Discours devant les agriculteurs de Mana

Monsieur le Maire,

 

Puisque nous sommes ici, sur la commune de Mana, je souhaitais, avec les élus qui m'accompagnent depuis le début de mon voyage en Guyane et en compagnie des ministres qui sont restés vaillamment, jusqu'au bout - Madame FIORASO travaille encore en ce moment pour l'enseignement supérieur ici en Guyane - je tenais à terminer ce déplacement par l'agriculture, parce que c'est l'une des richesses de la Guyane.

 

Cela a été dit par les intervenants précédents : vous avez une superficie très grande, un espace très vaste, un territoire immense. Tout devrait donc conduire à une agriculture qui puisse être prospère et qui exploite une grande partie du foncier. Or tel n'est pas le cas. Et le paradoxe est que vous avez une population qui augmente continûment, donc des besoins alimentaires qui vont être multipliés ces prochaines années. Et vous n'avez pas la production qui correspond à la demande qui va être adressée à l'agriculture.

 

Je souhaitais également venir dans une Maison Familiale et Rurale. Je connais bien ce réseau, je salue son Président national, et je sais ce que, ici en Guyane, cette maison comme d'autres, représente. C'est un lieu qui accueille des jeunes ou des moins jeunes, mais essentiellement des jeunes, pour les accompagner, les qualifier et leur permettre de s'installer dans de bonnes conditions. C'est également un lieu d'animation du territoire, de valorisation des produits et aussi de soutien aux familles d'agriculteurs.

 

Ici, nous avons une installation qui est parfaitement adaptée à cette ambition, et qui suppose d'avoir des moyens humains, et il a été évoqué le rôle des techniciens. C'est une responsabilité qui incombe à la Chambre d'agriculture, mais pas simplement à la Chambre d'agriculture, pour faire en sorte que ceux qui s'installent, ou ceux qui sont déjà agriculteurs depuis des années, puissent avoir les soutiens, les aides, les conseils qui sont les plus appropriés. Je salue la direction de l'Agriculture, parce que ce sont de grands professionnels, qui loin de faire des contrôles - même si ça peut leur arriver - ou de faire en sorte qu'il y ait un certain nombre de règles qui soient appliquées, accompagne les agriculteurs, leur donne un certain nombre d'encouragements et surtout les informe sur les aides, auxquelles ces exploitants ont le droit.

 

Rien ne pourrait être fait sans l'apport des collectivités locales, parce que la région, d'une autre façon le département, même les communes appuient le développement agricole de multiples manières. Soit en encourageant certaines productions, soit en faisant en sorte qu'il puisse y avoir un aménagement des aides pour les agriculteurs, en faisant en sorte d'apporter l'eau qui est si essentielle pour le travail agricole.

 

La Guyane, on le dit, est une terre de diversité, on retrouve cette caractéristique pour l'agriculture. Monsieur le Président de la Chambre d'agriculture a tracé ce qu'était la diversité de ces exploitations : des élevages importants, puissants, occupant une surface vaste, qui existent en Guyane. Il y a aussi une culture pour les fruits et légumes, qui est reconnue. Il y a une activité rizicole qui commence à se développer, il y a une production qui est vivrière. Il y a aussi encore quelques exploitations qui sont sur la canne à sucre. C'est dire si on a une diversité de tailles, de productions, d'activités et de conditions-mêmes de l'activité agricole.

 

Cette diversité est une chance, et toutes ces exploitations, toutes ces productions, ont un avenir. L'erreur ce serait d'avoir un modèle agricole que l'on imposerait de métropole, ou que l'on imposerait de l'Outre-mer pour dire ce qu'il convient de faire pour la Guyane. Ce sont aux acteurs locaux de déterminer ce que doit être l'avenir de l'agriculture.

 

Pour une politique agricole il convient d'avoir d'abord une action européenne et une action nationale. Sur le plan européen, nous avons eu une bonne négociation, je ne veux pas en revendiquer la paternité, mais si je ne le fais pas personne ne va le faire à ma place, donc nous avons bien négocié la Politique agricole commune dans le cadre financier 2014-2020.

