Discours du président de la République lors de la commémoration du 70ème anniversaire du débarquement en Provence au Mont-Faron

Madame et Messieurs les Ministres,

Monsieur le président du Conseil régional, du Conseil général,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Monsieur le Maire de Toulon,

Mesdames et Messieurs les vétérans,

Les familles de vétérans qui sont ici rassemblées,

Mesdames et messieurs du monde combattant,

Mesdames et messieurs les porte-drapeaux,

Nous sommes aujourd’hui le 15 août, le 15 août 2014, 70ème anniversaire du débarquement de Provence. Et nous sommes réunis ici dans ce lieu si symbolique, le Mont Faron pour nous souvenir que c’est ici, il y a 70 ans, que la France s’est libérée par elle-même, avec le soutien de ses alliés mais avec la participation de ses soldats. Et ce fut tout l’enjeu du débarquement de Provence : que la France puisse être libre et que la France puisse se libérer par elle-même.

La bataille de Normandie avait eu un effet considérable et porté un coup décisif à l’occupant nazi, mais l’essentiel demeurait encore à faire. La France était occupée presque en totalité. Il y avait des risques d’enlisement, y compris des troupes alliées qui avaient débarqué en Normandie. Les populations souffraient de bombardements et notamment ici, en Provence, à Marseille et à Toulon. Et il y avait les voix traitresses de la collaboration qui prédisaient même une guerre civile en France.

Alors un débarquement en Provence fut conçu. Il y eut de nombreux débats entre les alliés pour savoir à quel moment et où ce débarquement allait se produire. Il a fallu vaincre un certain nombre de réticences, mais au bout du compte la décision fut prise, le débarquement aurait lieu en Provence, le 15 août, et il allait tout changer. Il allait lever les incertitudes, il allait prendre l’ennemi en tenaille, il allait chasser l’occupant, préparer la libération de la France et asseoir notre pays à la table des Grands pour préparer l’après-guerre.

 

Voilà ce que fut le débarquement de Provence.

D’abord un succès, un succès militaire : en 4 semaines les forces françaises et alliées atteignaient les Vosges, bien plus tôt qu’il n’avait été prévu et conçu. Tout s’était conjugué : la conception judicieuse de l’opération, la puissance américaine, l’expérience britannique et la bravoure française.

Les forces françaises constituaient en effet le second contingent après les troupes américaines. Elles s’étaient déjà illustrées avec la libération de la Corse, avec la prise de l’île d’Elbe. Mais ici en Provence, les troupes françaises ont écrit des pages glorieuses.

Des pages dramatiques lorsque le commando du groupe naval d’assaut fut décimé par les mines à la pointe de l’Esquillon, dans la nuit du 14 au 15 août. Des pages victorieuses quand l’audace bouscula tous les plans et permit la victoire après d’âpres combats à Toulon et à Marseille. Mais aussi des pages fraternelles puisqu’à côté de ces troupes venant du Sud, venant de l’autre côté de la Méditerranée, se levaient d’autres hommes et d’autres femmes qui étaient venus de la résistance intérieure.

Il faut rappeler que dans les mois qui ont précédé le débarquement de Provence – et notamment au mois de juin – il y avait eu de nombreux soulèvements dans la région. Ils avaient été impitoyablement réprimés : 100 morts sur le plateau Sainte-Anne les 12 et 13 juin, 53 à Valréas, 46 sur le bas Verdon et beaucoup d’autres encore.

