Discours du président de la République lors de la réception des vainqueurs du Vendée Globe et de la remise des insignes de la Légion d’Honneur à François GABART

Madame et Messieurs les ministres,

Monsieur le Président du Conseil général,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les organisateurs et sponsors,

Mais, surtout, Messieurs les skippers,

Je vous accueille avec beaucoup de joie pour récompenser ceux qui ont participé à cette grande épreuve, le Vendée Globe ; ceux et celles aussi qui les ont accompagné de loin – de près c’était plus difficile ! – et qui ont veillé à leur permettre, d’abord, de disposer des bateaux pour faire cette course et, ensuite, d’être suivis, accompagnés, appréciés et encouragés – ce qui était l’essentiel.

Je m’exprime devant quatre anciens vainqueurs. Titouan LAMAZOU qui remporta la 1ère édition en 1990, Alain GAUTIER, Vincent RIOU et Michel DESJOYEAUX, double vainqueur.

Le Vendée Globe – beaucoup en parlerait mieux que moi – a été créé en 1989. Il se déroule tous les quatre ans – comme la Coupe du monde – et c’est en effet une course unique en son genre.

D’abord parce que son parcours est un défi considérable : passage des trois caps, Bonne Espérance, Leeuwin et le cap Horn. Parce que c’est une course en solitaire, sans escale, sans assistance. Parce que c’est une course autour du monde.

Alors je salue tous ceux qui ont contribué au succès de cette épreuve – pour l’organisation, pour le financement – et en tout premier lieu le Conseil général de Vendée, la ville des Sables d’Olonne, et l’entreprise Sodébo, entreprise vendéenne. Cette aventure, c’est l’aventure d’un département mais pas seulement d’un département. La région Bretagne s’y est également investie et toute la façade atlantique considère maintenant que la Vendée fait partie de son patrimoine. Et les Pays de la Loire par définition !

L’édition 2012-2013 a donné au Vendée Globe une dimension particulière. Pourquoi ?

Parce que c’est l’année de tous les records. Celle où le tour du monde a été réalisé en moins de 80 jours.

C’est aussi l’année où il y a eu un engouement du public exceptionnel, qui a pris des proportions nouvelles. Plus d’un million et demi de personnes étaient présentes aux Sables d’Olonne pour le départ et pour les arrivées successives. Plus de 200 millions de pages ont été vues sur Internet. Et il y a même eu près de 500 000 inscrits sur le jeu de la Régate virtuelle en ligne. Qui n’est peut-être pas l’épreuve la plus difficile sur le plan physique même si elle doit appeler un certain nombre de qualités.

Mais, au-delà de ces records, c’est aussi le témoignage du lien qui existe dans notre pays – et ici beaucoup pourrait en témoigner par leurs fonctions – entre les Français et la mer. Nous devons réaliser que la France dispose du deuxième espace maritime au monde : 11 millions de kilomètres carrés, vingt fois la superficie de notre territoire métropolitain, 600 ports...

La mer, c’est, pour la France, 1 million d’emplois directs et indirects. C’est une industrie – la construction navale – qui à elle seule, représente 70 000 emplois et près de 500 entreprises. C’est en France, et soyons en fiers, que sont produits les meilleurs voiliers de la compétition au monde. Le trimaran de Loïck Perron – vainqueur du trophée Jules Verne, je m’en souviens –, les monocoques des deux premiers du Vendée Globe sont autant de bateaux français qui témoignent donc de l’excellence de ce secteur.

C’est pourquoi le gouvernement a voulu encourager le projet des « navires du futur » en attribuant 100 millions d’euros au titre des investissements d’avenir.

Le Vendée Globe, c’est un spectacle autour d’un grand sport. C’est un succès populaire, c’est une émotion que vous avez dû ressentir avec tous ceux qui vous ont encouragés. Mais c’est aussi une façon de contribuer au développement de notre économie, à l’essor de notre industrie, à la création des emplois de demain. C’est aussi à cela que je veux vous associer pour vous exprimer ma gratitude.

