Avril 2014

Inauguration du pôle mère-enfant Laennec de l’hôpital universitaire Necker-Enfants malades

Mesdames les ministres,

Mesdames et Messieurs les parlementaires et les élus,

Madame la Première adjointe au maire de Paris,

Monsieur le Président du conseil de surveillance,

Madame la directrice générale,

Monsieur le directeur de l’hôpital,

Je n’ose pas dire Madame la Conseillère générale, parce qu’on croira que nous sommes dans notre département de prédilection.

Mesdames et Messieurs,

 

C’est avec grand plaisir et j’allais dire grande fierté que j’ai inauguré le nouveau pôle mère-enfant de l’hôpital Necker. Necker, depuis deux siècles, est un fleuron de la médecine française. Je veux saluer tous les personnels qui s’y dévouent : médecins, cadres de santé, personnels hospitaliers, tous unis dans le même effort, dans la même volonté qui est de permettre l’accès aux soins pour tous.

Necker, c’est ici que la pédiatrie moderne s’est développée et s’est peut-être même inventée autour de Robert DEBRE puis de Pierre ROYER, Jean FREZAL et Jean REY. Autant de noms qui sont restés dans l’histoire de la médecine et de la pédiatrie. C’est ici aussi, avec Robert DEBRE qu’ont été conçus les Centres hospitalo-universitaires.

C’est encore ici, en 1952, que Jean HAMBURGER réalisa la première greffe de rein.

C’est ici, à Necker, que vous êtes considérés comme l’hôpital pédiatrique de référence, d’excellence. Toutes les spécialités du soin de l’enfant sont représentées, avec des équipes qui sont parmi les meilleures du monde. J’ai eu l’occasion d’aller auprès de mères qui ont toutes témoigné de ce qu’a été l’apport non seulement des techniques médicales les plus modernes, mais aussi de l’affection, de l’accompagnement, de l’encadrement qui leur ont permis d’avoir un accouchement qui pouvait être difficile et qui est devenu un bonheur.

 

Necker, c’est aussi la prise en charge des maladies rares qui concernent en France près de 4 millions de personnes, et en particulier les enfants puisque 80% de ces maladies sont d’ordre génétique. La plateforme maladies rares et les plans qui ont suivi ont conduit à la labélisation de 131 centres de référence dont 36 à Necker, qui abrite aussi la banque nationale de données.

Necker, toujours Necker qui accueille l’institut hospitalo-universitaire IMAGINE dont le projet est d’identifier, de comprendre, puis demain, de traiter les maladies génétiques. Avec cette capacité de lier la recherche fondamentale et la recherche clinique, et de permettre que le soin puisse suivre immédiatement la découverte.

L’hôpital Necker s’est donné aussi les moyens de détecter ces maladies génétiques. Il en est ainsi du diagnostic préimplantatoire qui permet au troisième jour qui suit la fécondation in vitro, d’identifier chez un embryon l’existence d’une anomalie génétique conduisant à une maladie grave et irréversible. J’ai eu une discussion, trop brève, avec les spécialistes de ces questions, ici dans cet hôpital, qui montre que les limites reculent, que les frontières sont repoussées et que ce qui paraissait impossible il y a encore quelques années, devient réalisable aujourd’hui, grâce à cette recherche, grâce à cette technologie. Il n’y a en France que trois autres établissements autorisés à pratiquer une telle technique. La conséquence est qu’en moyenne un couple doit attendre deux ans avant d’être pris en charge. Cela n’est pas acceptable et donc ne sera pas accepté. Je demande à la ministre de la Santé, Marisol TOURAINE, de renforcer les moyens des centres existant, et si nécessaire d’en créer de nouveaux.

L’hôpital Necker-Enfants malades est aussi, et je l’ai constaté, un établissement de proximité. Le 15ème arrondissement est représenté dans toute sa diversité et c’est votre hôpital. C’est l’hôpital du 15ème et du 7ème, soyons justes : on prévoit que 75 000 enfants seront accueillis aux urgences chaque année.

En pédiatrie et en obstétrique, ce sont 3 000 naissances, 40 000 hospitalisations, 200 000 consultations. Autant d’activités qui, jusqu’à cette année, étaient dispersées dans plusieurs bâtiments, parfois dans d’autres hôpitaux de l’Assistance Publique. Il y a eu ce regroupement, qui a été voulu, qui a été mené à bien. Et non sans mal puisqu’il a fallu 15 ans, m’a-t-on dit, et c’est une bonne source qui m’en a fait la confidence. 15 ans pour en arriver enfin à cette inauguration.

