Discours devant la communauté française de Shanghai

Mes chers compatriotes,

Pardon pour le retard mais nous l’avions déjà pris hier soir. Nous terminons donc comme nous avons commencé : en retard, mais heureux de cette visite d’Etat !

Je souhaitais vous rencontrer au terme de ce déplacement qui aura duré plus de deux jours, en compagnie de tous ceux qui ont fait partie de la délégation – Valérie, les ministres, les parlementaires, les personnalités du monde économique, culturel ; de tous ceux qui concourent (au-delà des clivages politiques, au-delà des séparations qui en Chine, n’ont plus d’actualité) au développement de la relation exceptionnelle qui existe entre la France et la Chine. C’est une amitié ancienne, historique mais elle doit régulièrement être entretenue, amplifiée, concrétisée.

C’est ce que nous avons fait au cours de ces visites, de ces rencontres avec d’abord le Président chinois, XI Jinping, et aussi avec le Premier ministre et aujourd’hui les autorités de Shanghai. J’ai senti un état d’esprit ouvert à l’égard de la France. Ouvert, c’est ce que nous souhaitons aussi pour le marché. Mais d’abord la politique, d’abord la relation de confiance, avant de parler contrats, exportations, investissements. Cette relation-là devait être établie dans la cohérence, dans la constance, dans la stabilité.

Nous sommes ici à Shanghai – je remercie Monsieur le Consul général de nous accueillir – sous cette tente qui a été dressée. Mais il a fait très beau tout au long de cette visite. Il ne fallait donc pas conjurer un certain nombre de sorts. Nous voulions terminer à Shanghai parce que c’est une ville exceptionnelle. Nous en avons pris la mesure et vous vivez cette réalité chaque jour. C’est ce qu’on a appelé une ville pionnière au sens où on pourrait dire qu’elle est d’avant-garde. Dans les années 20, elle l’était déjà. Elle était considérée comme l’expression du mouvement révolutionnaire chinois.

Ensuite, on l’a surnommée « le Paris de l’Orient », ce qui était un grand hommage pour Paris mais aussi le signe que Shanghai, déjà à cette époque, au début du XXème siècle, représentait un modèle d’élégance, de raffinement, de dynamisme.

Dans les années 1990, quand la Chine a commencé à amplifier son mouvement d’ouverture et de développement, Shanghai avait déjà pris les devants et elle a retrouvé – et avec quelle ampleur ! – sa grandeur. Aujourd’hui, c’est la première destination des investissements étrangers et Shanghai représente le quart du PIB chinois.

Je parlais de tout cela avec le Secrétaire du Parti communiste de Shanghai et je sentais chez lui un peu de regret de voir remonter vers le pouvoir central toutes les recettes qu’il collectait ici. Mais il comprenait et je pense qu’il partageait cette volonté du pouvoir central chinois d’assurer la répartition des richesses et de permettre que toute la Chine accède au développement. Shanghai y contribue. Shanghai est une ville amie de la France. Là-aussi, depuis longtemps. Un certain nombre d’auteurs célèbres sont venus écrire, ici, à Shanghai : Albert LONDRES, André MALRAUX, qui voulaient aussi montrer ce que Shanghai pouvait faire.

La relation entre la France et Shanghai passe aussi par des villes ou des régions. Le lien avec Paris, avec Marseille, avec la région Rhône-Alpes – ici représentée par son président – il y a tout ce réseau, toute cette coopération décentralisée qui fait que Shanghai est une ville rayonnante bien au-delà de la Chine et notamment en France.

Aujourd’hui, c’est vous, Communauté française, qui faites vivre la relation entre Shanghai, la Chine et la France. Vous, entrepreneurs, cadres, médecins, journalistes, professeurs, étudiants… Tous ceux qui contribuent à la vie de la Communauté française et aussi de la vie de Shanghai.

Mille entreprises françaises sont installées à Shanghai. La moitié de nos investissements directs en Chine sont réalisés ici à Shanghai. C’est vous dire si la responsabilité qui est la vôtre est très grande puisqu’il nous faut rééquilibrer le commerce extérieur avec la Chine. C’est ce que j’étais venu vous dire et vous encourager à faire. Nous avons fait en sorte de fixer le cadre avec les autorités chinoises.