Gratitude à l’égard des vingt skippers de cette édition. Tous n’ont pas terminé. Il y a même eu une disqualification. Mais tous ont participé à cette grande épreuve. Au-delà du résultat, au-delà du classement, même s’il faut un vainqueur, tous nous inspirent une grande admiration. Je mesure les exigences de ce que, pour concourir, un marin doit accomplir pour le Vendée Globe.

D’abord, il doit rassembler des financements, convaincre, avoir suffisamment de crédibilité pour qu’il y ait une équipe qui se constitue autour de lui. Je veux remercier toutes les entreprises, tous les partenaires qui ont permis à ces skippers de pouvoir prendre le large.

Ensuite, c’est l’épreuve elle-même, avec ses aléas, ses surprises, ses tempêtes. Rien ne peut jamais être prévu. Il faut de la ténacité, il faut du courage, il faut de la persévérance, il faut aussi de la volonté – de la volonté d’aller jusqu’au bout, de passer les caps, de surmonter les épreuves – et être convaincu que le cap est bon, que la route est bonne et que le succès sera au rendez-vous. En tout cas, l’honneur sera au rendez-vous, car vous avez couru aussi pour l’honneur.

Participer au Vendée Globe, c’est déjà une victoire, du premier jusqu’au dernier classé. Alessandro Di BENEDETTO a mis 104 jours pour boucler son tour du monde : il a battu les records des vainqueurs des trois premières éditions. C’est déjà une victoire.

Je remercie tous les skippers, je ne vais pas ici tous les distinguer, mais je vais citer Tanguy de LAMOTTE qui portait les couleurs d’Initiatives – Cœur et qui, grâce à son engagement, aura pu récolter une somme substantielle (200 000€) au profit d’enfants atteints de malformations cardiaques.

Je tiens aussi à m’adresser à celui qui occupe la redoutable place de deuxième pour la deuxième fois… S’il y a des destins, on peut les conjurer, même si parfois les seconds deviennent plus célèbres que les premiers ! Mais, là, il faut du temps, beaucoup de temps ! Mais être second, c’est préparer la prochaine victoire. Vous avez reconnu Armel LE CLEAC’H. Cette course a été pour lui un sprint permanent, qui s’est terminé à près de 3 heures. 3 heures, cela peut paraitre long lorsque l’on attend, mais c’est tellement court sur une course de cette ampleur. Félicitations !

Enfin, il y a un vainqueur, car dans toute épreuve, il faut un vainqueur. Celui-là a beaucoup de qualité, d’atouts et en plus il est le plus jeune vainqueur de l’histoire du Vendée Globe. Mais avant de lui remettre la distinction, c'est-à-dire les insignes de la Légion d’honneur, je voudrais conclure mon propos.

C’est un bel exemple que vous avez donné à travers cette épreuve, cette course. L’exemple qu’un homme seul – cela aurait aussi pu être une femme – peut battre tous les records, franchir tous les obstacles, être capable d’affronter les épreuves naturelles, mais aussi des épreuves psychologiques qui arrivent toujours. Le doute que l’on peut ressentir, l’interrogation que l’on peut avoir, la crainte qu’à un moment un incident se produise. Et même quand l’incident est là, quand il y a un certain nombre d’intempéries et qu’il y a quelques cassures, être capable aussi de tenir bon, de réparer, de repartir et de finir.

Que les Français dans ce moment où ils s’interrogent : est-ce que le cap est bon ? Est-ce que la direction est bien la plus courte pour arriver à l’essentiel ? Est-ce que au-delà des tumultes, des turbulences nous pouvons réussir ? Oui ! Vous en avez fait la démonstration.

Mais il faut des qualités, les vôtres. Elles ne sont pas données à chacun. C’est pour cela que vous êtes des exemples. Ces qualités, c’est la conviction. C’est aussi le dévouement. C’est aussi la vocation. Penser que vous avez le destin de prendre la mer et d’arriver à bon port. De faire en sorte de mobiliser les énergies, de susciter l’enthousiasme. C’est pourquoi, à tous, je vous dis toute la gratitude de la Nation.

Merci.

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