Discours du Président de la République au Grand Palais à l'occasion de l'ouverture de la saison France-Israël

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Rubrique : Culture et communication, International, développement et francophonie

SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI.

Paris – Mardi 5 juin 2018

 

Monsieur le Premier ministre, cher « Bibi »,

Madame, Chère Sarah,

Mesdames et messieurs les ministres,

Mesdames les ambassadrices,

Madame la présidente de la Réunion des Musées nationaux,

Mesdames et messieurs en vos grades et qualités,

Chers amis,

Il y a un peu plus d'un siècle, ce palais de verre et d'acier où nous sommes n'avait déjà pas l'air conditionné, cher « Bibi », mais il était un emblème de modernité. Il l’est toujours. Il est le symbole de l'audace et de l'innovation. Je voudrais m'inscrire dans les pas du discours que vous venez de tenir devant nous, essayer d'y répondre point à point ou plutôt entrelacer les propos qui seront les miens dans ce que vous avez à l'instant présenté.

Nous sommes ici pour lancer une saison importante pour nos deux pays, la saison croisée France-Israël : six mois de manifestations culturelles, économiques, scientifiques, technologiques pour marquer, en ce 70ème anniversaire de la création de l'Etat d'Israël, la puissance et la vitalité de notre amitié. Oui, nous allons parler à la fois d'histoire et d'innovation. L’histoire, c'est celle qui nous unit. L'innovation, c'est l'histoire à écrire, qui correspond profondément à l'ambition, aux gènes en quelque sorte de nos pays.

L’histoire qui nous unit, vous en avez donné votre interprétation à travers une lecture presque talmudique de la devise française. Et vous avez entrelacé votre histoire autour des trois beaux mots qui sont sur les frontispices de notre République. Ce n'est pas un hasard, Monsieur le Premier ministre, parce que notre histoire remonte très loin. Parce que notre amitié a une profondeur historique qui nous plonge dans le temps long, dans ces histoires croisées de penseurs et d'écrivains qui, de RACHI à LEVINAS, font dialoguer nos langues et nos philosophies. Parce qu’en effet la France est ce pays où certains intellectuels, écrivains, journalistes, hommes politiques ont eu la force, le courage, de s'élever contre l'indignité et l'injustice pour défendre un citoyen qu'on avait injustement inculpé pour la raison qu'il était juif.

Et cela n'est pas un hasard, Monsieur le Premier ministre, si dans notre République tous les juifs prient pour la République chaque semaine. Car le pays des Droits de l'Homme, notre pays, fut le premier en Europe en 1791 à accorder aux membres des communautés juives la pleine citoyenneté. Car il s'est toujours battu contre l'antisémitisme.

Et cela n'est pas un hasard si l'un et l'autre nous avons cette aspiration un peu particulière à l'Universel, pour les valeurs de respect de l'autre, et si et nos peuples ont été constamment engagés dans des combats communs.

Vous avez rappelé en quelque sorte le tribut d'Israël à la France, mais je connais aussi la réciproque. Je sais aussi ce que notre pays, notre République, doivent à l'engagement de citoyens juifs à travers le temps. Et je sais aussi que notre République ne serait pas la même et ne pourrait continuer à être la même sans les juifs de France, et sans ce dialogue permanent, cette amitié avec l'Etat d'Israël.

Cette histoire, qui s'est traduite en amitié, peut parfois conduire à des désaccords, à des fâcheries même. Il y a pu y en avoir par le passé, mais celles-ci ne durent jamais bien longtemps parce qu’au-delà il y a ce qui nous a fait, ces valeurs plus fortes que tout, ce passé conjoint, cette amitié.

Et aujourd'hui, notre amitié doit beaucoup au dynamisme des Français de confession juive, qui tissent des liens permanents entre nos deux pays ainsi qu’à la force de la communauté francophone d'Israël, héritière du grand judaïsme français et des nombreuses communautés qui au cours des siècles de diaspora, notamment en Afrique du Nord, ont épousé notre langue.

Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs, l'exposition que nous inaugurons ce soir, qui parle d’avenir et d’innovation, s'inscrit dans cette histoire, ces valeurs profondes, ces combats conjoints.

Elle montre l'un des plus fascinants visages d'Israël, qui donne votre pays en exemple à la communauté des nations. D'une terre en partie désertique et dépourvue de ressources naturelles, les Israéliens ont fait un pays prospère. Ils l'ont fait par le travail, par la science et l'innovation, démontrant que la créativité humaine était le bien le plus précieux, que le savoir était le capital le plus important, que la première et la plus décisive confrontation resterait toujours celle de la pensée avec la matière, de l'esprit avec l'ignorance et l'obscurité.

Cette exposition comme cette saison nous invitent à regarder le futur avec espoir et confiance. Ces découvertes, ces inventions qui permettent de fabriquer de l'eau à partir de l'air, d'irriguer goutte-à-goutte le désert, d’aider les personnes paraplégiques à marcher ou de rendre potable l'eau de mer, ont transformé des vies en Israël mais aussi dans le monde entier. Elles témoignent de la capacité de nos pays à relever les défis d'aujourd'hui et de demain, ceux du dérèglement climatique, de l'allongement de la durée de la vie, de la prise en charge du handicap, de la bonne alimentation des populations de la planète. Elles témoignent de notre faculté de saisir les opportunités contemporaines et de ne reconnaître aucune fatalité.

A cet égard, le micro-satellite d'observation VENUS que j'aperçois ici, fruit de la collaboration entre nos deux agences spatiales, est un formidable exemple. Alors que les enjeux environnementaux nous obligent un peu plus chaque jour, il montre que nos deux pays ont pris conscience de ces défis et sont déterminés à être à leur hauteur. Ce satellite, au cœur de la coopération franco-israélienne, est un outil véritable de lutte contre le changement climatique de la Terre. L’exploitation de ses images donnera d'ailleurs lieu à plusieurs actions dans le cadre de la saison croisée avec des volets scientifiques, pédagogiques et économiques en France comme en Israël.

L'innovation que nous célébrons ce soir, vous l'avez compris, est au cœur de cette saison et des six prochains mois. Elle rythmera la vie culturelle, scientifique, intellectuelle de nos deux pays avec plus de 400 manifestations dans une cinquantaine de villes en France et une vingtaine de villes en Israël.

Cette saison sera la rencontre entre la « start-up Nation » et la « French Tech », pour faire naître de nouvelles coopérations au service du bien commun. Elle doit nous permettre aussi de tisser davantage de liens sur le plan économique, culturel comme académique.

J’insiste tout particulièrement sur les étudiants. Aujourd'hui, la France est la 12ème destination internationale des étudiants israéliens. Je vous le dis, à vous toutes et tous qui êtes là, ça n'est pas acceptable. Nous devons faire beaucoup mieux. Et nous allons faire beaucoup mieux en profitant de cette saison croisée. Car il est inconcevable, compte tenu de nos liens et de votre présence à tous, que nous ne soyons pas dans le tiercé de tête.

J'insiste aussi sur les échanges économiques, car nous devons avoir davantage d'investisseurs, de start-up. Ils étaient présents à « VivaTech », il y a quelques jours. De part et d'autre, nous avons besoin de davantage de réseaux croisés. J'insiste également sur la langue. Je veux une francophonie plus forte encore en Israël. Plus forte, plus organisée, au service de notre partenariat et de notre amitié. Cette saison doit contribuer à la développer.

De cette grande manifestation, j'entends aussi qu'elle réunisse nos artistes – nous allons accueillir dans quelques instants l'un d'entre eux – et nos intellectuels pour renouveler en profondeur l'image de nos deux pays et plus encore l'image que nos jeunesses se font l'une de l'autre. Qu'elle donne lieu à des débats ouverts, irrévérencieux comme savent l'être nos sociétés démocratiques et c'est leur force. Qu'elle donne lieu à des confrontations, à des désaccords, et qu’en même temps elle nous permette de réaffirmer notre attachement commun à la culture, à la liberté de créer, qui fait partie de notre identité profonde, et notre volonté de défendre nos valeurs dans un environnement contemporain toujours instable.