Ce nouveau Pôle mère-enfants est, ou plutôt a été, une aventure. Au départ, il n’était question que de restructurer quelques plateaux techniques Plus tard, il y a eu le projet de réunir dans un même ensemble toute l’activité pédiatrique de l’hôpital. Puis il a fallu trouver un emplacement où construire le nouveau bâtiment, et je veux saluer le maire de Paris, Bertrand DELANOË et Anne HIDALGO, la présidente du conseil de surveillance de l’hôpital Necker, parce que leur aide a été déterminante pour surmonter les oppositions et permettre l’obtention du permis de construire.

Vous avez même dû trouver, m’a-t-on dit, les moyens de préserver une œuvre d’art mondialement connue – je veux parler de la tour de Keith HARING, qui a même été réhabilitée grâce à cet équipement, qui soigne donc y compris les œuvres d’art.

Mais Laennec fonctionne uniquement pour des enfants. C’est là sa fonction, et toute son organisation le rappelle.

Soigner des enfants, c’est bien sûr leur apporter tout ce que le personnel et la technique médicale sont capables de faire.

Mais soigner des enfants, c’est aussi animer leurs journées d’hôpital. J’en ai pris conscience ici, en voyant les activités ludiques qui étaient proposées. Dans un cadre éblouissant et je veux en féliciter l’architecte. Parce que nous sommes éblouis par la lumière du jour.

Il est vrai que même au plus loin de l’ouverture de l’hôpital, on voit la rue. C’est le talent de l’architecte que d’avoir permis au personnel et aux patients de ne pas être isolés, enfermés comme on peut parfois en avoir l’impression, dans un établissement hospitalier. Vous avez donc prévu des salles de classe, des salles de jeu, et même une radio à laquelle les enfants sont associés.

Soigner des enfants, c’est aussi accueillir leurs parents, leur faire une place dans la chambre avec des fauteuils-lits qui ont pu être, à cette fin, installés. Je veux ici saluer aussi cette initiative. Permettre que les parents soient au plus près de leur enfant.

Soigner des enfants, c’est concevoir l’hôpital avec les yeux d’un enfant. Les couleurs, vous ne les avez pas simplement mises sur les murs, vous les avez également placées au plafond de ces chambres ou de ces lieux d’accueil. Je me suis posé la question : mais pourquoi mettre des couleurs au plafond ? Il faut avoir été malade pour comprendre cette question. Parce que lorsque l’on est malade et transporté, que l’on est dans son lit, on ne voit pas les murs, on ne voit que le plafond. Mettre des couleurs au plafond, c’est permettre de donner de la couleur à la vie.

Vous avez été capables aussi de mettre le malade au cœur du système. C’est un beau principe. Vous l’avez fait en mettant tous les services autour de l’enfant hospitalisé. C’est sans doute là, la caractéristique du projet, qui a été de concevoir le bâtiment avec tous les services possibles pour qu’il n’y ait pas de séparation par rapport à l’enfant qui irait d’un établissement à un autre, d’un service à un autre. Pour que tout puisse être mis à la disposition de l’enfant autour de son lit de petit malade.

Lieu de soins, lieu de recherche, lieu d’enseignement, votre établissement est aussi ouvert sur son quartier et sur la ville. Je pense notamment à toutes ces associations qui y interviennent, ces 500 bénévoles qui aident et accompagnent les enfants et leurs familles. Je sais aussi ce que vous faites Mme CHIRAC, pour intervenir sur un certain nombre d’équipements. Je veux ici tous vous en remercier.

L’hôpital Necker-Enfants Malades est un des fleurons de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. Je salue donc sa Directrice, son Président.

44 établissements, 90 000 professionnels au service des patients venus de toute l’Ile-de-France, de la France entière et même de l’étranger. J’ai omis de rappeler qu’ici, dans cet hôpital, beaucoup des enfants accueillis viennent de l’étranger parce que vous êtes un hôpital de référence.

L’Assistance Publique, ce sont 7 millions de patients soignés chaque année !

Nous avons là un gisement d’expertise, de professionnalisme, de dévouement, de compétence, reconnus dans le monde entier. Nous ne le laisserons jamais s’abîmer. Je fais confiance à tous les ministres ici présents, aux responsables de l’Assistance Publique, pour maintenir cette vigilance.

