Discours du président de la république sur la politique de la ville

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Rubrique : Nation, institutions et réforme de l'Etat

Rennes – jeudi 16 février 2017

Mesdames les Ministres,

Madame la Députée-Maire,

Monsieur le Président de Rennes Métropole,

Mesdames, Messieurs les Parlementaires, les élus, Mesdames, Messieurs, je n’oublie pas les membres des conseils citoyens.

Je vous remercie d’abord pour votre accueil. Accueil chaleureux d’une population qui peut connaître des difficultés, mais qui a toujours la fierté de dire combien elle est heureuse de vivre ici, dans leur quartier, là où leurs parents ou peut-être eux-mêmes, ont décidé de s’installer il y a des années, qui voient ce que le changement exige et ce que la politique de la ville peut leur offrir comme chance supplémentaire.

Je voulais venir ici pour cette signature d’une convention de renouvellement urbain avec la ville de Rennes -qui a toujours été d’avant-garde- et la métropole. Une des premières métropoles qui connaît, -cela a été dit par Nathalie,- une vitalité démographique et une expansion économique. Je voulais venir parce qu’au niveau national, c’est le premier projet du nouveau programme national de renouvellement urbain, que nous avions annoncé, avec François PUPPONI en décembre 2014. Il faut souvent du temps entre une annonce et sa traduction, c’est le cas aujourd’hui.

C’est la première convention de ce nouveau programme. C’est aussi le coup d’envoi, pour Rennes et pour sa métropole, d’une transformation profonde de trois quartiers qui ont été identifiés comme prioritaires, Maurepas, Villejean et le Blosne. Je ne vais pas féminiser tous les noms de quartiers, même si la tentation est forte.

Votre ville, Rennes, a été la première, la pionnière de la politique de la ville, dès les années 70, avant même qu’il puisse exister une volonté nationale. Il y avait déjà cette conception qu’il n’y avait de ville que si tous les quartiers y étaient intégrés. Ensuite, il y a eu des projets qui se sont enrichis, génération après génération et les maires successifs, Edmond HERVE, jusqu’à vous aujourd’hui, Nathalie, vous avez voulu qu’il y ait cette politique de la ville qui puisse trouver sa traduction.

Nous avons accompagné ce mouvement, d’abord parce que, pour nous, il était très important de donner un exemple et Rennes était un exemple notamment de démocratie citoyenne, avec cette invention, La Fabrique, qui est devenue une référence et finalement un exemple, puisque les conseils citoyens s’en sont directement inspirés. Mais vous, à Rennes, vous allez encore plus loin, puisque, il y a un budget participatif, des investissements qui sont discutés dans le cadre de cette fabrique.

Vous avez donc participé au premier programme ANRU et c’est entre 2006 et 2014 que se sont déployés un certain nombre de moyens. Je remercie encore l’ANRU, puisque cela a donné lieu ici, à 175 millions d’euros d’investissement et 33 millions venaient de l’ANRU. Près d’un Rennais sur cinq a bénéficié de ce premier programme, avec près de 700 logements qui ont été démolis, 360 logements sociaux qui ont été reconstruits et 7.700 logements qui ont été réhabilités.

Nous aurions pu nous arrêter là, l’objectif avait été pour une grande part atteint. Mais comment résister à la pression, d’abord, des élus de Rennes, la maire en tête et de la métropole ? Comment résister aussi à la volonté des habitants, qui avaient considéré que si certains quartiers avaient pu être aménagés, -ou certaines parties du quartier,- il restait encore beaucoup à faire ? Fallait-il se mettre d’accord sur le nouveau programme, à la fois dans ce qu’il devait prendre comme décision et notamment sur ces fameuses tours et sur le volume financier qu’il était souhaitable d’obtenir de l’ANRU.

Aujourd’hui, nous lançons ce nouveau programme. 500 millions d’euros vont être investis pour mener à bien 400 démolitions de logements, 2.300 réhabilitations, 3.000 constructions neuves, comme l’objectif que vous avez fixé : permettre à tous les Rennais, quel que soit leur niveau de revenus, de s’installer dans les quartiers rénovés.

