Discours du président de la République devant la communauté française de Tokyo

Monsieur l’Ambassadeur,

Je vous exprime toute ma gratitude pour nous offrir votre résidence, à la fois son intérieur, son extérieur, pour accueillir la communauté française, ici au Japon, et je tenais, au terme de cette visite d’Etat, à avoir ce moment d’échange avec vous, comme je le fais chaque fois que je me déplace dans un pays du monde. Mais, ici, nous ne sommes pas dans n’importe quel pays du monde, nous sommes au Japon.

Je viens d’effectuer une visite d’Etat et les autorités japonaises, ont montré à travers l’accueil qui m’a été réservé ainsi qu’à ma délégation, toute l’estime qu’elles portent à la France.

J’ai d’abord été reçu, avec Valérie, par l’Empereur du Japon, par sa famille. Il a voulu, là encore, exprimer toute son amitié à l’égard de la France.

J’ai eu également plusieurs rencontres avec les membres du gouvernement qui m’accompagnait, avec le Premier ministre ABE.

Nous avons pu échanger sur les politiques économiques puisque, maintenant, le Japon est regardé comme un exemple. Enfin, pour certains.

J’ai eu aussi l’occasion de m’exprimer, et ce fut un honneur, devant le Parlement japonais, la Diète, et aussi d’être accompagné dans tous mes déplacements au Japon par des chefs d’entreprise aussi bien japonais que français qui travaillent ici avec la volonté de construire des partenariats durables.

Et puis, vous êtes là, vous, les acteurs de cette relation entre le Japon et la France. Je voulais vous exprimer tous mes remerciements car si l’amitié entre la France et le Japon est à ce niveau-là, nous vous le devons.

Nous avons signé plusieurs accords comme il est d’usage dans la diplomatie, n’est-ce pas Monsieur le ministre des Affaires étrangères, mais cette fois-ci, il s’agissait davantage qu’une feuille de route, un partenariat que nous avons voulu exceptionnel. D’abord, sur le plan politique, la France et le Japon poursuivent des objectifs communs. D’abord, préserver la paix, y compris dans la région et c’était un sujet sensible. Mais aussi lutter contre la prolifération nucléaire avec la question de la Corée du Nord et ses tentations pour ne pas dire ses tentatives de vouloir accéder à l’arme nucléaire. Mais nous avons aussi parlé de l’Iran qui a la même entreprise, qui serait nuisible si elle arrivait à son terme.

Nous avons aussi des objectifs communs pour porter la question du réchauffement climatique au niveau qui convient, c’est-à-dire la conférence que nous allons organiser. Nul doute que ce sera à Paris pour que nous puissions enfin traduire un certain nombre d’engagements pour limiter le réchauffement climatique et éviter ainsi d’autres catastrophes.

Nous avons aussi comme objectif le développement, la solidarité avec un certain nombre de continents ou de pays. J’ai beaucoup apprécié le soutien que le Japon a pu nous apporter sur notre intervention au Mali et, plus largement, sur la question de la lutte contre les inégalités et de la croissance en Afrique. Voilà ce que nous avons déjà porté ensemble sur le plan politique.

Il y a eu aussi un partenariat économique qui s’est renforcé. D’abord parce que nous partageons, le Gouvernement japonais et le Gouvernement français, la même ambition : relancer la croissance. Ce n’est pas facile. Nous ne sommes pas dans les mêmes conditions, l’Europe et le Japon. Mais nous avons la même préoccupation. Nous ne pouvons pas laisser l’Europe, première puissance économique du monde, le Japon troisième économie du monde dans cette impression, depuis tant d’années, de stagnation, de déflation. Parfois même de désespoir, d’abattement et parfois des signes que nous serions en déclin ou en déclassement alors que nous avons tous les atouts, toutes les forces – et vous en êtes le témoignage – pour réussir, pour conquérir, pour gagner. Et c’est ce dont nous avons fini par convenir, le Japon et la France. D’abord, en militant pour qu’il y ait cet accord commercial entre l’Europe et le Japon pour que l’on puisse lever un certain nombre de barrières, de limiter les droits de douanes et de faire en sorte que le commerce puisse soutenir la croissance en faisant attention au principe de réciprocité, attention à certains produits, nous y sommes attentifs, la culture mais aussi l’agriculture qui ne sont pas des produits comme les autres. Et de faire aussi que cette négociation qui va s’ouvrir puisse en entraîner d’autres avec les mêmes principes.

