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Discours du Président de la République cérémonie d'accueil de la Foire du livre de Francfort

Écouter

Monsieur le Maire,

Vos Altesses royales,

Monsieur le Ministre-Président,

Monsieur le Conseiller fédéral,

Monsieur le Secrétaire d’État,

Monsieur l’Administrateur,

Messieurs les Élus et Conseillers de la ville de Francfort,

Mesdames, Messieurs les Élus,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux d’être ici avec vous aujourd’hui à Francfort parce que, vous venez de le rappeler, c’est être au plus près des racines de l’Allemagne mais aussi des racines de l’Europe.

Cette mairie que vous avez reconstruite courageusement après sa destruction pendant la Seconde Guerre mondiale en est la preuve. La galerie des portraits des empereurs du Saint-Empire romain germanique qui accueille le visiteur fait bien comprendre où nous nous trouvons et, vous l’avez évoqué dans votre discours, le fait que Frédéric II croise ainsi Charlemagne nous plonge dans une Histoire commune, celle de votre pays mais celle de tout un continent et celle de nos deux pays tout particulièrement.

La maison natale de GOETHE non loin d’ici est aussi à elle seule un haut lieu de la mémoire allemande. Oui, l’histoire de Francfort se confond largement avec celle de l’Allemagne, de sa culture, de son art, de son économie et, comme un fil à travers les siècles, de celui qui a fait de cette ville le lieu constant de l’échange et de ce que nous sommes. Et je ne veux pas voir le moindre des hasards ici si nous nous retrouvons avec des Allemands, des femmes et des hommes de la société de Francfort, des Lyonnaises et des Lyonnais que je reconnais compte tenu du partenariat qui vous lie, mais aussi les Belges, les Suisses, les Luxembourgeois, toutes celles et ceux qui portent en commun avec nous cette communauté de langue et cette communauté de destin qui nous lie au cœur de l’Europe.

Celles et ceux dont nous avons les portraits autour de nous, celles et ceux qui ont émaillé l’Histoire de cette ville nous rappellent que d’aucuns ont fait l’Europe avant que nous en parlions, d’aucuns ont construit l’Europe avant que nous ayons des institutions parce que notre Europe a été une Histoire de commerce, d’art, de volonté politique, de vision et Francfort, à cet égard, en est l’un des épicentres.

Francfort, c’est une ville de confluences et d’abord celle de la confluence du Main et du Rhin à quelques kilomètres d’ici dont GOETHE, justement, tira l’un de ses plus beaux poèmes. Le Main, c’est ce fleuve aux deux sources qui traverse l’Allemagne, borde quelques-unes de ses plus belles villes et dont la partie méridionale rejoint par un canal artificiel ce grand fleuve de la Mitteleuropa qu’est le Danube. Le Rhin, c’est le cœur battant de l’activité européenne qui lie entre autres vos deux villes et qui, du sud au nord, est lui aussi ce fleuve de commerce, de mythologie, de rêve réconciliant les poètes et les marchands.

Les fleuves sont des frontières mais ce sont aussi ces réalités géographiques qui charrient toute la richesse du monde. Il n’est pas indifférent qu’un des hauts lieux de votre ville soit ce Vieux pont tant de fois détruit, tant de fois reconstruit. Cette confluence des fleuves a permis la confluence des peuples, des arts, des sciences ici et de là provient l’exceptionnel rayonnement de Francfort depuis des siècles. C’est ce rayonnement qui nous réunit aujourd’hui. C’est cette idée qu’en faisant dialoguer nos expériences respectives du monde, nous serons plus riches et plus féconds et la littérature aujourd’hui est à ce titre notre viatique car c’est en elle, dans la singularité de la langue qui la forge, que se trouvent à la fois notre singularité la plus irréductible et notre appel à l’universel.

Depuis plusieurs mois déjà, l’Allemagne accueille les écrivains français en prévision de cette ouverture de la Foire de Francfort et je veux ici, avec la ministre de la Culture, vous remercier de l’accueil que vous leur avez réservé. Vous avez su ouvrir à nos écrivains les portes de vos écoles, de vos associations, de vos théâtres et partout, la langue française a résonné à l’unisson de la langue allemande. Je dis bien la langue française car la littérature n’est pas d’abord affaire de nationalité, elle est affaire de langue et la langue fait partie de ces ponts comme votre Vieux pont qui, même lorsqu’on essaie de détruire les liens, les reconstruisent. Notre langue a toujours bâti des ponts au sein de l’Europe, au-delà de la Méditerranée et par-delà tous les océans du monde pour tenir une communauté d’imaginaires qui font la francophonie et la langue française.