Je ne parle pas du partenariat politique même si c’est la condition. Je parle de la volonté commune que nous avons posée de rééquilibrer par le haut notre commerce extérieur. Nous avons un déficit de 26 Milliards, c’est-à-dire presque la moitié de notre déficit global. Le Premier ministre chinois nous a confié qu’il ne voulait pas que l’on considère que la Chine voulait faire des excédents. Cela tombe bien, parce que je ne voudrais pas que l’on considère que la France veuille faire des déficits. Nous avons une ambition commune.

Un rééquilibrage ne peut pas se faire par la réduction de nos ambitions respectives. Le rééquilibrage, ce n’est pas la peur, ce n’est pas la frilosité, ce n’est pas le repli. C’est au contraire la conquête. C’est la victoire de certaines entreprises pour gagner des marchés. C’est la stimulation de nos investissements ici. C’est la promotion d’un certain nombre de secteurs.

Justement, nous avions deux grands secteurs qui contribuaient à notre commerce extérieur en Chine : le nucléaire et l’aéronautique. Nous avons renforcé cette coopération. Mais nous avons identifié cinq autres domaines dans lesquels nous pouvons faire davantage et qui peuvent vous intéresser ici à Shanghai.

L’agroalimentaire : il ne faut pas le réduire à la gastronomie même si c’est une vitrine très importante et je salue ici tous ceux qui y contribuent. La gastronomie y compris dans sa version haut de gamme doit servir à faire venir d’autres produits, d’où l’importance de la filière alimentaire et beaucoup de chefs d’entreprises qui m’accompagnent aujourd’hui participent de cette volonté d’accéder au marché chinois. Nous en connaissons les difficultés, parfois même les résistances, à faire venir la charcuterie, la confiserie et la boulangerie qui trouveraient ici un marché à la mesure de la qualité de nos produits. A nous de convaincre ! Mais c’est un secteur sur lequel le Premier ministre chinois s’est engagé à ouvrir davantage le marché.

Autre secteur, le numérique c'est-à-dire pas simplement les appareils mais les usages. Une étudiante à l’Université de Shanghai m’a dit « qu’est-ce que vous voulez faire en matière de réseaux sociaux ? ». Tout simplement offrir du contenu, montrer que notre industrie des programmes, l’industrie culturelle, peut trouver sa place à travers Internet. Le secrétaire du Parti Communiste chinois de Shangai me disait combien aujourd’hui Internet est en train de mettre complètement en cause – dans cette grande ville – des modes de distribution. Nous le savons. Mais combien cela a aussi généré de nouveaux emplois en matière de transport, de logistique et de fourniture à domicile d’un certain nombre de produits ? De ce point de vue-là, il y a aussi à prendre des leçons. A nous d’investir cette nouvelle économie.

Autre secteur – je n’irai pas beaucoup plus loin – il y a l’énergie nouvelle, il y a tout ce qui a trait aussi à certaines industries de consommation et à la santé.

Nous avons lancé un club santé, tout à l’heure à l’Institut Pasteur, avec des entreprises de toutes tailles dont les plus grandes – je salue ici Monsieur MERIEUX qui a joué un rôle tout à fait essentiel pour la présence du secteur de la santé en Chine et qui l’a fait patiemment. Cela fait 30 ans qu’il s’y consacre et ce n’est pas terminé. Nous avons lancé ce club santé avec des grandes entreprises, des petites, des moyennes et des entreprises intermédiaires. Parce que, là aussi, l’ampleur de la population, les besoins en matière sanitaire, mais aussi la prévention, l’accès au soin, la coopération hospitalière…, tout cela offre des perspectives considérables. Mais à condition que nous soyons partie prenante des programmes de recherche. C’est ce que nous allons faire.

Je voulais vous donner tous ces éléments d’information que vous puissiez maintenant vous déployer à la mesure de vos talents et de vos compétences. Pourquoi je plaide dans ce sens ? Non pas simplement par rapport à un objectif de réduction de notre déficit du commerce extérieur – même si c’est très important parce que lorsque nous avons un déficit du commerce extérieur, nous avons un déficit de la balance des paiements, donc nous sommes plus vulnérables, il n’y a pas que les comptes publics qui doivent être redressés, il y a aussi la compétitivité du pays !

Mais je le dis aussi pour l’emploi, voulant combattre une idée souvent reçue en France qui voudrait que chaque fois qu’il y a un investissement dans un grand pays comme la Chine cela pourrait être défavorable pour l’activité économique dans notre propre pays et notamment pour l’emploi. Mais c’est exactement l’inverse et nous avons démontré que, chaque fois que nous pouvons créer avec des innovations, avec de la qualité, avec du savoir-faire, de l’investissement, de l’activité, de l’emploi ici en Chine, cela a un effet direct sur la création d’emplois en France.

