Discours du Président de la République lors de l’inauguration du Musée Louvre-Lens

 

Discours du Président de la République lors de l’inauguration du Musée Louvre-Lens
Messieurs les Premiers ministres, cher Pierre MAUROY, cher Lionel JOSPIN,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Monsieur le Président du Conseil régional,
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Président de l'Agglomération,
Mesdames, Messieurs les élus,
Monsieur le Président du Louvre,
Mesdames, Messieurs,
C'est un double évènement auquel nous prenons part avec bonheur, aujourd'hui, à Lens. D'abord un évènement pour le Louvre car c'est une nouvelle date dans son histoire qui s'inscrit. Le Louvre est un musée vivant, le plus grand du monde. Il ne cesse de se transformer, d'avancer, de briser les codes, d'échapper aux distances et aux frontières. Il y a deux mois, j'avais la chance d'inaugurer le département des arts de l'Islam. Aujourd'hui, c'est la naissance du Louvre-Lens et demain cela sera le Louvre à Abu-Dhabi.
C'est un évènement aussi pour le Nord-Pas-de-Calais. Cette cérémonie marque en effet une étape importante dans le développement d'une région -- vous l'avez dit -- la plus jeune de France. Cette région, la plus éprouvée par la crise, s'offre aujourd'hui le Louvre -- rien que cela ! -- le plus grand et le plus beau musée du monde.
Vous envoyez ainsi un double message. Un message d'espérance à la population, toutes générations confondues. Mais également un signe de la volonté humaine qui rend parfois le souhaitable possible. C'est pourquoi, au-delà du Louvre, au-delà de la région Nord-Pas-de-Calais, l'ouverture d'un musée de cette dimension -- 7 000 mètres carrés -- de cette qualité architecturale, de cette réputation, à cet endroit -- le bassin minier --, est un moment significatif pour la Nation toute entière.
C'est en effet la troisième fois, Monsieur le maire de Lens, que je viens ici pour ce musée. Les deux premières fois, je n'étais candidat qu'à sa découverte. Aujourd'hui -- j'avais pris rendez-vous mais rien n'était sûr -- je viens l'inaugurer comme président de la République. Merci d'avoir contribué, à la fois, au musée et à ma présence !
La réalisation de ce projet s'est étendue sur sept ans. C'est long et il y a pu y avoir des moments de doute. Il convenait aussi de mesurer ce que cet effort représentait sur le plan financier : 150 millions d'euros. 90 millions apportés par la région, 30 par la Commission européenne, 10 par le département. Lens -- qui a considéré que c'était pour elle un atout formidable, malgré des finances forcément fragiles -- a également investi. Je n'oublie pas les mécènes à hauteur de sept millions d'euros. L'Etat a pris sa part, modeste : 6 millions d'euros. Je n'ose ici les revendiquer...
C'est donc une œuvre collective qui a nécessité beaucoup d'anticipation, beaucoup de patience, et beaucoup de rigueur. De prises de risque aussi car c'était un pari insensé, si l'on y songe, d'installer ici le Louvre, en tout cas une partie du Louvre, car je ne voudrais pas que ceux qui nous écoutent pensent que la décentralisation a conduit le Louvre à s'installer complètement ici à Lens ! C'était un pari qui paraissait inatteignable.
C'était d'abord un pari politique et je veux saluer la décision de Jacques CHIRAC. Le Louvre-Lens lui doit d'exister aujourd'hui. Ce fut l'un des premiers à imaginer le Louvre hors du Louvre. Il a décidé de l'implanter ici dans le Nord-Pas-de-Calais sur les conseils avisés de Renaud DONNEDIEU de VABRES et la pression jamais relâchée de Jack LANG. Difficile de résister à Jack LANG même pour Jacques CHIRAC ! Cette conjugaison d'efforts a permis à l'Etat de prendre cette orientation de la décentralisation du Louvre, ici, à Lens.
Les ministres de la Culture qui se sont succédé ont su, au-delà des alternances et des sensibilités politiques, servir cette ambition. Je veux d'ailleurs les citer tous, même ceux qui n'y sont pour rien mais qui, par l'esprit, ont soutenu ces initiatives : Jack LANG, Jacques TOUBON, Catherine TASCA, Jean-Jacques AILLAGON qui a défendu la grande idée de la décentralisation culturelle dont nous voyons ici l'un des plus beaux symboles et à Metz la plus belle réussite, Renaud DONNEDIEU de VABRES qui a présidé au choix, Christine ALBANEL, Frédéric MITTERRAND. Chacun a apporté sa pierre à cet édifice -- quand je dis sa pierre : sa brique financière. Et à vous, Aurélie FILIPPETTI, il est revenu -- et ce n'est pas la tâche la plus ingrate -- de mettre la dernière main, celle qui permet d'inaugurer cet ouvrage.
