Discours du Président de la République à l'occasion de la cérémonie de remise de décorations du 11 novembre 2012

Mesdames, Messieurs,

C'est un moment exceptionnel que nous allons vivre aujourd'hui à l'occasion du 11 novembre 2012. Exceptionnel, non pas parce que c'est la première fois que je préside cette cérémonie mais parce qu'il y a devant moi cinq éminentes personnalités. Quatre grandes figures de la résistance, pour ne pas dire de l'Histoire et un Président d'une grande organisation qui a veillé à donner à l'humanité toute sa dignité.

Ces personnalités, c'est Mme Marie-José CHOMBART DE LAUWE, ensuite M. Pierre DAIX, M. Daniel CORDIER, Mme Andrée GROS et M. Jean-François GUTHMANN.

Remise des insignes de Grand'Croix de la Légion d'Honneur à Yvonne (dite Marie-José) CHOMBART DE LAUWE.

Marie-José CHOMBART DE LAUWE,

Votre vie entière est un combat.

Ce combat, vous l'avez engagé dès l'été 1940. Vous vous appeliez alors Wilborts. Vous viviez dans les Côtes d'Armor à Tréguier et votre jeune conscience n'acceptait ni l'humiliation de la défaite, ni la fatalité de l'oppression, alors malgré votre jeune âge, avec vos parents, dans cette Bretagne, ces Côtes d'Armor qui s'appelaient à l'époque les Côtes du nord, vous vous êtes levée. Vous étiez lycéenne, vous êtes devenue résistante. Votre tâche consistait alors à faciliter le départ des Britanniques pour leur pays mais aussi des Français qui voulaient continuer le combat de l'autre côté de la Manche.

L'année suivante, c'est à Rennes que vous poursuivez votre combat, vous étudiez la médecine, mais vous rejoignez l'armée des ombres. Cette armée dans laquelle chaque soldat savait qu'il pouvait tout perdre et que le pire pouvait l'attendre.

Et le pire est venu, c'était le 22 mai 1942, un agent double infiltré dans votre réseau provoqua l'arrestation de quatorze membres. Parmi eux, vos parents, sur l'île de Bréhat, mais aussi vous-même dans votre chambre d'étudiante de Rennes où les Allemands sont venus vous chercher. Alors commença la nuit de votre vie. Vous subissez des interrogatoires atroces à la prison militaire d'Angers avant d'être transférée à la prison de la Santé à Paris puis à Fresnes, où vous êtes maintenue au secret pendant neuf mois.

Le 26 juillet 1943, vous êtes déportée au camp de Ravensbrück. Classée « Nuit et Brouillard », c'est-à-dire condamnée à disparaître sans laisser de trace, vous êtes affectée à des tâches d'autant plus éprouvantes, d'autant plus inhumaines, que nul ne pouvait en connaître le terme.

En septembre 1944, alors que le débarquement a déjà eu lieu, que la France est, pour une grande part, libérée, vous vous êtes toujours en captivité. Vous êtes désignée, parce que vous avez quelques rudiments de connaissances médicales, pour vous occuper de ces nouveaux nés regroupés dans une petite pièce d'un bloc de malades et malgré tous vos efforts, beaucoup mourront. C'était leur sort. Mais vous arrivez néanmoins à en sauver quelques-uns qui vous en saurons gré tout au long de leur existence.

A la Libération vous rentrez et vous apprenez la mort de votre père au camp de Buchenwald. Vous retrouvez votre mère, vous décidez de donner une unité à votre vie, mais laquelle ? Ce sera l'enfance. L'enfance que vous aviez vue de près dans le camp de Ravensbrück, l'enfance à laquelle vous vouliez vous consacrer, une enfance qui vous avait été aussi volée. Vous reprenez vos études de médecine. Vous rencontrez votre mari Paul Henry Chombart de Lauwe, une haute autorité morale. Vous soutenez votre doctorat d'Etat en 1960, vous devenez directrice de recherche au CNRS et vous devenez une spécialiste de la question de l'enfance, connue et reconnue à travers le monde. Vous-même vous aurez 4 enfants.

