Discours devant le Forum économique à Pékin

Monsieur le président de la République populaire de Chine,

Mesdames et Messieurs les organisateurs de ce Forum,

Mesdames et Messieurs les chefs d’entreprise,

Je veux d’abord remercier vivement le Président d’avoir bien voulu assister, avec moi, à la conclusion de ce Forum. C’est en effet la première fois qu’un président chinois accepte de participer à une manifestation comme celle-ci. Je mesure donc le signe qu’il donne à mon pays et qu’il donne aussi à notre économie. Ce signe est de renforcer encore notre partenariat.

Le partenariat entre la France et la Chine, ce n’est pas simplement pour régler nos affaires, pour améliorer nos échanges, pour élever le niveau de nos investissements. Le partenariat entre la France et la Chine, c’est de pouvoir unir nos deux grandes puissances économiques – je rappelle que la Chine est la deuxième économie du monde et la France la cinquième – pour porter un certain nombre de principes, ensemble, dans les instances qui sont les plus appropriées.

Je pense notamment au G20 et je sais que la Chine, dans la candidature qu’elle porte pour la présidence du G20, est attentive à ce que nous puissions avoir une meilleure organisation du monde. De la même manière, le fait que la Chine ait adhéré à l’Organisation mondiale du commerce était également la preuve qu’elle voulait prendre toute sa part dans la régulation. Enfin, la Chine a compris que nous devions aller vers une réforme du système monétaire international et que, pour sa propre monnaie, il y avait tous les avantages, pour elle et pour le monde, d’avoir une forme d’internationalisation.

La Chine est également consciente – comme la France – que nous vivions depuis 2008 une crise. Une crise qui n’affecte pas de la même manière l’Europe, l’Amérique et l’Asie. Si la Chine a, notamment, pu maintenir son taux de croissance à un niveau élevé – 8% – elle est néanmoins concernée, affectée par la poursuite de la crise en Europe. C’est la raison pour laquelle la Chine a fait en sorte de contribuer, à sa mesure, à la stabilité financière de la zone euro. Je veux dire devant le Président chinois et devant vous que, après plusieurs mois d’efforts, de discussions, de travail, de décisions, la zone euro a assuré sa stabilité, son intégrité et qu’il y a maintenant un retour de la confiance. C’était le préalable avant de retrouver la croissance.

Mais la croissance, elle, fait encore défaut en Europe. C’est pourquoi nous devons agir ensemble, Chine et France, pour porter cette priorité de la croissance à l’échelle de monde ; non pas pour nous exonérer – je parle de la France – de notre obligation de mettre en bon ordre nos comptes publics, mais parce que nous ne pouvons pas concevoir que la première puissance économique du monde – l’Europe – puisse vivre dans une perspective de stagnation et, pour certains pays, d’austérité.

Il y a un déséquilibre – c’est vrai – sur le plan commercial entre l’Europe et l’Asie, entre la France et la Chine. Comment résorber ce déséquilibre ?

Par le protectionnisme, comme certains l’imaginent ? Ma réponse est clairement non. Nous devons, ensemble, continuer à développer les échanges avec un principe qui est celui de la réciprocité. Nous devons faire en sorte d’ouvrir nos marchés et, en tout cas, de ne pas les fermer.

Devons-nous répondre par la guerre des monnaies ? Par la dévaluation de certaines devises ? Par la réévaluation d’autres ? Nous devons mettre de l’ordre et faire en sorte que les parités correspondent à des réalités économiques.

La Chine a compris – et j’en remercie les autorités chinoises – qu’il convenait de continuer à soutenir la demande intérieure. Le président chinois en a fait une nouvelle fois la démonstration : internationaliser le Yuan et faire en sorte de lever les obstacles au développement des échanges, les barrières tarifaires, les normes qui sont souvent autant de contraintes pour les échanges.

Je veux aussi dire que la France est prête à s’engager davantage sur le marché chinois. Madame la ministre du Commerce extérieur a donné les secteurs sur lesquels nous pouvons agir ensemble. Je pense à l’agroalimentaire, je pense à la santé, à la ville durable, au numérique, aux énergies nouvelles – et vous y avez travaillé. Car ce que nous devons faire, c’est un rééquilibrage par le haut. Non pas en réduisant mais en augmentant le volume de nos échanges.

