Avril 2014

Discours du président de la République à Levie (Corse)

Levie, Vendredi 4 octobre 2013

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Maire de Levie,

Mesdames et Messieurs les parlementaires et élus,

Mesdames et Messieurs,

Il y a 70 ans, la Corse se soulevait. Depuis ce matin, je suis la route qui relate cette belle épopée. Nous marchons ensemble sur les traces des résistants corses, des soldats de la France libre envoyés par le général GIRAUD et des troupes marocaines.

Nous partons d’Ajaccio pour arriver ce soir à Bastia mais nous sommes ici, à Levie.

Levie est une étape essentielle dans la libération de la Corse car c’est ici que fut lancé le premier appel à la Résistance en Corse. C’était le 11 juillet 1940. Le 11, c’est le lendemain du 10. Le 10, c’était les pleins pouvoirs qui avaient été donnés au Maréchal PETAIN. C’était l’abandon, la résignation, la défaite, la collaboration.

Le 11, le lendemain, des Corses et notamment le commandant François-Marie PIETRI a invité la population à vaincre la fatalité, les soumissions, les compromissions, et à choisir le camp de l’honneur. Bref, à mener le combat.

Ce combat, les Corses le continuèrent jusqu’à la Libération de leur île il y a 70 ans mais ils firent mieux que cela. Beaucoup d’entre eux iront jusqu’au bout, c’est-à-dire la libération de la France.

Je reviens sur ce qui s’est produit ici dans cette commune à Levie, le 10 septembre 1943, à 10 heures du matin. 200 Résistants, commandés par le lieutenant de PERETTI, jeune officier du 173ème régiment de Bastia, décident d'attaquer les convois nazis sur la route de Bonifacio. 

Ils affrontent 2 000 soldats allemands et italiens. Le 15 septembre, ces troupes remontent la route stratégique, forcent les barrages d’Usciolo tenus jusque-là par les patriotes de Sotta, puis ceux de Bacino défendus par les résistants de Carbini.

Nous sommes le 16 septembre. La Résistance tient. Elle fait sauter le pont de la Roja, immobilise l’ennemi à 700 mètres de Levie. Le lendemain, le 17 septembre, après trois jours de combats intenses, les nazis abandonnent, se replient sur Porto-Vecchio.  Le 19 septembre, des éléments du premier Bataillon de Choc arrivent à Levie. La bataille est gagnée et la victoire est proche.

Beaucoup s’est joué ici dans ce village.

70 ans après, nous sommes réunis dans le souvenir de ceux qui ont donné leurs vies pour que la nôtre fût digne. Nous prenons ensemble, jeunes générations et également les plus anciennes, soucieuses de la transmission, nous prenons l’engagement de toujours nous rappeler les noms de ces martyrs, le nom de ces combattants. Chacun d’entre eux a eu un destin exceptionnel :

Louis PINI et Jérôme COMPARETTI, arrêtés par les occupants au moment de la libération de Porto Vecchio. Exécutés à Carbini, ils furent les premiers martyrs du Sartenais.

Je pense aussi au plus glorieux, Fred SCAMARONI, originaire de Levie, l’un des premiers Français libres à qui le Général de GAULLE confia la mission d’unifier la Résistance en Corse. Il fût arrêté, torturé par la police secrète italienne que l’on appelait l’OVRA. Il se suicida en prison le 19 mars 1943 pour ne pas livrer les noms de ses camarades.

Je pense à Jean NICOLI, arrêté le 27 juin 1943. Condamné à mort le 28 août. Il refusa d’être fusillé dans le dos. Alors, il fut décapité deux jours plus tard, après avoir laissé à ses enfants un message griffonné sur un paquet de cigarettes où il évoquait « la tête de maure et la fleur rouge », celle de ses convictions auxquelles il donnait sa vie.

Je pense à Dominique LUCCHINI, né tout près d’ici, dont la citation de la Croix de guerre avec palme que le général De Gaulle lui attribua mentionnait les propos suivants : « Lucchini est sans doute le plus héroïque et le plus glorieux des patriotes corses de 1943 ».

