Intervention de M. le Président de la République lors de la Cérémonie d’hommage aux victimes de l’attentat du 19 mars 2012

Monsieur le Premier ministre de l'Etat d'Israël,

Nous vivons un moment exceptionnel parce qu'ici s'est produite une tragédie, elle-même, exceptionnelle.

Nous sommes réunis avec les Ministres du Gouvernement français, avec les représentants de l'Etat d'Israël, avec nos ambassadeurs, avec les représentants de la communauté juive, ici à Toulouse mais aussi en France, avec les élus de la région, le Maire de Toulouse et les parlementaires. Tous ceux qui contribuent à l'esprit public.

Nous sommes ensemble parce qu'il y a sept mois et demi, ici, devant cette école, un terroriste dont la barbarie armait la lâcheté, tuait Jonathan SANDLER, 30 ans, ses deux enfants Arieh et Gabriel ainsi que Myriam MONSONEGO, la fille du directeur, et blessait grièvement un adolescent de 16 ans, Aaron BIJAOUI.

C'était le 19 mars 2012. La France était saisie d'effroi devant ce drame. J'étais venu, à Toulouse, ce jour-là, exprimer ma compassion. Je revois encore les visages bouleversés, tordus de chagrin, du directeur, de son épouse. Je me souviens des parents qui m'avaient accueilli, à la fois partagés par la dignité qui devait être le seul moyen de répondre à la barbarie et en même temps l'inquiétude de savoir qui, comment, pourquoi... J'entends encore les cris et les pleurs, je me souviens aussi du courage de ces parents, de ces élèves. Je ne les ai jamais oubliés et je ne les oublierai jamais.

Aujourd'hui, je reviens comme Président de la République, dans les mêmes lieux, cette école, votre école, pour évoquer la mémoire des victimes et partager la peine des familles avec le Premier Ministre d'Israël.

Ces enfants de la France reposent aujourd'hui à Jérusalem. Nos deux pays, nos deux peuples, sont réunis autour de leur souvenir.

Monsieur le Premier Ministre, vous représentez un pays créé, au lendemain de la Shoah, pour servir de refuge aux juifs. C'est pourquoi chaque fois qu'un juif est pris pour cible parce que juif, Israël est concerné. C'est le sens de votre présence. Je la comprends, je la salue, je vous accueille.

Je veux aussi devant vous - familles, représentants, élus, vous aussi M. le Premier ministre - rappeler la détermination de la République Française à combattre sans relâche l'antisémitisme.

Il sera pourfendu dans toutes ses manifestations, les actes mais aussi les mots.

Il sera pourchassé partout, y compris derrière toutes les causes qui lui servent de prétextes ou de masques.

L'antisémitisme sera poursuivi par tous les moyens, partout où il se diffuse, en particulier sur les réseaux sociaux qui accordent l'anonymat à la haine.

Les juifs de France doivent savoir que la République met tout en œuvre pour les protéger. La garantie de leur sécurité est une cause nationale. Elle n'est pas l'affaire des juifs mais celle de tous les Français. Cette garantie devra en priorité être celle des écoles, car aucun enfant ne doit avoir peur en allant étudier, aucun parent ne doit craindre de laisser ses enfants partir en classe.

Avant cette cérémonie, un enfant m'a interrogé et il m'a demandé : Combien de temps encore les forces de police seront présentes à l'entrée de l'école ? J'ai répondu : autant de temps que nécessaire. Et autant de force que souhaité. Et partout en France, là où il y a une menace, où il y a un risque.

Mais le but de la République, c'est qu'il n'y ait plus jamais aucun policier devant une école.

Contre le terrorisme mon pays est sans faiblesse.

Son honneur, c'est de conduire ce combat sans jamais avoir à renoncer à ses principes.

Le drame de Toulouse a révélé certaines failles dans l'organisation de notre renseignement. Un rapport a été demandé par le ministre de l'Intérieur. Il est aujourd'hui établi et toute la lumière sur ce qui s'est passé sera faite. Je m'engage une nouvelle fois devant vous, c'est-à-dire devant les familles, devant les Français, pour que toute la vérité soit faite. Nous devons tirer toutes les leçons de cette tragédie et briser le plus tôt possible les engrenages qui conduisent au terrorisme.

C'est la raison pour laquelle notre gouvernement vient de déposer un projet de loi qui étend les moyens d'action dont nous disposons. Nous serons intraitables avec ceux dont il aura été établi qu'ils ont séjourné dans certaines zones perméables aux pires idéologies de la haine. Tous nos services sont et seront mobilisés pour intervenir.

Mais notre principale force, c'est notre unité.

C'est l'unité, au-delà de nos différences, qui nous a permis le 19 mars dernier de nous réunir au-delà des sensibilités. Nous étions en pleine campagne présidentielle, et toutes les familles étaient conscientes que l'ensemble de la République était mobilisée, frappée, que toutes les religions, toutes les croyances, toutes les sensibilités étaient également réunies pour apporter la solidarité aux familles et pour, aussi, condamner avec force le terrorisme.

Encore aujourd'hui, c'est dans l'unité que nous devons lutter contre le fanatisme et que nous devons refuser tous les amalgames. L'islamisme radical n'est pas l'Islam. Et nous devons faire en sorte que chacun, dans la République, puisse être protégé quelles que soient ses origines, quelles que soient ses croyances, quelle que soit sa religion. C'est la liberté de conscience que garantit la laïcité laquelle fonde notre République.

Le terrorisme concerne tous les Français car l'individu qui a assassiné des juifs dans cette école, quelques jours auparavant, avait délibérément tiré sur trois soldats.

Je veux associer leur nom à cette cérémonie: Imad IBN-ZIATEN, Abel CHENNOUF, Mohamed LEGOUAD. Trois hommes qui avaient choisi de servir la patrie et qui sont tombés parce qu'ils portaient l'uniforme de notre armée.

Monsieur le Premier Ministre, nous sommes ici côte à côte car nos deux peuples sont unis et solidaires dans ce drame.

Nous sommes ici, ensemble, car nous voulons avec cette cérémonie rendre hommage aux victimes, à toutes les victimes de l'antisémitisme, du racisme, du terrorisme.

Nous sommes ici réunis dans cette école pour dire ce message simple, qui doit être entendu au-delà de nous, au-delà de ce lieu : la vie est plus forte que tout, et elle ne cède devant aucune menace, aucune épreuve, aucune tragédie. Les parents, ici présents, en font la démonstration. Ils ont fait confiance à leur école, ils sont restés et ils ont fait confiance à la France.

Je veux également dire combien les parents des victimes qui se sont exprimés, ont fait la démonstration de la force, du courage, de la dignité, de l'exemple. Nous retiendrons leurs mots comme autant de leçons pour la conduite humaine. Quelle belle preuve d'humanité après l'épreuve que vous avez supportée dans votre chair !

Le 1er novembre en France, c'est le jour où les défunts sont célébrés. Le 1er novembre, c'est aussi, on le dira, là où nous nous sommes réunis, dans cette école « Ohr Torah », qui représente un symbole : le symbole de la souffrance, de la souffrance inconsolable mais en même temps un symbole de l'espérance, de l'espérance inaltérable. C'est cette souffrance qui nous conduira à agir, encore, avec fermeté et vigilance, et c'est cette espérance dont la France sera digne, avec vous, dans les prochaines années.

Merci

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