Discours devant la communauté française à San Francisco

Cela m’aurait manqué si je vous avais manqué ce soir. Il y a longtemps, mais je ne vous dirai pas quand, que je ne me suis pas retrouvé devant une salle aussi nombreuse. Mais je ne veux pas vous engager là où vous ne voulez pas forcément tous aller.

Je veux vous remercier pour votre présence et pour tout ce que vous faites en Californie et à San Francisco. Je sais que certains d’entre vous viennent de loin. Cela fait du bien de se retrouver entre Français, avec les membres du gouvernement, deux présidents de région, parce qu’il fallait bien cela pour la Californie, l’Ile-de-France et l’Aquitaine, votre député de la circonscription, des parlementaires, de nombreux chefs d’entreprise et même le Président du MEDEF, qui a été avec nous tout au long du déplacement. Vous pouvez l’applaudir. Il sera même dit que j’ai fait applaudir le Président du MEDEF. Je ne doute pas qu’il me rendra la pareille au moment venu. Cela fait partie du pacte de responsabilité, j’imagine.

Aujourd’hui, nous sommes tous rassemblés. Et cette visite d’Etat a été très impressionnante. D’abord parce que c’était la première visite d’Etat depuis 1996, c’était Jacques Chirac qui avait été reçu en cette qualité et dans ce protocole. Et à San Francisco, vous n’aviez pas vu un Président de la République française depuis 1984. Certains n’étaient pas nés, la plupart. Le Président de la République s’appelait François Mitterrand.

Je racontais cette histoire devant les chefs d’entreprise tout à l’heure. François Mitterrand était venu voir comment on pouvait favoriser la création d’entreprises car la Silicon Valley était déjà une référence. Il avait été interpellé par un responsable d’une PME locale, qui lui avait demandé pourquoi les étudiants français ne créaient pas d’entreprises, ce qui était un gros handicap par rapport à la situation en Californie. Cela avait courroucé François Mitterrand, qui avait demandé : « mais quel est ce jeune impertinent ? ». Il lui avait été répondu : « il s’appelle Steve Jobs ». Aujourd’hui, j’ai été interpellé aussi par un chef d’entreprise français, mais il m’a demandé simplement de l’embrasser. Je l’ai fait bien volontiers ! Parce qu’il faut aussi, et c’est ma responsabilité, encourager, soutenir, accompagner les responsables d’entreprises, les entrepreneurs, les innovateurs. Je sais qu’il y en a beaucoup ici et je veux leur exprimer toute ma gratitude.

Dans le cadre de cette visite d’Etat, le Président Obama nous a reçus de manière exceptionnellement chaleureuse. D’abord, nous avons été à Monticello, la demeure de Thomas Jefferson. C’était, si je puis dire, une maison française. Non pas qu’elle ait été construite comme un édifice français, encore qu’il y avait beaucoup d’éléments qui nous rappelaient notre architecture. Mais il y avait plein d’objets, plein de tableaux, qui rappelaient que Jefferson avait été Ambassadeur à Paris avant de devenir troisième Président des Etats-Unis. Il avait des relations amicales avec La Fayette et avec tant de philosophes des Lumières. Sa bibliothèque, en tout cas ce qui en avait été retrouvé, comportait en effet bon nombre d’ouvrages. Et, dans cette maison de Monticello, il y avait les bustes de Voltaire et de Turgot. C’est dire si l’attention qui nous a été prodiguée était grande de la part du Président américain.

Ensuite, nous avons eu, tout au long de la journée d’hier, des conversations sur l’ensemble des questions politiques, sur lesquelles nous sommes d’ailleurs en pleine convergence, Américains et Français.

Sur l’Afrique où nous prenons, nous la France, nos responsabilités, au Mali, en Centre Afrique. Et c’est forcément difficile, parce que nous sommes les premiers. Et chaque fois, les Etats-Unis nous ont apporté leur soutien et leur appui.

Nous avons évoqué aussi la Syrie. Je rappelle que c’est sous la pression de la France et des Etats-Unis que le régime a fini par accepter de détruire ses armes chimiques, même s’il prend trop de temps pour y parvenir et si nous devons toujours maintenir cette menace du recours à la force pour le contraindre. Nous en sommes d’accord, Américains et Français.