Louvre-Lens n'est pas simplement un pari politique. C'est un pari territorial : installer une institution comme le Louvre dans le pays minier là où, beaucoup l'ont dit avant moi, des travailleurs avaient donné leur force, leur ardeur et parfois leur vie pour extraire le minerais. Vous avez été capables d'imaginer un musée pour extraire les œuvres du Louvre de Paris, pour les faire venir ici.
Il a fallu l'engagement de la région et de son Président. Je veux ici m'adresser à vous, Daniel PERCHERON. Parfois dans une vie politique, au terme d'un parcours, chacune et chacun s'interroge sur ce qu'il a laissé et ce qui fait sa fierté. Vous, vous saurez pourquoi vous avez été Président de région ! Vous aviez conçu sans doute, plus tôt que les autres, ce projet fou d'acheter le Louvre. Quelle fierté pour tous les élus qui sont ici présents, de se dire que ces œuvres de l'esprit sont maintenant à la disposition du plus grand nombre ! Le succès de Lens c'est la victoire d'un territoire et d'un dynamisme qui peut servir d'exemple. Voilà pour le pari territorial.
Mais il ne suffisait pas. Il convenait de lui ajouter un pari artistique qui devait être lui aussi gagné. Monsieur le Président LOYRETTE, vous avez conçu cette aventure, vous l'avez soutenue et accompagnée. Vous recueillez aujourd'hui la récompense de votre opiniâtreté.
Enfin, il y a un pari architectural. Le bâtiment doit donner la mesure de la création contemporaine. Il peut accueillir des œuvres de l'histoire et en même temps être lui-même un acte de création. Je me joins donc aux félicitations qui ont été adressées aux architectes dont les noms ne sont pas faciles à prononcer mais dont le talent est grand.
Je veux aussi associer la paysagiste Catherine MOSBACH qui a réalisé ce lieu, elle aussi, avec inspiration puisqu'il y aura un parc. Il est déjà là, même si aujourd'hui les conditions du climat ne permettaient pas nécessairement de l'admirer. Nous aurons l'occasion de revenir à Lens pour cette deuxième partie de l'exposition.
Vous avez ici, et je l'ai constaté pour mon plus grand émerveillement, des œuvres considérables : la statue d'Hammourabi, le discophore du Pentélique, La liberté guidant le peuple de Delacroix... Les visiteurs viendront de toute cette région admirer ces créations. Mais ils viendront aussi de toute la France pour les voir. Je pense même qu'ils viendront de toute l'Europe et peut-être du monde entier...
Le Louvre approfondit ainsi sa dimension universelle. Elle est sa vocation depuis 1793. Le Louvre est une institution révolutionnaire parce qu'il fallait être révolutionnaire pour imaginer collecter et rassembler des œuvres pour les présenter au public. Le Louvre continue sa révolution et cette révolution est démocratique. La démocratie n'est pas simplement un acte politique, même si c'est souvent ce qui va permettre à une société de changer. Les citoyens ne décident pas simplement par leur bulletin de vote, ils aspirent aussi à accéder à la beauté et aux créations qui nous grandissent, qui nous élèvent.
La démocratie est donc culturelle. Personne devant l'art ne doit se résigner à dire : « ce n'est pas pour moi ». Vous l'avez démontré ici en affirmant que c'est d'abord pour vous que la culture est mise à disposition. C'est votre honneur d'avoir traduit en acte cette exigence démocratique.
Je veux saluer ce qui se passe dans cette région du Nord-Pas-de-Calais, grâce aux élus. Lille, capitale culturelle en 2004, a été un exemple et une référence et qui a essaimé partout et qui permet à votre région d'être exemplaire en dépense culturelle par habitant mais aussi en nombre de musées, d'initiatives, de festivals. Soyez en fiers ! Vous ne faites pas simplement un travail pour le passé, un travail pour le patrimoine. Vous avez compris, peut-être avant d'autres, que la culture était un investissement pour l'avenir.