La résistance avait porté de rudes coups, elle avait planifié la bataille qui allait s’engager, elle avait préparé le débarquement. Un grand poète, René CHAR, alias le « Capitaine Alexandre » fut de ceux-là, et avec son talent, avec sa plume comme il l’avait fait avec ses armes, il avait participé à l’épopée et il en avait rendu compte. Il écrivait : "Je me suis uni au courage de quelques êtres, j’ai vécu violemment sans vieillir mon mystère auprès d’eux, j’ai frissonné de l’existence de tous les autres." Les FFI et les FTP rassemblés étaient des soldats sans uniforme, ils furent de toutes les batailles, guidant, harcelant, cachant, renseignant, luttant côte à côte avec l’armée régulière que beaucoup finirent par rejoindre. Ils formèrent alors la Première Armée, celle de la libération de la France, que le général DE LATTRE DE TASSIGNY conduira par-delà le Rhin jusqu’au cœur du Reich finissant pour y apporter la lumière de la liberté. Et c’est là, le 8 mai 1945 que la France avec lui put s’asseoir à la table de la capitulation allemande.

Voilà pourquoi je tenais à être ici, en ce 15 août 2014, pour saluer tous ces héros célèbres ou plus souvent anonymes qui ont contribué à la résurrection de notre pays. Ils étaient l’armée de toute la France, ils étaient même une armée du monde. Il y avait là les forces françaises libres qui, depuis 1940, avaient décidé de poursuivre la guerre ; il y avait les évadés de métropole qui avaient traversé la Manche ou qui étaient passés par l’Espagne pour répondre à l’appel du général DE GAULLE ; il y avait les volontaires qui avaient continué le combat malgré l’armistice en Afrique et au Moyen-Orient ; il y avait ces soldats qui avaient préféré la France libre à Vichy ; il y avait les dissidents des Antilles qui avaient déjà risqué leur vie en quittant leur île dans des embarcations très fragiles et qui, avec d’autres embarcations heureusement, avaient réussi à débarquer à Cavalaire dans la nuit du 16 au 17 août.

Il y avait des Guyanais, il y avait des Réunionnais, il y avait les Tahitiens et les Néo-calédoniens du bataillon du Pacifique, le fameux "bataillon des Guitaristes", qui a payé un lourd tribut aussi pour la libération de notre pays, à tel point que le général DE GAULLE lui décerna la croix de Compagnon de la Libération en 1945. Et puis il y avait les Français d’Afrique du Nord, ceux qu’on a appelés plus tard « les pieds noirs », et qui s’étaient engagés pour constituer une part des soldats de l’armée d’Afrique, parce que l’armée d’Afrique a été décisive. Beaucoup de ses soldats étaient algériens, marocains, tunisiens - on les appelait encore « des indigènes ». Il y avait aussi à leur côté les tirailleurs sénégalais et les goumiers, les Tabors, les Spahis, les zouaves, tous ceux-là formaient les contingents de l’armée, de la première armée, de l’armée B du général DE TASSIGNY. La moitié de ces 200.000 hommes était d’origine africaine.

Par leur sacrifice, ces hommes ont noué entre notre pays et l’Afrique un lien de sang que rien ne saurait dénouer, et j’aurai l’occasion de le rappeler tout à l’heure, cet après-midi sur le Porte-avions Charles de Gaulle, à tous les représentants des pays d’Afrique qui nous ont fait l’amitié et l’honneur de participer à ces cérémonies. Et puis s’ajoutait à cette armée une autre, celle de l’ombre, tous ces hommes, toutes ces femmes qui sortaient avec le brassard aux 3 couleurs pour participer à la libération de notre pays, pour restaurer la démocratie.

Pendant ces quelques semaines qui ont suivi le 15 août 1944, ce fut le même mouvement, le même plébiscite, la même victoire, celle de la République.

Alors à vous vétérans de la campagne de Provence, résistants, soldats de la libération, je veux vous dire ce que la France vous doit, vous exprimer notre reconnaissance et notre admiration. Grâce à vous, la France a su se rassembler au-delà d’elle-même, grâce à vous la France a su se libérer par elle-même.

C’est ce que voulait le général DE GAULLE, c’est ce qu’avait préparé la Résistance, c’est ce que les alliés avaient fini par consentir et c’était majeur pour le rôle et la place de notre pays dans le concert mondial de l’après-guerre. Et si la France a pu participer ensuite à la reconstruction de l’Europe et à l’organisation du monde, et si la France a pu devenir membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies, c’est parce que la France a pu participer pleinement, entièrement à la victoire.