Nous avons évoqué l’Iran, où c’est une nouvelle fois grâce au Ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et grâce à John Kerry que nous avons pu trouver une solution pour conduire l’Iran à déjà accepter un accord intérimaire et, demain, à renoncer définitivement à l’arme nucléaire.

Nous avons parlé de l’Ukraine, qui est pour nous un sujet de grande préoccupation, non pas simplement parce que l’Ukraine est en Europe, mais parce que une nouvelle fois un peuple exprime son aspiration à la liberté. Chaque fois que la liberté est en cause les Américains et les Français sont unis pour la défendre.

Nous avons forcément soutenu le processus de négociation de paix entre Israël et la Palestine. Là encore parce que les Etats-Unis ont pris l’initiative et que nous, la France, nous l’Europe, nous souhaitons que cette négociation puisse aboutir. Bref, nous sommes en accord sur tous les grands sujets.

Il en a bien sûr d’autres qui sont plus sensibles. Nous avons bien sûr parlé de ce que la NSA a pu faire. Mais nous avons mis les choses en ordre et réparé les pots cassés si c’était nécessaire.

Sur le traité commercial, qui doit permettre d’ouvrir les marchés, marché américain et marché européen, chacun connaît la position de la France. Nous voulons défendre l’exception culturelle, pas pour nous même mais pour la diversité des créations, des expressions, des cultures. Nous sommes aussi attentifs à ce que notre agriculture puisse toujours être valorisée et que l’on puisse identifier d’où viennent les produits. Les Américains eux-mêmes sont conscients qu’ils doivent ouvrir leur marché et surtout abattre un certain nombre de barrières non-tarifaires et qu’ils ont des groupes de pression puissants pour les retenir de le faire. Donc nous avons décidé d’aller vite, parce que, plus cette négociation durera, plus les obstacles seront infranchissables.

Nous avons pu établir cette relation avec le Président Obama parce que les liens de l’histoire sont étroits entre la France et les Etats-Unis. Et j’ai été ému, ému même aux larmes, lorsque je suis allé au Cimetière d’Arlington pour remettre la Légion d’Honneur au soldat américain inconnu de la Seconde guerre mondiale. Parce que j’y ai vu tant de croix, tant de tombes de ces soldats qui se sont sacrifiés pour notre propre liberté. Je n’ai pas oublié non plus ceux qui étaient venus pendant le premier conflit mondial et qui ont été décisifs pour la victoire du 11 novembre. Ce qui nous unit, Français et Américains, c’est que nous nous devons, à chacun de nos peuples, la liberté. C’est nous qui sommes venus, même si La Fayette n’avait pas l’ordre du Roi - mais il l’avait peut-être déjà de la République sans le savoir -, venus offrir aux Américains les moyens de leur indépendance. Et ce sont les Américains qui nous ont permis d’avoir, deux fois, la capacité de défendre notre liberté. Et nous avons ensemble, si je puis dire, par les Pères Fondateurs, écrit la Charte universelle des Droits de l’Homme, et c’est ce qui fait que, partout où ils sont en cause, nous sommes ensemble, Français et Américains.

 

Avec le Président Obama, nous avons évoqué tout cela dans un dîner d’Etat, dont nous nous rappellerons. Non pas par le faste, parce que le protocole y était parfaitement respecté et c’est un honneur que d’être reçu de cette manière. Les Américains sont exceptionnels pour créer de l’ambiance ! A un moment, nous avons craint d’être entraînés dans une danse, dont la presse se serait régalée ! Mais je dois dire que voir des Congressmen et women américains, des milliardaires se lever, emmenés qu’ils étaient par une chanteuse exceptionnelle, je crois que ce sera un moment qui restera gravé dans nos mémoires – je voulais le vous confier. A défaut de vous donner des images, vous pouvez imaginer.

Je voulais vous retrouver, vous amis de la Californie et de San Francisco qui vivez ici. C’est vrai qu’ici encore, les liens de l’histoire sont puissants. J’ai été reçu à l’Hôtel de Ville de San Francisco, comme si nous étions aux Invalides. Nous étions reçus en amis. Il nous était rappelé que ce sont les Béarnais et les Basques qui avaient fondé cette ville, même si je crois que l’accent s’est perdu et que d’autres Français sont ensuite venus s’établir ici, cherchant de l’or, ou de la fortune. Et les liens culturels n’ont cessé d’être tissés. Je me suis réjoui que nos musées, musées de San Francisco et musées de Paris, puisque nos deux villes sont jumelées, ne cessent d’organiser des expositions et nous avons convenu d’ailleurs de les encourager.

