Discours du président François Hollande devant la communauté française à Ndjamena

Madame l’ambassadrice,

Merci de nous avoir accueillis, d’abord cette nuit, dans le calme le plus absolu, grâce à une protection limitée. Merci aussi d’avoir invité la Communauté française, dans cette période un peu particulière de l’année, à venir nous rencontrer. Je suis accompagné du ministre de la Défense, qui lui est un habitué de Ndjamena. Il y a une espèce de TGV entre Lorient et Ndjamena qui a été lancé, grâce au Groupe BOLLORE j’imagine. Et puis, il y a Annick GIRARDIN qui est la nouvelle ministre du Développement et de la Francophonie. Il y a également Pouria AMIRSHAHI qui est le député des Français de l’étranger. M’accompagnent aussi un certain nombre de chefs d’entreprises ou de représentants de grandes entreprises, qui sont dans ce voyage depuis maintenant trois jours. Et ceux qui sont restés, sont les plus méritants, forcément. Ou en tous cas, ceux qui pensaient qu’au Tchad il y avait, et ils avaient raison, encore des investissements à faire.

Donc, avant-hier, j’étais en Côte d’Ivoire et c’était un pays qui sortait après des années de crise, de la torpeur que les violences avaient pu créer. Mais un pays qui à partir d’infrastructures solides, vit une croissance extrêmement rapide et a retrouvé des conditions de sécurité à peu près correctes.

Le Président OUATTARA est un leader régional. Il a d’ailleurs longtemps présidé la CEDEAO et la Côte d’Ivoire a tous les moyens de connaitre un développement, aussi harmonieux que rapide.

Il a souligné lui aussi combien il avait apprécié l’intervention de la France au Mali et combien il souhaitait que nous puissions trouver une autre forme d’action et de présence.

Hier nous étions au Niger, pays le plus pauvre, ou l’un des plus pauvre du monde, mais vaillant, soucieux de ses libertés, de ses règles démocratiques, avec une entreprise française particulièrement implantée depuis longtemps au Niger, qui est AREVA, et avec laquelle le Niger a trouvé un compromis et un accord durable, équilibré et je pense dans l’intérêt de tous.

Il y a des entreprises qui s’y investissent, j’évoquais pour sourire, le Groupe BOLLORE, parce qu’il y a la construction d’un train, mais il y a aussi le Groupe Vinci qui est particulièrement apprécié et puis d’autres entreprises qui viennent dans des domaines assez différents, de la santé, de l’eau et avec l’Agence française de développement qui est très présente et dans les deux cas, Côte d’Ivoire comme Niger, l’Agence française de développement a trouvé des formules adaptées de désendettement et d’investissement, voire de prise de participation.

Alors aujourd’hui, nous sommes à Ndjamena au Tchad, c’est un pays où la France est depuis longtemps. J’entends par là, depuis l’indépendance. Car dès l’indépendance, le Tchad a connu des premiers soubresauts. Et les plus anciens ici se rappellent que l’armée française a été conduite à intervenir à la fin des années 60, début des années 70, puis après continûment.

Dans mes souvenirs de jeune étudiant, puis ensuite de responsable politique, j’ai toujours entendu parler de la présence française au Tchad. Et beaucoup de ministre de la Défense s’y sont impliqués, pas toujours dans des conditions aisées. Le beau film sur l’enlèvement de cette chercheuse ethnologue, avait marqué les esprits. Et puis ensuite, il y a eu un certain nombre de guerres, de guerres civiles, mais aussi l’intrusion de la Libye. Bref, cela a toujours été un pays soumis à de très lourdes épreuves.

Depuis quelques années, le Président DEBY a de nouveau stabilisé le pays. Je ne reviens pas sur d’autres épisodes que vous avez pu connaitre, « Arche de Zoé » et autres qui ont défrayé la chronique.

Alors avec le Tchad, nous, nous avons une relation que nous voulons durable et que nous voulons organisée. Cela sera présenté tout au long de la matinée, dans le cadre de l’opération Barkhane. Puisque nous voulons signer un accord avec le Tchad, pour réorganiser l’ensemble du dispositif de la présence militaire française, dans la zone du Sahel. C’est-à-dire rationaliser nos implantations, les rendre plus efficaces, plus mobiles, plus rapide lorsqu’il s’agit d’intervenir. Les structures de commandements seront donc placés, ici, à Ndjamena, venants de Bamako.

Cela voudra dire, un peu plus de militaires, ici, cela voudra dire, un peu moins ailleurs et cela voudra dire surtout, une très belle fluidité de manière à ce que l’information puisse permettre éventuellement la réaction et l’intervention.

Par exemple, hier, avec les ministres, nous étions à Niamey, où il y a un détachement -air de l’armée, et où des drones sont installés. Le ministre de la Défense étant soucieux de son budget, il a montré deux drones. Un qui était parfait et l’autre qui était d’une catégorie moins performante. Quand on comparait les deux images, on allait forcément vers le drone parfait. C’est pour cela qu’il le propose dans le cadre de la loi de programmation militaire.

Ces drones permettent d’avoir un degré de précision très élevé sur l’observation du terrain, qui ensuite s’il y avait danger, autorise une intervention qui peut venir d’autres lieux, du Tchad notamment.