Je veux, Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs, féliciter tous ceux qui ont travaillé à cette exposition, et plus généralement à la saison France - Israël. J’adresse ici des remerciements particuliers à l'Institut français, aux deux commissaires Cécile CAILLOU-ROBERT et Emmanuel HALPERIN, au président du comité des mécènes, Arie FLACK et à l'ensemble des partenaires, avec une mention particulière pour la Fondation du Judaïsme français. Merci à vous toutes et tous !

Monsieur le Premier ministre, ce que nous avons à faire ensemble, c'est d'être à la hauteur d'un passé qui nous oblige. Ce passé a été marqué par des pages odieuses, par les crimes les plus terribles, par l'impardonnable et l'indicible. Il a forgé notre présent, il a précédé la création de votre Etat. Et il fait aussi votre force. Ce passé nourrit nos combats contemporains et l'engagement déterminé, inconditionnel, de la France et de la République française dans la lutte contre l’antisémitisme, contre le racisme et toute forme d'obscurantisme.

Vous avez souligné l'importance de cet engagement et je l'ai constamment rappelé à nombre d'entre celles et ceux qui sont présents dans cette salle : c'est notre responsabilité contemporaine et nous serons à ce rendez-vous. C’est pour cela que le gouvernement, à ma demande, a pris de nouvelles mesures au mois de mars dernier et qu'inlassablement nous continuerons à nous engager avec fermeté et détermination contre tout discours de haine, contre toute forme de haine. Qu’elle se déchaine sur Internet, qu'elle s'exprime à travers l'instrument indigne du boycott ou qu’elle se traduise dans le quotidien, dans la rue ou à l'école, il n’y aura pas de répit parce qu'il n'y aura jamais de République qui accepte la haine !

Monsieur le Premier ministre, notre défi contemporain, forts de cette histoire et au moment où nous ouvrons cette saison, c'est celui de l'innovation, de l’innovation sous toutes ses formes. L'innovation technologique et scientifique, que nous allons continuer à découvrir et à honorer. L’innovation culturelle, intellectuelle, politique, car c'est comme cela que nous nous sommes constamment réinventés. Notre défi est de ne pas répliquer les erreurs du passé, de ne pas nous enfermer dans les désaccords du monde contemporain, dans une grammaire qui parfois nous bouscule, dans une brutalité qui peut parfois séduire certains ou faire perdre à quelques autres le sens de notre histoire et de nos intérêts! Oui, nous devons là aussi faire preuve d'innovation !

Innover, c'est savoir trouver des solutions qui jusqu'alors nous avaient échappé. Sur le plan politique, culturel et intellectuel, c’est inventer l’avenir en n’oubliant rien du passé, mais en évitant de le reproduire, de s’enfermer dans ses plis, ses haines, ses désaccords. C’est considérer, à chaque instant, que ce futur que nous inventons sur le plan technologique et scientifique, nous avons aussi à l’inventer sur le plan humain. C’est comprendre que ce futur, nous aurons à le partager avec beaucoup d’autres, beaucoup d’autres avec lesquels nous aurons des accords, mais aussi des désaccords. Cette innovation politique dont nous avons besoin, et pour laquelle nos pays auront un rôle essentiel, est la seule compatible avec l'universalisme qui nous a nourris et conduits jusqu'ici.

Je souhaite donc que cette saison soit le témoignage vibrant de notre amitié, de notre capacité d’innovation sur le plan scientifique, culturel, technologique, intellectuel, et en même temps qu'elle marque notre volonté d’innover politiquement, pour respecter et vivre ensemble, pour porter l'universalisme qui nous a faits.

Pour toutes ces raisons, Monsieur le Premier ministre, cher « Bibi », nous viendrons avec Brigitte en Israël dans les prochains mois et, pour toutes ces raisons, je suis très heureux avec vous d'ouvrir cette saison croisée et d'inaugurer cette formidable exposition.

Merci Mesdames et Messieurs, merci mes chers amis !

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