Avril 2014

Discours du président à l'occasion du 70e anniversaire de la Libération de la Corse

Bastia, vendredi 4 octobre 2013

Altesse,

Je vous exprime ma gratitude d’être ici, aujourd’hui pour cette cérémonie.

Monsieur le ministre,

Mesdames et Messieurs les parlementaires et les élus,

Mesdames et Messieurs les représentants des anciens combattants,

Mesdames et Messieurs, Peuple de Bastia qui êtes venu ici, aujourd’hui,

Commémorer la Libération de la Corse qui a ouvert la libération de la France

Ici même à Bastia, sur cette place, le 7 octobre 1943, il y a 70 ans, le Général De GAULLE exprimait aux patriotes corses, aux soldats de la France libre la reconnaissance de la nation.

Nous étions huit mois avant le débarquement de Normandie, un an avant la libération de Paris, la Corse était le premier territoire de la France métropolitaine à retrouver la liberté.

Je célèbre ici un moment de notre histoire, car pendant toutes ces semaines, du mois de juillet jusqu’au mois d’octobre 1943, ce fut une grande bataille qui fut livrée. Et ce fut une grande victoire pour la Corse et donc pour la France.

Les forces ennemies y étaient particulièrement nombreuses. 80 000 Italiens auxquels s’étaient ajoutés, 14 000 Allemands de la brigade SS Reichsfürer étaient présents. Soit si je compte bien : Un occupant pour deux habitants. Les brimades, les réquisitions, les humiliations étaient éprouvantes. Les conditions matérielles l’étaient tout autant. Mais elles n’avaient pas atteint l’âme Corse. Elles n’avaient pas effacé le serment qui avait été prononcé ici même, à Bastia, c’était le 4 décembre 1938.Aux revendications territoriales de MUSSOLINI, des milliers de Corses avaient répondu et de la façon suivante, ils avaient écrit : « Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes et sur nos berceaux nous jurons de vivre et de mourir Français ». 5 ans plus tard, au nom de cette promesse, les combattants ont fait de leur île un exemple de résistance et de patriotisme.

Mais au-delà de la Corse, de nombreux patriotes rejoignirent Londres ou Alger. D’autres encore, participèrent à la Résistance sur le continent.

Comment ne pas penser en ce moment-même à Danielle CASANOVA, née à Ajaccio, arrêtée à Paris, morte à Auschwitz, fierté pour les Corses d’avoir une fille comme Danielle CASANOVA. Ou Jean COLONNA D’ORNANO, lui était né à Alger, il était Corse et il trouva la mort au Tchad, une mort héroïque en 1941, et je pense aussi à tous ces combattants venus de Corse et qui ont participé aux batailles d’Italie et de Provence.

Comment ne pas penser aussi à Fred SCAMARONI. Rallié à la France Libre dès juin 1940, envoyé en mission par le Général De GAULLE, en 1943 pour unifier les mouvements de résistance et qui mit fin à ses jours le 19 mars 1943 dans la citadelle d’Ajaccio où il était enfermé.

J’étais il y a quelques heures dans ce lieu-même et une historienne me rappelait que jusqu’au dernier moment, il avait frappé avec sa tête contre les murs de sa prison pour envoyer ce qu’il croyait être le dernier message. Il avait écrit en lettres de sang : « Je n’ai pas parlé. Vive De GAULLE ! Vive la France ! ». Il n’a pas parlé, c’est vrai mais nous l’entendons encore aujourd’hui.

Comment ne pas avoir un mot sur le rôle de Jean NICOLI résistant de la première heure qui prépara dans la clandestinité la libération de la Corse dès 1942, avant d’être arrêté puis décapité comme il a été effectivement rappelé, à Bastia le 30 août 1943 par les chemises noires fascistes italiennes.

Je veux saluer tout particulièrement ce soir le témoignage d’Etienne-Louis MICHELI, dit Léo, que je viens de distinguer de la Légion d’honneur et qui est ici comme il fut hier au combat. C’est lui, c’est cet homme qui est devant nous qui a mené ce que l’on a appelé à l’époque « la bataille pour le pain » qui était une révolte où 10 000 personnes dans les rues à Bastia avaient exprimé le refus de l’humiliation et de la misère.