C’est ce que la France a compris mais n’a pas encore réussi. Elle l’a compris parce qu’elle investit en Chine. La France est l’un des premiers investisseurs en termes de stocks d’actifs – plus de 13 milliards d’euros. Il y a deux milles entreprises françaises qui sont implantées en Chine et elles emploient un demi-million de personnes. Nous avons fait cet acte important mais, en même temps, nous devons nous porter sur tous les secteurs qui nous paraissent être ceux de l’excellence française et des besoins les plus évidents exprimés par les autorités chinoises au nom de la population.

Dans tous ces secteurs, je souhaite qu’il y ait un partage de la technologie, qu’il y ait une coopération. Nous avons été capables de le faire pour le nucléaire et nous l’avons encore approfondi aujourd’hui pour l’aéronautique ; nous devons le faire pour l’ensemble des secteurs que je considère comme prioritaires.

Mais j’appelle les entreprises françaises grandes, moyennes et petites car, s’il y a un manque, c’est souvent du côté des petites et moyennes entreprises, des entreprises de tailles intermédiaires – certaines ici sont présentes. J’appelle les entreprises à venir davantage encore sur le marché chinois. Je saisis l’occasion qui m’est donnée devant des chefs d’entreprises chinois de leur dire que nous sommes prêts à accueillir d’avantage d’investissements chinois en France, d’investissements créateurs d’emplois – il y en a déjà ! Près de 100 entreprises sont implantées en France venant de Chine à travers, 250 localisations, 11 000 personnes, c’est un mouvement ! Nous devons lui donner plus d’ampleur.

Il m’est dit qu’il y aurait des obstacles, qu’il y aurait encore des difficultés, des procédures. Je l’affirme ici : tous les obstacles, tous les freins, toutes les procédures seront levés car nous voulons attirer non seulement des capitaux pour un certain nombre de placements – cela existe déjà – nous voulons attirer des investisseurs chinois pour l’emploi, pour la création d’activités, pour le partage de technologies.

Nous avons un intérêt commun : la croissance.

L’Europe a besoin de la Chine parce que ce qui s’est passé depuis 30 ans est une renaissance. C’est sans doute un fait unique dans l’Histoire de l’humanité : en 30 ans d’avoir été capable d’assurer un développement aussi considérable.

Nous avons besoin de la croissance chinoise pour tirer notre propre force, d’où l’enjeu du rééquilibrage. Mais la Chine a besoin d’une Europe forte, à la fois sur le plan politique pour bâtir le monde multipolaire que nous voulons, et sur le plan économique. Il ne pourrait pas y avoir de prospérité dans le monde si un continent ne pouvait pas concevoir son développement avec espérance. Le drame du chômage en Europe est un drame qui n’est pas simplement pour l’Europe, il l’est pour le monde. Les Européens doivent d’abord prendre leurs propres responsabilités, mettre davantage de croissance, trouver la bonne trajectoire pour la réduction de leurs déficits pour chacun des pays. Et, en même temps, le monde nouveau doit également faire confiance en l’Europe.

Vous l’avez montré, dans la crise de la zone euro, dans la crise des dettes souveraines. Vous devez aussi le montrer dans ce moment si décisif pour l’avenir du monde, au moment où nous devons retrouver le chemin de la croissance.

J’ai espoir. J’ai confiance parce que le président chinois l’a rappelé, nous sommes deux grandes nations – de taille différente, avec une population qui ne peut pas être comparée, celle de la France et celle de la Chine – mais deux grandes nations avec de grandes cultures, de grandes aspirations, des valeurs fortes, des principes. Deux grandes nations pacifiques, deux grandes nations qui ont toujours considéré qu’elles pouvaient aussi avoir à jouer un rôle universel pour l’équilibre du monde. Notre amitié est forte, elle est solide, elle est politique. Cette amitié politique nous devons la mettre au service du développement, de l’économie pour les Chinois : 1, 300 milliards de personnes qui aspirent au bien-être, qui aspirent à la consommation, qui aspirent aux voyages et qui seront demain des touristes qui viendront nous visiter.

La population européenne et la population française ne veulent pas vivre un déclassement, au prétexte qu’il y a des rattrapages qui se font ; elles veulent vivre aussi dans l’espérance d’une meilleure vie et de nouveaux progrès. C’est ensemble, Chine et France, que nous devons, à la fois, construire ce monde nouveau et, en même temps, faire en sorte que dans nos relations économiques bilatérales, dans nos échanges, dans nos investissements, nous puissions être un exemple. Merci.

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