L’Assistance Publique est aussi le plus gros investisseur hospitalier : 400 M€ chaque année, 10% de l’effort que nous consacrons à l’équipement des hôpitaux, puisque ce sont 4 milliards d’euros par an, 45 milliards sur les 10 prochaines années qui soutiennent les hôpitaux.

L’état de certains établissements appelle des travaux importants. Je sais qu’il y a un certain nombre de débats aujourd’hui. Je pense notamment aux hôpitaux du Nord de Paris. Des interventions doivent être faites, notamment à Bichat et Beaujon. Je connais bien ces établissements. Depuis plusieurs années, ils ont développé de nombreuses complémentarités. Mais les bâtiments sont devenus des contraintes, qui seront bientôt des obstacles. Cette situation ne peut pas durer. Il est indispensable de créer un nouvel hôpital, l’hôpital Nord du Grand Paris, puisque aujourd’hui c’est le Grand Paris qui doit nous animer. Le Grand Paris, ce ne sont pas seulement des infrastructures de transport, c’est déjà beaucoup. Ce sont aussi des établissements hospitaliers de haut niveau. Un nouvel hôpital doit naitre en prise avec son environnement, moderne, un hôpital adossé à un campus qui affirmera sa double dimension : universitaire et recherche.

Il est temps de lancer ce projet.

Mais nous devons avoir aussi le sens de l’impatience, car entre les premières réflexions en 1996 pour ce bâtiment que nous inaugurons aujourd’hui et son achèvement, c’est-à-dire l’inauguration, il s’est écoulé dix-sept ans et les habitants du Nord de Paris et de sa périphérie ne pourront pas attendre autant d’années.

Je demande donc que sous l’égide de la ministre de la Santé et de la ministre de l’Enseignement supérieur, l’Assistance Publique initie rapidement les travaux pour ce nouvel hôpital et son environnement universitaire. Je ne doute pas que la Ville de Paris, la Région Ile-de-France et toutes les collectivités locales concernées, seront associées à ce beau projet, à ce grand projet utile au Grand Paris et surtout à ses habitants.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que j’étais venu vous dire : d’abord une fierté, je l’ai exprimée. Etre Président de la République française, c’est être Président d’un pays qui a fait de la santé l’excellence. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de problème, cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de difficultés dans nombres d’établissements, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de déserts médicaux ou des inégalités, encore, devant l’accès aux soins. Mais nous sommes capables, quand je dis « nous », c’est l’ensemble de la communauté nationale, nous sommes capables de faire de l’excellence, à travers un bâtiment et les équipements qui l’accompagnent. Excellence aussi dans l’intervention médicale.

Mon message, c’était aussi de dire que nous devons traiter la douleur, la douleur de l’enfant qui est sans doute la plus insupportable et faire en sorte que tous les enfants puissent être suivis et accompagnés.

Il y a toujours aussi le risque de la mort. La mort nous ne souhaitons pas en parler, mais pourtant elle est là, c’est une réalité. Et vous savez qu’une réflexion a été lancée et je souhaite qu’elle soit poursuivie par le Comité national d’éthique, pour que la question de la fin de vie, et notamment celle des enfants malades, puisse être abordée. Comment affronter cette réalité, cette douleur, avec respect, avec dignité, avec humanité ; préparer, aider les parents à surmonter cette épreuve. L’expérience de la communauté soignante et des usagers de l’Hôpital Necker-Enfants malades nous y aidera. Et je compte sur vos interventions.

Enfin, mon dernier message, c’est que derrière la technique médicale, derrière le professionnalisme des équipes, il y a le service public. L’hôpital est un service public et son rôle, sa mission, son devoir, c’est d’accueillir les malades, tous les malades. En leur offrant à tous la même considération, la même qualité de soins. Que l’on soit ici, dans le quinzième arrondissement, en Seine-Saint-Denis ou dans un département rural, comme le Morbihan où j’étais il y a quelques jours.

Partout c’est la même exigence, l’exigence de qualité, l’exigence d’égalité. C’est le sens de notre pacte républicain et il se joue dans cette promesse : l’excellence qui est ici déployée dans ce bâtiment Laennec, dans cet hôpital, célèbre parmi beaucoup d’autres, cette excellence doit être accessible à tous. Sans considération de revenus, d’origine, d’âge. Cette promesse, c’est la responsabilité de l’Etat de faire en sorte qu’elle puisse continuer à être tenue, aujourd’hui et surtout demain. Et cette promesse, elle ne pourra être accomplie que si les personnels, les professionnels disposent du soutien des pouvoirs publics et d’équipements comme celui-ci. C’était le sens de mon engagement. Merci.

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