Le Tchad, lorsque la France est intervenue au Mali, il ne faut jamais l’oublier, c’est-à-dire, lorsque j’ai pris la décision de venir en soutien, en aide, en secours du Président par intérim malien, M. TRAORE, et dans le cadre d’une opération qui était africaine. Les premiers avions qui ont décollé, les premières frappes qui ont brisé la colonne terroriste, ces avions sont venus de Ndjamena. Il faut saluer les militaires qui ont remplis cette mission, parce qu’elle était extrêmement périlleuse. Mais c’est parce que nous étions tout prês, enfin pas trop loin, qu’il y a eu cette capacité d’intervenir.

Et, cela ne pouvait se faire que par les voies aériennes et c’est là que les groupes terroristes ont été brisés. Puis ensuite, l’intervention au sol a pu obtenir des résultats que vous savez.

Donc, c’est très important que la France soit là à Ndjamena. Faut-il aussi que les autorités politiques tchadiennes acceptent cette organisation. Donc, le ministre de la Défense, la ministre du Développement, l’Ambassadrice ici, ont bien travaillé ces derniers jours pour que nous ayons un accord qui j’espère sera signé aujourd’hui.

Alors je voulais, à l’occasion de ce déplacement, de cette visite – visite à laquelle le président DEBY est très attaché, puisqu’il nous a confié qu’il n’y avait eu que deux présidents de la République qui avaient dormi ici à Ndjamena, le président POMPIDOU et moi-même. Donc je n’ai pas dormi à Niamey – j’espère que les Nigériens ne m’en voudront pas pour améliorer encore nos rapports. Et je dois dire que le président DEBY, il était tard hier soir, a eu la délicatesse, la courtoisie et l’amitié de nous accueillir.

Donc qu’est-ce que nous allons faire aujourd'hui ? D’abord vous rencontrer, vous, communauté qui n’est pas abondante, mais qui est de qualité, et qui traduit souvent une affection très grande que vous portez à ce pays, soit depuis longtemps, quelles qu’aient été les aventures qu’il a pu traverser, aussi les marques d’intérêt que vous pouvez lui accorder, notamment sur le plan économique, parce que ce pays a des ressources : ressources pétrolières, les Chinois s’en occupent, mais ressources également agricoles, ressources minières. Donc nous devons faire en sorte d’être présents. Et puis ce pays a également une population qui augmente, avec des besoins importants, donc vous faites en sorte d’y répondre, dans des secteurs d’activités tout à fait différents ; et si l’on peut vous y aider, nous y sommes prêts.

Et puis il y a aussi des militaires qui sont là ; compte tenu de ce que je viens d’annoncer, il y en aura davantage, et qui vivent ici plusieurs années pour certains d’entre eux, d’autres pour des missions plus ponctuelles, ici au Tchad. Enfin, il y a le personnel diplomatique, consulaire, qui assure notamment la gestion des visas, le règlement de situations particulières, et je veux ici les en remercier. Et puis les enseignants, parce qu’il y a un lycée qui permet justement à la communauté française de pouvoir scolariser ses enfants, même si je sais que c’est des coûts qui sont parfois très élevés.

Donc voilà, Mesdames et Messieurs, ce que j’étais venu vous dire, vous remercier, parce que vivre au Tchad, l’apparence est agréable, flatteuse si on reste dans la résidence de l’ambassadeur : le fleuve, l’appendice aquatique que vous avez créé là, même si un oiseau fait bonne garde, et puis ce jardin, cette résidence. Mais je sais que les conditions de vie sont parfois rudes, avec un climat qui n’est pas toujours favorable. Et je sais ce que vous permettez à la France d’être, c’est-à-dire représentée, à la France de pouvoir faire travailler des Tchadiens, mais aussi des compatriotes. Vous permettez aussi qu’il y ait un courant d’échanges. Et vous permettez qu’au-delà des vicissitudes politiques – il y en a eu –, la relation entre la France et le Tchad soit restée ce qu’elle est, c’est-à-dire de bonne qualité. Moi j’ai avec le président DEBY, le ministre de la Défense y veille aussi, une relation continue, avec des sujets de coopération qui ne sont pas faciles, des financements du FMI qui sont compliqués, mais enfin c’est dans l’intérêt aussi de notre présence ici.

Donc j’ai souhaité vous exprimer ma gratitude, et puis parce que nous ne sommes pas nombreux à avoir un échange entre nous sur un certain nombre de points qui vous paraissent devoir être approfondis ou signalés, pour que l’ensemble des autorités ici rassemblées puissent mieux répondre encore aux besoins de la communauté française. Et vraiment, permettez-moi de le dire, savoir qu’il y a des Français à Ndjamena alors même qu’il y a une zone à risque, je ne peux pas ici l’ignorer même s’il n’y a pas eu encore… peut-être il n’y aura jamais (j’espère) d’agressions venant de l’extérieur. Mais nous sommes dans tout ce que la zone peut comporter de groupes armés, voir terroristes, et notamment du côté du Cameroun avec Boko HARAM qui, hier, a frappé le Nord du Nigeria, qui a pu intervenir également ces dernières semaines au Cameroun. Donc je sais que ce n’est pas facile, mais qu’en même temps nous faisons aussi en sorte de vous assurer la sécurité.

Merci beaucoup et toutes mes félicitations pour être des Français de Ndjamena.

 

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