Discours devant la communauté française à Riyad en Arabie Saoudite

Mesdames et Messieurs,

 

Je pense que nous sommes en retard, vous me le confirmez par vos acclamations, je vous demande donc de nous pardonner : nous avons eu de longues discussions, c’était bien le but, avec le Roi Abdallah, avec les hautes autorités de ce pays ami. Je souhaitais néanmoins avoir quelques moments d’échange avec la communauté française qui est, ici, rassemblée.

 

Nous sommes venus pour les fêtes de fin d’année, nous souhaitions avoir un moment de convivialité avec vous. Je suis accompagné du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent FABIUS, du ministre de la Défense, M. Jean-Yves LE DRIAN, du ministre du Redressement productif, M. Arnaud MONTEBOURG, de la ministre du Commerce extérieur, de M. Jack LANG, qui vient ici en tant que Président de l’Institut du monde arabe, qui, justement, a une coopération excellente en Arabie Saoudite.

 

Le but de ce voyage, c’était bien sûr d’évoquer, avec le Roi Abdallah, avec les autorités du Royaume, la situation de la région. J’étais déjà venu en novembre 2012 et nous avions pris la dimension des crises qui pouvaient survenir ou se prolonger. Je viens en visite officielle pour cette fin d’année 2013 et les crises sont là.

 

La plus grave, c’est celle de la Syrie, qui a même empiré depuis un an. Il est possible que si la communauté internationale s’était saisie, avec suffisamment de fermeté, de ce grave sujet, nous n’en serions pas là. Du temps a été perdu. Des actes inqualifiables ont été commis : l’utilisation des armes chimiques. Des bombardements se produisent chaque jour, dont la population civile est victime.

 

Avec l’Arabie Saoudite nous sommes donc pleinement engagés pour qu’une solution politique soit trouvée pour la Syrie. Ce sera l’objet de la Conférence de Genève du mois de janvier. Les conditions ne sont pas faciles, nous devons soutenir l’opposition modérée - c’est ce que nous allons faire - et continuer à dire que cette conférence n’a de sens que si elle permet la transition, et non la prolongation du régime de Bachar El-ASSAD.

 

La dégradation de la situation en Syrie a des conséquences sur toute la région et notamment sur la Jordanie, sur le Liban qui voit des réfugiés en grand nombre venir trouver, dans les familles libanaises, les solidarités qui manquent en Syrie. C’est pourquoi, avec le Roi Abdallah, nous avons réaffirmé notre soutien à l’unité, à l’intégrité du Liban. Je sais que l’Arabie Saoudite est prête à donner des moyens financiers au Liban pour que ce pays puisse assurer sa sécurité. S’il est fait appel à la France, elle répondra.

 

Nous avons aussi parlé de l’Iran, non pas pour opposer les Nations entre elles, mais pour faire en sorte qu’elles puissent contribuer à la sécurité de la région. Pour nous, la question majeure que pose l’Iran, c’est, à un moment, le risque d’une utilisation de l’énergie civile, pour le nucléaire, vers d’autres fins, notamment militaires. Toute l’attitude de la France a donc été ces dernières semaines - cela a été le rôle de M. Laurent FABIUS - de poser des exigences pour qu’il y ait un accord qui puisse être trouvé avec l’Iran. Un accord intérimaire, nous garantissant qu’il y avait l’arrêt d’abord, du processus, puis ensuite, qu’il y aurait le renoncement à l’arme nucléaire, renoncement définitif.

 

Nous avons parlé de l’Egypte, parce que nous sommes conscients qu’il y a une situation nouvelle qui a été créée et qu’il faut de la stabilité, de la sécurité. Il faut aussi une transition politique. Voilà toutes les grandes questions que nous avons évoquées, et il était nécessaire de le faire directement. C’est le sens de mon voyage aujourd’hui.

 

Je suis également accompagné de nombreux chefs d’entreprise, de grandes entreprises françaises, qui sont ici représentées au plus haut niveau, d’entreprises moyennes - petites mêmes - qui ont vocation à venir sur le marché de l’Arabie Saoudite. Nous avons, grâce à vous d’ailleurs - quand je dis « vous », c’est la communauté française et celle qui travaille dans ces entreprises - réussi des performances considérables en Arabie Saoudite. Pour la seule année 2013, il y a eu 8 Mds d’euros d’échanges entre nos deux pays. 8 milliards ! Nous avons signé de nombreux contrats tout au long de l’année.

 

Il est souvent dit, que quand le Président de la République se transporte quelque part, c’est pour signer des contrats. Bien sûr que nous en avons signés, et notamment dans le domaine de la santé. Mais ce qui compte, ce ne sont pas des contrats à un moment, un jour, lors d’un déplacement officiel. Ce qui compte, c’est qu’il y ait un courant de confiance, d’échange qui fasse que des contrats puissent être signés entre les entreprises saoudiennes et les entreprises françaises, tout au long de l’année 2013. C’est fait.

 

En 2014, nous avons de belles perspectives. Je ne vais pas citer tous les domaines, mais le domaine du transport, de l’agroalimentaire, de l’énergie, de la sécurité, de la défense et je pourrais en dire tellement d’autres. Vous êtes, ici, les représentants de tout ce que nous pouvons produire de mieux, faire de plus valorisant pour notre économie.

 

Les emplois que nous avons le devoir de créer en France, ils sont, en partie, ce que vous allez pouvoir porter comme qualité française, ici, en Arabie Saoudite. Quand un contrat est signé, je pense à ce que nous avons été capables de faire par exemple pour le métro ou des transports et même pour la défense, cela a des conséquences sur notre propre territoire.