Nous, nous avons le devoir de mettre tous les enfants de France en situation d'être pleinement acteurs de cette vie culturelle. C'est le plan que nous avons voulu présenter avec le Gouvernement de Jean-Marc AYRAULT pour l'éducation artistique. Il sera un engagement fort du quinquennat : permettre à chaque enfant de France d'avoir, dans son parcours scolaire, accès à des lieux de culture comme le Louvre ici à Lens, à des pratiques artistiques et à l'initiative pédagogique. Je sais que cette préoccupation de l'éveil, de la compréhension, de la connaissance a été au cœur du projet Louvre-Lens. Les espaces qui nous ont été présentés le démontrent comme « la galerie du temps » longue de douze cent mètres.
Trois mille mètres carrés permettant de contempler plus de deux cents peintures et sculptures qui, paraît-il, se regardent et -- Daniel PERCHERON nous l'a confié -- se parlent même et nous confient leur message. Miracle de Lens et du Louvre !
Cette galerie, aujourd'hui gratuite, pourra-t-elle le rester ? Ce sera votre décision et celle de l'Etat. Permettre que beaucoup d'enfants de France viennent ici comprendre et interpréter, cela suppose des médiateurs et, là encore, des accompagnements.
Nous sommes ici sur la fosse 9 des mines de Lens, un site qui avait été fermé au début des années 60. Nous avons donc succédé à des générations de travailleurs qui ont contribué à la richesse de la France. Leur souffrance est devenue indignation.
Mais aujourd'hui l'indignation est devenue espérance. Louis Aragon a écrit « l'homme crie là où son fer le ronge, mais sa plaie engendre un soleil ». Ici, sur cette terre minière du Nord, le soleil s'appelle le Louvre. C'est un équipement splendide qui n'est pas greffé indifféremment et artificiellement sur cette agglomération. D'ici - grâce aux larges baies de verre - on aperçoit ce qui fait l'identité du bassin minier : d'abord le stade Bollaert -- première initiation à la culture -- et les terrils de LOOS-EN-GOHELLE. Parce que tout fait bloc, tout fait masse, tout fait continuité, tout fait cohérence.
La France est terre de culture. Elle compte le plus grand nombre de festivals, de manifestations et d'équipements de toute nature, le plus souvent grâce aux collectivités locales. C'est une chance pour l'animation de nos territoires, l'éducation de nos enfants, mais aussi pour notre économie et même -- Louis Gallois n'est pas n'est pas là mais il pourrait le souligner -- pour notre compétitivité et notre attractivité. La culture représente près de 40 milliards d'euros de valeur ajoutée, plus de 2% de notre PIB, 160 000 entreprises, pour la plupart des TPE et des PME mais aussi des grandes entreprises à taille mondiale. Le Louvre-Lens -- grâce aux visiteurs qu'il attirera, aux touristes qui viendront, aux entreprises qui s'installeront parce qu'il y a le musée -- sera l'un des instruments du développement économique du bassin et de cette région.
La culture est un investissement mais elle participe aussi de notre conscience commune, de notre rayonnement international. C'est la raison pour laquelle je réaffirme ici ma détermination à défendre cette idée auprès de nos partenaires européens. Ils doivent effectivement comprendre que l'exception culturelle ce n'est pas l'exception pour la France. C'est aussi l'identité de l'Europe face au libre-échange qui ne peut pas concerner les produits de la culture.
Ouvrir à tous les portes de l'Art tout en contribuant à la vitalité d'un territoire, telle est la grandeur du projet Louvre-Lens. Un musée n'est pas seulement une expression patrimoniale -- celle-là est brillante -- c'est un vecteur de modernité, c'est une institution vivante, c'est un équipement qui va lui-même évoluer dans le temps et se mettre à la disposition des générations futures.
Le musée que nous inaugurons aujourd'hui est porteur de beauté, sans doute, mais aussi de valeurs. Quelles sont-elles ? La fidélité à une histoire, l'égalité dans l'accès de tous à la culture et puis une dernière valeur, sans doute la plus précieuse dans ce moment où nous vivons des temps difficiles sur le plan économique : la confiance dans l'avenir, l'avenir d'une terre industrielle, l'avenir d'une région, l'avenir de notre pays. C'est pourquoi, ici à Lens, nous avons éprouvé deux sentiments : le bonheur d'avoir réalisé ce qui paraissait impensable et la fierté pour cette région et pour la France. Merci ».