La langue française n’est pas seulement l’affaire des Françaises et des Français, c’est l’affaire de toutes celles et ceux qui habitent la France dans sa langue, c’est l’affaire de tous les Allemands, les Suisses, les Belges, les Luxembourgeois, les Européens et les citoyens du monde entier qui se sentent parfois plus Français que les Français eux-mêmes lorsqu’il s’agit de défendre un mot, une expression, une formule. C’est cela sans doute la plus grande richesse de notre langue, c’est une source inépuisable pour comprendre le monde qui nous entoure, c’est l’universel qui se bat dans chacun de nos particularismes, ce sont tous nos patois, toutes nos langues vernaculaires comme autant d’affluents dans le fleuve de la langue française qui, continent à travers continent, déploient la richesse et la force de notre langue commune et c’est là une source inépuisable pour comprendre aujourd’hui notre monde.

Mais l’Allemagne n’est pas en reste avec ses écrivains des confins qui choisirent aussi l’allemand comme instrument de leur art et l’Allemagne a aussi su accueillir ces femmes et ces hommes d’au-delà les frontières, de KAFKA à RILKE, pour célébrer, dans une langue qui n’était pas au début forcément la leur, un imaginaire dans lequel ils se retrouvaient. La langue, la littérature c’est ce qui nous est particulier et, cependant, nous ouvre à l’autre de manière incomparable. Les traducteurs, nombreux ces jours-ci à Francfort, et leurs éditeurs sont ainsi ces passeurs indispensables entre nos pays, nos cultures, nos sensibilités.

Alors, ne nous y trompons pas, Mesdames et Messieurs, ce que nous sommes venus inaugurer aujourd’hui n’est pas un lieu réservé à quelques-uns. Ce n’est pas un salon professionnel où se retrouvent les experts, c’est le cœur battant de notre création, de notre créativité, mais également de notre combat politique car nous nous battons tous les jours pour que la France, l’Allemagne, l’Europe, le monde soit ce lieu où le dialogue et l’écoute prévalent sur la violence et la haine. Nous sommes tous les jours engagés pour que les œuvres de l’esprit et de la culture l’emportent sur l’instinct de destruction. D’aucuns pensaient il y a encore quelques années que ces combats étaient devenus superfétatoires, qu’ils étaient un luxe peut-être utile ou distrayant pour quelques-uns. Peut-être certains peuvent encore le croire aujourd’hui mais il leur faudrait ne pas regarder le monde tel qu’il va.

Ce combat prend aujourd’hui tout son sens parce que dans l’intimité même de nos démocraties, certaines ou certains voudraient que nous oubliions ce pour quoi nous sommes là, ce qui nous tient ensemble, ce pour quoi nous nous sommes tant battus, alors oui, aujourd’hui, célébrer la langue, la littérature, celles et ceux qui créent dans notre langue et le faire aujourd’hui ici, à Francfort, en Allemagne, c’est bien retrouver le sens profond de ce combat des pacifiques, de ce combat pour la civilisation qui est le nôtre.

Notre unique ambition, qui que nous soyons, où que nous soyons, est bien de léguer à nos enfants la mémoire du monde pour qu’ils puissent en inventer l’avenir. Cette mémoire comme cet avenir se tissent et se retissent dans les textes, dans les langues, dans ce grand livre dont rêva à un moment MALLARMÉ et c’est pour que ce grand livre ne cesse pas de s’écrire, pour que le dialogue ne s’éteigne pas que nous sommes ici et que nous œuvrons.

De cette ville au cœur de l’Allemagne qui a porté parmi les plus grands poètes et les plus grands philosophes, qui des grandes foires jusqu’à la Banque centrale européenne sait aujourd’hui célébrer les passeurs que sont nos écrivains et celles et ceux qui font nos langues, Francfort représente cette part irréductible de notre combat indispensable aujourd’hui, celui du passage, des confluences, des échanges entre ce que nous avons d’irréductible entre nous et ce que nous avons avant tout de commun.

Aujourd’hui à Francfort, nous sommes au cœur de ce qui nous forge et de ce qui nous unit, nous sommes au plus près, Monsieur le Maire, de ce que nous voulons être et je vous en remercie.

Fichier PDF (1.5 Mo):  W2A1787

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