 

La profession d'ailleurs, tout entière, l'a reconnu. Il y avait des craintes parce que nous pouvions redouter que des pays qui n'ont pas de tradition agricole, ou qui n'ont pas de perspectives agricoles, veuillent remettre en cause, dans le budget européen, la part qui était réservée à l'agriculture. Cela a été d'ailleurs pour partie le cas, mais nous, nous avons su préserver les soutiens qui nous étaient accordés, je ne veux pas être trop compliqué, aussi bien sur le premier pilier que sur le second pilier.

 

Nous avons pu aussi préserver les filières, pour un temps, pour un temps seulement. Je pense à la filière banane et à la filière canne à sucre. Je dis pour un temps, parce que nous savons qu'en 2017, il y a sur le sucre la fin des quotas. Nous devons ainsi accompagner par des actions spécifiques, ce qui va se produire au niveau européen. Pour la canne à sucre, nous avons aussi fait en sorte de garder les dispositifs fiscaux qui existaient, pour le rhum, en Outre-mer, et Victorin LUREL y a particulièrement veillé. Non pas parce qu'il est consommateur mais parce qu'il voit ce que représente cette transformation pour l'Outre-mer. Puis, sur la banane, nous faisons là-aussi un accompagnement financier qui est important, même si, ici, vous n'êtes pas les plus concernés.

 

Le plus important pour la Guyane, c'est la diversification. C'est là que nous avons pu augmenter les fonds européens, les FEADER, et maintenir le programme POSEIDOM, même si j'en sais qui auraient voulu que nous allions plus loin et que nous obtenions davantage.

 

Mais lorsque nous ajoutons le POSEIDOM plus les FEADER, c'est-à-dire les fonds européens, nous aurons plus de crédits à utiliser de 2014 à 2020, que nous n'en avions pour la période précédente. Alors faut-il encore que cela soit bien affecté, notamment pour l'Outre-mer, et ce sera le cas. L’Outre-mer aura plus de moyens financiers dans le prochain cadre budgétaire européen.

 

C'est aussi un élément que je veux développer devant vous. Parce que, je le répète souvent, l'Europe on lui fait plein de reproches, et parfois c'est justifié, mais pour l'Outre-mer, l'Europe est devenue un soutien particulièrement précieux. C'est ce qu'on appelle les régions ultrapériphériques, et comme il se trouve que c'est la France qui en a le plus grand nombre, nous avons, grâce à l'Europe des moyens financiers, que nous n'aurions pas la possibilité de dégager à ce niveau-là, par nos ressources nationales. Je suis confiant pour l'avenir de la politique agricole commune dans ses effets pour l'Outre-mer et pour la Guyane.

 

A vous, je parle aux collectivités publiques, comme je parle aux acteurs consulaires, à vous d'utiliser les sommes prévues. Sur le plan national, nous avons une loi d'orientation agricole qui sera présentée au début de l'année 2014 qui aura un volet Outre-mer ou plus exactement certaines dispositions concerneront l’Outre-mer. Je sais que des députés et sénateurs y sont particulièrement attentifs.

 

Qu'est ce qui doit être pour vous l'essentiel ? La formation à l'évidence, parce que les lycées agricoles, les institutions de formation professionnelle, sont des atouts pour notre pays. Je rappelle d'ailleurs que les lycées agricoles ne forment pas que des agriculteurs. Ils forment des professionnels qui s'occupent de l'espace rural mais également notre environnement. Nous avons là, une très grande qualité, aussi bien l'enseignement public que l'enseignement privé et nous devons préserver cette qualité.

 

Il y a les institutions professionnelles mais le deuxième sujet, c'est le foncier. Sujet majeur pour la Guyane. J'évoquais cette situation paradoxale. Un espace très grand mais une grande difficulté à accéder au foncier. Difficulté car même quand il y a des possibilités d'acquérir des espaces à exploiter, il y a une lourdeur administrative, une complexité des règles qui empêche beaucoup d'agriculteurs qui le voudraient, soit à s'agrandir soit à s'installer.

 

J'ai demandé au gouvernement et l'administration va se mobiliser dans cette perspective de simplifier l'accès au foncier. Faut-il encore qu'il y ait une simplification du droit qui sera sans doute évoquée dans la loi sur l'orientation agricole notamment pour les règles de l'indivision qui existent pour beaucoup en Outre-mer. Si nous ne modifions pas les modalités de l'indivision, le risque est que vous n'arriviez pas à accéder dans de bonnes conditions au foncier.

