours des impatiences. Il y a toujours des incompréhensions, des colères. Quel est le rôle du président de la République ? C’est d’apaiser, de comprendre. Et, en même temps, de tracer la voie, de continuer. Si l’on relâche la pression qui doit être sur nous pour nous élever, pour nous permettre d’être plus forts – pas simplement dans la compétition, c’est déjà un point important, mais plus forts ensemble – alors, le risque, c’est que nous perdions confiance en nous-mêmes.

La France est un grand pays, leader en Europe, qui a besoin d’avoir aussi une relation amicale avec les Allemands parce que nous avons cette resonsabilité de conduire l’Europe. La France est un pays influent dans le monde et vous en faites également l’expérience. On attend la France, on regarde la France pour les valeurs qu’elle porte, pour les principes qui l’ont fondée. Nous avons donc un devoir : être toujours en capacité de donner à notre pays le sentiment qu’il est un grand pays. Vous y contribuez et c’est pourquoi je tenais à vous exprimer toute ma gratitude.

Ce soir, il y aura encore un dîner officiel avec les autorités slovaques qui attendent beaucoup de nous et de la France. Il ne s’agit plus simplement de libertés, elles sont acquises ici. Il s’agit de savoir si nous serons capables de donner un contenu à la construction européenne, si nous serons capables, ensemble, tous ensemble, de tracer la voie.

Dans les discussions que j’ai eues avec le Premier ministre comme avec le Président, c’était le message qui nous était passé : « la France, vous devez ouvrir le chemin ! » Aujourd’hui encore, vingt ans après l’indépendance de la Slovaquie, il nous revient, avec les Slovaques d’ouvrir le chemin.

Merci.

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