Je dis souvent qu'une société n'avance pas si elle ne sait pas entendre sa jeunesse, mais elle ne progresse pas davantage si elle perd sa mémoire. Vous vous êtes mise au service de ces deux causes : la jeunesse et la mémoire. A la mémoire, vous avez décidé de donner un avenir et vous vous êtes engagée au sein de la Fondation pour la mémoire de la déportation. Pendant plus de quinze ans vous en serez la Présidente. Inlassablement, vous allez parcourir la France, pour poursuivre ce combat, pas le seul, d'autres vous occuperont, notamment pendant la guerre d'Algérie.

Mais votre combat c'était de rappeler le respect, la dignité, la liberté de la personne humaine. A la jeunesse, vous vous adressez dans les écoles, les collèges, les lycées, à toutes ces générations qui ignorent souvent que leur liberté a été obtenue grâce aux sacrifices des précédentes. Voilà comment vous avez confondu votre engagement professionnel, personnel, militant dans le combat qui a été le vôtre.

Madame Marie-José CHOMBART DE LAUWE, en ce jour dédié à la mémoire nationale, c'est un honneur pour la République de vous exprimer sa reconnaissance.


Remise des insignes de Grand'Croix de la Légion d'Honneur à Pierre DAIX, ancien déporté-résistant, écrivain et historien d'art.

Pierre DAIX,

Avec vous, malgré cette canne c'est l'Histoire qui s'avance.

En 1940, vous êtes étudiant à Paris. Les troupes allemandes défilent sur les Champs-Elysées, le Parlement vient de voter les pleins pouvoirs au maréchal PETAIN, et vous, vous êtes de ceux qui refusent la logique des lâchetés, des abandons et des soumissions.

Vous êtes communiste mais déjà libre. Vous ne vous êtes jamais senti lié par aucun pacte et encore moins celui du déshonneur. Dès le premier été de l'occupation, vous êtes du côté des groupes résistants parisiens.

En novembre 1940, vous êtes arrêté pour la première fois et vous connaitrez encore d'autres épreuves jusqu'en janvier 1942, année où est démantelé votre réseau. Vous avez été détenu dans neuf prisons françaises, dont à Clairvaux, dans des conditions effrayantes, avant d'être déporté, en 1944, à Mauthausen.

Dans cet abîme, vous avez décidé de continuer à vivre la tête haute, même si vous aviez le ventre vide. Vous racontez aux plus jeunes, car il y en avait de plus jeunes que vous détenus en captivité dans la déportation, vous racontez, à ceux-là, la répétition de ce que vous aviez enduré, comme autant de raisons d'espérer. Vous rencontrez alors un homme qui marquera votre vie, Artur LONDON, d'autant plus que vous épouserez sa fille, mais avec lequel vous échangez sur le monde qui disparait et sur celui que vous voulez faire naître ensemble.

Vous revenez en 1945, communiste toujours. Vous prenez votre part au redressement de votre pays en rejoignant le cabinet de Charles TILLON, ministre de l'Air, de l'Armement et de la Reconstruction.

Deux ans plus tard, les communistes quittent le gouvernement, vous les accompagnez. Vous êtes, à l'époque, le directeur d'un grand journal qui a disparu comme hélas d'autres journaux depuis la guerre, ce journal s'appelle « Ce Soir ». Puis vous devenez rédacteur en chef des Lettres françaises qui pour beaucoup, ici, présents, était une publication de référence, engagée, certes, mais tellement savante.
Vous l'êtes resté, directeur des Lettres françaises jusqu'en 1972. Cette grande aventure, vous la vivez avec un poète d'exception Louis ARAGON, avec lequel vous contribuez à donner à ce journal son originalité, son rayonnement mais aussi sa liberté.

