Avril 2014

Discours du Président de la République lors de l'hommage national au militaire tué en Afghanistan

Madame et Messieurs les ministres, 

Mesdames et Messieurs les parlementaires et élus, 
Messieurs les officiers généraux, 
Messieurs les officiers, sous-officiers et soldats, 
Mesdames, Messieurs,

Une fois encore, la Nation se retrouve autour du cercueil de l'un de ses soldats, l'un des plus méritants de ses soldats. 
Ce qui nous réunit ce matin encore, c'est la douleur. C'est la peine, c'est la solidarité. 
Mais ce qui nous rassemble aussi, en cet instant, c'est la fierté, c'est la gratitude, c'est l'admiration.

Major Franck BOUZET, 
C'est à vous que je m'adresse, au-delà de la mort, qui nous sépare. 
Vous aviez choisi de faire de votre vie un engagement pour la France. Vous aviez rejoint l'armée à l'âge de 18 ans. Et d'emblée, vous vous étiez tourné vers les chasseurs alpins, ces troupes d'élite, ces troupes de montagne, que je salue ici, à Varces, et dont la persévérance, le panache et l'héroïsme, sont reconnus par tous nos compatriotes. 
Je rappelle que trois bataillons de chasseurs alpins ont payé un lourd tribut aux opérations alliées en Afghanistan.

 

Major Franck BOUZET, 
Vous avez participé à de nombreuses opérations extérieures : en ex-Yougoslavie, au Kosovo, en Côte d'Ivoire et en Afghanistan, où vous aviez déjà combattu une première fois en 2011. 
Partout, sur ces théâtres d'opération où la France défend l'idée qu'elle se fait d'elle-même, partout, vos supérieurs, vos camarades ont relevé vos très grandes qualités humaines et professionnelles, votre sens du devoir, votre bravoure, et votre sérénité que vous saviez garder en toutes circonstances. 
Partout, vous donniez l'image de n'avoir pas conscience de vos excellentes et belles vertus, tant elles vous étaient naturelles. 
En revenant, en mai 2012, sur le territoire afghan, vous saviez, mieux que quiconque, ce que sont le risque du combat, la présence du danger et l'exigence du métier des armes. 
Depuis trois mois, vous étiez l'un des conseillers militaires français placés auprès des forces afghanes en Kapisa. 
C'était votre mission, celle que la République vous avait mandatée et que vous meniez avec courage et efficacité. 
Vous vous êtes dévoué pour la patrie. 
Vous êtes mort pour elle. 
Au matin du mardi 7 août, à proximité du pont de Tagab, vous avez été blessé lors d'un accrochage, dans l'accomplissement de votre devoir. Vous avez pu être rapidement évacué vers l'hôpital de Kaboul mais peu de temps après, vous avez succombé à vos blessures.

Mesdames et Messieurs, 
Dans quelques instants, je remettrai, au nom de la République, les insignes de chevalier de la légion d'honneur au major Franck BOUZET. 
Je tiens à associer à son souvenir un autre nom. Celui de l'infirmier Olivier de VERGNETTE, qui a été blessé en s'élançant sous les tirs pour prodiguer au Major les premiers soins. Nous n'oublierons pas cet exemple non plus : celui d'un soldat prêt à sacrifier sa vie pour en préserver une autre. 
Cette générosité n'aura hélas, pu sauver Franck BOUZET. Ce sous-officier de 45 ans rejoint désormais la longue et glorieuse cohorte de nos hommes morts au champ d'honneur. 
Son nom porte à 88 le nombre de militaires français tombés en Afghanistan depuis 2001.

