Discours du Président de la République, Emmanuel Macron, lors de l'inauguration de la centrale solaire de Zagtouli

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Rubrique : Développement durable et énergie, International, développement et francophonie

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs,

L’inauguration aujourd’hui de la centrale de Zagtouli est celle d’un projet phare et vous venez à l’instant, Monsieur le Directeur, de le rappeler, c’est l’image d’une Afrique qui s’engage vers des solutions durables, écologiques, à la fois au bénéfice concret et immédiat des populations mais aussi de l’agenda global Climat.

Zagtouli qui a été cofinancée par l’Agence française de développement à hauteur de 22 millions d'euros et par l'Union européenne à hauteur de 25 millions d'euros est la plus grande centrale solaire d'Afrique de l’ouest. Je dois vous confier, Monsieur le Président, une forme de jalousie quand j'entends qu'il vous a fallu seulement une année pour parachever ce projet, ce qui serait à peu près impossible en France, cela prendrait beaucoup plus de temps. Et je veux ici saluer l'achèvement d'un projet qui illustre l'exemplarité du Burkina-Faso à quatre titres.

D’abord parce que cette centrale est un pas important vers le développement économique. Zagtouli apportera une énergie régulière à des tarifs très avantageux à la population et aux entreprises et je veux ici saluer la présence de nombreux riverains et d'une partie de la population qui bénéficie ou aura à bénéficier de cette énergie plus régulière et à moindre coût, mais aussi des entreprises qui pourront se développer ainsi plus facilement, ce projet réduira donc la dépendance du pays.

Ensuite, Zagtouli a été réalisée dans les meilleurs standards internationaux grâce à la synergie entre l'expertise européenne et locale et c'est cela cet esprit, cet équilibre, cette relation que nous voulons l'un et l'autre développer. L'entreprise CEGELEC, du groupe VINCI, et je remercie les dirigeants ici présents, à la tête du groupement en charge de réaliser les travaux s'est appuyée sur l'ingénierie française et sur des équipements venus de toute l'Europe. Les panneaux sont allemands, les structures et les onduleurs sont espagnols, les câbles ont été confectionnés en France et certains équipements électriques sont portugais. Les travaux ont été contrôlés par un bureau d'études espagnol et un auditeur français.

Cette dimension européenne c'est celle que j'évoquais hier, celle dont notre relation a aussi besoin qui permet d'associer, d'agréger toutes les compétences existantes pour mieux servir les projets ici portés. Cette dimension européenne à laquelle je suis profondément attaché est également présente dans l'autre chantier majeur qu'est l'interconnexion avec le Ghana soutenu par l'AFD, l'Union européenne et la Banque européenne d'investissement.

Mais Zagtouli illustre aussi le savoir-faire burkinabé et cet aspect est absolument essentiel pour pleinement réussir ce type de projet comme là aussi nous l'évoquions ensemble hier. Celui de la Société nationale d'électricité burkinabé qui a démontré sa capacité à piloter un projet d'envergure qu'elle exploitera bientôt. Celui aussi des entreprises burkinabés qui ont été actives sur le chantier.

Monsieur le Directeur, vous avez parfaitement expliqué l'importance de ce projet et je veux saluer votre engagement, salué le travail qui a été ici fait sur place par l'ensemble des personnels et salué l'expertise qui a permis cette réalisation. J'ai compris que vous aviez l'essentiel de vos fans, Monsieur le Directeur, dans cette partie de notre audience et j’ai compris en creux qu’il s’agissait des femmes et des hommes qui avaient œuvré pour ce projet et qu'ils allaient maintenant l'exploiter !

Le troisième élément fort de ce projet de Zagtouli, c'est comme je l'évoquais sa dimension climat. Zagtouli démontre qu’au Sahel il est possible de concilier efficacité économique et lutte contre le changement climatique. Plus de 50 % de l'énergie consommé au Burkina est produite dans des centrales thermiques. Avec Zagtouli le Burkina-Faso va économiser, vous l'avez dit, 26.000 tonnes de CO2 par an en produisant une énergie à un prix quatre fois moins élevé que l'énergie thermique.

Il n'y a donc pas de fatalité, il y a une responsabilité à prendre et c'est ce que vous avez démontré avec ce projet c'est que si aujourd'hui le Sahel, le lac Tchad, une bonne partie de l'Afrique est profondément touchée par la transformation du climat, est profondément percutée dans ses organisations économiques, dans sa vie quotidienne par ces transformations, elle peut être un des acteurs essentiels de la transformation économique et climatique que nos continents ont à développer.