Je pense à Jeannot PANDOLFI, il avait 16 ans. Sa vie, il n’a pas eu le temps de l’accomplir, il l’aura donnée à son pays.

Il en est d’autres qui, heureusement, ont pu mener leur vie jusqu’au bout pour mieux livrer leur témoignage.

Jojo de LANFRANCHI est de ceux-là. Il reçut la croix de guerre à l’âge de 16 ans, il était civil. Il est parmi nous aujourd’hui. Je le salue avec respect comme je m’incline devant ses camarades de combat dont les noms pourraient être cités avec émotion.

La Résistance, ce sont des héros, glorieux ou anonymes.

La Résistance, c’est aussi un état d’esprit. Une patience, une audace, une fermeté qui hissent des communautés humaines, au-delàs même de leur condition.

La Résistance, ce sont des villages, des villes qui identifient les combats.

La Résistance, ce sont des sites qui symbolisent des victoires.

La Résistance, ce sont des lieux qui incarnent le sacrifice.

Levie est le symbole de tout cela.

A cette commune de Levie, fut décernée la Croix de guerre avec un hommage rédigé là-encore en ces termes : « Levie est un village héroïque du Haut - Sartenais, à la pointe de la Résistance. Dès le 9 septembre 1943, dit encore l’hommage, Levie a attaqué le premier en Corse, les troupes allemandes qui avaient commencé leur mouvement en direction du Sud. Pendant plus de dix jours, Levie a livré une lutte acharnée de tous les instants ». 

C’est pourquoi nous sommes ici, aujourd’hui. Car c’est ici à Levie, que la Corse brisa ses chaînes.

La Corse le fit pour elle-même, pour son âme, pour la fierté d’être parvenue à libérer l’ile par ses propres armes.

La Corse le fit aussi pour la France. Car elle fut le premier territoire libéré par ses habitants, par les soldats de la France libre, par les amis marocains. Si bien qu’à Levie, c’est l’amour de la Corse et l’amour de la France qui se mêlent, indissolublement. C'est dans ce maquis que Jean NICOLI et Tony OGLIASTRONI composèrent le chant des patriotes corses, La Sampièra. Ce chant se termine ainsi : « Que sous notre bannière corse / Et sous les trois couleurs / Eclate la Sampièra / Et s’enflamment les cœurs». 

Mesdames et Messieurs,

C’est sous cette bannière corse et sous le drapeau de la France, que l’esprit de Résistance continue aujourd’hui de vibrer, à Levie. Je voudrais qu’il puisse inspirer notre jeunesse, celle d’ici comme celle de toute la France, pour lui donner des raisons d’espérer, de combattre, d’avancer.

La Résistance, c’est la fidélité : La fidélité à notre histoire aujourd’hui, la fidélité à une certaine idée de notre pays, la fidélité à des valeurs qui font que nous sommes pleinement citoyens.

La Résistance, cela peut être aussi une révolte contre l’intolérable, contre l’inacceptable, contre l’insupportable.

La Résistance, c’est toujours une volonté. La conviction que rien n’est inaccessible au courage, à l’audace et donc à l’action humaine.

La Résistance, c’est le rassemblement, c’est l’esprit qu’invoquait le général de Gaulle, à Ajaccio, le 8 octobre 1943, il disait : « En Corse ce jour-là, comme demain dans toute la France, c’est un peuple rajeuni qui émerge de ses épreuves. Il n’est que de d’entendre les hommes, les femmes, les enfants, chantant d’une seule voix, les larmes aux yeux, notre ardente Marseillaise ».

Ce que les patriotes ont été capables de faire en Corse, il y a 70 ans, les générations d’aujourd’hui et de demain doivent en garder le souvenir mais surtout en comprendre les leçons. En se libérant de toutes les dominations, en écartant les peurs, en refusant les servitudes, en méprisant les pressions, en mettant un terme aux violences et en condamnant tous les trafics, voilà ce qu’est aussi la leçon à tirer de l’esprit de résistance.

Levie, c’est la référence,

Levie, c’est le symbole,

Levie, c’est la Corse qui libère la Nation toute entière,

Levie est à jamais dans la mémoire nationale. 

Vive la République et vive la France.

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