Discours lors de l'inauguration de l'exposition "Naissance d’un musée, Louvre - Abu Dhabi"

Altesse,

Madame, Messieurs les ministres,

Monsieur le Président-directeur du Louvre, je salue votre organisation toujours parfaite et l’accueil que vous avez réservé à cette exposition,

Mesdames, Messieurs,

C’est toujours avec émotion que nous assistons à un musée en train de naître. Nous en voyons déjà des traces architecturales à Abu Dhabi. J’avais eu l’occasion de les apprécier lors de ma venue aux Emirats. Là, nous avons, à Paris, une exposition qui, déjà, nous renseigne sur ce que sera ce grand musée.

Le Louvre des sables puisqu’on l’appelle ainsi, c’est une volonté de mettre en évidence des œuvres venues de toute part et qui seront présentées. Des œuvres acquises déjà, des œuvres qui seront rassemblées avec celles que le Musée du Louvre mettra également avec d’autres établissements, à la disposition d’Abu Dhabi.

Tout cela fera de ce nouveau musée l’un des hauts lieux de la mémoire artistique de l’humanité. C’est le choix qu’ont fait les autorités émiriennes et je veux les saluer.

Ici, figurent déjà des grands noms de l’histoire mondiale de l’art – nous les avons rencontrés - Giovanni BELLINI, Paul GAUGUIN, Osman Hamdi BEY et bien d’autres œuvres qui seront exposées avec celles qui, rassemblées, illustreront les artisans anonymes des temps lointains.

Cette collection nous fait voyager dans le temps et dans l’espace et d’étonnantes correspondances se font jour sous nos yeux entre ces bijoux en forme d'animaux, bracelet aux figures de lion de l'Iran d'il y a 3 000 ans et fibule en forme d’oiseau de l'Italie du Ve siècle, il y a comme des points communs.

Entre ces deux statues au bras levé, Christ de la Renaissance allemande et figure malienne du XIIIème siècle, là aussi la même émotion qui jaillit.

Entre les visages délicatement sculptés de ce Bouddha millénaire de Chine du Nord et de cette Princesse du Bactriane, souvenir d’une civilisation disparue de la Mésopotamie antique.

Il y a des liens aussi entre les peintures qui représentent des scènes religieuses mais aussi d’autres, des moments profanes, un émir à l’étude lisant un livre et un musicien vagabond.

Chaque fois c’est la volonté de l’universel qui l’a emporté. Chaque fois c’est le dialogue des cultures qui a prévalu. C’est ainsi que vous avez voulu concevoir, au-delà même de ce musée, Abu Dhabi.

Abu Dhabi, c’est une ville-carrefour, une ville-étape, qui est à la croisée de toutes les civilisations européennes, africaines et asiatiques. Déjà à l’époque de la route de la soie et aujourd’hui avec la mondialisation, Abu Dhabi est également un lieu de rassemblement.

Vous avez voulu faire davantage que d’être une haute cité de l’économie, je n’ose pas dire de la finance, mais l’activité pétrolière et gazière. Vous avez voulu qu’Abu Dhabi puisse accueillir le monde, le monde entier, à travers sa mémoire et à travers ses trésors.

Vous auriez pu demander le concours d’autres institutions prestigieuses que le Louvre, vous auriez pu solliciter les conseils de pays qui peuvent être aussi vos amis. Vous avez choisi la France et je veux ici exprimer toute ma reconnaissance aux autorités d’Abu Dhabi, parce que vous avez vu, dans l’apport qui pouvait être celui de notre pays, aussi une forme de respect, respect des cultures, respect des identités, respect de l’universel.

Vous avez fait appel à la France et la France a répondu. Parce que, pour la France, le musée Louvre d’Abu Dhabi c’est un chantier exceptionnel, c’est le plus grand projet culturel que nous menons à l’étranger, c’est aussi la manifestation la plus symbolique du partenariat étroit qui nous unit aux Emirats arabes unis. Il y a bien sûr les liens politiques, les liens diplomatiques, les relations économiques, la présence militaire – je ne l’oublie pas – de la France aux Emirats. Mais là, il y a comme une consécration avec la culture.

Je rappelle que ce projet est né, il y a sept ans. Renaud DONNEDIEU de VABRES en avait pris l’initiative sous la présidence de Jacques CHIRAC. Et ce projet avait été consacré par un accord culturel d’Etat à Etat, et c’est pourquoi nous en sommes là.