Je me tourne vers Sylvie, son épouse, vers ses trois enfants, Vanessa, Cynthia, Charles. Je sais toute la part qu'ils ont prise à l'engagement de leur mari, de leur père. Je mesure leur peine aujourd'hui, celle aussi de la mère du Major, Françoise VI CENTE comme celle de toute sa famille. 
Je sais qu'accepter qu'un proche revête l'uniforme militaire, c'est consentir soi-même à en subir un jour les conséquences les plus douloureuses. Et pour autant la peine parait inextinguible, comment l'étancher malgré tous les discours qui peuvent être prononcés ? 
Je veux, à travers cette cérémonie, leur dire que c'est toute la Nation qui est rassemblée autour d'eux, autour de leur famille et que, Franck BOUZET restera un exemple, celui d'un homme, d'un soldat, qui au nom d'un idéal, sacrifie sa propre existence. 
La France se bat, non pas pour son influence dans le monde, non pas pour ses intérêts, mais au nom de valeurs et de principes. 
C'était le sens de la présence de la France en Afghanistan. 
Elle avait été décidée au lendemain de l'attaque terroriste du 11 septembre 2001 qui avait frappé les Etats-Unis d'Amérique. Elle avait été autorisée par le conseil de sécurité de l'ONU et dans le cadre d'une large alliance pour la mettre en œuvre. 
Il s'agissait à l'époque d'en terminer avec un régime lié à Al Quaïda et qui abritait Ben Laden. A l'égard de forces obscures qui menaçaient la sécurité du monde. 
Nous avions un but, un seul : permettre aux Afghans de prendre souverainement en charge leur propre destinée.

Cette mission est aujourd'hui accomplie. Comme j'en ai pris l'engagement devant les Français et en lien étroit avec nos Alliés, en plein accord avec les autorités de l'Afghanistan, le retrait de nos forces combattantes est aujourd'hui en cours. Il sera complet d'ici la fin de l'année et nous passerons le relais aux Afghans eux-mêmes. Notre solidarité prendra une autre forme : celle de la coopération avec un Etat afghan pleinement maître de lui-même. 
Le transfert des responsabilités de sécurité en Surobi et en Kapisa a déjà eu lieu. La base militaire de Surobi a été transférée aux Afghans le 31 juillet dernier et les avions de chasse français stationnés à Kandahar ont regagné la France. Au 31 août, dans moins de trois semaines, 650 de nos soldats seront rentrés. Ils seront 2 000 d'ici la fin de l'année. 
Nous continuerons à former et à accompagner l'armée afghane, ce que faisait le Major, pour assurer la souveraineté de ce pays. Et nous ferons aussi davantage pour la coopération civile dans le cadre du traité d'amitié entre la France et l'Afghanistan, qui a été ratifié ces dernières semaines par le Parlement français. 
Si cette perspective existe, c'est parce que notre armée, par sa constance, par sa vaillance, a été capable de la rendre possible. 
En Afghanistan, comme dans d'autres régions du monde, nos soldats se battent pour la paix, se battent pour la stabilité, se battent pour les droits de l'Homme. 
Et à chaque fois sous le mandat des Nations Unies. 
Cette semaine encore, nos forces déploient un groupement médico-chirurgical dans le nord de la Jordanie. J'en ai ainsi décidé sur la proposition du ministre de la Défense. Au plus près de la frontière avec la Syrie, pour venir en aide aux réfugiés mais aussi aux combattants qui font face à une répression, menée par un régime qui n'est plus animé que par la seule peur de sa propre fin. 
C'est un devoir humanitaire que nous poursuivons ainsi mais qui s'ajoute à un soutien à l'opposition syrienne et également à la recherche obstinée d'une transition politique en Syrie.

En m'inclinant ce matin devant le cercueil du major Franck BOUZET, je pense à tous ces soldats, connus ou inconnus, qui par leur sacrifice, génération après génération, ont fait de la France ce qu'elle est aujourd'hui. 
Le soldat, le sous-officier, que nous honorons ce matin était animé par ce que CLEMENCEAU, au cœur de la Grande guerre, appelait « la force de l'âme française ». La force de la volonté. La force de la liberté. La force de l'émancipation. La force du droit. La force de la démocratie. 
Franck BOUZET était au service de cette force et c'est pourquoi nous ne l'oublierons jamais.

Vive la République !

Vive la France !

 

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