J’ai pu, tout au long de cette journée à San Francisco, même si les conditions de sécurité avaient dû être prévues à dessein, voir cette population nous accueillir comme elle l’a fait, nous saluer parce que nous sommes la France et que, ici, grâce à vous, elle est aimée.

Nous avons bien sûr rencontré des chefs d’entreprises de toutes tailles. D’abord, nous avons déjeuné avec les plus grandes entreprises, qui d’ailleurs n’existaient pas il y a vingt ans et qui ont pris une taille mondiale, que ce soit Google, Twitter, Facebook et bien d’autres. Nous les avons encouragées à investir en France, c’est-à-dire à créer des emplois, pas simplement à fournir des modes d’accès ou des moteurs de recherche. A venir investir pleinement. Et nous sommes accueillants de ce point de vue. Je rappelle que les Etats-Unis sont le premier investisseur étranger en France et que 30% des investissements américains viennent de Californie. Donc nous n’avons peur de rien, au contraire ! Nous souhaitons que ces grandes entreprises viennent en France et en Europe. Il y a aussi des conditions à respecter, des règles fiscales … N’applaudissez pas la fiscalité, vous ne savez jamais ce qu’elle peut vous réserver ! Sur ce sujet comme sur d’autres, que ce soit sur les règles de concurrence ou les modes d’imposition des activités, nous avons répondu que c’était sur le plan européen que cela devait se régler. On ne peut pas avoir des modes de prélèvement qui soient différents, sinon cela crée ce qu’on appelle l’optimisation : des entreprises, celle-là ou d’autres, vont rechercher là où elles sont le moins prélevées, au détriment même du rendement de l’impôt, y compris dans les pays qui les accueillent. Donc nous aurons à travailler, et je les ai prévenues, sur le plan européen pour que les règles soient connues et que les entreprises américaines, comme d’autres, viennent investir, créer de la richesse et participer aussi au financement de nos services publics et de nos infrastructures.

Ensuite, je suis allé au US French Tech Hub. Je ne sais pas ce que vous applaudissez, si c’est mon accent ou si c’est l’utilisation de l’anglais, mais j’ai entendu quelques sifflets car il faut parler français.

Je veux ici saluer tous ceux qui y contribuent. Parler français, d’abord grâce à nos établissements scolaires ici présents, nos lycées, nos écoles, nos professeurs, nos personnels de l’éducation, les parents qui paient souvent beaucoup pour scolariser leurs enfants. Je pense aussi aux institutions culturelles, aux Alliances Françaises, merci ! Je pense également à ces Américains qui, eux, font l’effort de parler français, notamment ici en Californie et à San Francisco. Ce n’est pas simplement une nostalgie ou une élégance. Parler français, c’est aussi vendre nos produits, exporter, investir, innover. On peut le faire en français, on pense bien en français, on peut être intelligent en français, on peut même être subtil en français. Donc nous devons promouvoir la langue française, mais pas de manière conservatrice, pas de manière pudibonde, comme s’il n’y avait pas d’autres langues. Et c’est pourquoi la Ministre a eu raison, lorsqu’elle a fait sa loi, de prévoir qu’il y ait en France des enseignements en anglais, ou en langues étrangères, pour attirer nous aussi des étudiants du monde entier en France.

Mais je reviens au US French Tech Hub. C’était beau ! Je vous le dis franchement, c’était beau. Emouvant aussi de voir ces entreprises venues de France, ou d’autres installées ici dans la Silicon Valley, présenter leur inventions, leurs découvertes. Je ne vais pas ici toutes les citer, mais c’est en France que l’on a inventé le cœur artificiel. Celui qui bat aujourd’hui dans le corps d’un homme, grâce à l’invention d’autres hommes ou d’autres femmes. Oui, c’est grâce à la France que l’on peut donner cette technologie. Et puis il y a aussi tous ceux qui inventent des modes de transport, des modes de communication qui vont révolutionner nos vies quotidiennes. Parce que la France, elle est capable d’inventer, elle est capable d’innover, elle est capable d’entreprendre. Et j’ai été heureux de saluer les entrepreneurs. Je n’ai pas fait d’effort pour le faire, parce que l’entreprise, c’est ce qui permet d’avoir de la richesse, c’est ce qui donne de l’emploi, c’est ce qui offre du bien-être, et les bénéfices qui en seront tirés seront répartis. Donc nous avons besoin d’entreprises, partout. Ici, en Californie. Quand des entreprises françaises viennent s’y installer, nous n’y voyons pas un exil, parce que, si on veut conquérir le monde, il faut commencer par sortir de chez soi.