Ce que vous faites, ce n’est pas simplement pour vos entreprises, lorsque vous êtes cadres ou techniciens d’une entreprise présente à Shanghai et en Chine. Ce que vous faites, vous le faites pour votre pays et pour l’emploi en France.

 

Vous connaissez les chiffres du chômage : 1 million de chômeurs en plus ces cinq dernières années et une augmentation continue avec l’inquiétude pour beaucoup de savoir s’ils vont même garder leur propre emploi et l’angoisse pour ceux et celles qui l’ont perdu.

 

Notre premier devoir, notre seul devoir, c’est d’agir pour l’emploi. Nous avons pris des mesures en France, vous les connaissez : emplois d’avenir, contrats de génération, réforme du marché du travail, pacte de compétitivité, crédit d’impôt pour favoriser l’embauche et l’investissement. Tout cela est nécessaire, c’est le socle.

 

Mais ensuite ces instruments, ces outils doivent être au service d’une politique. Ce que nous faisons pour le soutien de notre commerce extérieur, ce que nous faisons pour l’investissement de nos entreprises, ce que nous faisons pour conquérir des marchés, nous le faisons pour l’emploi. C’est pourquoi je voulais vous remercier ici pour les efforts que vous consacrez.

 

Nous sommes rassemblés, vous êtes une des communautés françaises les plus importantes à l’étranger : près de 20 000, beaucoup de jeunes, je le vois ! 3 000 étudiants français sont accueillis par les universités de Shanghai. J’en ai rencontré quelques-uns, c’était pour une belle cérémonie à l’occasion de l’inauguration de l’école d’ingénieurs Paris TECH au sein de l’université Jiao Tong. J’ai constaté que toutes nos grandes écoles, toutes nos grandes universités sont présentes ici, avec la perspective de diplômer des étudiants chinois avec les mêmes critères d’excellence qu’en France et avec la même volonté de pouvoir partager un certain nombre de recherches et de technologies.

 

Ces étudiants français, qui sont ici en Chine, contribuent à améliorer les relations, à faire comprendre ce qu’est notre pays, à attirer aussi des étudiants chinois en France car cela a été une de mes volontés, au lendemain de l’élection présidentielle : faciliter la mobilité ; permettre la circulation ; ne pas avoir de restrictions pour que des jeunes chinois étudiants, chercheurs, artistes, entrepreneurs et même touristes, puissent venir en France sans formalités, sans contraintes.

Beaucoup d’étudiants chinois m’ont posé la question « Est-ce que nous pourrons venir faire une partie de nos études en France ? » comme si nous pouvions mettre des obstacles. Les visas seront facilités pour les étudiants chinois qui voudront venir en France. Nous ferons en sorte que ceux qui, après un parcours universitaire en France, veulent travailler pendant une courte période, puissent le faire. C’est pourquoi nous avons abrogé une circulaire qui empêchait ces jeunes étudiants, souvent très brillants, de pouvoir, pour un temps, servir nos entreprises, y compris pour venir accéder au marché chinois.

 

La mobilité, la circulation, l’échange…, vous en êtes ici les témoins et les acteurs. Il y a 150 accords de coopération entre les universités françaises et les universités de Shanghai, dans tous les domaines : commerce, management, sciences de l’ingénieur, économie et même sciences-politiques parce que, là aussi, nous avons à faire la promotion de nos valeurs et de nos principes.

 

Je voulais terminer par la culture. Mais avant de parler de la culture, par la langue. Vous, vous avez fait, pour certains j’imagine, l’effort de parler chinois. Nous devons en France former davantage nos lycéens pour l’exercice du chinois, l’apprentissage du chinois. Il y en a 30 000 aujourd’hui, nous pouvons faire davantage. Sans que cette filière puisse être un moyen d’accéder aux meilleurs établissements parisiens, essayons de diffuser aussi l’apprentissage du chinois partout en France et dans tous les établissements.