Messieurs les Premiers ministres, cher Pierre MAUROY, cher Lionel JOSPIN,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Monsieur le Président du Conseil régional,

Monsieur le Président du Conseil général,

Monsieur le Président de l'Agglomération,

Mesdames, Messieurs les élus,

Monsieur le Président du Louvre,

Mesdames, Messieurs,

C'est un double évènement auquel nous prenons part avec bonheur, aujourd'hui, à Lens. D'abord un évènement pour le Louvre car c'est une nouvelle date dans son histoire qui s'inscrit. Le Louvre est un musée vivant, le plus grand du monde. Il ne cesse de se transformer, d'avancer, de briser les codes, d'échapper aux distances et aux frontières. Il y a deux mois, j'avais la chance d'inaugurer le département des arts de l'Islam. Aujourd'hui, c'est la naissance du Louvre-Lens et demain cela sera le Louvre à Abu-Dhabi.

C'est un évènement aussi pour le Nord-Pas-de-Calais. Cette cérémonie marque en effet une étape importante dans le développement d'une région -- vous l'avez dit -- la plus jeune de France. Cette région, la plus éprouvée par la crise, s'offre aujourd'hui le Louvre -- rien que cela ! -- le plus grand et le plus beau musée du monde.

Vous envoyez ainsi un double message. Un message d'espérance à la population, toutes générations confondues. Mais également un signe de la volonté humaine qui rend parfois le souhaitable possible. C'est pourquoi, au-delà du Louvre, au-delà de la région Nord-Pas-de-Calais, l'ouverture d'un musée de cette dimension -- 7 000 mètres carrés -- de cette qualité architecturale, de cette réputation, à cet endroit -- le bassin minier --, est un moment significatif pour la Nation toute entière.

C'est en effet la troisième fois, Monsieur le maire de Lens, que je viens ici pour ce musée. Les deux premières fois, je n'étais candidat qu'à sa découverte. Aujourd'hui -- j'avais pris rendez-vous mais rien n'était sûr -- je viens l'inaugurer comme président de la République. Merci d'avoir contribué, à la fois, au musée et à ma présence !

La réalisation de ce projet s'est étendue sur sept ans. C'est long et il y a pu y avoir des moments de doute. Il convenait aussi de mesurer ce que cet effort représentait sur le plan financier : 150 millions d'euros. 90 millions apportés par la région, 30 par la Commission européenne, 10 par le département. Lens -- qui a considéré que c'était pour elle un atout formidable, malgré des finances forcément fragiles -- a également investi. Je n'oublie pas les mécènes à hauteur de sept millions d'euros. L'Etat a pris sa part, modeste : 6 millions d'euros. Je n'ose ici les revendiquer...

C'est donc une œuvre collective qui a nécessité beaucoup d'anticipation, beaucoup de patience, et beaucoup de rigueur. De prises de risque aussi car c'était un pari insensé, si l'on y songe, d'installer ici le Louvre, en tout cas une partie du Louvre, car je ne voudrais pas que ceux qui nous écoutent pensent que la décentralisation a conduit le Louvre à s'installer complètement ici à Lens ! C'était un pari qui paraissait inatteignable.

C'était d'abord un pari politique et je veux saluer la décision de Jacques CHIRAC. Le Louvre-Lens lui doit d'exister aujourd'hui. Ce fut l'un des premiers à imaginer le Louvre hors du Louvre. Il a décidé de l'implanter ici dans le Nord-Pas-de-Calais sur les conseils avisés de Renaud DONNEDIEU de VABRES et la pression jamais relâchée de Jack LANG. Difficile de résister à Jack LANG même pour Jacques CHIRAC ! Cette conjugaison d'efforts a permis à l'Etat de prendre cette orientation de la décentralisation du Louvre, ici, à Lens.

Les ministres de la Culture qui se sont succédé ont su, au-delà des alternances et des sensibilités politiques, servir cette ambition. Je veux d'ailleurs les citer tous, même ceux qui n'y sont pour rien mais qui, par l'esprit, ont soutenu ces initiatives : Jack LANG, Jacques TOUBON, Catherine TASCA, Jean-Jacques AILLAGON qui a défendu la grande idée de la décentralisation culturelle dont nous voyons ici l'un des plus beaux symboles et à Metz la plus belle réussite, Renaud DONNEDIEU de VABRES qui a présidé au choix, Christine ALBANEL, Frédéric MITTERRAND. Chacun a apporté sa pierre à cet édifice -- quand je dis sa pierre : sa brique financière. Et à vous, Aurélie FILIPPETTI, il est revenu -- et ce n'est pas la tâche la plus ingrate -- de mettre la dernière main, celle qui permet d'inaugurer cet ouvrage.

