Discours du président François Hollande devant la communauté française à Abidjan

« Monsieur l’Ambassadeur,

Je voudrais d’abord vous remercier de nous accueillir ici dans votre résidence et de l’avoir équipée pour éviter que nous ne soyons trempés. Nous sommes venus nombreux et je suis heureux de vous retrouver ici. 

Je viens, c’est une visite officielle, je viens comme Président de la République ici en Côte d’Ivoire et il y avait plusieurs années qu’un chef de l’Etat n’était pas venu ici dans ce grand pays, pays meurtri pendant des mois, pays souffrant pendant des années, pays dans lequel vous aviez décidé de vivre les uns et les autres, pays dans lequel vous êtes restés y compris pour certains d’entre vous dans la période la plus lourde, la période la plus dangereuse. Au moment où je parle, je repense à ces mêmes lieux aujourd’hui paisibles qui, il y a trois ans, étaient des lieux d’affrontement. 

Je sais aussi que beaucoup d’entre vous étaient partis pour veiller à ne pas mettre en danger vos familles. Vous êtes revenus considérant que l’attachement à la Côte d’Ivoire était trop fort et que vous aviez à y poursuivre encore votre mission.

Je viens en Côte d’Ivoire à la tête d’une délégation importante, d’abord plusieurs ministres, Laurent FABIUS, ministre des Affaires étrangères, chargé aujourd’hui du commerce extérieur et qui fait en sorte de construire une diplomatie économique. C’est-à-dire une diplomatie qui puisse à la fois remplir son rôle politique mais qui soit capable aussi d’ouvrir à nos compatriotes des marchés, une capacité d’investissement et en même temps de lier autant qu’il est possible les pays qui font confiance à la France.

Je viens avec le ministre de la Défense, Jean-Yves LE DRIAN, qui ici a une mission particulière puisque c’est la fin de l’opération Licorne, une opération qui a été utile sans laquelle il n’aurait pas été possible de trouver une issue à la crise. Il y a encore plusieurs centaines de militaires qui, ici, continuent leur mission, mais l’opération Licorne en tant que telle va s’achever et va s’intégrer dans une mission plus large qui va sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest permettre de mieux répondre encore aux possibles crises et à la lutte contre le terrorisme. Jean-Yves LE DRIAN est particulièrement fier parce que ce matin j’étais sur un bateau, enfin à côté d’un bateau soyons juste, qui a été construit à Lorient et qui va permettre à la Côte d’Ivoire de lutter contre la piraterie.

Je viens avec Annick GIRARDIN qui est ministre du développement et de la francophonie et qui est elle-même élue d’une terre lointaine, Saint Pierre et Miquelon, et elle a dans son sourire le soleil qui manque parfois à sa terre d’élection.

Et puis je viens avec des parlementaires, Pouria AMIRSHAHI qui est le député de cette, grande circonscription et puis d’autres qui sont des parlementaires présidents de groupes d’amitié entre la France et la Côte d’Ivoire.

Et je venais aussi vous saluer vous, pour le rôle que vous jouez, pour l’attachement que vous avez à l’égard de la Côte d’Ivoire et pour les relations économiques, culturelles que nous avons pu maintenir et que nous allons même amplifier entre nos deux pays.

J’étais accueilli de manière très chaleureuse tout au long de cette journée. D’abord par le Président OUATTARA, qui mène une tâche difficile et qu’il accomplit avec ténacité, avec compétence, et qui permet, autant qu’il est possible, de répondre aux 3 défis de la Côte d’Ivoire.

Le premier, c’est le défi de la sécurité, faire en sorte que les Ivoiriens puissent vivre en paix. Pour cela la France lui apporte tout son concours, c’est-à-dire à la fois la présence de ses militaires mais aussi la formation de ses cadres et également une coopération en matière de police, en matière également de gendarmerie et aussi en matière de justice.