 

La confiance entre nos deux pays est telle, que nous avons signé un protocole, un partenariat entre l’Arabie Saoudite et la France, pour les années qui viennent. Celui-ci va nous permettre de financer des exportations, des investissements, de l’innovation, parce qu’il y a volonté commune entre l’Arabie Saoudite et la France de faire ensemble et d’apporter ce que nous pouvons faire de mieux : de la technologie, du savoir-faire, du financement. Ce protocole est exceptionnel, je ne dis pas par son volume - nous verrons bien - mais par son contenu. Par ce qu’il signifie comme engagement pour le moyen et pour le long terme.

 

Nous aurons aussi, si les Saoudiens confirment ce choix, à travailler sur le nucléaire civil. Cela peut paraitre paradoxal qu’un grand pays pétrolier comme l’Arabie Saoudite réfléchisse à une énergie comme le nucléaire. L’Arabie Saoudite sait bien que les réserves, qui sont encore très importantes, s’épuiseront un jour ou l’autre. Quand bien même resteront-elles importantes, qu’il y ait intérêt à la diversification ne fait pas de doute. Au mois de mars, il y aura une commission mixte paritaire entre Saoudiens et Français pour aller, si les Saoudiens le confirment, vers le nucléaire civil.

 

Enfin, je ne suis pas venu simplement pour parler économie. Il y a aussi tout ce qui est fait sur le plan scientifique, culturel, universitaire. Je n’oublie pas que nous formons 1500 étudiants saoudiens en France et que nous sommes d’ailleurs prêts à en accueillir d’avantage.

 

Nous sommes attachés à la francophonie, ce n’est pas toujours facile en Arabie Saoudite. On m’a posé, tout à l’heure, en conférence de presse, des questions en français - je ne parle pas des journalistes français qui posent des questions sur la France. Je parle des journalistes saoudiens qui posent des questions sur la France, en français et sur nos responsabilités communes.

 

La francophonie fait donc partie de ce que nous devons aussi promouvoir et, de ce point de vue, je salue une nouvelle fois l’alliance française, parce qu’elle est ici comme ailleurs la représentante, pas simplement de la langue, mais de la culture française et permet à des jeunes et des moins jeunes de pouvoir accéder à des connaissances, à du savoir, à de la diversité, à de la pluralité, à de la liberté.

 

Je sais aussi que la France - j’évoquais l’Institut du monde arabe - prépare une grande exposition sur les lieux saints et je pense que cela peut être entre la Bibliothèque et l’Institut du monde arabe, une très belle coopération, que nous soutiendrons, le Roi Abdallah et moi-même. Je sais également qu’il y a une coopération sur l’archéologie, puisque l’Arabie Saoudite nous a fait confiance pour étudier les sites historiques les plus prestigieux. Nous en sommes légitimement fiers.

 

Voilà, vous êtes une communauté - 6000 personnes - 10% sont ici, c’est déjà pas mal. Cela permet de faire un sondage, mais nous verrons bien. Communauté diverse, comme toutes les communautés françaises à l’étranger d’ailleurs. Diverse en âge, toutes les générations, diverse en activité, beaucoup de cadres d’entreprises, de techniciens, des fonctionnaires, des enseignants, tous ceux qui sont binationaux et pour nous, c’est un signe de vitalité.

 

On se demande souvent pourquoi les Français partent à l’étranger. Parce que nous avons une activité à l’étranger, parce qu’il y a une économie prospère à l’étranger, parce que nous avons le devoir d’être présents sur tous les terrains et à tous les niveaux. Nous sommes particulièrement fiers, quand, grâce à la communauté française, nous pouvons montrer le meilleur de la France. C’est ce que vous contribuez à faire et je voulais, ici, vous en féliciter.

 

Pour vivre en Arabie Saoudite, faut-il encore que vous ayez les moyens de le faire. Je pense notamment à la scolarisation, où un effort important est non seulement maintenu, mais amplifié pour l’accueil des enfants. Je sais qu’ici, il y a trois établissements : Riyad, Djeddah et Khobar, avec 3000 enfants scolarisés. Je sais ce que cela représente comme coût. Je sais aussi que nous avons modifié le régime des bourses, ce qui fait que ceux qui en bénéficient, ne nous félicitent pas, mais ceux qui n’en bénéficient pas, se plaignent, ce qui est bien légitime. Nous faisons en sorte qu’il y ait, avec les grandes associations qui représentent les Français de l’étranger, ce dialogue, cette concertation, indispensable.

 

Les services de l’Ambassade - j’ai salué l’Ambassadeur - et tous les services consulaires sont à votre disposition. Ce n’est pas toujours facile de vivre dans un pays étranger, je pense aux situations familiales, que nous devons accompagner. Des situations sociales exigent aussi de la solidarité. Tout cela fait la France.

 

Vous êtes la France, ici, en Arabie Saoudite, la France qui a gagné une amitié précieuse depuis des années en Arabie Saoudite. Grâce à vous, la France gagne des positions économiques, commerciales, technologiques, grâce à vous. La France gagne un respect pour sa culture, pour sa langue, grâce à vous, et une France qui donne le meilleur d’elle-même.

 

Quand je suis reçu comme Président de la République par les autorités saoudiennes, et que l’on remercie la France, la moindre des choses, c’est que je vous exprime ma gratitude, parce que chaque fois que l’on parle de la France, c’est vous qui êtes finalement concernés, c’est vous qui faites avancer la France et c’est nous qui vous représentons.

 

Je veux enfin saluer Sapho, parce que nous avons réussi à allier la culture, la politique et l’économie et c’est donc Sapho qui va chanter la Marseillaise.

 

Merci à vous.

 

 

 

 

 

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