Mais l’ambition qui est la nôtre, qui est la vôtre, ne s’arrête pas aux logements, car on ne change pas un quartier si on n’y met pas aussi des établissements scolaires, des lieux culturels, des zones d’activités économiques, des centres commerciaux et c’est ce que vous m’avez montré aujourd’hui. Vous avez pleinement compris qu’il fallait qu’il y ait, non seulement une vie de quartier, - elle était là - mais qu’il y ait des activités dans le quartier, d’où la réhabilitation de centres commerciaux, l’implantation du conservatoire régional et même la création d’un centre d’affaires du quartier et je n’oublie pas ce qui a été fait pour installer LADAPT, pour les personnes handicapées qui viennent enrichir la vie du quartier.

Cette approche que vous avez eue au niveau local, nous l’avons eue aussi au niveau national. C’est vrai que la politique de la ville, telle qu’elle avait été conçue dans les années 90 et 2000, était une politique qui mettait l’accent et l’effort principal sur l’investissement, sur l’investissement notamment en matière de logements et c’était indispensable. Mais il n’y avait pas suffisamment d’attention et d’ambition pour prendre en compte les aspirations des habitants, pour définir vraiment ce que pouvait être une ville dans le 21ème siècle.

En plus, nous avions empilé des dispositifs, des mécanismes, -c’est une tradition française,- et il y avait d’ailleurs des zonages qui ne correspondaient pas toujours, ni à l’état réel du quartier ni à ce que pouvaient être des politiques coordonnées, d’où l’illisibilité souvent reprochée à cette politique de la ville. Donc nous avons voulu, à travers une loi, qui avait été préparée par le ministre de la Ville de l’époque, c’était en 2014, François LAMY, qu’il y ait une loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine.

Nous avons redéfini la carte des quartiers prioritaires, avec un seul critère, qui est le revenu des habitants. On ne regardait pas simplement ce qui avait été construit ou ce qui avait été déjà engagé, non, nous prenions en considération le critère des revenus des habitants. Ce qui nous permettait d’avoir effectivement des quartiers qui étaient dans la ville, dans des grandes villes, il y avait également ce que l’on appelle les banlieues, mais également des centres anciens où il y avait une paupérisation très forte et notamment dans un certain nombre de départements ruraux. Car la politique de la ville, ce n’est pas simplement dans les grandes agglomérations ou les grands quartiers urbains.

Nous avons également voulu qu’il n’y ait pas simplement que l’habitat social qui puisse être considéré, mais également le logement privé. La loi a créé un nouvel instrument, le contrat de ville, pour fédérer l’ensemble des acteurs locaux, communes, agglomérations, métropoles, départements, régions, bailleurs sociaux, associations, pour unir, pour fédérer et aujourd’hui, il y a 435 contrats de villes, qui permettent d’engager l’ensemble de ces volontés dans une même perspective.

Nous avons enfin voulu, que la politique ne soit pas décidée d’en haut, définie par simplement ceux qui seraient supposés savoir, mais qu’il y ait une participation directe des citoyens, d’où les conseils citoyens. Il y en a aujourd’hui plus de 1.100, qui mobilisent des personnes qui, jusqu’à présent, étaient en dehors des lieux de délibération, qui pouvaient être des militants associatifs, mais qui étaient aussi des citoyens qui voulaient prendre leur part dans la définition des politiques.

Il n’y a pas de contrat ville qui puisse être décidé, pas donc d’intervention publique, s’il n’y a pas des conseils citoyens et s’il n’y a pas cette association des habitants eux-mêmes aux politiques qui les concernent. Nous avons souhaité avec l’ANRU - et je salue encore son président et son directeur,- poursuivre aussi le programme de renouvellement urbain. J’en ai parlé et nous avons pris la décision d’engager cinq milliards d’euros pour les dix prochaines années, qui seront notamment apportés par les partenaires sociaux d’Action Logement et je veux ici les en remercier. Ces cinq milliards permettront d’investir au total vingt milliard d’euros dans les quartiers populaires.

Vingt milliards d’euros d’investissement, cela peut d’ailleurs ne rien dire à beaucoup - pourquoi vingt milliards, pourquoi pas vingt-cinq ? -, et à force de ne parler qu’en milliards, on finit par oublier la vie, la traduction concrète de ces engagements. Il y en a encore dans le débat public qui disent qu’on ne fait rien pour les quartiers. Je ne veux pas leur répondre simplement en montants financiers, ce serait déjà suffisant, je veux leur montrer ce qui a été fait pour ceux qui vivent dans les quartiers qui quelquefois – et c’est bien légitime – considèrent qu’on en fait toujours plus pour le quartier d’à côté et pas assez là où ils vivent.