Il a un deuxième défi pour le président OUATTARA et son gouvernement, c’est la réconciliation. Tout à l’heure, et si j’étais en retard c’est essentiellement pour cette raison, je recevais les organisations non gouvernementales, les grandes associations qui travaillent sur les droits de l’homme. Je recevais aussi l’opposition, les oppositions, parce que l’opposition est toujours multiple, même si elle essaye de faire entendre sa voix. Mais je lui ai dit que la meilleure façon de faire entendre sa voix, c’est de participer aux élections. Parce que c’est la seule manière de pouvoir offrir un avenir à ce grand pays qu’est la Côte d’Ivoire, c’est la démocratie, le pluralisme, la transparence.

Et puis enfin il y a le défi du développement, le défi de l’économie. Il y a trois ans, beaucoup d’entre vous n’étaient plus là, les entreprises, et il y en a beaucoup, 700 entreprises françaises, se désespéraient de savoir s’il serait encore possible de poursuivre une activité. Et depuis trois ans, la croissance est repartie en Côte d’Ivoire et avec un rythme impressionnant, près de 9%. Les investissements sont revenus, je suis à la tête d’une délégation de près de cinquante chefs d’entreprises, les plus grandes entreprises de France. Il y a aussi d’autres pays - parce que nous ne sommes pas les seuls à nous intéresser à la Côte d’Ivoire - qui viennent prospecter, qui viennent prospérer et nous avons voulu à travers cette visite donner une dimension supplémentaire encore à nos relations économiques.

La France a été capable, c’était une des premières décisions que j’ai prise comme Président de la République, de renoncer à une partie de sa créance, c’est-à-dire la créance que nous avions nous tous à l’égard de la Côte d’Ivoire, donc de la dette de la Côte d’Ivoire. Nous avons été capable de décider de l’annuler pour une grande partie et de permettre que cette dette qui ne serait plus payée par la Côte d’Ivoire puisse être convertie dans des projets d’investissement et de développement.

Et nous allons ouvrir un deuxième contrat de désendettement et de développement avec la Côte d’Ivoire, avec le même processus, renoncer pour une part à la dette résiduelle et faire en sorte que nous puissions ouvrir de nouveaux champs pour les investissements grâce au concours public. Une fois encore je salue l’agence française de développement, mais aussi les entreprises françaises.

Et aujourd’hui nous avions un colloque, un forum sur la ville durable. Nous avions souhaité mettre ce thème en exergue. Pourquoi ? Parce que la moitié de la population en Afrique vit dans les villes et dans 30 ans il y aura 75% d’une population qui est estimée à 2 milliards d’individus. Abidjan est une grande mégalopole. On ne sait pas si c’est 5 ou 6 millions, cela a varié tout au long de la journée. Je ne veux pas croire que j’ai été capable d’augmenter à moi tout seul de 2 Millions la population de la ville d’Abidjan même si j’ai été fait Chef traditionnel à l’Hôtel de Ville d’Abidjan. Je n’ai pas revêtu la tenue pour ne pas satisfaire à la curiosité des journalistes qui n’auraient d’ailleurs retenu que cette image de mon déplacement mais j’avais le grand apparat. La tenue était bleue, il y avait des bracelets, il y avait même une couronne mais vous connaissez ma conception de la présidence de la République, donc je n’ai pas voulu aller jusque-là. Mais j’ai été reçu par le gouverneur du district et il évoquait tous les projets qui étaient les siens et la population de la ville, 6 millions. Quand on regarde l’ensemble de la population agglomérée au-delà même d’Abidjan, on est sur une dizaine de millions d’habitants avec nécessairement des travaux d’infrastructures qui vont être lancés dans les prochaines années.

Ce matin, je n’inaugurais pas le pont, le fameux, mais je suis passé dessous. Bref, il y a un certain nombre de grands travaux d’infrastructures et les entreprises françaises sont présentes sur ces projets.

Il y a aussi tout ce qui peut être numérique, télécommunication. Là aussi il nous a été dit que la Côte d’Ivoire avait pris de l’avance, avait sauté même une génération de produits et va être capable de pouvoir montrer une forme d’avant-gardisme. La preuve c’est que sur le fameux pont qui sera un pont à péage on pourra payer avec son portable. On paiera quand même, mais avec son portable. Ce qui veut dire qu’il y a beaucoup de portables ici et donc beaucoup d’opérateurs. On m’avait parlé de 5 opérateurs. Aussi ici nous sommes pour que les opérateurs soient les plus français possibles.