C’est ce que vous avez fait et je vous en remercie ! Il y a 2500 entreprises qui sont installées aux Etats-Unis, venant de France. Il y a 500 start-up qui sont ici en Californie, de nationalité française ou maintenant américaine, qu’importe, mais en tout cas dirigées par des Français. Ce courant d’échanges fait vivre 500 000 emplois ici aux Etats-Unis et, je vous l’ai dit, les Etats-Unis sont notre principal investisseur, pour 500 000 emplois. Par rapport à nos populations, c’est à peu près équilibré. C’est bien qu’il y ait ces échanges et, quand des entreprises ou des entrepreneurs viennent ici dans la Silicon Valley, parfois pour quelques mois, d’autres pour des années, nous n’avons pas de doutes, ils reviendront. Et s’ils ne reviennent pas, ils auront toujours la volonté de favoriser l’activité en France. Je vous l’ai dit, on ne conquiert pas le monde en restant chez soi.

Mais on ne séduit pas les autres en n’étant pas fier de soi-même. C’est une leçon qu’il faut retenir. Vous devez être fiers de votre pays. Bien sûr, il faut être lucide, voir ce qu’il reste à faire, les handicaps qui encore sont trop lourds, le fardeau que nous avons hérité, une dette, un déficit commercial, une compétitivité qui n’est pas brillante. Mais nous allons nous y mettre, nous nous y mettons depuis des mois. Rien n’est impossible, nous avons plein d’atouts, nous avons une recherche qui est d’une qualité exceptionnelle, un niveau d’innovation qui est élevé. J’ai salué l’esprit d’entreprise.

Nous avons aussi la volonté de nous retrouver pour améliorer notre compétitivité, c’est le sens du Pacte de responsabilité que j’ai proposé et qui devra rassembler l’ensemble des partenaires sociaux, les employeurs mais aussi les organisations syndicales. Il doit y avoir des engagements mutuels, parce que, s’il n’y a pas d’engagements, il n’y a pas de capacité pour avancer.

 

Voilà, je voulais vous dire quelques mots de notre pays, parce que ce que vous faites ici est au service de la France. Nous avons une obligation, qui est de réussir, tous. Chacun par rapport à sa situation personnelle, familiale, professionnelle. C’est ce que voulez faire, c’est sans doute la raison pour laquelle vous êtes venus ici, soit pour créer une entreprise, soit pour y travailler, soit pour suivre des études.

J’ai rencontré des jeunes avec des drapeaux français. Je leur ai demandé : « qu’est-ce que vous faites ? ». Ils m’ont dit : « je suis à Stanford ». Et ceux qui n’étaient pas à Stanford étaient à Berkeley. Mais avant d’être à Stanford et à Berkeley, ils avaient été à l’université française, dans des grandes écoles. Merci à la France de les avoir aussi formés et qualifiés !

Et, moi, je suis fier pour mon pays de savoir et d’entendre de la part des chefs d’entreprise américains qu’ils trouvent nos ingénieurs excellents, nos financiers innovants, nos commerciaux performants. C’est bon pour les entreprises américaines ! Mais ce sera bon aussi pour les entreprises françaises et tout ce qui sera appris ici sera au service de notre pays.

Merci à tous, merci pour votre activité, merci de rendre la France aimée comme elle l’est ici, merci d’aimer la France. Aimez là ! Elle est auprès de vous, comme je suis ici parmi vous, parce que nous sommes réunis pour faire réussir la France, toute la France. La France que nous aimons et qui est une, la France qui est indivisible, toujours indivisible. On essayera de la diviser, de provoquer des querelles, mais il n’y a qu’une seule France, c’est vous.

Merci.

 

 

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