C'est au nom de cette liberté que vous présentez à vos lecteurs français l'œuvre de SOLJENITSYNE, que vous rendez compte du printemps de Prague. Ce qui contribuera en 1974 à vous éloigner du PCF à moins que ce ne soit le PCF qui se soit éloigné de vous.

Cette liberté, vous l'avez manifestée dans cette autre dimension de votre vie : la peinture. Mais là encore, vous avez eu des malheurs et des chances exceptionnelles, après Louis ARAGON vous avez été l'ami de PICASSO, que vous aviez rencontré grâce à ELUARD. Vous avez été le producteur de nombreuses émissions à la télévision quand elle s'appelait encore l'ORTF et notamment une du beau nom de « Désirs des arts ». Vous avez publié de nombreuses monographies sur DELACROIX, MANET, RODIN, SOULAGES, HARTUNG et bien d'autres. Vous avez toujours récusé les fausses barrières, entre les genres, entre les époques, entre les arts et parfois entre les idées. C'est cette ouverture d'esprit et cette curiosité qui vous a permis d'être récompensé, en 2003, par le prix Georges POMPIDOU. Ce président qui fit tant pour l'art contemporain.

Voilà pourquoi au-delà des sensibilités, des parcours, des confrontations que vous avez pu engager, vous êtes aimé de tous. J'en ai eu encore le témoignage. Enfin, vous êtes aimé des amoureux, des amoureux de la Culture, de la création, de la découverte.

Vous êtes resté marqué par votre premier engagement, non pas le communisme, mais ce qu'il y avait, par-delà le communisme, c'est-à-dire la volonté de dignité, d'émancipation. Et vos camarades, ceux qui resteront pour vous, toujours, ce sont les « combattants de l'impossible » ceux-là mêmes que vous avez décrits dans votre livre, ceux qui se sont levés et pour certains se sont trouvés foudroyés. Ceux qui ont donné leur vie pour la lutte qu'ils avaient engagée. Ceux qui ont voulu vivre en être humain et qui ont été les victimes de la barbarie.

M. Pierre DAIX, au moment où la Nation vous rend hommage, je suis convaincu que tous ces visages de vos camarades disparus reviennent dans votre mémoire, dans votre esprit. Et bien vous les représentez ici, vous êtes le porte-parole de ces silencieux, de ces victimes de la barbarie, de ces combattants de la liberté. Soyez sûr qu'en vous distinguant la République ne les oubliera jamais.


Remise des insignes de Grand-Officier de la Légion d'Honneur à Daniel CORDIER, Compagnon de la Libération, historien, membre du Conseil de l'Ordre de la Libération.

Daniel CORDIER,

Vous êtes devenu, par vos livres et bientôt un film qui retracera votre vie, une figure emblématique de la Résistance au nom mystérieux de Caracalla. Votre vie est en effet un grand roman d'aventures, un beau et illustre roman. Un roman incroyable, impensable même puisque rien ne s'est passé comme prévu.

En 1940, vous êtes dans une famille que l'on dira conservatrice, pour ne pas dire davantage, vous-même vous êtes tourné vers les idées de Charles Maurras plutôt que Karl Marx. Et le 18 juin, vous répondez à l'appel du général de GAULLE, ou plutôt vous ne faites rien comme les autres, vous l'avez devancé. C'était déjà le 17, en entendant les mots du Maréchal Pétain appelant à cesser le combat, vous êtes devenu un révolté et vous ce militant de l'Action Française vous avez vu dans le défaitisme la première manifestation de la trahison.

Quatre jours après, vous embarquiez, à Bayonne, sur un petit bateau. Et le 28 juin 1940, au début de l'été de vos vingt ans, vous arrivez, dans je ne sais quelles conditions, à Londres, pour rejoindre les Forces françaises libres.