 

Nous devons aussi faire en sorte qu’ici à Shanghai, en Chine, on apprenne le français. J’avoue qu’à l’université où j’étais, j’ai eu une belle démonstration - peut-être préparée, c’est possible - où les étudiants qui m’interrogeaient, parlaient en français même quand ils étaient en première année de l’institut des langues. J’ai félicité les enseignants. C’était impressionnant. J’avais l’impression qu’ils comprenaient mes réponses, ce qui était encore plus impressionnant. C’est bien que nous puissions favoriser l’apprentissage du français, non pas simplement parce que c’est notre langue, mais parce que la francophonie fait partie de la diversité culturelle et même de l’exception culturelle.

 

Aujourd’hui, il y a 300 millions de personnes dans le monde qui parlent le français. Grâce à l’augmentation de la population en Afrique, nous pouvons penser qu’il y en aura 750 millions dans 30 ans. Ce que nous voulons, c’est que l’on parle français sur tous les continents et ici en Chine aussi. J’ai l’impression qu’on parle un peu plus anglais, cela ne m’a pas échappé non plus, y compris dans la formation des élites chinoises. Là-aussi, faisons en sorte de défendre, de promouvoir le français. Pour cela il faut qu’il y ait – Monsieur le ministre des Affaires étrangères ne me contredira pas – des instituts qui diffusent la culture et la langue françaises. Nous veillons, malgré les contraintes budgétaires, à préserver ce patrimoine, car cela en est un.

Et puis, nous devons permettre à la Communauté française, très jeune, donc avec des enfants – puisque la contrainte de l’enfant unique ne pèse pas sur vous – nous devons faire en sorte que vous puissiez avoir vos enfants scolarisés dans de bonnes conditions. Ce n’est pas facile et je sais ce que cela représente en termes de coût. Il y a le projet d’extension du lycée. Madame l’ambassadeur, Monsieur le Consul général m’en ont parlé, le ministre des Affaires étrangère a fait encore une démarche exceptionnelle il y a 15 jours, j’en ai reparlé aux autorités de Shanghai… Nous devons avoir l’acquisition d’un terrain. Ce n’est pas facile mais cela fait partie, là aussi, des obligations qui doivent être les nôtres.

Enfin, un dernier mot sur ce que l’on peut imaginer pour la Chine. C’est un immense pays qui va connaître encore une période de croissance et de développement considérable ; une population urbaine qui va continuer de progresser ; des besoins qui vont être de plus en plus ceux de consommateurs ; un potentiel touristique, ici en Chine, mais aussi de touristes chinois qui vont vouloir découvrir l’Europe et notamment la France.

Il y a plusieurs manières d’appréhender cet avenir de la Chine. Soit le faire avec crainte, en se disant que l’Europe, décidément, laisse passer son destin historique : cela en est terminé, le centre du monde se déplace et maintenant, c’est ici en Asie que l’avenir du monde se dessine. Moi, je pense que ce n’est pas la bonne approche.

Il faut avoir, au contraire, grande confiance en nous-mêmes. Il faut que l’Europe, d’abord l’Europe, comprenne qu’elle est la première puissance économique du monde ; qu’elle ne peut pas simplement donner le spectacle d’une zone euro qui a besoin de stabilité – à laquelle d’ailleurs les Chinois ont contribué ; qu’elle doit montrer qu’elle est un continent dynamique, créateur, imaginatif, avec un énorme potentiel de recherche, d’innovation, avec des entreprises de toute taille, performantes.

Nous devons donner la meilleure image de nous-mêmes qui correspond, d’ailleurs, largement à la réalité : première puissance économique du monde, une grande culture, des valeurs, un système démocratique, une capacité à nous fédérer, nous les pays qui nous nous étions faits la guerre il y a si peu de temps. La France, dans tout cela, a aussi son rôle à jouer.

Si nous sommes reçus aujourd’hui avec respect, égard et considération, c’est parce que c’est la France qui est regardée, c’est vous, c’est notre histoire, c’est notre avenir. Pourquoi on veut regarder la France ? Parce que l’on sait qu’elle est un pays mondial avec des principes et des valeurs qui comptent. Avec un système politique qui a été produit par des grands mouvements, ceux des droits de l’Homme, ceux de la démocratie, de la République que nous avons portés. Alors, c’est en étant fiers de nous-mêmes que l’on arrivera à être plus présents encore sur ce grand continent, sur ce grand pays qu’est la Chine.

C’est pourquoi je vous appelle, vous qui avez compris depuis longtemps combien notre pays avait d’atouts, à aborder la relation franco-chinoise, à la fois, avec amitié, confiance et en même temps fierté. Merci.

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