Je ne suivrai jamais ceux qui considèrent qu'en quelque sorte l'innovation climatique serait réservée à quelques pays et qu'il faudrait continuer à exploiter les énergies fossiles, les centrales thermiques dans nombre des pays d'Afrique sous prétexte qu'ils n'auraient pas droit à l'innovation contemporaine. Vous démontrez ici exactement l'inverse et par ce projet, l'ambition qu'il porte, la volonté que vous avez eue, vous montrez que l'innovation au service de la transition énergétique est le meilleur moyen de restaurer votre souveraineté énergétique, la qualité de l'énergie servie et la lutte contre le réchauffement climatique.

Enfin, Zagtouli s’inscrit dans une logique de déploiement de l'énergie vers les populations rurales en particulier au nord du pays. L’AFD a financé la ligne vers la région du nord achevée cette année et l'an prochain elle financera un programme de promotion du branchement afin de connecter 25.000 foyers et des petites entreprises dans cette région. Là aussi il s'agit d'un élément concret qui répond au défi du développement et de la sécurité. Il s'agit d'un élément concret pour lutter, si vous m'autorisez ce miroitement du langage, contre tous les obscurantismes parce que quand une entreprise, quand un foyer n’est pas relié à l'énergie propre, peu chère, à l'électricité de qualité qui lui permet de s'éclairer, que les enfants travaillent, qu'on rentre chez soi en toute sécurité, on est la proie de toutes les extrêmes, on est la proie de messages de régression.

La lutte que vous conduisez avec courage, Monsieur le Président, qui consiste à l'unité du pays, à ce combat contre les obscurantismes et contre le terrorisme suppose aussi que tout le pays soit connecté, que l'électricité au prix le plus faible, de la plus grande qualité, servie de manière continue puisse accéder à tous les endroits du pays. Il ne s'agit pas aujourd'hui de saluer l'achèvement d'un projet mais plutôt de saluer une étape réussie sur un chemin plus ambitieux.

Le président KABORE a décidé d'engager son pays dans un plan solaire 2025 pour être un champion africain du solaire avec 30 % de capacités. L'ambition sera de développer des solutions innovantes pour les populations rurales et soyez assuré, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, que cette ambition qui répond à celle de l'Alliance pour le Sahel sera soutenue avec force par la France et l'Europe en lien avec la Banque africaine de développement. Comme je le disais dans mon discours à l'université de Ouaga hier, je souhaite que la France, ses entreprises, ses opérateurs soient votre partenaire privilégié dans le domaine des énergies renouvelables. Ce que nous avons fait ensemble pour la réussite de la COP21 nous devons désormais le concrétiser en actes, en projets concrets sur le terrain, en voici un, et quel projet.

Nous serons ensemble avec le président KABORE dans quelques semaines à Paris pour un nouveau sommet, non pas un sommet pour faire des déclarations, non, un sommet où avec les Nations Unies, la Banque mondiale et de nombreux partenaires, en particulier tous les bailleurs publics et privés opérant dans la région, nous allons continuer à proposer d'autres projets concrets comme celui-ci, à porter certains projets que vous voulez développer d'interconnexion, de développement complémentaire du solaire et nous leur trouverons des financeurs, d'autres financeurs, pour en accélérer le développement.

Parce que, ce dont nous avons collectivement besoin, ce dont nos peuples ont besoin, ce sont de preuves, d'actes, de réalisations concrètes, c'est de montrer qu'il est possible de produire vite une énergie à bas coût, plus sûre, maîtrisée par le pays, qui permette d'apporter plus de confort, plus de développement économique et de lutter contre le réchauffement climatique. Zagtouli est un formidable exemple de cette nouvelle génération de projets que nous voulons conduire ensemble, non pas des projets aux financements pharaoniques, dont les montants se perdent entre les grands acteurs, non, de projets portés sur le terrain qui impliquent la responsabilité concrète des acteurs locaux, de leurs partenaires européens et de partenaires qui ont décidé de construire ensemble pour longtemps !

Il y a derrière ce projet tout le contraire du cynisme et de cette volonté parfois en quelque sorte d'emporter la mise, c'est une énergie qui se produira ici, qui appartiendra aux Burkinabés, qui sera développée par les Burkinabés et pour les Burkinabés.

La France est fière, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, d'être dans ce beau projet avec ses entreprises, avec ses financements publics à vos côtés et nous serons fiers d'en faire de nombreux et de nouveaux à vos côtés dans le même esprit, celui de la responsabilité, celui du concret, celui de la lucidité, celui d'un engagement partagé pour l'avenir, celui que nous voulons l'un et l'autre pour le Burkina-Faso et pour l'amitié entre nos deux pays.

Je vous remercie et bravo ! Merci à vous !

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