Vous intégrez alors un peloton d'élèves officiers, avant de vous engager au Bureau de renseignements et d'action. Quel bureau ! On dirait aujourd'hui un bureau d'espionnage, mais c'était déjà le cas. Puisque le 26 juillet 1942, une autre guerre commence pour vous : vous débarquez clandestinement sur le territoire français et vous rencontrez, si je puis dire, l'homme de votre vie, celui qui va vous inspirer tout au long de votre existence, celui que vous allez défendre quand il sera injustement attaqué. Cet homme qui est un héros de la République, un héros pourtant si mal connu et que vous allez révéler à tous les Français. Cet homme c'est Jean MOULIN. Cet homme d'exception a fait confiance au tout jeune homme que vous étiez.

Il vous charge d'abord de coordonner les liaisons radio avec Londres. Puis vous l'assistez dans l'organisation du combat contre l'occupant et enfin vous contribuez avec lui à l'unification des réseaux de résistance, qui aboutira, le 27 mai 1943, à la création du Conseil National de la Résistance.

L'arrestation de Jean MOULIN, dans des conditions que vous avez contribué à éclairer vous meurtrit, mais ne vous désarme pas. Au contraire, recherché par la Gestapo, vous poursuivez le combat, jusqu'à la victoire, au lendemain de laquelle, dès le 20 novembre 1944, vous rejoignez cette confrérie de l'honneur les Compagnons de la Libération. Vous en êtes d'ailleurs l'un des plus jeunes survivants.

Mais votre vie de l'après la guerre, c'est à l'art que vous la consacrez. Mais là encore, il n'y a pas de surprise, c'est Jean MOULIN qui vous avait initié. Vous vous définissez, en la matière, comme un « amateur ». C'est une pudeur qui vous oblige car vous devenez, au meilleur sens du terme, un grand professionnel du marché de l'art. Vous y réussissez excellemment, vous ouvrez une galerie à Paris puis à Francfort et à New York.

Vous constituez une collection admirable au fil des années, rassemblant les œuvres des plus grands artistes : DUBUFFET, REQUICHOT, DUCHAMP, DADO, FAHLSTROM, et tant d'autres. Au total plus de 500 chefs d'œuvre dont vous avez eu en 1989, la très grande générosité d'en faire don au centre Georges POMPIDOU.

C'est votre sens du patriotisme, le don. Le don pour la guerre, le don pour servir la liberté, le don pour également permettre que toutes les œuvres de la création puissent être à la disposition de tous.

Votre vie tout entière est un don à la patrie.

Alors, il était légitime que la France, en retour, vous exprime son immense gratitude et elle vous remercie aussi, par vos livres et notamment la République des catacombes, de nous faire davantage connaître Jean Moulin. Vous avez fait là, un travail d'historien, de chercheur, de témoin. Mais aujourd'hui, c'est vous le héros, c'est vous que la République honore en vous élevant à la dignité de grand-officier de la légion d'honneur.


Remise des insignes de Grand Officier de la Légion d'Honneur à Andrée GROS, ancienne déportée-résistante, présidente départementale de l'Union des déportés, internés et familles de disparus de la Charente.

Andrée GROS,

C'est à une jeune fille de dix-huit ans que la République aujourd'hui distingue. C'est l'âge que vous aviez, 18 ans, lorsque, le 1er septembre 1943, dans votre Charente natale, vous rejoignez le Bureau central de renseignement et d'action, puis la section de sabotage, rien de moins des Forces françaises combattantes.

Dans la ferme familiale, vous aidez, jour après jour, des résistants à se cacher, à se protéger, à se nourrir. Vous participez à des parachutages d'armes. Vous permettez à des aviateurs alliés de trouver une protection en France.

Mais le 15 mars 1944, votre vie bascule : vous êtes arrêtée par la police allemande, puis incarcérée à la maison d'arrêt d'Angoulême. Vous y êtes torturée atrocement sans jamais que vos bourreaux ne parviennent à vous faire sortir de votre silence.

