Discours lors de l'inauguration de l’exposition "Hajj, le pèlerinage à la Mecque" à l'Institut du Monde Arabe

Altesse,

Mesdames, Messieurs les ministres,

Mesdames, Messieurs les ambassadeurs,

Monsieur le Président de l’Institut du Monde Arabe, cher Jack Lang,

L’exposition que l’Institut consacre au pèlerinage à la Mecque, est la première présentée en France sur ce thème. Seul l’Institut du Monde Arabe pouvait réussir cette opération qui supposait de rassembler des concours de l’Arabie Saoudite. Et je remercie le Roi Abdallah d’y avoir consacré son attention en prêtant des œuvres de la bibliothèque mais également des concours venant de l’ensemble du monde arabe et de la France. Seul Jack Lang pouvait réussir une telle performance ! Je le retrouve ici, dans cet institut, avec la même énergie, la même confiance dans sa capacité à pouvoir réunir toutes celles et tous ceux qui veulent se consacrer au dialogue, aux cultures échangées, au partage et à la compréhension.

Des œuvres majeures sont ici révélées. Elles proviennent de collections publiques, je les ai citées, et de collections privées. Je remercie notamment celui sans lequel rien n’aurait été possible pour réunir ces pièces prestigieuses. Nous avons pu ainsi découvrir l’étoffe qui couvre la porte de la Kaaba. Je sais aussi que nous avons pu retrouver des manuscrits qui témoignent du récit de ces voyageurs venant du monde entier pour se rendre au lieu Saint. Il y a notamment des manuscrits de Tombouctou qui décrivent le périple des Maliens dès le 16ème siècle pour aller vers la Mecque. Nous avons, également, si je puis dire, exhumé les archives diplomatiques de la France, parce qu’elles contribuent à la réussite du pèlerinage depuis le 19ème siècle.

L’Institut du Monde Arabe est fidèle à la mission qui lui avait été confiée par François MITTERRAND, lorsqu’il a inauguré le lieu en 1987. « Tout ici doit concourir au même objet, disait François MITTERRAND : susciter la curiosité et donner les moyens de mieux connaître les trésors du passé et les richesses actuelles du monde arabe. » C’est ce que vous avez réussi à faire, y compris avec cette exposition qui assemble des œuvres contemporaines avec des traces de notre histoire, de votre histoire. Je veux remercier, au-delà de Jack LANG, toutes les équipes de l’institut pour leur dévouement mais également nos amis saoudiens qui ont pu co-organiser cette exposition.

Un mot sur l’Institut du Monde Arabe qui, va réussir dans le même temps à présenter deux expositions dont je ne doute pas de la réussite et du succès : l’Orient-Express arrive jusqu’ici – nous avons pu voir un certain nombre de wagons et même des locomotives – et l’exposition sur le Hajj, c’est-à-dire sur le pèlerinage. 500 000 personnes visitent chaque année l’Institut du Monde Arabe. C’est considérable, c’est impressionnant et en même temps ce n’est pas surprenant car depuis des siècles la circulation des biens, des idées et des personnes a lié nos destins, les destins de la France et du Monde Arabe.

L’arabe a été enseigné, ici à Paris, depuis le 16ème siècle. Les études islamiques se sont très tôt épanouies et il y a même eu la création d’une « Bibliothèque orientale » qui, à partir du 17ème siècle a servi d’encyclopédie pour l’Islam. Je ne veux pas citer, ici, tous les chercheurs, tous les intellectuels qui ont permis à la France de mieux connaître le monde arabe. La France a toujours voulu être une nation ouverte au monde, à toutes les influences, à tous les peuples, à toutes les cultures, à toutes les religions. Cet attrait est encore plus vrai aujourd’hui, par rapport au monde arabe et par rapport à l’Islam, quand tant de nos compatriotes sont unis par leurs origines ou par leurs croyances à l’Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Le thème de cette exposition en est une illustration. Il permettra aussi de donner des informations.

Le pèlerinage à La Mecque est l’un des cinq piliers de l’Islam. Mais il appartient aussi à toute l’humanité. C’est vrai que c’est d’abord un acte pieux, un acte religieux. Chaque année depuis 15 siècles, la Mecque accueille des hommes et des femmes venus, je l’ai dit, du monde entier pour accomplir le Hajj. Oubliant pour quelques jours leur parcours, leur fortune, leur situation sociale, ces pèlerins se retrouvent dans une expérience spirituelle exceptionnelle. C’est pourquoi, la Mecque et le pèlerinage ont suscité la curiosité bien au-delà de la communauté des croyants. Dès le Moyen-Âge, les récits de voyageurs arabes, dont nous avons quelques traces dans l’exposition, stimulaient les imaginations. Puis s’y ajoutèrent les récits des Européens aventureux qui parcouraient l’Arabie et tentaient à leur tour de gagner les lieux saints, parfois en cachette.

Mais aujourd’hui, aller à La Mecque n’est plus une aventure, c’est un événement planétaire. La ville – nous avons là aussi quelques preuves de son évolution, de sa transformation – a connu modifications considérables pour adapter les lieux, tout en gardant leur caractère sacré, aux besoins des pèlerins. Pour les autorités saoudiennes, l’organisation du Hajj est une immense responsabilité à laquelle le roi ABDALLAH, Gardien des deux lieux saints, est particulièrement vigilant et attaché. La France contribue, à sa place, à assurer la sécurité des lieux saints. C’est un principe essentiel si l’on veut accueillir près de 3 millions de pèlerins, ce qui est le cas aujourd’hui.

