Avril 2014

Discours lors de la rencontre avec les personnels français des forces présentes au Mali

LE PRESIDENT

« Monsieur le président de la République du Mali, cher Ibrahim Boubacar KEÏTA,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Amiral,

Messieurs les officiers généraux, officiers, sous-officiers, soldats,

C’est un grand jour pour le Mali puisqu’il a fêté, célébré, consacré son nouveau Président. Mais c’est un grand jour pour la France aussi car ce matin, à l’invitation du nouveau Président du Mali, j’ai participé à sa cérémonie d’investiture. La France y a été à travers moi, remerciée, saluée, félicitée et il y avait quelque fierté à entendre les clameurs dans ce stade, s’adresser, au-delà de ma personne, à l’armée française et aussi au peuple français qui a soutenu cette opération.

J’avais remarqué des drapeaux français dans le stade, les mêmes que vous aviez sans doute rencontrés tout au long de votre parcours au Mali. Car ce qui m’avait saisi, lorsque je suis venu la première fois – c’était au mois de février – c’était l’engouement de la population qui fêtait des soldats – vous – pour les remercier pour la libération que vous permettiez de faire de leur territoire.

Il arrive quelquefois que nous soyons engagés – et vous notamment – dans des opérations où la population civile n’est pas toujours à l’unisson des objectifs que nous poursuivons. C’est arrivé. Mais ici, vous avez senti sans doute, dès le premier jour de votre arrivée, combien la population malienne était derrière les armées qui étaient venues à son aide : l’armée française, les armées africaines, les cadres européens et, bien sûr, les forces maliennes.

Devant moi, devant le ministre de la Défense, devant les officiers généraux, devant les membres du gouvernement - qui ont beaucoup fait, notamment Laurent FABIUS, pour que nous puissions avoir le cadre international qui nous a permis la légitimité de cette opération – sont rassemblés les militaires qui ont servi dans la mission Serval, d’autres qui sont dans l’opération du maintien de la paix des Nations Unies – la Minusma – d’autres encore qui sont formateurs dans ce que l’on appelle l’EUTM. Je sais aussi qu’il y a une partie d’entre vous qui est engagée dans la coopération avec le Mali.

Je vous exprime au nom de la République – quelle que soit votre place, quel que soit votre rang, quel que soit votre grade – ma gratitude pour l’intervention que vous avez pu faire.

Au-delà de mes propos d’un soir – je sais que je vous ai retenus plus longtemps qu’il n’était prévu, je ne sais pas si vous récupérerez par des voies de permission mais je ne veux pas me mêler d’affaires intérieures – au-delà de vous-mêmes, nous pensons à ceux qui ont rempli tout au long de ces derniers mois la mission qui leur avait été confiée et qui ont répondu à l’appel d’un pays ami et d’un Président qui nous a fait confiance.

J’ai en cet instant, une pensée émue pour nos sept soldats qui sont morts sur ce sol. Cher Président, je veux les citer pour que leurs noms soient à chaque fois rappelés : Damien BOITEUX, Harold VORMEZEELE, Cédric CHARENTON, Wilfried PINGAUD, Alexandre VAN DOOREN, Stéphane DUVAL, Marc MARTIN-VALLET.

Voilà nos héros. Voilà nos martyrs.

J’exprime également ma solidarité aux blessés. Ils sont nombreux et souvent meurtris dans leur chair. J’exprime aussi toute ma compassion aux familles concernées. Je veux aussi dire la fierté qui est la nôtre de voir une opération – celle que j’avais décidée et que l’on a appelée Serval – qui a été remarquablement mise en œuvre, à la fois au niveau de l’encadrement et de l’exécution et qui a atteint tous ses objectifs. Je dis bien tous ses objectifs.

Vous, vous avez chassé les terroristes. Vous avez restauré l’intégrité du territoire malien. Vous avez accompagné le déploiement des unités africaines jusqu’à l’extrême Nord du Mali, là où étaient réfugiés les terroristes. Vous avez participé, avec les Européens, à la renaissance de l’armée malienne et vous avez enfin permis – à votre place – d’organiser l’élection présidentielle qui a conduit au succès que l’on sait d’Ibrahim Boubacar KEÏTA.

Votre mission n’est pas terminée, elle prend une autre forme aujourd’hui. Les forces françaises qui ont aidé à restaurer l’indépendance et la souveraineté du Mali n’ont pas vocation à rester ici. La Minusma est désormais déployée sur tout le territoire du Mali et c’est elle qui permettra d’accompagner la transition politique et la réconciliation nationale que le Président malien va engager.

Vous êtes encore plus de 3 000, vous serez environ 2 000 en novembre prochain. Vous aurez à cœur, selon les directives qui vous seront données, de permettre que le scrutin des élections législatives se tienne dans les meilleures conditions. Ensuite, il y aura un désengagement et vous serez 1 000 à la fin du mois de janvier.

Si nécessaire, les forces françaises resteront présentes au-delà du Mali, dans des pays amis pour évacuer toute menace, écarter toute intervention venant de l’extérieur pouvant d’ailleurs intervenir très rapidement, dès lors que nous en avons assuré la plus grande disponibilité.

La France coopérera avec le Mali, mais sous une autre forme et avec d’autres moyens et d’autres buts car – et c’est la volonté de la France mais surtout celle des Africains – ce sont les Africains eux-mêmes qui doivent assurer leur propre sécurité. Mais c’est à vous qu’il reviendra de les accompagner, de les former, parfois de les encadrer. C’est ce que nous allons préparer dans un sommet qui rassemblera tous les chefs d’Etats africains à Paris et où nous organiserons, avec les Africains, la sécurité qui devra être assurée à l’ensemble des peuples concernés.

