Discours du président de la République à l'Hôtel de Ville de Liège

Belgique – Lundi 4 août 2014

 

Sire,

Madame,

Monsieur le Premier ministre,

Messieurs les représentants de Liège,

Monsieur le Gouverneur,

Monsieur le Bourgmestre,

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais d’abord vous exprimer ma gratitude, pour l’accueil que vous m’avez réservé, depuis ce matin, à l’occasion des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale.

Je suis également sensible à l’hommage qui est rendu à la France et à Paris, à l’occasion de cette rencontre ici, dans cet hôtel de ville.

Je suis également très touché par les mots de sympathie qu’a adressés la population de Liège, au-delà de moi, à la France. Population dans laquelle s’étaient infiltrés quelques Français ! Ils étaient parmi les plus enthousiastes. Il y a là un lien que vous avez souligné, Monsieur le Bourgmestre, un lien inaltérable entre la France, la Belgique et, en l’occurrence, la ville de Liège.

Vous avez voulu dire que votre ville était un résumé de la France puisque, en venant à Liège, je suis à Paris, dans la Meuse, à Marseille, partout… C’est vrai que vous avez tenu à être d’abord vous-mêmes et en même temps à pouvoir accueillir beaucoup de talents français.

Mais il y a aussi l’Histoire, et c’est au nom de l’Histoire que nous sommes ici. Il y a un siècle, un siècle jour pour jour, l’invasion de la Belgique marquait le début des combats des fronts de l’ouest de la Grande Guerre.

Vous avez été le premier champ de bataille, vous avez connu là l’horreur que d’autres territoires, d’autres sols allaient plus tard éprouver. Mais pendant plus de dix jours, c’est ici à Liège, dans cette cité que tant de liens unissent à la France, dans cette commune qui fit sa révolution en 1789 et qui plus tard, en 1792, vota l’union avec la France ; c’est dans cette ville belge que s’est joué le destin non seulement de votre pays, mais du mien.

Pendant dix jours, les valeureux soldats de l’armée belge ont incarné l’esprit de résistance de tout un pays, de tout un peuple entrainé malgré lui dans la guerre, et dont Albert Ier, le « Roi-Chevalier » était le plus manifeste symbole. Pendant dix jours, dans les 12 forts de la ceinture défensive de Liège, les 30.000 hommes du général LEMAN ont fait face à 120.000 soldats allemands, aux effroyables canons à grande portée « Grosse Bertha », mais également aux Zeppelins qui pour la première fois étaient engagés dans une actions militaire. Car la Grande Guerre a été aussi la découverte que le feu et la guerre pouvaient partir de toute part, y compris du ciel.

L’état-major du Kaiser pensait que Liège tomberait en 24 heures. C’était tout le calcul de l’offensive du plan SCHLIEFFEN. C’était mal compter sur la volonté farouche de la Belgique de défendre son indépendance et la vaillance de son armée. Entamés le 4 août 1914, les combats ne prirent fin que le 16 août avec la reddition du fort du Hollogne.

Dès le 7 août, alors que l’ennemi connaissait ici ses premiers revers, la République française, décida de rendre hommage à la « Cité Ardente » et à ses habitants. Parce que la République savait que son sort s’était joué ici. C’est la raison pour laquelle, la République avait voulu décerner la Légion d’honneur à la ville de Liège. C’était la première fois, je dis bien la première fois, dans l’histoire de la République française, qu’une ville étrangère se trouvait ainsi distinguée.

Plus tard, le 24 juillet 1919, devant une foule en liesse comparable à celle ici, le Président de la République vint la remettre, en présence du Roi Albert et de la Reine Elisabeth sur la place Saint Lambert de Liège, à la Violette où elle se trouve toujours aujourd’hui, même si elle a été placée là. Le Président POINCARE fit un discours, mais il préféra citer le poème d’Emile VERHAEREN « Ceux de Liège »

« Jamais, sous le soleil, une âme n’oubliera

Ceux qui sont morts pour le monde, là-bas,

A Liège. ».

Il y a 100 ans, en ce mois d’août 14, c’est par centaines de milliers que les soldats français sont venus se battre sur le sol de Belgique. Nombreux y furent tués. Le premier, dès le 7 août à 60 kms d’ici. Puis le 15 août, c’est le lieutenant Charles de GAULLE qui s’effondrait, blessé par la mitraille à Dinant. Il y fut recueilli par une famille belge. Dans ses « Mémoires », il y revient avec beaucoup d’admiration. Le 22 août, c’est le jour le plus meurtrier : 27.000 soldats français – 27.000 ! – périrent dans les Ardennes belges, au cours de ce qu’on appelait « la bataille des frontières ».

Il s’est alors créé, entre la France et la Belgique, un lien de sang que rien ne viendra dénouer. Ce lien de sang, ce n’est pas simplement une évocation du passé, c’est une commune volonté de paix. J’étais au Mémorial de Cointe, avec de nombreux chefs d’Etat et de Gouvernement, à commémorer le souvenir de ces combats menés ensemble. Aujourd’hui ce Mémorial est un lieu de réconciliation.

Je veux souligner que votre pays entretient la sépulture de 35.000 soldats français, qui reposent ici dans 118 cimetières ou nécropoles militaires ; tandis qu’en terre de France reposent près de 4.000 soldats belges morts sur notre sol durant les deux guerres mondiales, dont plus de 1.000 dans le carré militaire du cimetière de Calais. Ces lieux de mémoire dessinent la géographie de la fraternité entre la Belgique et la France. Vous avez évoqué aussi le lien entre Paris, ici représentée, et la ville de Liège. Parce que Paris sait qu’elle fut sauvée par Liège.

Le mois d’août 14 fut terrible. Il fut terrible en Belgique et notamment ici, à Liège, qui a été présentée comme « sœur » de Verdun. La France – c’est le sens de ma présence ici– n’a rien oublié. La France tient aujourd’hui à exprimer sa fidélité, son respect, sa reconnaissance, sa gratitude à l’égard de la Belgique et à l’égard de la « Cité ardente ». Je n’ai donc qu’une seule formule. Elle est aussi simple que sincère : « merci, merci Liège ».

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