Mais je veux leur dire aussi, à tous ceux qui sont loin de ces quartiers et qui les regardent parfois avec méfiance, que ce qui se fait ici est un symbole de la vitalité, est un symbole de la réussite parce que cela amène des populations qui jusqu'à présent pouvaient être écartées, stigmatisées, discriminées dans la République et que c'est une chance pour ces populations, mais pour le pays tout entier. Mais en même temps, je ne peux pas dissimuler les efforts financiers que nous engageons, parce qu'ils sont très importants, ils permettent d'ailleurs de faire vivre des entreprises, y compris avec l'insertion permettant à des populations dans le quartier d'y être pleinement impliquées.

Mais ces sommes sont importantes aussi parce qu'elles vont s'étaler sur dix ans et qu'il avait fallu à un moment, faire des choix. Ce qui est prioritaire et ce qui ne l’est pas. J'ai considéré que les quartiers, étaient la priorité pour la France, j'ai même voulu que puisse être ajouté, à ces vingt milliards, un milliard d'euros qui permettra d’investir 5 milliards d’euros supplémentaires pour les équipements : pour les équipements culturels, pour les équipements sportifs, pour les équipements scolaires, parce que, il ne peut pas y avoir de politique de la ville s'il n'y a pas ces équipements et ces services, parce que l'école est la condition de l'égalité des chances, parce que c'est là qu'il va y avoir les programmes de réussite éducative.

J'ai demandé d'ailleurs à un maire, le maire de Clichy-sous-Bois, de recenser tous les besoins locaux pour que nous puissions aller encore plus loin dans la prise en compte de la rénovation de nos lieux scolaires. Parce que quand un enfant est scolarisé dans de bonnes conditions, dans une école qui est belle, qui peut être aussi innovante, son destin va changer, il n’y a pas de raison que le beau, l'innovation, la technologie soient réservés à ceux qui sont déjà dans les lieux où la prospérité existe, et que nous devons aussi donner cette initiation, cette éducation au beau et à la technologie et c'est ce qui se fera dans les quartiers populaires.

Investir aussi dans ces lieux, c'est agir pour la culture et je m'exprime ici dans un lieu de culture, parce que nous devons considérer que des vocations et des talents existent partout et notamment dans les quartiers populaires et que dès le plus jeune âge, une initiation peut changer un itinéraire. Dans la majorité des 435contrats de ville, dont j'ai parlé, il y a eu des programmes de construction de médiathèques, de scènes musicales et dans le cadre du programme de renouvellement urbain et l’ANRU a accompagné ce processus.

Nous avons également voulu, mais vous l’avez décidé, d'installer. Installer des grands établissements culturels régionaux, avec un lien direct avec les établissements scolaires ainsi, 30 classes orchestres ont été financées pour permettre l'apprentissage de la musique classique, avec le concours des plus grands musiciens, en mettant gratuitement à la disposition des enfants un instrument de musique. De la même façon, nous avons voulu que, il y ait une centaine de scènes d'envergure nationale ou régionale qui puissent tisser des liens privilégiés avec les quartiers populaires et que des artistes venant même des quartiers populaires puissent bénéficier de résidences pour porter leur projet de création.

Investir dans les quartiers, c'est aussi vouloir qu'il y ait des services, c'est-à-dire des commerces et là-dessus nous serons extrêmement vigilants pour que les commerces qui étaient là, qui parfois souffraient, puissent, comme vous l'avez décidé, être rénovés quand c'est possible, ou réinstallés quand c'est nécessaire. Que ces commerces puissent être aussi accompagnés par des services administratifs et je n'oublie pas les agences bancaires, parce que c'est également un droit que de pouvoir disposer d'un compte et de pouvoir utiliser les agences bancaires.

Investir dans les quartiers, c'est aussi faire en sorte qu'ils puissent vivre en sécurité, cela été le sens des premières décisions que le gouvernement a pu prendre à partir de 2012, de créer des zones de sécurité prioritaires.

Il en existe aujourd'hui 80 qui répondent spécifiquement aux enjeux de ces quartiers. Il y a eu 9 000 créations de postes de policiers et de gendarmes depuis 2012 mais, là encore, il ne suffit pas de recruter : il faut aussi former, former ces personnels pour qu’ils puissent être capables de faire face à la délinquance – elle existe -, lutter contre les trafics – ils sont là et nous devons les éradiquer – et permettre aussi aux personnels de police d’exercer leurs missions dans la sérénité et avec le souci constant du respect.