Et puis, il y a ce qui relève de la coopération entre la France et le Japon. Là, nous avons des partenariats qui ont déjà réussi, aussi bien dans le domaine de l’automobile et Louis SCHWEITZER en a montré toute l’importance, que dans le domaine de l’énergie où nous avons emporté, Japon et France, un marché important en Turquie. Nous avons également de bons espoirs en matière agro-alimentaire, en matière également électronique. Nous pouvons nouer ces alliances-là. Vous serez sans doute les premiers concernés.

Il y a une dimension dans ce partenariat qui est tout simplement les hommes et les femmes, ce que nous avons à faire ensemble, ce que nous portons ensemble comme valeurs, comme modes de vie. La culture fait partie de ce qui nous rapproche, le Japon et la France. J’ai eu l’occasion de visiter deux musées. S’il ne s’en était tenu qu’à moi, je n’aurais fait que des musées mais qu’est-ce qu’on aurait dit. Cela tombait bien la rencontre avec les chefs d’entreprise dans une tour, la plus haute de Tokyo où, à son sommet, il y a un musée, ce qui est un bon symbole. On met les musées en haut. Nous voulons donc mettre la culture au plus haut parce que nous considérons que cela fait partie du lien, de cette élévation d’esprit mais également de l’investissement qui nous lie les uns les autres et qui peut avoir des conséquences tout à fait heureuses sur le plan économique. Je dirai la même chose de la gastronomie parce que nous avons eu droit à un repas on dirait « aux petits oignons » mais c’est une formule qui ne conviendrait pas. Le Premier ministre ABE avait fait remarquablement les choses avec des chefs français, avec des chefs japonais. Tout était mesuré non pas dans les portions, ne vous inquiétez pas, dans les intentions, dans les attentions. Bel art de l’hospitalité japonaise et beau talent de ces cuisiniers. Là aussi, cela fait partie de la culture et de l’économie de ce qui fait leur rayonnement.

J’ai eu le plaisir d’être également reçu à l’Institut culturel, ici à Tokyo, merveilleux établissement, qui promeut la langue française, la culture française, accueille des milliers de Japonais. Il est question de faire des travaux, Monsieur l’Ambassadeur me l’a rappelé, je lance donc cet appel. Une souscription est ouverte pour que chacun puisse participer à cette rénovation, même si la communauté française est importante, je crois que cela ne suffira pas. Si vous avez donc quelque lien avec des entreprises bienfaitrices pour lesquelles nous avons quand même bien travaillé pendant ces derniers jours, faites-leur comprendre que c’est aussi l’intérêt de l’économie que d’avoir un Institut culturel qui puisse influencer, rayonner, attirer, et notamment des jeunes. Ils étaient là, ces jeunes Japonaises et ces jeunes Japonais, plein d’enthousiasme pour la relation qui nous unit. Nous avons donc aussi voulu que, dans l’accord de partenariat, nous multiplions les échanges. Echanges d’artistes, échanges d’universitaires, échanges d’étudiants. Nous avons décidé de lever tous les obstacles et il y en a du côté français. Tous ces visas qui étaient demandés, toutes ces procédures souvent trop lourdes. Et le ministre des Affaires étrangères depuis l'installation du gouvernement, partout, fait que nous puissions accueillir davantage de forces vives venant de l’étranger. La ministre de l’Enseignement supérieur y apporte sa propre contribution, non sans risque pour elle. Il y a même eu un débat à l’Assemblée nationale. Vous êtes informés sur ce qui se passe en France. Vous avez vu qu’il y avait eu un changement, c’est donc venu jusqu’à vous. A l’Assemblée nationale, débat sur l’enseignement supérieur et tout le débat a porté sur est-ce que des enseignements en langue anglaise étaient possibles ? Alors que si nous voulons attirer des jeunes étudiants venant de l’étranger, de partout dans le monde et qui ne parlent pas le français, on ne va pas leur faire payer ce péché jusqu’à la fin de leur vie. Comme si tous les enfants du monde devaient d’abord parler français, dans leur premier cri, ce n’est pas si simple. Même en France, il faut un apprentissage.

