Discours du Président de la République devant la communauté française à New Delhi

Monsieur l’Ambassadeur,

D’abord merci de nous recevoir, de m’accueillir, d’ouvrir largement la résidence et l’ambassade avec une décoration de Noël qui nous laisse penser que ce n’est pas la Saint Valentin mais le jour de l’An !

Je viens effectivement ici à votre rencontre, à l’occasion de la visite d’Etat que j’effectue en Inde, la première en Asie. Je souhaitais avoir ce moment d’échange avec cette communauté française qui compte plus de 10 000 ressortissants - mais quand on y compte tous les amis, davantage ! Je vous remercie d’avoir répondu à cette invitation.

Je viens avec une imposante délégation. D’abord Valérie qui m’accompagne mais aussi les ministres, le ministre des Affaires étrangères, Laurent FABIUS, le ministre de la Défense, Jean-Yves LE DRIAN, le ministre des Transports, Frédéric CUVILLIER et puis d’autres encore mais qui n’ont pas pu être au rendez-vous parce qu’ils sont pris par d’autres activités. Je pense à la ministre de la Culture et à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche.

Je suis également accompagné d’élus : les présidents des groupes d’amitié ; des maires de grandes villes – notamment de Toulouse ; le président de l’exécutif corse qui a en plus cette particularité d’être marié avec une Indienne – ce qui pour un Corse est extrêmement rare ; la Bretagne est également bien représentée puisqu’il y a le Président du Conseil général des Cotes d’Armor qui est en plus le Président de tous les Conseils généraux de France puisqu’il représente l’association des départements de France.

C’est vous dire combien cette délégation est impressionnante. Mais elle l’est aussi par le nombre de chefs d’entreprise qui m’accompagnent puisqu’ils ne sont pas moins de 40. Ils ont noué, là encore, avec leurs homologues indiens un partenariat qui nous sera précieux. Je sais qu’ici beaucoup d’entre vous travaillent avec des entreprises françaises depuis longtemps installées en Inde. Vous contribuez à notre commerce extérieur et au développement de nos échanges. Je voulais ici vous en remercier.

Les relations entre la France et l’Inde sont, c’est vrai, uniques parce qu’elles plongent loin dans notre histoire commune. L’Inde a toujours été aux côtés de la France dans des moments difficiles – je pense notamment lors de la première comme lors de la seconde guerre mondiale – et la France a été aux côtés de l’Inde – notamment pour la période qui lui a permis d’accéder à l’indépendance.

De ces relations historiques est né un partenariat stratégique. Il a été établi au cours du temps. Je rappelle que le premier président de la République, qui est venu faire une visite en Inde, était Valéry GISCARD d’ESTAING en 1980. Ensuite, tous les Présidents sont venus faire une ou deux visites en Inde – lorsqu’il y avait deux mandats successifs, ils sont venus deux fois et même mon prédécesseur est venu deux fois lors de son seul mandat.

C’est dire si l’Inde et la France ont su nouer des relations intenses. Elles ont été consacrées par le partenariat stratégique défini en 1998, avec des piliers qui sont encore ceux que nous avons ici consolidés au cours de ce déplacement.

Le pilier de la défense, avec une coopération qui porte sur de nombreux matériels mais qui s’inscrit aussi dans une même conception de la politique étrangère et une même confiance réciproque – de l’Inde par rapport à son fournisseur et de la France par rapport à l’Inde, pays qui a une conception pacifique de ses rapports avec ses voisins et qui cherche d’abord à assurer sa propre sécurité.

Nous avons aussi la même conception de l’indépendance nationale. Ce pilier de la défense vient consacrer beaucoup plus qu’une affaire de commerce où des technologies pourraient être partagées, ce qui est déjà important. Il vient consacrer une conception commune de la politique étrangère.