Le mois de juin 1944, qui fut pour la France une Libération, fut pour vous un enfer, vous êtes déportée vers Ravensbrück. Puis c'est la « route de la mort » après l'évacuation du camp par les nazis. Vous parvenez pourtant à vous échapper, à vous évader. Mais ce n'est que le 1er juin 1945 que vous rejoignez la France.

Vous étiez une combattante. Vous devenez une survivante, mais avec quelle vitalité.

Et vous êtes, pour toujours, une Résistante.

La Résistance, pour vous c'est d'abord la fidélité : à vous-même, à vos dix-huit ans, à votre famille, aux valeurs de la République.

La Résistance pour vous c'est une révolte. Vous l'avez écrit vous-même, des années après et je vais vous citer : « Mon refus fut spontané, refus de me soumettre aux lois imposées par les occupants, refus des humiliations quotidiennes, refus de la croix gammée ».

Voilà la Résistance, c'est un refus, mais aussi une volonté. La conviction que rien n'est inaccessible au courage. Et vous avez donc décidé de prolonger l'esprit de la Résistance au-delà de la Résistance.

C'est la cause, la grande cause de votre vie. Veiller au souvenir de la déportation. Vous exercez des responsabilités nationales au sein de la Fédération des déportés et internés résistants, mais surtout vous animez, non vous chérissez le musée de la Résistance et de la déportation d'Angoulême parce que c'est votre œuvre, vous l'avez créé, vous l'avez constitué. C'est ainsi que vous montrez votre attachement à la Charente, à la Charente résistante, mais aussi à tous ces hommes et à toutes ces femmes qui sont morts pour notre liberté.

La République, chère Andrée GROS, a besoin de votre témoignage, encore et toujours. Elle vous remercie non seulement pour ce que vous avez fait, mais surtout parce que vous êtes une grande dame.


Remise des insignes d'Officier de la Légion d'Honneur à Jean-François GUTHMANN, Président de l'Oeuvre de secours aux enfants.

Jean-François GUTHMANN,

Vous êtes trop jeune pour avoir vous-même été un héros de la Résistance et vous devez vous trouver presque dans la même situation que la mienne, c'est-à-dire, en admiration, sauf que vous, vous vous posez une question, pourquoi êtes-vous là ? Moi, je ne me la pose plus depuis 6 mois. Vous vous êtes là parce que vous avez servi la République, mais surtout parce que vous êtes à la tête d'une grande organisation qui a fait que l'humanité ait pu trouver, par des hommes et par des femmes, une façon de s'illustrer.

Jean-François GUTHMANN, vous êtes un haut fonctionnaire, vous avez fait l'ENA. Ce qui n'est pas en soi une difficulté, même si cela peut être parfois une accusation, c'est aussi la meilleure façon de former ceux qui vont diriger l'administration de notre pays. Entré donc à l'ENA en 1974, vous commencez votre carrière au ministère du Logement, de la Construction. Nous en avons encore besoin du logement et de construction. Vous êtes en charge de l'habitat ancien, puis vous rejoignez la prestigieuse direction du Trésor, où vous avez travaillé auprès de celui qui reste, pour vous, une référence morale, mais aussi financière : Michel CAMDESSUS qui est parmi nous et que je salue chaleureusement.

Vous devenez ensuite, après la victoire de François MITTERRAND en 1981, le directeur de cabinet de deux ministres successifs : Jean-Marie BOCKEL, puis Véronique NEIERTZ. Et avec Véronique NEIERTZ, en 1989, vous écrivez une loi qui va être pour beaucoup de nos compatriotes une loi de dignité et de soulagement. C'est celle qui permet de lutter contre le surendettement des ménages et a permis à de nombreux Français non seulement de surmonter leurs difficultés mais de retrouver espoir.