Louvre-Lens n'est pas simplement un pari politique. C'est un pari territorial : installer une institution comme le Louvre dans le pays minier là où, beaucoup l'ont dit avant moi, des travailleurs avaient donné leur force, leur ardeur et parfois leur vie pour extraire le minerais. Vous avez été capables d'imaginer un musée pour extraire les œuvres du Louvre de Paris, pour les faire venir ici.

Il a fallu l'engagement de la région et de son Président. Je veux ici m'adresser à vous, Daniel PERCHERON. Parfois dans une vie politique, au terme d'un parcours, chacune et chacun s'interroge sur ce qu'il a laissé et ce qui fait sa fierté. Vous, vous saurez pourquoi vous avez été Président de région ! Vous aviez conçu sans doute, plus tôt que les autres, ce projet fou d'acheter le Louvre. Quelle fierté pour tous les élus qui sont ici présents, de se dire que ces œuvres de l'esprit sont maintenant à la disposition du plus grand nombre ! Le succès de Lens c'est la victoire d'un territoire et d'un dynamisme qui peut servir d'exemple. Voilà pour le pari territorial.

Mais il ne suffisait pas. Il convenait de lui ajouter un pari artistique qui devait être lui aussi gagné. Monsieur le Président LOYRETTE, vous avez conçu cette aventure, vous l'avez soutenue et accompagnée. Vous recueillez aujourd'hui la récompense de votre opiniâtreté.

Enfin, il y a un pari architectural. Le bâtiment doit donner la mesure de la création contemporaine. Il peut accueillir des œuvres de l'histoire et en même temps être lui-même un acte de création. Je me joins donc aux félicitations qui ont été adressées aux architectes dont les noms ne sont pas faciles à prononcer mais dont le talent est grand.

Je veux aussi associer la paysagiste Catherine MOSBACH qui a réalisé ce lieu, elle aussi, avec inspiration puisqu'il y aura un parc. Il est déjà là, même si aujourd'hui les conditions du climat ne permettaient pas nécessairement de l'admirer. Nous aurons l'occasion de revenir à Lens pour cette deuxième partie de l'exposition.

Vous avez ici, et je l'ai constaté pour mon plus grand émerveillement, des œuvres considérables : la statue d'Hammourabi, le discophore du Pentélique, La liberté guidant le peuple de Delacroix... Les visiteurs viendront de toute cette région admirer ces créations. Mais ils viendront aussi de toute la France pour les voir. Je pense même qu'ils viendront de toute l'Europe et peut-être du monde entier...

Le Louvre approfondit ainsi sa dimension universelle. Elle est sa vocation depuis 1793. Le Louvre est une institution révolutionnaire parce qu'il fallait être révolutionnaire pour imaginer collecter et rassembler des œuvres pour les présenter au public. Le Louvre continue sa révolution et cette révolution est démocratique. La démocratie n'est pas simplement un acte politique, même si c'est souvent ce qui va permettre à une société de changer. Les citoyens ne décident pas simplement par leur bulletin de vote, ils aspirent aussi à accéder à la beauté et aux créations qui nous grandissent, qui nous élèvent.

La démocratie est donc culturelle. Personne devant l'art ne doit se résigner à dire : « ce n'est pas pour moi ». Vous l'avez démontré ici en affirmant que c'est d'abord pour vous que la culture est mise à disposition. C'est votre honneur d'avoir traduit en acte cette exigence démocratique.

Je veux saluer ce qui se passe dans cette région du Nord-Pas-de-Calais, grâce aux élus. Lille, capitale culturelle en 2004, a été un exemple et une référence et qui a essaimé partout et qui permet à votre région d'être exemplaire en dépense culturelle par habitant mais aussi en nombre de musées, d'initiatives, de festivals. Soyez en fiers ! Vous ne faites pas simplement un travail pour le passé, un travail pour le patrimoine. Vous avez compris, peut-être avant d'autres, que la culture était un investissement pour l'avenir.

