Avril 2014

Discours lors du dîner d'État en Afrique du Sud

Monsieur le Président,

Chère Madame,

Mesdames et Messieurs les ministres, parlementaires et Hautes autorités,

Chers amis,

 

Je veux d’abord remercier le Président ZUMA pour son invitation, son accueil, ses mots qu’il vient de prononcer. Il témoigne de la relation de confiance qui existe entre nos deux pays.

 

La France a, avec l’Afrique du Sud, un lien particulier. La France était aux côtés de l’Afrique du Sud dans le combat que le peuple menait contre l’abomination qu’était l’Apartheid. La France était fière que les idéaux de 1789 puissent inspirer les Sud-Africains dans leur lutte pour leur dignité. La France était heureuse du triomphe de la justice quand les premières élections libres furent enfin organisées dans votre pays.

 

Comment oublier les images de Nelson MANDELA réalisant en 1990 son premier voyage hors d’Afrique du Sud, après tant d’années de détention ? François MITTERRAND, président de la République française l’accueillait sur le parvis des Droits de l’Homme à Paris. Il lui confiait le message suivant : «Vous avez montré ce que peut la force fragile d’un homme. Aujourd’hui, c’est le prisonnier qui guide ses geôliers sur les chemins de la liberté ».

 

Quatre années plus tard, François MITTERRAND fut le premier chef d’Etat occidental à se rendre en Afrique du Sud. Nelson MANDELA était devenu président de la République. Il lui avait préparé une réponse comme en écho de ce qu’il avait entendu quatre ans plus tôt et il déclarait : « Etre libre ce n’est pas simplement se débarrasser de ses chaines, c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres ».

 

Ma visite s’inscrit dans le prolongement de cette belle histoire. Elle permet de rappeler le passé car il nous est commun, et de voir aussi le chemin parcouru depuis maintenant plus de 20 ans.

 

Ce combat pour les libertés a été celui de votre génération. Mais également nombreux sont ceux qui m’accompagnent qui, en France, vous ont appuyé. Je pense à Laurent FABIUS, à l’époque Premier ministre, à Robert HUE, qui dirigeait le Parti communiste, à Christiane TAUBIRA, à Harlem DESIR qui ont été à vos côtés aux moments les plus sombres de la répression.

 

Demain, à Soweto, je rendrai hommage à tous ceux qui ont lutté contre l’Apartheid. J’ai salué la mémoire de ces militants, souvent anonymes, qui ont donné leur vie pour la liberté. C’était à Freedom Park, cet après-midi, avec vous cher Jacob ZUMA.

 

Je suis le quatrième président de la République française à visiter votre pays, après François MITTERRAND, Jacques CHIRAC et Nicolas SARKOZY. Depuis 20 ans, l’Afrique du Sud a relevé bien des défis et elle déploie aujourd’hui, pour son développement, pour son activité économique, la même énergie que celle avec laquelle elle luttait hier contre l’oppression. C’est pourquoi je suis sûr de votre succès.

 

Ce soir, j’entends me tourner vers l’avenir et ouvrir une nouvelle étape de la relation entre la France et l’Afrique du Sud. Notre partenariat stratégique – celui-là même qui avait été voulu par Nelson MANDELA et François MITTERRAND – recouvre désormais de nombreux domaines : politique, économique, commercial, militaire, scientifique, culturel, rien n’échappe à notre volonté de partager nos expériences.

 

Avec vous, cher Jacob ZUMA, je ne manque pas d’échanger avant les principaux sommets internationaux, car nous partageons les mêmes conceptions, la même volonté de progrès. La confiance s’est installée entre nous et donc entre nos deux pays. Vous avez compris que la France ne recherchait rien pour elle-même en Afrique, qu’elle portait et continue de porter des valeurs de démocratie et de stabilité.

 

La France n’oppose et n’opposera jamais des pays selon leur langue, leur histoire, leur origine. La France respecte profondément l’unité du continent africain et donc l’Union africaine. Si mon pays intervient sur la scène africaine, c’est toujours à l’appel des Africains eux-mêmes, sur un mandat des Nations Unies et en harmonie avec un grand pays comme le vôtre. Nous avons eu l’occasion de le constater, vous et moi, pour le Mali.

 

L’Afrique du Sud et la France partagent des responsabilités mondiales. Cette situation nous oblige à trouver des solutions aux grands défis de la planète : le réchauffement climatique, le développement, les droits de l’Homme, la lutte contre la spéculation et notamment celle qui touche les prix agricoles. C’est pourquoi la France souhaite que l’Afrique – et notamment l’Afrique du Sud – ait toute sa place au Conseil de sécurité des Nations Unies. Notre proximité nous permet déjà d’affronter les crises que traverse notamment le continent africain.

