Discours du président de la République devant la communauté française à Bakou

« Monsieur l’Ambassadeur,

Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie d’avoir répondu à notre invitation. Nous ne savions pas combien vous alliez être, parce que les chiffres sur le nombre d’inscrits de la communauté française varient selon les saisons, les périodes, peut-être électorales. Mais, finalement, ce n’est pas plus mal que vous soyez plus nombreux que prévu.

Nous sommes particulièrement fiers de vous retrouver, parce que vous êtes là pour défendre les intérêts de vos entreprises, elles sont de plus en plus présentes, ici en Azerbaïdjan. Vous êtes là aussi pour promouvoir notre langue, notre culture, notre système éducatif. J’étais tout à l’heure au lycée français, celui qui se bâtit. Je pense qu’il y a eu une accélération des travaux ces dernières semaines, dont j’espère ma visite est responsable.

J’ai annoncé l’ouverture au début du mois de septembre, normalement cela sera la fin de l’année. Mais j’ai annoncé le mois de septembre pour que le Président ALIYEV fasse tout pour que la rentrée soit assurée dans les meilleures conditions. Je veux saluer le personnel de l’établissement qui se dévoue déjà depuis longtemps pour accueillir les élèves, ceux de la communauté française bien sûr, mais aussi les enfants de toutes nationalités et notamment d’Azerbaïdjan qui veulent apprendre en français et suivre l’enseignement tel que nous le pratiquons dans notre pays.

Vous êtes aujourd’hui dans un pays qui se développe à une vitesse considérable.

On m’a présenté le quartier français. Le Président ALIYEV m’a même donné une documentation avec une promotion immobilière, qui me paraît intéressante, sur des immeubles haussmanniens. Que l’Azerbaïdjan puisse considérer que préparer un quartier français, c’est contribuer au prestige de l’Azerbaïdjan dans le monde, c’est déjà très important, et faire ainsi en sorte que notre culture, notre mode de vie puissent avoir droit de cité ici, à Bakou, c’est-à-dire la principale, la plus importante ville du Caucase.

Si l’Azerbaïdjan se développe à ce rythme, c’est aussi parce qu’elle a des ressources pétrolière, gazière et qu’elle les utilise plutôt bien. C’est-à-dire qu’elle les investit pour des infrastructures, pour l’environnement, et il y en a besoin, pour sa sécurité aussi, c’est nécessaire, et également pour intégrer les technologies que nous, Français, nous pouvons mettre à sa disposition.

Je suis donc venue non seulement avec trois ministres. Je veux ici les saluer. La ministre Najat VALLAUD-BELKACEM, qui est à la fois ministre de la Jeunesse, des Droits des femmes et de la Ville, elle avait donc toute raison d’être présente ici. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, qui elle est directement intéressée par, non seulement le lycée, mais aussi l’accueil des étudiants azerbaïdjanais plus tard en France. Nous voulons, avec le Président ALIYEV, augmenter le nombre de bourses pour que nous puissions avoir le plus de coopération universitaire et scientifique possible. J’ai bien sûr emmené la ministre du Commerce extérieur, parce que nous avons beaucoup à faire pour développer nos échanges.

Il y a quelques années, ces échanges étaient dérisoires, l’Ambassadeur me rappelait les chiffres, je n’ose même pas les évoquer devant vous. Mais, aujourd’hui nous avons plusieurs milliards d’euros d’échanges. Il est vrai que nous importons des hydrocarbures, mais nous arriverons à exporter et à investir d’avantage. Je voulais, en présence de la délégation des chefs d’entreprise qui m’accompagnent, qui sont en nombre, à la fois des grandes entreprises des plus renommées, mais aussi des petites entreprises qui viennent capter des marchés et qui ont des représentants ici, je voulais vous exprimer ma reconnaissance.

Je viens donc en Azerbaïdjan dans le cadre d’une visite dans le Caucase, puisque je serai également en Arménie et en Géorgie.

Il y a, vous le savez, une situation tendue en ce moment. Quand je dis en ce moment, cela fait des années pour ce qui concerne l’Azerbaïdjan et l’Arménie, compte-tenu du conflit du haut Karabagh.

Demain, cela sera l’anniversaire du cessez-le-feu, et chacun doit bien prendre conscience, je parle de celles et de ceux qui sont venus plus récemment ici dans ce pays ou en Arménie, que ce conflit a été extrêmement meurtrier. Des dizaines de milliers de morts. Ces dernières années encore, il y a eu de nombreux incidents. La France fera donc tout, dès lors qu’elle est Vice-présidente du groupe de Minsk, qui doit chercher le règlement politique de ce conflit, pour trouver une issue qui permettra à l’Azerbaïdjan et à l’Arménie de vivre en paix et réconciliées. Je crois que c’est l’intérêt des deux pays.