Mesdames et Messieurs,

Ce sont tous ces mouvements, toutes ces forces, toutes ces personnalités qui ont permis, le jour venu, à l’insurrection de se lever et d’être victorieuse.

Je veux en rappeler les dates principales. Le 8 septembre 1943, à peine connu l’Armistice italien, les mouvements de résistance corses lancent le mot d’ordre de soulèvement général. Ajaccio est alors libérée le lendemain.

Le 10 septembre, à 10h, eut lieu la première attaque d’un convoi ennemi dans le village de Quenza. Les patriotes de l’Alta Rocca se rassemblent et multiplient les barrages sur les routes. Très vite, dans l’épreuve du feu, les premiers héros corses tombent sous les balles ennemies. Parmi eux, Jeannot PANDOLFI. Il avait 16 ans. 16 ans et il sacrifiait sa jeunesse à son idéal. Toutes ces vies fauchées pour permettre aux nôtres d’être souveraines, c’est-à-dire libres et fières.

Le 30 septembre, ce fut le début de « l’attaque des cols », ceux de San Leonardo et de San Stefano. Et, enfin, le 2 octobre, la conquête du col de Teghime.

Il fallut attendre le 4 octobre pour que Bastia fût enfin libre.

Voilà l’histoire, la grande histoire, la belle histoire de la Libération de la Corse.

Cette victoire, nous la devons d’abord aux Corses eux-mêmes qui s’étaient rassemblés à l’initiative de Fred SCAMARONI puis de Paul COLONNA d’ISTRIA.

Ils s’étaient fédérés, ce n’est jamais facile, à tout moment. Mais, là, l’essentiel était de se retrouver dans le combat. Il y avait des communistes, il y avait des socialistes, il y avait des gaullistes, il y avait des bonapartistes. Il n’y avait que des Français qui voulaient la victoire.

Mais la libération de la Corse fut aussi l’œuvre des Forces françaises libres. Celle des hommes du 1er Bataillon de Choc qu’avait envoyé le Général GIRAUD et qui était commandé par GAMBIEZ. Ces forces qui débarquèrent près d’Ajaccio dans la nuit du 12 au 13 septembre 1943 à partir du sous-marin qui avait échappé au désastre. Le sous-marin Casabianca. Il n’aurait pas réussi seul. Il fallait aussi qu’il y ait des Italiens qui avaient été désorientés par l’Armistice et qui choisissaient avec honneur enfin le camp des démocraties.

Mais, rien n’aurait été possible s’il n’y avait pas eu l’apport irremplaçable des 6 600 soldats marocains envoyés ici, à l’appel du roi Mohamed V. Mohamed V qui, dès le début de la guerre, le 3 septembre 1939, avait engagé son peuple et en s’adressant à lui avait déclaré ces mots qui résonnent encore dans nos mémoires : « A partir de ce jour, disait-il, et jusqu'à ce que l'étendard de la France et de ses Alliés soient couronnés de gloire, nous lui devons, à la France, un concours sans réserve, ne lui marchandez aucune de nos ressources et ne reculez devant aucun sacrifice ». Merci au Maroc.

Merci au Goumiers.

Merci à ces soldats.

50 sont morts pour la France. Ils étaient venus combattre, loin de leurs terres, loin de leurs familles. Ils sont tombés dans nos montagnes et sur nos plaines. Et je l’assure aujourd’hui, ils ne tomberont jamais dans l’oubli. Voilà pourquoi j’ai été fier et heureux d’en distinguer quelques-uns parmi les survivants.

Permettez-moi à cette occasion d’adresser mes remerciements au Prince Moulay RACHID qui représente ici le roi Mohamed VI et à qui je veux de nouveau exprimer la reconnaissance et l’amitié de la France.

Ces commémorations sont une nouvelle occasion de réunir nos deux Nations, la France et le Maroc, autour du souvenir de la Libération.

C’est une belle initiative qui a été prise d’associer les élèves de deux lycées. Un lycée de Bastia et un lycée de Casablanca pour une journée dédiée à la mémoire et qu’ils n’oublieront jamais non plus eux pour les années qui viennent.