 

Je veux, une nouvelle fois, vous féliciter pour votre rôle en République démocratique du Congo. Je veux également souligner le courage dont vous faites preuve pour souhaiter des opérations de maintien de la paix robustes et actives. Vous le montrez aussi pour régler la question de la Centrafrique. Je reconnais aussi que lorsque nos efforts diplomatiques s’additionnent, les résultats sont là. A Madagascar dans quelques jours, grâce à la SACD, va pouvoir enfin se tenir une élection présidentielle offrant, à ce grand pays, une stabilité depuis trop longtemps disparue.

 

Nous aurons l’occasion, Monsieur le Président, d’aborder toutes ces questions lors du Sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique en décembre prochain à Paris. Je suis très honoré que vous ayez accepté mon invitation et compris le sens de notre démarche.

 

Unis sur le plan politique, nos deux pays sont également liés sur le plan économique. La France est le 9ème investisseur en Afrique du Sud. Le montant des investissements français dans votre pays, Monsieur le Président, progresse rapidement. Il a quintuplé depuis le début des années 2000 pour atteindre près de deux milliards d’euros. C’est vers l’Afrique du Sud que se dirige 20% de l’ensemble de nos exportations vers l’Afrique subsaharienne.

 

Nous voulons faire encore davantage. 300 entreprises françaises sont présentes en Afrique du Sud, elles emploient 30 000 personnes. L’entreprise ALSTOM a conclu aujourd’hui un accord avec la compagnie ferroviaire PRASA, nous en sommes très fiers. C’est le fruit d’une longue et fructueuse négociation. Nous sommes conscients que les emplois qui vont être créés, sans doute près d’une dizaine de milliers, vont l’être pour les jeunes Africains du sud. Des formations leur seront dispensées et des technologies seront partagées. C’est non seulement un accord historique pour l’entreprise mais un accord qui servira de référence en Afrique du Sud et sur l’ensemble du continent. Il montre qu’il est possible de fournir du matériel en le fabriquant ici et en formant les personnels pour y parvenir tout en suscitant un courant d’activités dans notre propre pays.

 

Nos chefs d’entreprise comprennent le besoin d’offrir aux jeunes Sud-Africains des perspectives d’emploi et d’insertion. Ici, ils sont nombreux à m’avoir accompagné pour cette visite et ils sont engagés dans le respect de toutes les normes sociales et environnementales que vous avez posées, sur la règle du jeu que vous avez-vous-même définie. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, amis sud-africains, vous pouvez compter sur les entreprises françaises !

 

Demain, je visiterai une usine de la compagnie pharmaceutique SANOFI qui fabrique, ici dans votre pays, des antirétroviraux de haute qualité pour toute l’Afrique avec un personnel presque uniquement sud-africain. Parce que nos entreprises s’inscrivent sans réserve dans votre stratégie d’Economic Empowerment, acceptant son extension pour associer une plus large part encore de votre population. La France a décidé également de soutenir le développement de l’Afrique du Sud à travers l’Agence française de développement.

 

Enfin, au-delà de l’économie, la culture nous rapproche. Vous l’avez rappelé, Monsieur le Président. Vous avez organisé une saison magnifique, l'année dernière, pour faire comprendre ce qu’est la richesse culturelle de la France aux Sud-Africains. Cette année, c’est à notre tour d’accueillir depuis le mois de mai une saison sud-africaine. Elle est d’ores et déjà réussie. 230 projets ont été menés à bien et le dernier vous attend à Paris pour votre visite, celle que vous nous ferez pour le Sommet sur la sécurité et la paix.

 

Le lien que nous avons réussi à renforcer, aujourd’hui, entre l’Afrique du Sud et la France doit servir à l’Afrique tout entière. Je souhaite, Monsieur le Président que nous portions ensemble dans les enceintes internationales des initiatives pour le développement, pour l’environnement, pour la sécurité.

 

Je souhaite également que nous entrainions nos deux continents, l’Afrique et l’Europe, à travailler encore davantage ensemble. L’Europe sort d’une crise, longue, douloureuse. Elle connaît aujourd’hui une reprise de sa croissance. C’est encore timide. Mais la crise de la zone euro est terminée. Nous avons donc aujourd’hui une capacité supplémentaire d’entraîner l’Afrique pour un nouveau partenariat.

 

L’Afrique elle-même est un continent d’avenir où la croissance est forte, les perspectives de développement sont considérables. Alors si l’Afrique du Sud et la France emmènent leur continent respectif dans ce partenariat, nous avons de grands projets pour demain. Voilà notre ambition : que les Sud-Africains et les Français défendent un agenda de progrès pour le monde. C’est l’esprit qui m’anime lorsque je lève mon verre, à mon tour, pour l’amitié entre la France et l’Afrique du Sud.

 

Vive l’Afrique du Sud ! Vive la France ! Vive notre amitié !

 

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