Du respect des personnes, des citoyens, du respect aussi des libertés fondamentales et du respect de la dignité. La question, je le sais, des relations entre la police et les habitants est posée à travers un certain nombre d’actes qui ont pu, à juste raison, susciter de la colère et de l’émotion. En même temps, nous devons faire preuve là encore de responsabilité. Dire que c’est la justice qui est saisie et c’est la justice qui doit aller jusqu’au bout des procédures.

Les habitants doivent avoir confiance dans les institutions, dans la police, dans la gendarmerie qui est là pour protéger. D’ailleurs, beaucoup de demandes dans les quartiers sont d’avoir plus de policiers, d’avoir plus de commissariats, d’avoir plus de présence et de présence continue – ce qu’on appelle la proximité. Mais aussi le respect à l’égard de la justice qui doit passer et qui doit être sévère à l’égard de ceux qui se comportent en manquement à leurs obligations ou à la loi.

Il y a la confiance à l’égard des institutions, à l’égard de la République qui ne doit discriminer aucun de ses enfants, qui doit les intégrer tous. Voilà ce qui est aujourd'hui attendu des pouvoirs publics ; non pas des lois supplémentaires. Nous en avons ici fait voter bon nombre face aux menaces, face aux agressions dont nous avons été l’objet. Il ne servirait à rien de changer une nouvelle fois la loi pour laisser penser qu’il serait plus commode d’agir.

Appliquons les lois existantes, donnons les moyens aux forces de sécurité, permettons aussi à ce que les politiques de prévention puissent jouer tout leur rôle. Voilà ce que nous avons à faire et pas simplement dans les quartiers populaires. Nous avons aussi à faire en sorte qu’il puisse y avoir la prise en compte de ce que la révolution numérique va nous apporter dans ces quartiers notamment.

J’ai voulu qu’il y ait un programme de formation qui puisse être lancé pour les jeunes et notamment cette Grande Ecole du Numérique. Faire que dans des villes, il puisse y avoir – et à Rennes, il y a une French Tech – à travers la mobilisation des entreprises, des chercheurs, des créateurs, des entrepreneurs, une chance supplémentaire donnée aux jeunes venant des quartiers populaires et qu’ils puissent être formés pour les emplois de demain.

Nous avons aujourd'hui 5 000 personnes qui ont bénéficié de cette Grande Ecole du Numérique et il y en aura 10 000 en 2017, notamment de ces villes et de ces quartiers. Nous devons favoriser l’insertion professionnelle mais aussi la création d’entreprise. Dans les statistiques dont nous disposons, nous pouvons en tirer la conclusion que ce sont dans les quartiers populaires qu’il y a le plus de vitalité en termes de création d’entreprise. Cela ne veut pas dire que ces créations réussissent à chaque fois et qu’il n’y a pas un effort d’accompagnement à mener.

Justement, nous avons voulu créer l’Agence France Entrepreneur pour qu’elle puisse accompagner les jeunes à la création d’entreprise et également à la réussite. Je sais ce que représente la question du chômage et j’en avais fait une priorité. Aujourd'hui encore, nous avons confirmation que pour la deuxième année consécutive, le taux de chômage en France diminue, notamment le taux de chômage des jeunes.

En même temps que j’affirme ce résultat, je mesure bien ce que la frustration de beaucoup de jeunes ou de moins jeunes, de demandeurs d’emploi, peut être quand il y a encore des délais d’attente pour retrouver une insertion professionnelle ou une perspective. Je mesure ce qu’est aussi l’attente de beaucoup de ceux qui ont été écartés du marché du travail de retrouver l’assurance d’un emploi et d’un emploi stable.

Mais quand même, le chômage des jeunes a diminué de près de 10 % et c’est la première fois en dix ans. En disant cela, je ne suis pas dans la célébration d’un résultat : je suis dans la confirmation d’un engagement, dans la nécessité de poursuivre cette politique parce qu’elle produit des résultats. Je veux saluer les entreprises qui se sont mobilisées pour y parvenir. Les entreprises locales, nationales qui aujourd'hui, à côté de l’Etat dans les quartiers populaires – et j’ai eu l’occasion de rencontrer l’une d’entre elles – prennent justement la responsabilité, de donner leur chance à des habitants, à des jeunes, mais aussi de jouer le jeu de ces clauses d’insertion que nous avons voulu généraliser à l’ensemble des travaux qui étaient lancés dans ces quartiers.