Ces jeunes étudiants vont donc venir dans les universités françaises, vont d’abord suivre un enseignement en anglais, pas dans toutes les matières, pour ensuite passer leurs examens en français, je vous rassure. Mais nous voulons qu’il y ait davantage d’étudiants étrangers qui viennent apprendre en France, chercher en France, travailler en France pour que nous puissions avoir un échange au plus haut niveau entre nos sociétés.

Voilà ce que j’étais venu vous dire et surtout vous remercier, je le disais. Vous êtes une communauté importante. La preuve, mais là peut-être l’Ambassadeur a voulu qu’il y ait des nouveaux travaux dans sa résidence pour que le 14 juillet, tout le monde soit reçu. C’est vrai que vous êtes une communauté importante qui a une responsabilité car beaucoup ici vous représentez des entreprises. Vous avez fait une partie de votre vie. Certains ont un conjoint japonais ou une conjointe. Enfin maintenant, vous savez nous ne distinguons plus.

Quelle que soit la raison qui justifie votre présence ici, vous servez, bien sûr, l’intérêt de vos entreprises ou de vos établissements, ou lorsque vous êtes fonctionnaires, vous servez la France et je salue, ici, tous les personnels de l’Ambassade, des consulats, des établissements scolaires ou des établissements culturels. Vous servez la France, quelle que soit votre activité ici. Je voulais que vous compreniez bien le soutien que nous vous apportons et la reconnaissance qui est la nôtre par rapport à ce que vous faîtes pour l’amitié entre le Japon et la France.

Je voulais aussi vous dire que nous ferions tout pour la scolarisation de vos enfants mais, là mes prédécesseurs ont bien fait les choses puisqu’il y a un très beau lycée qui, je crois, fait la fierté de ce que les établissements scolaires peuvent faire dans le monde. Le ministre des Affaires étrangères y veille particulièrement parce que c’est un bien précieux que d’avoir tous ces établissements. Partout où je me rends dans le monde, nous avons toujours veillé à ce qu’il y ait un lycée, un grand lycée qui accueille toutes les nationalités. Le lycée de Tokyo : 55 nationalités. On nous dira mais pourquoi investir pour d’autres nationalités ? Mais là aussi c’est un atout considérable que de former des générations de toute part dans la langue française, dans la culture française. C’est un bel investissement et, en même temps, une solidarité.

Je sais aussi qu’il y a des problèmes de scolarisation pour beaucoup, un coût de la scolarisation. Je sais ce que cela représente. Nous allons veiller à ce que le système des bourses soit repensé ou revu.

Il y a aussi tout ce que vous cherchez en termes d’appui administratif et je vous assure que nous veillons à préserver les moyens des consulats pour que vous puissiez avoir toutes les formalités à votre disposition.

J’ai un dernier remerciement à vous adresser. Beaucoup étaient là lorsqu’il y a eu cette catastrophe du 11 mars 2011. Vous êtes restés et si vous êtes, à un moment, partis et nous pouvions le comprendre, vous êtes revenus. C’était le plus beau signe d’amitié que vous pouviez donner au peuple japonais. Cette solidarité que vous avez marquée, cette solidarité dans l’épreuve et maintenant solidarité dans la reconstruction. Comme j’en ai reçu des compliments de la part des autorités japonaises, je vous les renvoie. C’est vous qui avez permis le succès de cette visite d’Etat. Merci.

 

Restez connecté