L’autre pilier, c’est celui du nucléaire civil puisque la France a longtemps voulu que l’Inde puisse accéder à cette technologie. C’est une affaire de confiance et encore maintenant, nous sommes prêts à accompagner l’Inde dans un certain nombre de projets.

Les autres éléments de ce partenariat, c’est le spatial puisque des lanceurs français vont envoyer des satellites indiens dans l’espace. Là aussi, c’est un rapport de confiance. Il est vrai que nos lanceurs n’ont jamais connu le moindre défaut depuis une décennie et peut-être davantage. C’est un point très important.

Je voulais dire que ce qui nous relie au-delà de ces piliers, c’est une volonté commune de peser sur le monde avec des valeurs, avec des principes. L’Inde est une grande démocratie, la plus grande du monde – c’est devenu un lieu commun – parce que la taille du pays et l’ampleur de la population justifient que l’on puisse parler de plus grande démocratie du monde.

Ce n’est pas simplement une affaire de nombre. C’est aussi des règles, des procédures, des cultures qui font qu’en Inde, la contradiction, le débat, le pluralisme, le respect des minorités, des langues, tout cela, fondent l’unité de ce pays.

La France s’y reconnait d’autant plus que nous avons, nous aussi une volonté de marquer notre exception culturelle, d’affirmer notre diversité dans l’unité, d’avoir également des principes laïques. L’Inde et la France ont vocation à tenir le même discours et à s’exprimer de la même voix dans le concert des nations.

J’ai été sensible à l’appui de l’Inde au moment où j’ai décidé de faire intervenir nos forces au Mali, à la demande du Président malien qui faisait face à une agression terroriste. L’un des premier pays qui a apporté son soutien – non pas seulement à la France, mais au Mali et à l’action que nous engagions au nom de la communauté international – c’est l’Inde.

Pour toutes ces raisons, le partenariat que nous avons engagé depuis la fin des années 70, puis consacré après en 1998, doit être prolongé. Ce voyage permettra de franchir de nouvelles étapes.

Sur l’étape de l’échange économique, il est vrai que depuis longtemps, les entreprises françaises sont installées en Inde : 750 y travaillent et y créent des emplois, 250 000 indiens travaillent pour ces entreprises. Nous sommes grâce à vous bien représentés.

En même temps, quand je regarde les échanges commerciaux, leurs tailles, leurs volumes, nous ne dépassons pas 8 milliards d’euros. Nous avions l’objectif de 12 milliards d’euros, nous en sommes donc loin. Ce que j’ai dit à nos partenaires indiens, c’est que nous sommes prêts à faire davantage et dans tous domaines, dans tous secteurs et avec toutes les entreprises, les petites comme les plus grandes, qui sont prêtes à investir en Inde.

Si nous voulons être mieux représentés en Inde, nous devons aussi accueillir davantage d’entreprises indiennes en France. Certaines l’ont déjà fait, l’Inde représente le 13ème investisseur étranger en France. Nous voulons qu’il y ait – et vous nous aiderez à atteindre ce but – davantage d’échanges commerciaux et économiques entre nos deux pays.

Je voulais aussi que l’on ouvre davantage nos portes aux échanges culturels et scientifiques. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons qu’il y ait plus d’étudiants indiens qui viennent en France. Ils ne sont que 3000. Je crois qu’il y a 17 millions d’étudiants indiens. Nous avons encore de la marge ! On ne peut pas tous les accueillir, mais 3000, c’est un peu court.

De la même façon, nous souhaitons qu’il y ait plus d’étudiants français qui viennent dans les universités indiennes, il y aura donc des partenariats. La ministre de l’Enseignement supérieur est là, si elle n’a pas pu être là au début de notre rencontre c’est qu’elle a signé justement ces accords pour que nous puissions multiplier les échanges universitaires.

De la même manière, pour la recherche scientifique, nous voulons qu’il y ait des liens qui puissent être renforcés.

