Discours lors de la rencontre avec la population de Mana

Monsieur le sénateur maire,

Je vous avais en effet promis, c’était en janvier 2012, que je viendrai dans votre commune de Mana. Je suis donc ici comme convenu avec du retard et sous la pluie mais le principal est de nous retrouver avec les ministres qui m’accompagnent, la Garde des Sceaux, Christiane TAUBIRA qui est ici chez elle. Depuis deux jours, elle se transporte avec ce petit panier qui lui a été sans doute donné lors du premier jour, à notre arrivée. Je ne sais toujours pas ce qu’il y a dedans ! Peut-être est-ce une surprise qu’elle me réserve ou – elle en est capable ! – de sorts qu’elle laisse dans son panier pour jeter contre ceux qui hélas sont toujours animés par des pensées racistes et qui n’ont pas lieu d’être dans notre grand pays, la France, dont la Guyane fait partie intégrante et qui lui donne comme je le constatais encore ce matin à Kourou une grande fierté.

Je suis venu aussi avec le ministre de l’Outre-mer qui, quoique Guadeloupéen, a quand même pour la Guyane les yeux de Christiane ! Benoît HAMON est également avec nous pour développer l’économie sociale, solidaire et promouvoir les emplois que vous attendez. Les élus m’accompagnent, parlementaires, président du Conseil régional, président du Conseil général parce que nous avons à travailler ensemble pour ce pacte d’avenir pour la Guadeloupe dont Georges PATIENT rappelait la nécessité.

Je suis à Mana parce que votre commune, à l’image de l’Ouest guyanais, représente la diversité de votre territoire, la Guyane et sa capacité à faire vivre ensemble des femmes et des hommes aux origines et aux cultures les plus diverses. Je les vois, ces femmes, ces hommes, ces enfants devant moi avec des tenues magnifiques de toutes les couleurs et qui font honneur à cette capacité qu’a la République de nous faire vivre ensemble parce que ce sont les valeurs de la République qui nous unissent, qui nous rassemblent comme tous les Français sans aucune distinction.

Nous pourrions croire qu’ici, la laïcité serait à l’épreuve mais au contraire ! Ici, la laïcité montre sa force qui est fondée sur le respect de chacun mais en même temps sur le respect des règles communes qui nous permettent de vivre tous ensemble à égalité de droits et de devoirs. Oui, nous savons bien que les différences s’intègrent dans une communauté de destin, celle que nous formons ensemble, citoyennes et citoyens de la République française.

Georges PATIENT le disait : la commune de Mana comme l’Ouest de la Guyane est une mosaïque. Y vivent des Amérindiens qui constituent le peuple originel de la Guyane, composé des Kalin’as, des Arawaks, des Wayanas, des Palikours, des Wayampi, des Émerillons et j’en oublie sans doute tant vous êtes justement issus de l’histoire de la Guyane. Vous avez été capables de faire vivre vos traditions, tout en entrant dans la société moderne. Vivent ici à Mana et dans l’Ouest guyanais, les Bushinengue avec les Alukus, les Djukas, les Saramacas, les Paramacas et qui forment la force de la Guyane et qui apportent à notre pays le sens profond de ce qu’est la liberté parce que ce sont les descendants des esclaves qui se sont libérés par eux-mêmes !

Il y a les Créoles, fruit des métissages à l’œuvre, à l’œuvre en Guyane depuis des décennies pour ne pas dire des siècles. Il y a les populations d’origine haïtienne, asiatique, surinamienne et puis, il y a les métropolitains qui vivent ici en harmonie. L’histoire de votre commune, je le sais, cher Georges PATIENT, est celle de l’hospitalité. C’est ce qui fait votre identité. C’est d’ailleurs marqué à l’entrée de la commune avec l’idée de la charité, de la générosité, de la solidarité.

Merci de donner cette image, de donner aussi ce symbole. Vous avez vécu une grande histoire. D’abord, je pense de nouveau à ces anciens esclaves qui ont retrouvé leur liberté, leur dignité grâce à Anne-Marie JAVOUHEY à laquelle je veux rendre hommage mais aussi à ces descendants de bagnards qui ont trouvé refuge chez les Mananais. Puis bien plus tard, c’était en 1979 lorsqu’il se produisait des événements très graves en Asie du Sud-Est et que certains fuyaient et cherchaient refuge, où sont-ils allés ? Où sont-ils venus ? Chez vous et vous les avez reçus et aujourd’hui, ils forment avec vous la commune de Mana et l’Est guyanais. J’ai eu cette chance de les accueillir, les H'Mongs, à l’Elysée pour bien leur montrer qu’ils avaient toute leur place dans la République. En 1986 lorsqu’au Surinam, se produisaient des événements là aussi très graves, une population cherchait refuge. Où est-elle allée ?

LE PUBLIC :

A Mana !

