Avril 2014

Discours du président de la République lors de la cérémonie en hommage à Henri LOYRETTE

Madame la ministre,

Monsieur le Président directeur – vous tenez au titre jusqu’au dernier jour,

Je tenais à être présent à cette cérémonie. Cérémonie qui prend l’allure d’un meeting de départ sous la pyramide du Louvre.

Je tenais à exprimer ici, devant vous, la reconnaissance de la République, au moment où, cher Henri LOYRETTE, vous quittez l’établissement du Louvre. Vous y avez été nommé par Jacques CHIRAC, vous l’avez rappelé, sur proposition de Catherine TASCA. C’était en 2001. La feuille de route qui vous avait été précisée était ample. Vous deviez ouvrir, assurer la diversité, vaincre les préjugés et briser les conservatismes… Vaste programme ! Vous l’avez réalisé pendant douze ans à la tête de l’établissement.

Vous n’avez pas simplement dirigé le Louvre, vous l’avez transformé.

J’ai été moi-même témoin depuis dix mois de ces réussites : en inaugurant ici même, c’était au mois de septembre, le département des arts de l’Islam ; puis en me rendant à Lens pour le Louvre dans le bassin minier, inaugurant là l’une de vos plus belles réussites. Il y a déjà près de 400 000 visiteurs à Lens, au-delà même de tout ce qui avait pu être imaginé ! Pari audacieux, pari formidable, pari réussi. Enfin, nous étions ensemble, aussi, à Abu Dhabi non pas pour inaugurer un musée mais pour en voir la maquette. Là encore, l’équipement ouvrira en 2016.

Vous avez ainsi, par vos réussites, résumé deux volontés :

- la dimension encyclopédique du Louvre, qui est un musée universel, ouvert à toutes les époques, à toutes les cultures, j’allais dire même à tous les arts. Cela, c’est la première volonté que vous avez inspirée, marquée ;

- la seconde volonté, c’est le caractère démocratique du Louvre : vous êtes convaincu que ce grand établissement doit parler au plus grand nombre, toucher celles et ceux pour qui les œuvres peuvent paraitre lointaines ; s’adresser à toutes les générations, à toutes les zones géographiques, à toutes les personnes même celles touchées par le handicap ou privées pour un temps de liberté. Vous avez ainsi élargi les publics du Louvre : en dix ans, le nombre des visiteurs au musée est passé d’un peu plus de 5 à 10 millions.

En faisant du Louvre ce qu’il est aujourd’hui, vous avez affirmé une conception de la politique culturelle qui à mes yeux repose sur trois principes :

- premier principe, l’attractivité. La culture, c’est un atout pour la France. C’est une condition de son rayonnement, c’est aussi un moyen de porter des industries culturelles et de nous permettre d’être, en ce domaine et pas en ce seul domaine, les premiers au monde. L’attractivité elle est due au Louvre à Paris. Comment d’ailleurs venir à Paris sans visiter le Louvre ?

- le second principe de la politique culturelle, c’est d’être capable d’associer le public et le privé, les moyens du ministère de la Culture, les moyens de l’Etat, des collectivités locales, mais aussi du mécénat. C’est ce que vous avez démontré ici au Louvre.

- enfin le dernier principe c’est la recherche de l’excellence, à travers des politiques d’expositions ambitieuses, avec des œuvres qui n’ont jamais été jusque-là exposées ou montrées et encore récemment avec l’exposition « De l’Allemagne »  qui a été une découverte pour, à la fois, les Allemands et les Français.

Vous avez su garder ce qu’on appelle la tradition des musées : le principe de l’inaliénabilité des collections publiques, l’impératif de les conserver dans les meilleures conditions. Mais vous avez fait preuve, pour respecter la tradition, du bel esprit de modernité. Montrer, promouvoir, expliquer, informer, faire que les musées soient des lieux de vie où le beau se conjugue avec le plaisir et où il y ait aussi une dimension économique, sans que la culture soit réduite à l’état de marchandise. Car il nous faudra défendre, plus que jamais, l’exception culturelle. Non pas pour nous-même, non pas pour la France, non pas pour l’Europe, mais pour la représentation même des cultures dans le monde.

Monsieur le Président-directeur,

Vous avez animé le plus grand musée du monde, ce qui appelle des qualités forcément exceptionnelles, à la dimension du Louvre. La première de vos qualités, c’est une énergie, une énergie inépuisable. Je ne sais ce que vous pourrez en faire. Cela, c’est votre problème. Et puis un enthousiasme, l’enthousiasme qui permet de briser tout ce qui parait être une entrave, un empêchement, un obstacle.

Jacques CHIRAC vous avait prévenu des conservatismes, des peurs, des rigidités, parfois mêmes des tutelles. Il faut de l’enthousiasme car c’est l’enthousiasme qui est communicatif. C’est la réussite qui permet de mobiliser, ce n’est pas simplement le constat des difficultés. C’est la capacité de susciter un espoir possible, crédible et de faire que ce qui parait inaccessible, à un moment, puisse être un facteur de réussite collective.