Parmi ces 3 millions de pèlerins, il y a aussi les musulmans venus de France. Ils sont chaque année près de 25 000, ce sont les plus nombreux d’Europe. La France est attentive aussi à leurs besoins. Pas depuis ces dernières années, depuis longtemps ! Nous avons retrouvé la trace d’un consulat à Djeddah, dès 1841, pour porter assistance aux pèlerins. Aujourd’hui encore, avec une dimension nouvelle, avec une échelle qui n’a plus rien à voir, la France fait en sorte de pouvoir assurer aux croyants, aux pèlerins venant de notre sol, les meilleures conditions. Le gouvernement a soutenu la signature d’une charte de qualité par les opérateurs agréés du Pèlerinage pour s’en assurer.

Je reviens à l’exposition. Son ambition est de présenter le pèlerinage dans ses aspects religieux, mais aussi dans ses aspects culturels et enfin dans ses aspects humains. Elle met en lumière le parcours des pèlerins et l’ensemble des rites immuables qu’ils accomplissent dès leur départ jusqu’à leur retour. Cette exposition a valeur d’information. Elle mêle des documents, des témoignages et permettra également aux visiteurs qui ont pu faire le pèlerinage de livrer aussi leur impression. Ceux qui ne l’ont pas fait pourront, à travers cette exposition, avoir une idée du rite qui est accompli.

Beaucoup découvriront – ceux qui ne le connaissent pas, par définition – que la figure d’Abraham est très présente. Ici, c’est le rassemblement de religions monothéistes. Beaucoup comprendront la communion des fidèles, un certain nombre de rites, notamment la lapidation du diable et aussi comment le pèlerinage est à la fois resté immuable et en même temps a considérablement changé, ne serait-ce que par l’ampleur de l’accueil qui est réservé aux pèlerins. La ville de la Mecque se transforme, il y a des travaux considérables qui sont effectués et qui ne s’achèveront que dans plusieurs années. Là aussi, la France y prend sa part.

La Mecque, c’est aussi, à travers le pèlerinage, une source d’inspiration pour les créateurs, les créatrices et la culture. Je veux vraiment souligner ce mélange formidable d’œuvres anciennes et d’œuvres contemporaines et exprimer ma gratitude pour la présence d’artistes, notamment d’Arabie saoudite, qui montrent combien le pèlerinage continue d’inspirer.

Cette exposition a aussi un message politique qui doit être ici prononcé. Quel est-il ? C’est d’abord la force de la relation entre la France et le monde arabe. Le message, c’est celui de la compréhension : compréhension des cultures, compréhension des civilisations, compréhension des religions. Le message, c’est celui de la tolérance qui est ce qui nous unit, le respect. Ce message, c’est celui de la reconnaissance de religions qui peuvent être différentes et qui néanmoins partagent un certain nombre de valeurs.

Ce sont ces principes et ces messages qui permettent de nous unir aujourd’hui mais aussi d’affirmer le caractère sacré des religions et également de dénoncer leur dévoiement. Je veux, ici, souligner les cruautés du fanatisme quand il s’empare de certains individus et mettre en garde ceux qui s’y laissent prendre.

Aujourd’hui le ministre de l’Intérieur travaille à un plan – qui sera présenté mercredi au Conseil des ministres – afin que notre pays, comme l’Arabie saoudite l’a fait également, prenne toutes les mesures pour dissuader, empêcher, punir ceux ou celles qui seraient tentés d’aller livrer des combats là où ils n’ont pas leur place. La France déploiera tout un arsenal en utilisant toutes les techniques, y compris la cybersécurité, mais aussi les techniques humaines – celles qui consistent tout simplement à parler, à aller chercher dans les familles un certain nombre d’alertes qui nous permettent ensuite d’intervenir. Ce plan n’est pas fait pour empêcher l’acte de foi, mais il est fait pour que la religion ne soit pas utilisée à d’autre fins et notamment la fin la plus abominable qui est le terrorisme.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les messages que je voulais prononcer devant vous à l’occasion de cette exceptionnelle exposition : rappeler le lien d’amitié que nous avons avec l’Arabie saoudite, mais au-delà, montrer que l’échange des cultures, le respect des religions, la solidarité des peuples sont de belles missions. Missions qui ont été confiées à l’Institut du Monde arabe, que la France soutient politiquement, humainement, financièrement. Puisqu’ici il y a un certain nombre de représentants de pays ou d’amis qui veulent promouvoir la culture du monde arabe, je lance un appel, celui que Jack Lang n’a pas pu prononcer.

Je sais que ce qui nous unit est profond. Je sais que cette exposition est aussi un symbole de ce qu’un pays laïc comme la France est capable de démontrer, que la religion est aussi une culture. Qu’il nous soit permis de dire que nous devons œuvrer au rassemblement, à la solidarité et à la paix. C’est également ce que signifie cette belle exposition dont je ne doute pas du succès.

Merci à tous et vive l’Institut du Monde arabe !

Restez connecté