LE PRESIDENT :

Où est-elle venue ? A Mana ! Pendant toutes ces années, six ans, je crois, il y a eu des campements où cette population était venue se serrer comme elle pouvait pour éviter là-bas d’être massacrée ou attaquée. Population de Mana, vous les avez accueillis, vous les avez hébergés, vous les avez nourris. Belle image de la solidarité parce que vous êtes la France et la France partout, elle doit être solidaire, y compris lorsqu’elle va en Centrafrique pour éviter des massacres, pour séparer des belligérants et pour offrir la paix à la population. C’est notre devoir, c’est notre honneur, c’est notre fierté.

Mana, le sénateur-maire rappelait cette évidence géographique, est à proximité immédiate du Surinam et vous partagez la Guyane et donc la France avec le Surinam 500 kilomètres de frontière commune. Cela justifie, cela exige même, une coopération entre nos deux pays et nous en avons besoin pour lutter contre les trafics, contre l’immigration clandestine et pour promouvoir les échanges commerciaux. Parce que comme vous y tenez aussi et j’évoquais devant les élus hier la nécessité d’ouvrir la Guyane à son espace régional parce que si vous êtes liés à l’Europe par la France, vous êtes aussi liés à l’Amérique dans laquelle vous voulez pleinement prendre votre part et votre place : les collectivités de Guyane et en particulier la région ont souhaité avoir une antenne au sein de l’ambassade que nous avons ouverte au Surinam à Paramaribo pour faire en sorte justement de favoriser ces échanges et de consolider ces liens. C’est bien qu’il en soit ainsi parce que le fleuve Maroni ne peut pas être une barrière infranchissable et ne sera jamais une barrière infranchissable.

Néanmoins si nous voulons en faire une voie d’échanges, et c’est votre souhait, nous devons l’organiser parce que nous avons l’obligation de veiller à la sécurité de nos concitoyens, c'est-à-dire de vous-mêmes. Eviter qu’un certain nombre de bandes viennent ici spolier la richesse des Guyanais, faire en sorte aussi de protéger l’environnement, pas simplement l’environnement de la Guyane et donc de la France, le patrimoine de l’humanité parce que, ici, vous vivez dans le patrimoine de l’humanité. Vous êtes dans une très belle région. Je la survolais en hélicoptère ; j’avais demandé qu’on ouvre la portière ! Je prenais mon risque mais j’étais bien accroché. Il faut toujours être bien accroché quoi qu’il arrive, s’accrocher, s’accrocher encore, ne rien lâcher ! J’admirais ces forêts, ces espaces que vous avez su protéger et en même temps que vous devez aussi exploiter avec maîtrise, avec raison, avec tact presque, subtilité parce que vous êtes gestionnaire de ce patrimoine de l’humanité. Le maire évoquait également les besoins considérables qui existent et que nous devons d’ailleurs satisfaire les deux rives du fleuve Maroni.

Je pense notamment à la coopération hospitalière puisqu’il se trouve qu’un hôpital est créé à Albina et qu’un autre va être entièrement reconstruit à Saint-Laurent-du-Maroni. Faisons en sorte que ces deux établissements puissent être complémentaires. De la même manière, je souhaite qu’il y ait des projets communs qui pourraient être examinés la semaine prochaine encore pour le comité du fleuve Maroni, qui a vocation à porter cette ambition commune entre nos deux pays. Enfin, je veillerai avec le ministre des Affaires étrangères à ce que le Surinam puisse ratifier les accords que nous avons passés. Et de la même manière que nous avons obtenus que le Brésil ratifie l’accord contre l’orpaillage clandestin, nous devons faire en sorte que le Surinam prenne également des obligations là-dessus parce qu’on ne peut pas accepter ce qui se produit, c'est-à-dire non seulement des prélèvements illégaux mais des rackets, la prostitution, des attaques, du banditisme et même de l’empoisonnement avec le mercure qui risque de mettre en cause la vie de femmes et d’enfants. Alors oui, nous devons faire en sorte qu’avec le Surinam, les choses soient claires, à la fois qu’on se respecte, qu’on porte des projets et qu’on fasse en sorte que les obligations soient partagées.

Le maire disait, votre population ne cesse d’augmenter, c’est vrai dans toute la Guyane. Le Président de la région me disait que vous seriez 450 000 dans vingt ans. Cela conduit nécessairement à prévoir les investissements, à anticiper par rapport aux besoins de demain. L’Ouest guyanais se développe rapidement avec une population qui croît significativement. Chaque année, les communes, je salue ici les maires, doivent prévoir davantage de classes, davantage d’écoles, les Conseils général et régional davantage de collèges et de lycées pour demain et après-demain. L’Etat sera à vos côtés, j’en prends ici l’engagement.

De la même manière, il vous faut davantage de moyens de transport, des équipements de santé, de la production d’énergie, et là encore, le gouvernement, Victorin LUREL est là, nous avons protégé son budget et maintenant, il faut savoir le dépenser et bien le dépenser. C’est pourquoi le gouvernement accompagnera les collectivités guyanaises, et je vais ici en donner quelques illustrations.