 

Le foncier mais également le financement car pour une installation, même quand le foncier est disponible, cela représente des coûts très importants. Le financement de l'agriculture guyanaise sera amélioré comme pour l'ensemble de l'Outre-mer. Autre question importante, les règles phytosanitaires. On ne peut pas appliquer ces règles en Outre-mer comme elles s'appliquent en métropole, parce que nous ne sommes pas du tout dans les mêmes conditions. Dès lors, et ce sera l'objet de la loi sur l'orientation agricole, nous ferons en sorte d'adapter les conditions phytosanitaires aux réalités locales.

 

Autre disposition, les usages mineurs, pourront également être évoqués dans cette loi.

 

Enfin, pour qu'il y ait une agriculture, il faut aussi qu'il y ait des institutions qui fonctionnent. Nous avons fait en sorte, je remercie les parlementaires qui se sont mobilisés, de pouvoir augmenter la taxe additionnelle sur le foncier non bâti qui va permettre d'avoir une amélioration de votre financement. Toutefois cela ne suffit pas. C'est bien que l'on ait pu vous donner une liberté pour améliorer vos recettes. C'est bien que l'on ait pu augmenter cette facilité d'obtention d'une ressource supplémentaire.

 

Vous êtes maintenant dans la phase d'un plan de redressement. Je fais confiance à l'administration, à l'ensemble des pouvoirs publics, M. le Préfet, pour qu'on puisse vous accompagner dans le cadre de ce plan de redressement et que l'on puisse vous trouver le prêt qui vous permette d'avoir une sécurité pour les années qui viennent.

 

Je veux saluer tous les professionnels de l'agriculture. Tous ceux qui se dévouent pour cette mission. Ce n'est pas n'importe quelle activité, l'agriculture. Ce n'est pas simplement pour gagner sa vie. Ça compte. Ce n'est pas simplement pour transmettre à ses enfants. Ça compte aussi. Ce n'est pas simplement pour suivre une vocation. Elle existe.

 

Il s'agit de nourrir la population. C'est-à-dire, d'avoir une sécurité quant à l'alimentation que l'on va proposer. C'est un rôle social. C'est un rôle environnemental. C'est presque un rôle politique que de permettre, grâce à votre sérieux, grâce à vos investissements, grâce à la qualité de vos produits, d'avoir pour les consommateurs cette sécurité qui n'existe pas partout et qui nous permet d'être confiant dans ce que nous consommons et mangeons.

 

L'agriculture est étroitement liée à l'activité industrielle puisque nous voyons que beaucoup d'agriculteurs se tournent vers le développement des énergies renouvelables. C'est vrai en métropole. C'est vrai Outre-mer. C'est une forme de diversification qui est possible. On le sait pour les producteurs de canne. On le sait pour ceux qui utilisent leurs déchets à des fins de biomasse. Cela peut être aussi la méthanisation. Bref, il y a beaucoup d'activités qui sont liées à l'agriculture qui peuvent maintenant être favorables au développement des énergies.

 

Deuxièmement, l'agriculture permet d'avoir une industrie agroalimentaire, c'est-à-dire qu'un emploi en agriculture va créer d'autres emplois dans l'économie. Cela peut même être fait sur place car ici nous avons des agro-transformateurs et je souhaite que l'on puisse encourager ce mouvement.

 

Enfin, l'agriculture est étroitement liée au tourisme. Il est rare qu'il existe un tourisme industriel. On peut passer ses vacances dans une exploitation agricole. On peut avoir une activité qui va être intéressante pour les touristes et qui en plus valorise le patrimoine naturel.

 

L'agriculture est une condition du développement économique.

 

A partir de là, puisque j'avais annoncé hier que nous pouvions nous engager dans un plan d'avenir pour la Guyane, pour les 10 prochaines années, soyez surs que l'agriculture aura une bonne place dans ce plan.

 

Mon voyage s'achève. Il fallait bien que le bonheur, à un moment, se termine, pour le retrouver plus tard. Je voulais remercier tous ceux qui m’ont accueilli ainsi que ma délégation pendant ces deux jours et cette nuit, que je n'oublie pas car nous avons été accompagnés chez M. le Préfet par le bruit des grenouilles, le bruit de la mer et le bruit de la pluie. C'étaient vraiment des moments très intenses et sachez bien que la République est avec vous, la Guyane. Merci.

 

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