Il y a également de grands projets en matière d’énergie. On a découvert du pétrole. Il y a des projets en matière de renouvelable. Il y a toujours cette capacité qu’a la Côte d’Ivoire d’être un grand producteur agricole. Premier producteur de cacao, production de bananes même si elle a été hélas abimée par les intempéries. Il y a aussi des unités de transformation. Bref nous avons toutes les possibilités pour être utiles à la Côte d’Ivoire et être capable de créer de l’emploi ici en Côte d’Ivoire et en France.

Et je voulais ici vous rendre hommage, car si ces entreprises peuvent se développer, si il y a ce courant d’échange, si nous sommes exportateurs nets en Côte d’Ivoire, si nous sommes capables d’être aussi bien accueillis que je l’ai été tout au long de la journée avec les ministres et les chefs d’entreprises, c’est grâce à vous. Grâce à vous, représentants des entreprises, grâce à vous chefs d’entreprises de PME qui êtes installés depuis longtemps en Côte d’Ivoire, grâce à vous fonctionnaires de l’Ambassade, des Consulats, grâce à vous professeurs, personnels de l’éducation, parce qu’il nous faut aussi des établissements, je sais que le lycée va bientôt rouvrir et il était tellement attendu ce moment où à la prochaine rentrée les élèves pourront de nouveau trouver les meilleurs conditions d’enseignement. Oui c’est grâce à vous aussi, jeunes ou moins jeunes chercheurs, puisqu’il y a des instituts, grâce à vous qui développez la francophonie, les alliances françaises, grâce à vous tous 15000, 16000 c’est comme la population d’Abidjan on arrive pas à savoir exactement combien vous êtes, eh bien c’est vous la France, c’est vous la France ici et c’est grâce à la France d’ici que la France est plus grande partout ailleurs et dans ses frontières.

Je voulais terminer par la confiance que je porte en la Côte d’Ivoire, c’est un grand pays, un grand pays par ses ressources, un grand pays par sa population, un grand pays par son histoire avec la haute figure d’ HOUPHOUËT-BOIGNY qui je le rappelle fut un parlementaire français avant d’être le chef de l’Etat de son propre pays. HOUPHOUËT-BOIGNY qui fût un des ministres du général DE GAULLE et, si il y a la Constitution de 1958, des institutions, d’une certaine façon si je suis là aujourd’hui devant vous, c’est parce que HOUPHOUËT-BOIGNY avait été ministre d’Etat au lendemain de l’arrivée au pouvoir du Général DE GAULLE en 1958.

Il y a eu aussi toutes ces relations entre la France et la Côte d’Ivoire, avec des liens très personnels entre les chefs d’Etat, qui se sont succédées, et c’est très important que nous ayons toujours la même confiance dans la Côte d’Ivoire. Et il se trouve que la Côte d’Ivoire peut être un exemple. Pourquoi ? Un pays qui a été déchiré. Un pays qui a connu la violence, des exactions. Un pays qui à un moment a douté de lui-même, même de sa capacité à vivre ensemble. Un pays où il était encore possible de parler de partition il y a quelques années. Eh bien ce même pays est capable aujourd’hui d’être une référence, référence pour son développement économique, référence pour les investissements qui s’y font, référence pour les procédures qui peuvent être organisées y compris pour la prochaine élection présidentielle, référence pour sa croissance.

Eh bien pour tout cela c’est un exemple pour beaucoup d’autres pays africains qui peuvent connaître le même chaos que celui que vivait la Côte d’Ivoire. J’ai confiance dans la Côte d’Ivoire parce que je sais que vous êtes là et que vous êtes l’une des plus grandes communautés françaises en Afrique et que vous n’avez pas de rapport qui serait de distance ou de doute à l’égard de la Côte d’Ivoire. Vous y croyez comme j’y crois moi-même, alors vive la Côte d’Ivoire et vive la France !

Merci »

 

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