Nous, nous avons le devoir de mettre tous les enfants de France en situation d'être pleinement acteurs de cette vie culturelle. C'est le plan que nous avons voulu présenter avec le Gouvernement de Jean-Marc AYRAULT pour l'éducation artistique. Il sera un engagement fort du quinquennat : permettre à chaque enfant de France d'avoir, dans son parcours scolaire, accès à des lieux de culture comme le Louvre ici à Lens, à des pratiques artistiques et à l'initiative pédagogique. Je sais que cette préoccupation de l'éveil, de la compréhension, de la connaissance a été au cœur du projet Louvre-Lens. Les espaces qui nous ont été présentés le démontrent comme « la galerie du temps » longue de douze cent mètres.

Trois mille mètres carrés permettant de contempler plus de deux cents peintures et sculptures qui, paraît-il, se regardent et -- Daniel PERCHERON nous l'a confié -- se parlent même et nous confient leur message. Miracle de Lens et du Louvre !

Cette galerie, aujourd'hui gratuite, pourra-t-elle le rester ? Ce sera votre décision et celle de l'Etat. Permettre que beaucoup d'enfants de France viennent ici comprendre et interpréter, cela suppose des médiateurs et, là encore, des accompagnements.

Nous sommes ici sur la fosse 9 des mines de Lens, un site qui avait été fermé au début des années 60. Nous avons donc succédé à des générations de travailleurs qui ont contribué à la richesse de la France. Leur souffrance est devenue indignation.

Mais aujourd'hui l'indignation est devenue espérance. Louis Aragon a écrit « l'homme crie là où son fer le ronge, mais sa plaie engendre un soleil ». Ici, sur cette terre minière du Nord, le soleil s'appelle le Louvre. C'est un équipement splendide qui n'est pas greffé indifféremment et artificiellement sur cette agglomération. D'ici - grâce aux larges baies de verre - on aperçoit ce qui fait l'identité du bassin minier : d'abord le stade Bollaert -- première initiation à la culture -- et les terrils de LOOS-EN-GOHELLE. Parce que tout fait bloc, tout fait masse, tout fait continuité, tout fait cohérence.

La France est terre de culture. Elle compte le plus grand nombre de festivals, de manifestations et d'équipements de toute nature, le plus souvent grâce aux collectivités locales. C'est une chance pour l'animation de nos territoires, l'éducation de nos enfants, mais aussi pour notre économie et même -- Louis Gallois n'est pas n'est pas là mais il pourrait le souligner -- pour notre compétitivité et notre attractivité. La culture représente près de 40 milliards d'euros de valeur ajoutée, plus de 2% de notre PIB, 160 000 entreprises, pour la plupart des TPE et des PME mais aussi des grandes entreprises à taille mondiale. Le Louvre-Lens -- grâce aux visiteurs qu'il attirera, aux touristes qui viendront, aux entreprises qui s'installeront parce qu'il y a le musée -- sera l'un des instruments du développement économique du bassin et de cette région.

La culture est un investissement mais elle participe aussi de notre conscience commune, de notre rayonnement international. C'est la raison pour laquelle je réaffirme ici ma détermination à défendre cette idée auprès de nos partenaires européens. Ils doivent effectivement comprendre que l'exception culturelle ce n'est pas l'exception pour la France. C'est aussi l'identité de l'Europe face au libre-échange qui ne peut pas concerner les produits de la culture.

Ouvrir à tous les portes de l'Art tout en contribuant à la vitalité d'un territoire, telle est la grandeur du projet Louvre-Lens. Un musée n'est pas seulement une expression patrimoniale -- celle-là est brillante -- c'est un vecteur de modernité, c'est une institution vivante, c'est un équipement qui va lui-même évoluer dans le temps et se mettre à la disposition des générations futures.

Le musée que nous inaugurons aujourd'hui est porteur de beauté, sans doute, mais aussi de valeurs. Quelles sont-elles ? La fidélité à une histoire, l'égalité dans l'accès de tous à la culture et puis une dernière valeur, sans doute la plus précieuse dans ce moment où nous vivons des temps difficiles sur le plan économique : la confiance dans l'avenir, l'avenir d'une terre industrielle, l'avenir d'une région, l'avenir de notre pays. C'est pourquoi, ici à Lens, nous avons éprouvé deux sentiments : le bonheur d'avoir réalisé ce qui paraissait impensable et la fierté pour cette région et pour la France. Merci ».

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