D’abord, ce sont des collectivités qui ont des difficultés financières. Le sénateur comme les parlementaires ici, font l’impossible pour convaincre le Parlement qu’on ne peut pas comparer une commune Outre-mer avec une commune de métropole. D’abord ce n’est pas la même superficie. Tout à l’heure Georges PATIENT disait que la commune de Mana, et quelques autres, c’est l’équivalent du département de la Corrèze – j’imagine ce que c’est ! C’est très grand, donc ! La densité de la population y est faible, ce qui rend encore plus coûteux les équipements. On ne peut pas avoir les mêmes critères pour l’Outre-mer et pour la métropole, pour l’attribution de dotations de fonctionnement pour les communes, ou pour la fiscalité.

C’est la raison pour laquelle le gouvernement a demandé à Georges PATIENT de nous faire des propositions. Je pense qu’elles seront un peu orientées, mais c’est le but ! C’est qu’on prenne en compte la superficie dans le calcul des subventions. Mais sans attendre, l’Agence Française de Développement va accorder un prêt de 20 millions d’euros à la commune de Saint-Laurent-du-Maroni, qui connaît des graves problèmes financiers. Il y aura une subvention d’équilibre qui sera accordée à la commune de Roura. Il y aura la reconstruction de l’hôpital de Saint-Laurent-du-Maroni. Je rappelle que ça représente 112 millions d’euros, rien que cette reconstruction, qui permettra de doubler sa capacité.

Pour la commune de Mana, une subvention de plus de 1,3 million d’euros a été versée pour contribuer à la réalisation d’un Pôle Enfant Jeunesse. La première pierre sera posée dans quelques semaines – je ne pourrai pas être là, mais j’y serai par la pensée. Le gouvernement appuiera le programme d’adduction en eau potable des quartiers éloignés du bourg, car je sais que c’est un vrai problème ici, à Mana.

Mais la richesse de Mana, la richesse de l’Ouest guyanais, c’est vous ! C’est vous, population qui a tant souffert, et en même temps tant lutté ! Population qui a décidé de vivre ensemble, population qui se bat pour son avenir ! C’est vous qui allez permettre, avec vos élus, avec les acteurs économiques, en plus de ce que pourra faire la solidarité nationale, de faire en sorte que la Guyane se développe, prospère, et est regardée comme une chance pour la France ! Parce que vous êtes une chance pour la France ! La France doit vous donner toute sa chance pour l’avenir ! C’est la raison pour laquelle il y aura ce pacte d’avenir, qui a été proposé par les élus, et que nous devons accompagner, pour prévoir les équipements de demain, fixer les priorités, et faire en sorte que nous puissions offrir à la Guyane les conditions d’une vie harmonieuse.

Je sais les difficultés, je connais la situation de l’emploi, le chômage des jeunes, l’insécurité. Ce que vous vivez ici en Outre-mer, c’est encore plus lourd, plus conséquent que ce que la métropole peut également supporter. Mais nous avons toutes les conditions pour réussir, parce que nous sommes la France ! La France est quand même un pays exceptionnel, extraordinaire, y compris par sa géographie. Un pays qui est placé comme il l’est en Europe, avec un littoral dont aucun pays européen ne peut connaître l’ampleur et l’étendue, avec des richesses humaines, scientifiques, avec également cette position géographique qui fait que, grand pays européen, grand pays maritime, nous avons la plus grande frontière avec le Brésil. Nous sommes aussi installés en Amérique du Nord. Nous sommes dans les Iles Caraïbes, nous sommes dans l’Océan Pacifique. Nous sommes dans des endroits, où aucun pays ne peut imaginer être, avec des citoyens à égalité de droits et de devoirs.

En même temps, nous avons une relation exceptionnelle avec l’Asie, avec l’Afrique, sans doute à cause de l’histoire, mais surtout parce que nous représentons une espérance. Chaque fois que la France, par les voyages que je peux faire, est accueillie, elle est regardée, elle est attendue, elle est espérée, parce que nous avons un message universel : la liberté, la dignité, l’émancipation.

Nous avons même cette prétention d’ouvrir des chemins nouveaux pour les peuples. Lorsque je me suis rendu, avec l’évêque de Cayenne, en Afrique du Sud, pour l’hommage qui était rendu à MANDELA, ce qui nous réunissait, c’était cette espérance que nous avions donnée, il y a plus de deux siècles et demi : la Révolution française, qui s’est transportée dans tous les pays du monde. Ce qui motivait MANDELA pour émanciper son propre peuple, pour lutter contre l’apartheid, c’était les valeurs que nous portions, génération après génération, de la République française. Ce sont ces valeurs-là qui ont permis aussi d’émanciper la Guyane, de lui donner sa fierté. C’est au nom de ces valeurs que je suis dans l’Ouest guyanais, pour lui dire : vous avez toute votre place dans la République ! Avec ce que vous représentez, avec votre diversité, vous contribuez à l’unité de la France ! Merci de m’avoir accueilli !

Merci d’avoir confiance dans la solidarité nationale ! Merci d’avoir confiance dans l’avenir de la France ! Merci à la Guyane de nous offrir ce beau visage de la République française réunie !

Merci.

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