La France – et je termine par là – votre pays qui vous manque et à qui vous manquez, mais qui sait que vous faites ici un travail admirable, a une vocation. Elle n’est pas qu’un pays fermé sur lui-même, qui n’aurait qu’à assurer son intendance intérieure. La France n’a pas que des intérêts matériels – cela existe, c’est nécessaire. La France n’est pas qu’une économie, qui doit d’ailleurs être redressée.

La France est d’abord un pays qui a un message à délivrer au monde. La France a des valeurs, des principes. Elle porte le message de la liberté, de l’égalité, de la fraternité.

La France a une influence internationale, nous l’avons encore vu ces derniers jours et ces dernières semaines, y compris dans les menaces de frappes que nous avions proférées devant un certain nombre de régimes.

La France est membre permanent du Conseil de sécurité.

La France a un rayonnement international, mais elle ne peut l’assurer que si elle a une capacité, une souveraineté, une indépendance. C’est son armée qui lui permet d’avoir cette vocation et cette crédibilité. C’est pourquoi l’armée doit être bien équipée, bien encadrée, bien formée, bien motivée. C’est la raison pour laquelle, malgré toutes les contraintes qui existent sur le plan budgétaire, nous avons veillé, au moins, à maintenir le budget de nos armées.

Le rôle qui est le nôtre dans toutes les crises, c’est de faire œuvre utile, de préserver autant qu’il est possible, la paix, de rechercher les compromis. Mais de le faire à partir d’une position que nous pouvons défendre et dont la force, en tout cas la menace de son utilisation, et parfois ce qu’elle doit faire pour imposer la paix, cela fait partie aussi de notre capacité d’action.

Les Françaises et les Français sont fiers de leurs soldats, sont fiers de vous. Je tenais à vous le dire au cours de cette cérémonie, qui consacre non seulement la victoire du Mali, mais votre réussite. Puisque, d’une décision d’intervention le 11 janvier jusqu’à l’élection du nouveau Président malien le 11 août, c’est vous qui avez été présents et qui avez permis, non seulement la victoire militaire, mais également le succès politique.

Les Français sont fiers de vous partout où vous êtes : en Centrafrique où nous aurons sans doute à être davantage présents ; en Afghanistan, où nous nous sommes retirés, plus tôt d’ailleurs qu’il n’avait été prévu. Je pense que cela a été une bonne décision, difficile à mettre en œuvre et que nous avons réussie sans perte, sans aucune perte de soldats.

Nous avons aussi une présence au Liban, toujours menacé dans son unité, dans son intégrité. Présence en Côte d’Ivoire, au Kosovo, dans tous les lieux où il a fallu maintenir la paix. C’est ce que vous avez fait ici, au Mali, pour la République française mais également pour la République du Mali.

Aux côtés du Président nouvellement élu, je tenais à vous exprimer toutes mes félicitations mais également à vous assurer de la confiance de la République dans la mission qui est la vôtre. Merci. »

 

M. Ibrahim Boubacar KEÏTA – « Monsieur le président de la République française, Amiral, mon Général, Messieurs les supérieurs, Messieurs les sous-officiers et les soldats.

C’est avec émotion que je m’exprime ici, aux côtés du président de la République française, pour vous dire toute notre admiration, toute notre reconnaissance. On ne sait pas ce que nous serions aujourd’hui si la décision - juste dans le timing, qui a certes couté la vie au jeune Damien BOITEUX - n’avait pas été prise dans le temps où elle a été prise. Le Mali serait autre que ce que nous avons célébré, ce matin, et que nous continuons ici devant vous.

Vous avez été à la tâche, dans des conditions inimaginables. Vous avez agi dans l’extrême nord du Mali. Je le connais, j’y ai été trois fois en tant que chef du gouvernement du Mali. Les conditions de vie sont parfaitement inhumaines. Il vous aura fallu beaucoup de courage, beaucoup d’abnégation, beaucoup d’amour de la patrie, la France, pour la servir dans les conditions où vous l’avez servie. Quand vous avez abordé ces grottes, sur des rochers brûlants, j’allais dire à faire cuire des œufs mais à faire fondre vos semelles dont certaines ont fondu. Messieurs, c’est vous dire que je sais dans quelles conditions vous avez servi la cause et l’amitié, la fraternité et la solidarité entre nos pays.

Monsieur le Président a bien voulu évoquer aujourd’hui mon arrière-grand-père, qui dort dans la plaine de Douaumont.

Vous le savez, beaucoup de familles maliennes, aujourd’hui, ont donné le prénom de Damien à leur enfant. Cela se passe de tout autre commentaire. C’est dire que ce que vous avez fait ici en terre malienne, a servi la France ; non seulement la France et le Mali, mais la cause humaine, la cause et la liberté humaine, dans un temps où on commençait à désespérer d’elle. Vous l’avez fabuleusement réhabilitée. Que des soldats français viennent payer de leur sang la liberté du Mali, cela est simplement fabuleux et je vous en remercie.

Sachez que le chef d’Etat du Mali que je suis ne l’oubliera pas, ne l’oubliera jamais. Beaucoup de choses nous liaient. Désormais, un peu de sang renouvelé est la plus belle des façons. Au jour de la gloire, de l’honneur, vous avez été présents. C’est votre honneur, c’est celui de la France.

Avant moi, quelqu’un de plus grand a dit – et de vraiment plus grand, par la taille également : « La France n’est la France que quand elle accomplit de grandes œuvres ». Il y en a une qui a été accomplie en terre malienne.

Bravo. »

Restez connecté