Et puis il y a la culture. Là encore, je l’ai dit, la France et l’Inde ont la même conception de la culture que nous considérons comme une richesse, un bien mais qui n’est pas une marchandise. Nous défendons le principe de l’exception culturelle. Comment mieux l’illustrer que par le cinéma ? Le directeur du festival de Cannes nous accompagne. Il a souhaité que, lors du mois de mai prochain, il puisse y avoir une évocation du centenaire du cinéma indien. Car c’est l’Inde, avec la France, qui a inventé le cinéma.

L’Inde est le plus grand producteur de films du monde, nous ne les voyons pas tous – enfin vous, vous avez ce privilège – mais il y a là des créations tout à fait originales et d’autres qui sont peut-être plus répétitives ! Mais il y a la volonté de la France de faire la démonstration que le cinéma indien et le cinéma français doivent être reconnus et leurs auteurs et leurs créateurs également.

Toujours sur le plan culturel, je me félicite qu’il y ait eu cette initiative de faire la démonstration de notre richesse culturelle en Inde. Je veux en féliciter l’ambassadeur et tous ceux qui ont contribué à cette initiative.

Vous êtes sans doute nombreux à pouvoir ici en témoigner. Je ne vais pas être plus long parce que ce que j’étais venu vous dire c’est d’abord ma gratitude. Ma gratitude parce que ce n’est jamais simple de vivre loin de son pays.

Vous l’avez fait pour des raisons familiales, parfois professionnelles, parfois également touristiques mais vous l’avez fait. Cela vous confère une responsabilité particulière. Etre français à l’étranger, ce n’est pas forcement beaucoup de droits mais c’est beaucoup de devoirs.

Sur les droits, nous avons créé un ministère pour faire en sorte que les Français de l’étranger puissent, notamment sur le plan social sur le plan éducatif, être représentés. Ils le sont aussi maintenant dans nos deux assemblées aussi bien au Senat qu’à l’Assemblée nationale. Mais cela confère aussi des devoirs parce que c’est la représentation du pays. Il y a un ambassadeur, il y a des consuls mais il y a aussi des Français à l’étranger. A chaque fois que vous agissez, vous le faites au nom de la France.

Je voulais vous exprimer ma gratitude pour celles et ceux qui sont dans les activités économiques qui contribuent à notre croissance qu’il faut quand même rehausser. Je ne vais pas ici engager le débat, mais mieux vaut avoir quand même la plus forte croissance possible. Cela suppose que nous ayons la meilleure compétitivité.

Ma gratitude également à l’égard de tous ceux qui contribuent à l’éducation, à la culture. Je veux saluer le réseau de nos établissements. J’ai visité ce matin le lycée Français. D’autres établissements sont également réputés pour leur excellence. Je sais que ce n’est pas facile. Il y a des frais aussi pour les familles. Il y a donc une mobilisation à avoir pour ces établissements. C’est également un élément de notre propre rayonnement puisque le lycée français, ici, à New Delhi accueille plus de 30 nationalités. Cela contribue notamment à l’image de la France.

Je voudrais aussi saluer des personnels administratifs : tous ceux qui sont dans les réseaux consulaires ; et d’une manière plus large, les citoyennes et les citoyens français qui pendant un temps de leur vie vont contribuer à renforcer l’amitié entre la France et l’Inde.

Je pense qu’il y a une histoire commune. Mais il y a aussi un avenir que nous pouvons porter, la France et l’Inde. Je l’ai dit : une même conception du monde ; une même appréciation de ce que peut être la richesse humaine ; une même volonté de lutter contre les inégalités, qui sont ici réelles ; une même aspiration à faire de la démocratie une référence ; une même ambition à pouvoir être un grand pays.

La France et l’Inde sont liées. Grâce à vous, ce lien ne pourra que se renforcer. C’est pourquoi je voulais au milieu de ce déplacement venir vous parler. Venir vous entendre. Venir vous rencontrer parce que vous êtes la France et que la France a besoin de vous.

Merci.

 

 

 

 

 

 

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