Je veux saluer ceux qui en avaient pris l’initiative sur le plan culturel notamment Henri LOYRETTE, dès la genèse de cet accord. C’était le Musée du Louvre qui avait suscité, de la part des Emirats, l’intérêt le plus grand.

Il ne s’agissait pas d’imiter le Louvre, car disons-le, le Louvre est inimitable, intransposable, non délocalisable. Mais il s’agissait de faire que le Louvre puisse apporter sa marque, sa présence et, si je puis dire, aussi sa conception de la culture.

Je rappelle que le Louvre, c’est le Musée de l’Universel. Universel par ses collections, universel par sa fréquentation, universel par son ambition.

Je vous remercie d’avoir choisi le Louvre, mais pouviez-vous choisir une autre institution que le Louvre ? Cette question, seuls vous, connaissez la réponse, nous, nous l’avons.

Nous considérons que c’était le Louvre, et c’est encore le Louvre qui pouvait donner corps à ce grand projet sans jamais déborder de son rôle, sans jamais imposer, non plus, sa vision car cela devait être la vôtre.

Je veux remercier l’engagement d’Aurélie FILIPPETTI pour la mise en œuvre, également, de ce projet, saluer le travail de Jean-Luc MARTINEZ et de toutes ses équipes, ici rassemblées.

Mais aussi, vous, Cheikh Sultan bin TAHNOON al NAHYAN, parce que vous êtes Président de l’Autorité du tourisme et de la Culture d’Abu Dhabi et je connais l’investissement qui a été le vôtre pour la mise en œuvre de ce projet.

Depuis l’origine, vous veillez à ce qu’il soit – je vous cite - une « histoire de points communs et plutôt que de divergences ». Il ne fait pas de doute que ce projet d’Abu Dhabi aura la signification que vous avez voulu lui apporter.

Je veux également souligner la mobilisation des grandes institutions culturelles françaises au sein de l’Agence France-Muséums présidée par Marc LADREIT de LACHARRIERE, et qui a permis, justement, d’apporter toutes les garanties scientifiques, pour que les acquisitions puissent se faire dans l’esprit qui était le vôtre.

Ensemble, tous ces établissements apportent au Louvre Abu Dhabi un appui muséographique inestimable, et contribueront, aussi, par leurs prêts – puisqu’il y a les collections, les acquisitions - mais il y aura aussi les prêts, à alimenter le Musée Louvre Abu Dhabi pendant les premières années de fonctionnement.

Sur l’Île de Saadiyat, nous en avons eu ici une représentation, un nouveau bâtiment est en train de se construire, de s’ériger. Il est dessiné par Jean NOUVEL, que je veux vraiment féliciter pour la qualité de son intervention. Il est original, et en même temps intégré, avec sa coupole aplatie, c’est un palais arabe, il a des espaces ouverts – et si j’ai bien compris c’est une ville. C’est-à-dire que vous aviez voulu un musée, et grâce à Jean NOUVEL, vous avez une ville.

Je ne sais pas si cela inspirera d’autres commandes, y compris à Paris, mais c’est vrai que c’est tentant.

C’est un bâtiment construit sur l’eau, mais qui ne flotte pas, c’est un vaisseau, mais qui est arrimé, donc nulle inquiétude, il ne dérivera pas, il restera bien à Abu Dhabi.

Pour les visiteurs, qui le découvriront, donc, le 2 décembre 2015 - la date est déjà fixée, c’est dire la responsabilité de l’architecte, le 3 c’est trop tard !- le 2 décembre, qui est aussi la fête nationale d’Abu Dhabi, nous en France, le 2 décembre prendra une connotation particulière mais nous nous adapterons. C’est dire le sens de l’amitié qui est le nôtre, nous serons donc là, le 2 décembre 2015, pour cette inauguration.

Dans deux ans à peine, Abu Dhabi ouvrira ses portes. Les œuvres seront exposées pendant tous ces mois, trouveront leur place et, ce sera un grand moment pour Abu Dhabi, pour la France, pour le Louvre mais aussi pour le monde entier.

Chaque fois qu’un grand musée ouvre ses portes, c’est si rare, et permet d’associer tout le génie humain, toutes les grandes cultures, toutes les grandes civilisations, c’est un progrès pour l’humanité tout entière.

Je voulais, ici, saluer l’esprit qui a été celui des Emirats, celui du Louvre, celui de la France, et je le pense, celui de la culture universelle.

Merci.

 

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