Puis vous avez continué à servir la Nation sous une autre forme, à travers des missions multiples qui vous ont été confiées, notamment une, comme commissaire du gouvernement d'Oséo, qui aujourd'hui préfigure la Banque Publique d'Investissement et vos compétences nous seront précieuses par rapport aux tâches qui nous attendent. Assurer le développement des petites et moyennes entreprises, financer l'innovation, l'exportation, votre expérience nous sera utile. Vous prendrez une nouvelle fois votre part au redressement du pays.

Mais, si aujourd'hui, vous êtes honoré en ce 11 novembre, c'est pour votre engagement associatif au sein d'une très grande Institution.

Cette institution c'est l'Ruvre de secours aux enfants. Vous la présidez depuis 1994, elle fête cette année son centenaire. Je rappelle que l'Ruvre de secours aux enfants a sauvé l'honneur de la France, quand pendant la seconde guerre mondiale, elle a protégé 5.000 enfants juifs en les cachant, en les hébergeant, en les soignant, en évitant qu'ils ne tombent dans les mains, non pas de la gestapo, mais de la police française. Ensuite, à la Libération, l'Ruvre a accueilli les orphelins, les victimes de la guerre, ceux qui étaient privés non seulement de leurs parents, mais également de toute affection. Cette Ruvre a donné chaleur, dignité, mais également soutien, matériel et instruction à ces enfants. Certains sont parmi nous.

Au-delà de vous, c'est une très belle compagnie humaine que la République salue parce qu'elle a permis de préserver dans les années les plus noires la dignité, parce qu'elle a poursuivi pendant les décennies de la paix cette Ruvre de solidarité, de générosité et d'entraide. Je salue donc, avec gratitude et respect, les 650 salariés et les centaines de bénévoles de l'institution que vous présidez. Grâce à eux, encore aujourd'hui, ce sont plus d'un millier d'enfants qui sont accompagnés, dans vos maisons, 300 familles qui sont soutenues face à l'épreuve de la maladie d'Alzheimer. Et ce sont plusieurs dizaines de personnes handicapées qui sont prises en charge.

Votre Ruvre a une grande histoire, elle a aussi un avenir et nous devons l'assurer. Je crains que votre mission ne soit jamais achevée, c'est ce qui lui donne son sens. Quand nous, apprenons que la pauvreté s'installe dans notre pays, s'intensifie, s'élargit, touche de nombreux enfants dans des territoires jusque-là préservés, alors nous sommes conscients que votre Ruvre de secours aux enfants a encore à poursuivre ces missions.

Vous êtes également, et je veux le souligner, engagé au sein de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, vous en êtes, je crois, le Trésorier. Là encore, vous faites esprit de générosité, mais aussi de militantisme pour que rien ne puisse être oublié.

Jean-François GUTHMANN, vous avez servi de multiples manières la République. Aujourd'hui, c'est la France qui vous distingue en vous nommant Officier de la Légion d'Honneur.


Mesdames et Messieurs,

J'ai voulu vous présenter des personnes que vous connaissiez déjà, j'ai oublié certains aspects de leur vie, qu'ils m'en pardonnent, je sais qu'ils écrivent, ils donneront donc tous les compléments que je n'ai pas ici pu ajouter, car j'ai devant moi des écrivains. Des écrivains qui n'ont pas fini d'écrire. Je sais notamment que M. Cordier prépare un nouveau tome de son ouvrage où il parlera davantage de lui-même. Je sais que Pierre Daix continue à faire écrire quand il ne peut pas écrire lui-même et que Mme Chombart de Lauwe poursuit des études universitaires qui ne sont jamais finies quel que soit l'âge prétendu de la retraite. Quant à Mme Andrée Gros, au Musée, elle continue à écrire. Voyez ce qu'il vous reste à faire M. Guthmann, écrire, écrire encore pour qu'un jour un Président puisse utiliser vos textes.

Merci.

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