Beaucoup de ces entreprises commencent à également imaginer qu’il pourrait y avoir les mêmes mécanismes d’insertion pour tous les appels d’offres, pour tous les contrats, pour toutes les grandes réalisations que nous avons à mener dans notre pays, surtout au moment où le bâtiment reprend son activité et où les travaux publics sont sortis de la crise.

Lutter contre les discriminations, c’est une priorité aussi que j’ai fixée. Les discriminations sont dans l’emploi, dans les loisirs. Elles sont partout où il peut y avoir ce sentiment insupportable qu’il n’y aurait pas les mêmes chances pour tous, qu’il y en aurait qui seraient plus contrôlés, qui seraient plus frappés par je ne sais quelle marque sociale qui les empêcherait de donner plein épanouissement à ce qu’ils sont.

Alors la première volonté qui doit être la nôtre, celle de l’Etat, c’est d’être exemplaire. L’exemplarité, ça vaut pour tout et si au sommet de l’Etat il n’y a pas cette exemplarité, comment donner confiance ? Comment appeler à l’effort ? Comment donner une perspective à notre pays ? Alors l’Etat a voulu être exemplaire en faisant que dans la fonction publique, il puisse y avoir des recrutements, une diversification des recrutements. Par exemple, l’apprentissage qui jusqu’à présent n’avait pas sa place dans les fonctions publiques. Au moment où je suis arrivé aux responsabilités, il y avait 700 apprentis dans l’Etat. Aujourd'hui, il y a 10 000 apprentis qui sont dans les fonctions publiques et qui pourront passer les concours ou entrer dans l’administration.

Nous avons également voulu que les habitants, et j’y faisais référence avec les Conseils Citoyens, puissent être pleinement partie prenante des politiques que nous menons. J’ai évoqué les associations. C’est pour nous une priorité que de leur donner les moyens dont elles doivent disposer pour pouvoir agir. Ils avaient été supprimés, nous les avons rétablis. Il y avait également, et il y a encore, heureusement, les adultes relais - peut-être y en-a-il ici dans cette salle – qui jouent un rôle très important pour nos quartiers, qui doivent être formés et nous avons dégagé des crédits pour qu’ils le soient.

Et puis, il y a ces Conseils Citoyens. J’ai eu cette chance d’être invité par les Conseils Citoyens qui se sont réunis – c’était à La Villette – et qui exprimaient toutes leurs attentes. Leur première attente, c’était d’être formés parce qu’ils disaient : « Ça ne suffit pas d’être informés, nous voulons comprendre. Puisque vous nous avez demandé de venir participer, il n’y a pas d’un côté ceux qui savent et ceux qui ignoreraient tout. Donnez-nous les moyens pour que nous puissions comprendre ce qu’est une politique d'aménagement, ce qu’est l’ANRU, ce que sont ces sigles que nous utilisons dans toutes nos politiques publiques. »

Alors nous avons fait en sorte de pouvoir les accompagner, mais après ils nous ont dit tout ce qu'ils attendaient, leur impatience mais en même temps leur fierté d'être reconnus, d'être considérés. Au-delà des crédits publics, au-delà des politiques, il y a un principe essentiel dans l'action que nous devons mener : c'est la considération, c'est le regard, c'est la prise en compte et c'est tout le sens des Conseils Citoyens.

Je veux terminer sur les collectivités locales qui s'engagent beaucoup dans les politiques de réhabilitation, de rénovation, qui font face à des populations qui sont en difficulté, en souffrance et qui doivent leur permettre d'en sortir et les accompagner dans la réussite. Il y a eu de longues discussions pour savoir comment nous pouvions aider les collectivités locales qui en avaient le plus besoin.

Quand on interroge tous les maires, ils lèvent la main tous pour dire qu'ils en ont le plus besoin, qu'ils sont eux-mêmes prioritaires : les élus ruraux qui considèrent qu’ils doivent avoir un soutien - et c'est légitime - par rapport à ce besoin de services publics, besoin également d'action pour éviter la désertification ; les centres-bourgs qui considèrent qu’ils arrivent à donner de la vie grâce aux services qu'ils déploient pour un territoire et les élus des grandes villes qui disent qu’elles sont un centre d'attractivité pour notre pays, les métropoles. Il fallait faire des choix et nous avons fait en sorte que ce soient les villes ou les métropoles qui ont le plus à faire qui puissent avoir des dotations qui correspondent à leurs besoins.