Vous êtes une communauté parfois récemment arrivée et puis, il y a aussi des personnes qui sont là depuis très longtemps. Et vous avez sûrement entendu l’histoire formidable de Mme BOTTO, qui nous a fait l’honneur d’être parmi nous, je vous demande l’applaudir.

Mme Yvonne BOTTO, j’ai entendu beaucoup parler de vous. D’abord, parce que j’ai retrouvé la lettre que vous aviez écrite à François MITTERRAND. Vous n’aviez pas bien orthographié son nom. Vous l’aviez appelé « vétéran » mais, finalement, cette lettre est arrivée. Et François MITTERRAND l’avait lue personnellement et avait veillé à ce que vous puissiez enfin être reconnue et accompagnée. Et puis, bien plus tard, en 2011, vous avez pu retrouver votre famille. Votre famille en France, en Haute-Savoie. Ce voyage a d’ailleurs été suivi par la presse, parce que vous êtes une vedette en France et vous étiez déjà connue ici. Vous avez ensuite retrouvé votre famille, ici en Azerbaïdjan, sans oublier votre famille en France. Vous êtes l’exemple même de l’amitié entre la France et l’Azerbaïdjan.

Je ne vais pas ici raconter votre histoire, c’est une histoire d’amour, puisque c’est pour suivre un résistant azerbaïdjanais, communiste, que vous avez quitté la France et que vous vous êtes installée ici et que vous avez fondé une famille, d’abord avec lui, puis ensuite quand il est mort, avec votre nouveau conjoint, avec lequel vous avez eu, je crois, sept enfants.

Vous avez donc bien travaillé pour la France et pour l’Azerbaïdjan.

Vous êtes aussi l’exemple de ce que doit faire la France par rapport à ses ressortissants, qui pour des raisons personnelles, pour des raisons professionnelles, peuvent à un moment être abandonnés ou avoir ce sentiment de l’être et d’appeler à l’aide.

Le rôle de l’Ambassade, des consulats, mais plus largement, le rôle de la République, c’est de n’abandonner aucun de ses concitoyens. Et c’est ce que nous avons fait vis-à-vis de vous et que nous continuons à faire.

Partout dans le monde, chaque fois que nous avons un ressortissant français, quelle que soit son histoire, qui est en danger ou qui est en difficulté ou qui nous appelle, ou qui veut retrouver sa famille, nous faisons en sorte qu’il puisse être pleinement reconnu comme un citoyen de la République, où qu’il vive et quelle que soit sa situation.

Merci Mme BOTTO de nous donner ici cette confiance dans la République française et cette marque d’amitié entre nos deux pays.

Alors, je vais enfin m’adresser à vous qui êtes en mission. Parce que vous êtes d’une certaine façon, tous et toutes, en mission. Je l’ai dit, soit parce que vous représentez les intérêts de nos entreprises, dans des domaines très différents, soit parce que vous participez à la promotion de notre culture, de notre langue. J’évoquais tout à l’heure le lycée, mais je dois aussi parler de l’Institut culturel, où il se passe toujours quelque chose, des expositions, des conférences. C’est un lien très profond ainsi, qui est lancé entre nos deux pays. Je sais aussi ce que vous faites pour nouer des contacts tout simples avec la population et faire connaître la France.

Je voulais ici vous exprimer ma gratitude, vous dire aussi que vous contribuez à la croissance en France. Parce que chaque fois qu’il y a un contrat, et je pense que nous allons en signer plusieurs, tout à fait significatifs demain avec le Président ALIYEV, chaque fois que nous prenons une commande, développons une exportation, réussissons un investissement, c’est bon pour l’économie française.

Chaque fois que je vais dans un pays, je m’adresse toujours à la communauté de nos ressortissants. Pour vous dire que non seulement nous ne vous oublions pas. Mais aussi pour vous dire toute notre reconnaissance pour tout ce que vous faites, jeunes ou moins jeunes. Parfois, j’en vois de très jeunes qui viennent, dans le cadre des programmes volontaires pour les entreprises, mettre leur savoir à la disposition de nos exportateurs. Parfois, j’en trouve de moins jeunes, qui sont là depuis des années et qui ont créé leur propre entreprise.

Pour tous ces efforts, pour toutes ces initiatives, merci.

Nous faisons en sorte de redresser notre pays, de lui donner de nouveaux atouts pour sa compétitivité, son industrie, pour sa capacité exportatrice. Nous le faisons en bonne intelligence avec les entreprises. Nous faisons une équipe, l’équipe de France, et, dans cette équipe de France, vous avez pleinement votre place et je veux ici vous dire que nous devons toujours être fiers d’être français.

Parce que, quand on fait un quartier français en Azerbaïdjan, un lycée français, quand on veut parler français, nous devons nous dire que nous avons sans doute quelques qualités pour que l’on veuille ici parler comme en France, vivre comme en France et, je l’espère, avoir la démocratie comme en France.

Merci. »

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