Mais à cette cérémonie, je veux associer un hommage à tous les soldats d’Afrique du Nord et des pays africains qui sont venus sauver l’honneur de la France et à qui la France sera toujours redevable. C’est pourquoi elle a répondu à l’appel, notamment du Mali, pour exercer à son tour le devoir de solidarité.

Mesdames et Messieurs,

De cette belle grande page d’histoire, je veux en retenir trois leçons.

La première, c’est la nécessité de transmettre, de dire, de redire ce que fut la réalité, la vérité, ce que sont les valeurs de la Résistance pour que les plus jeunes sachent que la France n’est grande que lorsqu’elle est rassemblée autour d’un idéal qui la dépasse, que la France est grande quand elle est capable de surmonter ses différences et ses désaccords autour d’une grande cause. Que la France n’est belle que lorsqu’elle est capable à la fois de regarder son histoire et de penser à son avenir.

Le second message est celui de la gratitude.

J’ai souhaité que les commémorations du 4 octobre puissent commencer en Corse donc, et inaugurent le cycle du 70ème anniversaire de la libération de notre pays. Elle s’est elle-même étendue sur une année, alors tout au long des prochains mois, nous irons dans tous les lieux où il y a des souvenirs à rappeler, des flammes à raviver, des héros à fêter et des villages à honorer. Toutes ces sentinelles de la liberté, toutes ces personnalités glorieuses anonymes qui ont fait notre histoire, qui sont l’esprit de Résistance. Nous sommes leurs obligés, c’est-à-dire que nous leur devons maintenant d’engager des débats plus pacifiques qui sont ceux de la dignité humaine et qui permettent à la France de faire entendre sa voix partout où elle estime que les droits des peuples sont blessés et que les libertés sont atteintes.

Mon dernier message s’adresse à la Corse pour lui dire notre reconnaissance et notre attachement. Pour confirmer ce qu’elle représente pour notre pays.

L’unité de la Nation, ce n’est pas l’uniformité. C’est un lien indissoluble qui unit des citoyens dans une histoire commune et dans un destin partagé. C’est l’identité de chaque voix singulière qui en se mêlant aux autres, fait l’harmonie de la Nation. Et c’est pourquoi la France a besoin de la Corse et la Corse l’aura toujours à ses côtés parce que nous sommes le même peuple et que nous partageons la même histoire et le même destin.

Ici, il y a 20 ans, sur cette place, François Mitterrand disait : « parce que la France est une grande Nation, il faut qu’en son sein la Corse soit elle-même ». Et bien à nous encore aujourd’hui, de faire que la Corse soit elle-même pour être pleinement dans la République.

Le statut particulier tire les leçons de la spécificité de la Corse. J’ai donc répondu favorablement à la proposition de dialogue qui a été avancée par l’Assemblée de Corse pour qu’il puisse y avoir une concertation entre les élus de l’île et l’Etat.

Ce débat est utile, il est nécessaire parce que ensemble nous avons à répondre aux défis : l’emploi, le développement économique, la protection de l’environnement, et parce que l’Etat doit aussi assurer ici la sécurité, la sûreté.  La lutte contre les violences, c’est un combat que nous avons engagé et je vous l’assure, il ne faiblira pas. Nous y mettrons tous les moyens, nous obtenons déjà des résultats.

Ce que je sais aussi, c’est que la Corse ne correspond pas à l’image que l’on veut souvent proposer d’elle. Ce que je regarde ici, c’est la Corse qui investit, qui innove.

C’est la Corse qui avance.

C’est la Corse qui est fière de son passé et qui sait construire l’avenir.

Et c’est ce message de confiance que j’étais venu prononcer ici, à Bastia.

La confiance nous la devons à ces jeunes qui n’avaient pas vingt ans et qui sont morts dans nos montagnes, dans nos maquis, dans les hameaux, dans les rues de nos villes ! Corses et Français, ils sont morts pour nous permettre de décider librement de notre destin, de faire à notre tour l’histoire et de préparer l’avenir.

Nous le leur devons à ces jeunes qui sont morts, à ses survivants, à ces hommes glorieux, à ces anonymes malheureux mais aussi à tous ceux qui les ont rejoint.

C’est pourquoi je vous dis :

Vive Bastia,

Vive la Corse,

Vive la République,

Vive la France.

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