Jamais assez, mais quand j'entends ceux qui se plaignent de la baisse des dotations - il y en a sur tous les bancs de l'Assemblée nationale et du Sénat et dans tous les partis politiques - ce sont souvent les mêmes qui demandent qu'il y ait le plus d'économies possibles, qu'il y ait le moins de fonctionnaires, qu’il y ait le moins d'impôts. Alors je vais vous faire une confidence : ce n'est pas facile de maintenir des dotations avec moins d'impôts ; ce n’est pas facile d'avoir plus de services publics avec moins de fonctionnaires ; et ce n'est pas facile de promettre tout à tout le monde. Il y a un moment où une politique publique doit savoir quelles sont ses priorités ; et qu'il doit y avoir aussi une redistribution à l'échelle territoriale.

C'est ce que nous avons fait d'ailleurs avec ce qu'on appelle la péréquation. Faire que les villes, ou les départements, ou les régions les plus prospères, les plus riches puissent participer à l'effort collectif en faveur des villes, des métropoles, des départements, des régions qui étaient le plus en difficulté. Nous avons fait en sorte notamment d'augmenter la dotation de politique de la ville. Nous avons fait également une augmentation de la dotation de solidarité urbaine. Nous avons même mobilisé des crédits du PIA – je vous fais grâce des sigles – enfin du « grand emprunt », pour qu’il puisse y avoir une affectation pour un certain nombre de projets dans des villes qui relèvent de notre priorité, pour qu’il puisse y avoir cette participation de tous à l'effort.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que j'étais venu ici vous dire. Vous dire d'abord ce qu'a été ma fierté d'être accueilli comme je l'ai été par la population de ce quartier qui n'est pas le plus riche de France mais qui est sans doute l'un des plus joyeux de France. Parce qu'il y a une forme de vitalité, d'espérance et de reconnaissance, ces personnes qui se sont faites photographiées pour retrouver la confiance en eux-mêmes, en elles-mêmes, ces associations qui accueillent tous ceux qui s'y présentent et cette forme d'intégration de tous, y compris des personnes qui sont en situation de handicap, comme si c'était - et cela l’est - une chance pour l'ensemble du quartier.

Voilà pourquoi j'ai été heureux d'être parmi vous. Je me souviens d'une phrase qui m'avait été adressée lors de cette assemblée générale des Conseils Citoyens. On m’a dit : « Chaque fois que l'on parle de nous, de nos quartiers, c'est parce qu'il y aurait des difficultés, c’est parce qu'il y aurait des violences, parce qu'il y aurait des échecs. Alors faites en sorte, Monsieur le Président – et je m'acquitte ici de ma dette – faites en sorte que l'on parle des quartiers pour leur réussite en matière de culture, en matière d'emploi, en matière de participation citoyenne, en matière de sport. Faites en sorte qu'on dise à la France que ces quartiers sont une chance et qu’il y a plein d'énergie à saisir et qu'il y a plein d'occasions, plein d'opportunités à offrir. »

La politique de la ville, c'est cela. Ce n’est pas simplement une politique de redistribution : c'est une politique de confiance, c'est une politique qui permet la mobilisation de tous et qui fournit une espérance. Quand nous faisons face à des menaces qui existent autour de nous, parfois à l'intérieur même de nous, nous avons besoin d'unité et de rassemblement. Nous avons besoin d'éviter que la peur s'installe, que le repli puisse être regardé comme une solution et la division comme une façon de se protéger. Nous devons donc faire en sorte que la politique de la ville ne soit pas une politique pour certains mais regardée comme une politique pour tous.

Voilà quel a été le sens de l'action que j'ai pu conduire depuis 2012, mais elle n'aurait pu avoir cette traduction sans la mobilisation des élus sans qu'il y ait cette forme d'investissement personnel que j'ai encore pu constater. La maire de Rennes connaît tous les habitants du quartier ; elle sait même ceux ou celles qui n'habitent pas le quartier. Je veux le dire : si maintenant je rencontre les Français, j'essaierai d'être à la hauteur de la maire de Rennes en pouvant les identifier mais je reconnaîtrais tous les habitants de ce quartier. Merci.

 

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