Avril 2014

Discours du président de la République lors des obsèques d'Alain MIMOUN

Mesdames, Messieurs,

Alain MIMOUN vient de nous quitter. C’était un combattant courageux, un sportif exceptionnel et un patriote fervent.

Alain MIMOUN était né à Telagh, dans le nord de l’Algérie, le 1er janvier 1921.

Alain MIMOUN est mort à Champigny, dans le Val-de-Marne, le 27 juin 2013.

Entre ces deux dates, s’étend une longue et belle vie faite d’endurance, de sacrifices, et de victoires.

La première de ces victoires fut modeste, c’était de décrocher le certificat d’études primaires, le titre de gloire des enfants de la troisième République. Il l’obtint avec la mention « bien », et son ambition alors était de devenir instituteur. Mais la bourse qui aurait pu financer ses études lui fut refusée. Ce fut pour Alain MIMOUN une blessure. Mais loin de se détourner de la France, il décida de la servir  pour être pleinement reconnu par elle.

Il s’engagea donc  à 19 ans dans l’armée.

Il se bat alors sur le front belge, où il est témoin de « l’étrange défaite » de 1940. Il intègre le régiment de sapeurs-démineurs en Algérie et participe pendant six mois, de novembre 1942 à mai 1943, au combat contre l’Afrika Korps de ROMMEL. Il aurait pu s’arrêter là. C’était déjà une belle et grande victoire. Mais non, il rejoint l’Italie comme caporal dans le corps expéditionnaire du maréchal JUIN. Il prend part à la bataille de Monte Cassino, en janvier 1944 il est grièvement blessé à la jambe, au point que les médecins s’interrogent, l’amputation est envisagée. La vie d’Alain MIMOUN se joue là.  Il se relève, se soigne et repart au combat. Il manque le débarquement en Normandie, qu’importe, il sera de celui de Provence jusqu’à la victoire finale.

A la Libération, il court pour un autre destin. Depuis ce jour de 1947 où Alain MIMOUN est devenu champion de France de course de fond, il collectionne les titres nationaux et mondiaux, jusqu’aux Jeux olympiques de Melbourne en 1956 où il remporte la médaille d’or du marathon.

Ces succès, il les doit à des vertus qui ont fait la personnalité d’Alain MIMOUN et qui peuvent encore aujourd’hui, plus que jamais, avoir valeur d’exemple.

La première de ces vertus c’est la persévérance. Alain MIMOUN aimait comparer sa carrière à « un château » : « Ma médaille d’argent, disait-il, à Londres en 1948, ce sont les fondations ; mes deux médailles d’Helsinki, en 1950, ce sont les murs ; ma médaille d’or de Melbourne, c’est le toit ». La maison est finie.

La seconde de ces vertus c’est la volonté. L’athlétisme, il l’avait découvert fortuitement, à l’armée. Mais, par la suite, il n’a plus laissé aucune place au hasard. Chaque matin, pendant des heures, il s’entraînait. Chaque soir, il mesurait le chemin parcouru. Il courait et il courait encore. Il s’obstinait, parce que tout ce qui n’était pas excellence lui paraissait médiocrité. Il ne s’arrêtait jamais. Il y a à peine 10 ans, à l’occasion des championnats du monde d’athlétisme, certains le voyaient à 82 ans, faire le tour du stade de France, chaussé de ses mocassins de ville… Rien ne lui faisait peur. Il courait. Il courait encore.

Alain MIMOUN, c’était le courage. Il a souvent raconté à ses proches la course mythique de Melbourne. Il s’élançait contre le champion ZATOPEK. Peu de commentateurs lui accordaient la moindre chance de victoire. Mais lui, il y croyait. Il y croyait non seulement au premier kilomètre, le plus facile, mais au trentième, déjà loin du départ, toujours loin de l’arrivée. Il courait sous une chaleur de 40 degrés, ses jambes lui faisaient mal et il ne trouvait plus son souffle alors il s’écria dans une voix intérieure « Fainéant, tu ne vas pas lâcher maintenant ! ». Alors il a couru et a gagné.

Quelque chose le portait, quelque chose de plus puissant que tout, c’était l’amour de la France. « Je rêvais, disait-il, de voir le drapeau français au milieu du stade, je rêvais d’entendre la Marseillaise, c’était mon obsession. ».

Alain MIMOUN, né en Algérie, avait choisi la France. Il était imprégné de son histoire.

La France, pour Alain MIMOUN, c’était un choix, une passion, une fierté, un idéal.

La France, pour Alain MIMOUN, c’était de hautes figures. C’était le chevalier BAYARD, dont un portrait ornait sa maison de Champigny. C’était le général de GAULLE, qui fut sa référence, et qui lui avait dit un jour : « Mimoun, vous et moi, nous avons un point commun : nous durons ». Il a duré jusqu’à aujourd’hui. Une haute figure, c’était aussi Jacques CHIRAC, avec lequel il partageait, au-delà des idées, un territoire, une terre, un département, la Corrèze.

Son épouse, Germaine, venait de Tulle, une belle ville. Ensemble, ils s’étaient installés à Bugeat, sur le plateau de Millevaches où Alain MIMOUN courait bien sûr, mais où il avait contribué au développement d’un Centre pour sportifs qui porte aujourd’hui son nom. C’est là, à Bugeat, qu’il reposera aux côtés de Germaine, disparue il y a trois mois.   

Alain MIMOUN était un grand champion mais aussi un homme simple, doué de la véritable humilité, celle qui est plus forte que l’orgueil.

La vie d’Alain MIMOUN est une leçon. Il a vaincu les fatalités, il a dépassé ses propres limites. Il savait souffrir pour l’accomplissement de lui-même et la réussite de son pays.

Aujourd’hui, devant sa famille, devant ses proches, devant ses amis sportifs, devant aussi le régiment dans lequel il a servi, c’est toute la France qui rend hommage à Alain MIMOUN, à celui qui a couru tout au long de son existence sur des champs de bataille pour porter nos couleurs, sur les pistes des stades pour faire retentir la Marseillaise.

Pour Alain MIMOUN qui a couru, cherchant la gloire pour son pays, un pays qu’il aimait plus que tout. Un pays qui lui exprime par ma voix aujourd’hui sa plus sincère reconnaissance.

Vive la République et vive la France !

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