C’est ce moment d‘unité nationale qui a permis de retrouver notre grandeur, après quatre années de guerre et d’occupation. L’unité nationale, celle qui s’est levée, qui s'est constituée en 1944, est notre bien le plus sacré, le plus précieux. Lorsqu’il y a des périls à affronter, lorsqu’il y a des menaces à écarter, lorsqu’il y a des défis à relever, c’est le rassemblement, le rassemblement de tous les Français qui est la condition du succès. L’unité nationale, elle n’efface pas les différences, les clivages, les oppositions, les intérêts qui sont multiples dans notre pays. Mais l’unité nationale, c’est le ferment pour toute victoire, et c’est ce que le débarquement de Provence a une fois encore illustré.

Néanmoins cette histoire reste mal connue de nos concitoyens. Le général DE LATTRE DE TASSIGNY écrivait en 1950 les phrases suivantes – et ces mots n’ont rien perdu de leur actualité – : "Si la France avait été mieux informée, sans doute aurait-elle aujourd’hui un sens plus vif de sa victoire et une plus grande confiance dans son avenir ; elle aurait aussi un plus juste respect pour son armée et plus de foi dans sa jeunesse, qui prouvèrent l’une et l’autre de façon magnifique la permanence de nos vertus nationales."

Voilà pourquoi le général DE GAULLE est venu ici, il y a 50 ans, pour célébrer avec solennité ce qui était à l’époque le vingtième anniversaire du débarquement. Il est venu ici au Mont Faron, et il a voulu faire de ce lieu un Mémorial destiné à recueillir les traces de cet événement.

Voilà pourquoi les activistes qui, ce jour-là, tentèrent de l’assassiner avaient commis une fois encore un acte contre la France.

Mais depuis 1964, le Mémorial et son musée n’ont pas évolué. Ils ont été bien entretenus, ils ont été bien animés mais ils n’ont pas intégré toutes les évolutions de la connaissance historique, tous les faits majeurs qui se sont passés ici il y a 70 ans, cette formidable composition humaine qui a fait la force de l’armée de la libération de notre pays.

Voilà pourquoi j’ai décidé que le Mémorial du Mont Faron deviendrait prochainement le Mémorial du débarquement et de la libération en Provence. Il mettra à l’honneur tous les combattants afin de célébrer, dans un même hommage et dans un même lieu, toutes les mémoires : les Français libres, les soldats venus d’Afrique, les résistants et les alliés. Les travaux commenceront sous l’égide du ministre des Anciens combattants dès l’automne prochain, et j’inaugurerai ce nouveau Mémorial du débarquement et de la libération en Provence au début de l’année 2017. Ainsi, mesdames et messieurs, sera préservé le souvenir de ce grand moment qui permet à la France d’être ce qu’elle est aujourd’hui.

La France, cinquième puissance économique du monde et qui entend le rester par les réformes qu’elle engage. La France, une nation qui compte dans le monde, sur la scène internationale, une nation qui prend ses responsabilités pour assurer la sécurité, la sécurité de l’Europe mais aussi la sécurité dans le monde, et pour agir partout où nous sommes appelés pour la paix.

Voilà pourquoi ce Mémorial est si important. Voilà pourquoi il faut se souvenir et connaître notre histoire pour mieux être fidèle à l’héritage que nous avons reçu de ces soldats, de ces libérateurs. Voilà pourquoi je tenais à être ici au Mont Faron en ce 70ème anniversaire, pour parler du passé et pour éclairer l’avenir.

Voilà pourquoi ce Mémorial est si important. Voilà pourquoi il faut se souvenir et connaître notre histoire pour mieux être fidèle à l’héritage que nous avons reçu de ces soldats, de ces libérateurs. Voilà pourquoi je tenais à être ici au Mont Faron en ce 70ème anniversaire, pour parler du passé et pour éclairer l’avenir.

Vive la République et vive la France.

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