A toutes ces qualités, vous en avez ajouté une autre, plus rare encore : l’élégance. Je ne parle pas simplement de votre élégance personnelle mais de l’élégance morale, de l’élégance intellectuelle qui fait qu’un homme de votre qualité, au bout de douze ans, après toutes ses réussites, plutôt que de solliciter de continuer, choisit de changer de métier. Sans pour autant perdre son amour pour le Louvre ou sa vocation pour la culture et les arts ! Elégance qui vous permet de dire : « la tâche accomplie », même si la mission doit se poursuivre, qu’un autre peut et doit prendre la suite. Comme vous-même vous l’aviez fait.

Vous allez vous consacrer au contentieux administratif. Ayant moi-même approuvé et même signé le décret cette nomination, j’ai cherché à comprendre. L’amour du droit peut expliquer bien des folies et « les grands arrêts de la jurisprudence administrative » être effectivement un livre de références... Peut-être y a-t-il cette même volonté de tout déchiffrer ? Le code administratif comme les hiéroglyphes égyptiens… Pénétrer dans tout ce qui peut paraître, à un moment, inaccessible ?

Mais il y a une autre idée qui, sans doute, vous a animé. Le Conseil d’Etat rend effectivement des arrêts et doit être inspiré par d’autres arguments que seulement la stricte application du droit. Mails le Conseil d’Etat rend aussi des avis qui inspirent l’action publique, qui sont précieux pour les projets de loi, qui peuvent être sollicités sur certaines questions difficiles. Et nul ne doute que vous allez l’être !

Il y a peut-être une autre explication : vous ne vouliez pas vous éloigner du Louvre. Alors, où aller ? En face ! Sur la place du Palais Royal. Maintenant vous regarderez le Louvre de l’autre côté. Et vous serez sans doute, les uns et les autres, observés de loin. Vous serez aussi voisin de la rue de Valois, siège du ministère de la Culture – et je salue ici les ministres qui ont, à un moment, exercé cette haute responsabilité et qui ont permis aussi à ce que le Louvre soit ce qu’il est aujourd’hui. La ministre de la Culture aura donc à cœur de solliciter votre expertise, et moi-même je l’ai fait pour vous demander, en plein accord avec votre successeur, que nous profitions de votre expertise sur le projet d’Abu Dhabi.

L’élégance, ce fut aussi celle que vous avez marquée pour le choix de votre successeur. Je ne vais pas ici faire de confidences. Nous sommes trop nombreux. Mais vous n’avez rien imposé. Vous avez tout simplement dit que les noms proposés étaient excellents, que chacun avait sa valeur. Et que c’était au président de la République de faire l’arbitrage qui lui paraissait le meilleur sur propositions de la ministre de la Culture.

Jean-Luc MARTINEZ vous succède donc ou va vous succéder. On me dit que ce sera lundi. Il connaît bien le Louvre. Il y travaille, lui aussi, depuis des années. Il vous a vu faire et néanmoins, et parce que c’est son devoir, il apposera sa propre marque. Il doit surtout s’inspirer mais ne pas répéter. Ce qu’on attend d’un président du Louvre, c’est qu’il puisse ouvrir de nouvelles perspectives. Parce que rien n’est jamais achevé. Il y a encore tant de projets à faire, tant de chefs d’œuvre à servir, tant de publics à conquérir, pour ce palais des rois devenu le musée du peuple le 19 septembre 1792, à la veille même de la proclamation de la République.

Le Louvre, c’est la République. C’est donc la responsabilité de l’Etat et du président de la République. Il ne s’agit pas d’une tutelle – d’une protection, sûrement, si elle est nécessaire –  mais surtout d’une attention permanente et d’une reconnaissance. Vous l’avez très bien dit, Henri LOYRETTE. Tous les présidents successifs y ont scrupuleusement veillé. Parce que le Louvre accompagne l’Histoire. Il est l’Histoire. Il fait l’Histoire. Il fabrique l’Histoire. C’est donc un grand musée exceptionnel. C’est un musée de l’Histoire en mouvement, il en épouse les formes, les époques mais aussi les accélérations.

C’est aussi un musée qui brise la géographie. Il s’est même installé en pays minier et demain partout dans le monde. C’est un musée national et c’est un musée international, présent dans 70 pays au monde et qui, pour la République, est donc à la fois une garante de sa cohésion mais également, pour le monde, une chance pour l’universalité des valeurs que nous portons.

Cher Henri LOYRETTE, c’est parce que ce musée a cette histoire, parce que vous avez contribué à la faire que je voulais vous exprimer ma gratitude, ma reconnaissance. Et à travers vous, puisqu’ici sont rassemblés les personnels de ce grand établissement, dire : « soyons fiers des personnels qui servent ici ». Fiers de tous les métiers qui contribuent à ce qu’est le Louvre. Fiers des administrateurs qui dirigent ce grand établissement. Fiers des donateurs qui permettent à ce musée de vivre à 50% de ressources qui ne sont pas publiques. Fiers du Louvre. Fiers d’Henri LOYRETTE et fiers de ce que fera encore le Louvre pour la République.

 

 

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