Discours devant la communauté française à Pékin

Mesdames, Messieurs,

Mes chers compatriotes,

Je remercie Madame l’ambassadeur de nous avoir prêté son lieu de travail et de résidence. Je vous prie de nous pardonner pour le retard. Mais, c’est bon signe, cela veut dire que nous avons discuté longuement avec les autorités chinoises et notamment le président Xi JINPING. Je sais que vous êtes en attente de savoir ce que je viens vous dire des relations entre la France et la Chine au terme de cette première visite. Je viens vous confirmer qu’elles sont bonnes, voire meilleures encore que nous ne pouvions le croire et l’imaginer.

Je viens pour cette première visite comme président, comme premier chef d’Etat européen reçu par le nouveau président chinois. Je viens à la tête d’une importante délégation avec des ministres, beaucoup de ministres, avec également Jean-Pierre RAFFARIN, ancien Premier ministre, mais qui travaille toujours à la relation entre la France et la Chine, avec Martine AUBRY qui est l’envoyée spéciale de Laurent FABIUS, ministre des Affaires étrangères. Je viens avec les présidents des groupes d’amitié des deux assemblées, avec des parlementaires, avec des élus locaux, avec le président de la région Rhône-Alpes, Jean-Jack QUEYRANNE qui est lié à la région de Shanghai.

Je viens avec de nombreux chefs d’entreprise, parce qu’il y a un déséquilibre de notre commerce extérieur et parce qu’il y a surtout une présence d’entreprises françaises qui justifie que nous mettions encore davantage de nos moyens – ceux de l’Etat, mais surtout les talents des entreprises, des entrepreneurs, des cadres que vous êtes ici pour beaucoup – pour faire que la France puisse être davantage présente et davantage en lien avec les besoins de la société chinoise.

Je vous le disais, les relations sont bonnes, elles sont même excellentes. Cela tient à l’Histoire pour beaucoup. Je sais ce qu’a représenté – ce n’est pas simplement parce qu’il y aura l’année prochaine le cinquantième anniversaire, mais parce que cela reste gravé dans les mémoires –, ce qu’a représenté la reconnaissance par la France, le général de GAULLE en 1964 de la Chine populaire.

C’est vrai que cela avait été précédé par des tentatives, en tout cas des discussions : Pierre MENDES FRANCE au lendemain de la conférence de Genève ; Edgar FAURE qui a toujours voulu être un précurseur et qui avait même déclaré qu’il fallait opposer aux hommes de la Longue marche, la diplomatie des grandes murailles, je ne sais s’ils ont compris tout à fait le sens de cette formule… Nous, nous, connaissions Edgar FAURE et son talent, mais cela voulait dire quoi ?

Cela voulait dire que, déjà, avant même que le général de GAULLE fasse ce choix historique, il y avait dans notre vie politique des hommes qui s’étaient déjà engagés dans cette voie. Depuis, il y a eu une continuité de président à président, il y a toujours eu cette même volonté, au-delà des vicissitudes de la vie internationale ou de la vie politique, de garder le lien entre la France et la Chine.

Un partenariat stratégique a été voulu en 1997, il s’est même renforcé en 2004. Ma visite aujourd’hui permet de lui donner encore davantage de contenu. D’abord, en termes de procédure, de méthode : rapprocher autant qu’il est possible la France et la Chine sur les grandes questions internationales, sur la gouvernance du monde. Nous n’avons pas le même régime, nous n’avons pas la même société, nous n’avons pas la même taille, nous n’avons pas la même population, mais il y a des principes qui nous unissent, des principes de politique extérieure, l’indépendance, la souveraineté, le dialogue, la volonté d’un monde multipolaire.

Ceci explique que la France et la Chine se retrouvent toujours sur un certain nombre de thèmes, encore aujourd’hui, par rapport à la lutte contre la prolifération nucléaire, avec la question de la Corée du Nord où la Chine doit prendre aussi ses responsabilités pour user de son influence ; avec la question de l’Afrique où c’est la France qui a pris ses responsabilités en intervenant, au nom de la communauté internationale, au Mali. La Chine peut comprendre les raisons. D’ailleurs, elle nous a soutenu, parce que la Chine – présente en Afrique et consciente comme nous de ce que ce continent peut représenter en terme de développement – sait qu’il y a nécessité d’assurer la sécurité, de lutter contre le terrorisme.

Nous nous retrouvons même, France et Chine, sur les grandes questions du système monétaire international. J’ai salué ce qu’avait fait la Chine depuis plusieurs années, en tout cas depuis plusieurs mois, pour commencer à internationaliser le Yuan, à l’apprécier, en fonction de ce qu’est l’économie réelle de la Chine. La réforme du système international doit unir la France et la Chine pour une meilleure stabilité entre les parités.

Nous sommes également conscients qu’il convient d’avoir une meilleure gouvernance économique du monde. La Chine est même candidate à la présidence du G20. Je ne la décourage pas parce que je pense que c’est une bonne chose que la Chine puisse s’engager à poser des règles avec nous, des règles pour le commerce, des règles pour l’économie, des règles pour la monnaie, des règles pour la coordination des politiques à l’échelle du monde.

Sur la question du climat, elle n’est pas ici simplement une abstraction compte tenu de la pollution et des risques pour l’environnement qui ont produit des catastrophes naturelles. A propos de catastrophes, j’ai rappelé la solidarité de la France par rapport à ce terrible tremblement de terre. La Chine est consciente qu’il lui faut aussi, avec la France, participer à la lutte contre le réchauffement. Elle soutient l’initiative que j’ai prise, avec le ministre des Affaires étrangères, la ministre de l’Ecologie, d’organiser la conférence climat en 2015 à Paris. Là, il faudra obtenir des résultats concrets, car toutes les études dont nous disposons confirment que le réchauffement climatique ne sera pas de 2 ou 3 degrés, mais peut-être de 4 degrés ; que nous aurons à en faire le constat à la fin du siècle, avec toutes les catastrophes que cela peut générer.

Voilà pourquoi le partenariat doit avoir un contenu, doit avoir un sens, doit avoir une traduction si nous voulons que l’amitié entre la France et la Chine ne soit pas autre chose qu’un rappel rituel, heureux de cette reconnaissance de 1964. Nous aurons à célébrer ce moment, l’année prochaine. J’ai d’ailleurs invité le Président XI Jinping à venir à Paris pour une visite d’Etat.

Il y aura beaucoup d’évènements culturels qui seront organisés pour ce 50ème anniversaire. Je suis sûr que vous y participerez, parce que j’ai tenu à m’adresser à vous, c’est vous qui faites vivre la relation entre la France et la Chine. Vous êtes la communauté française la plus importante et vous faites en sorte que vous puissiez être utile, non pas simplement aux entreprises que vous représentez, à l’Etat si vous êtes fonctionnaires, aux élèves si vous êtes enseignants, aux associations si vous les représentez… Bref, dans toute votre diversité vous voulez être utiles, non pas simplement à ceux qui vous ont envoyés ici, vous voulez être utiles à la France et à la Chine. Je veux vous en remercier.

Je voulais aussi vous dire que nous avons une ambition, en tout cas une volonté, c’est de continuer à développer nos échanges avec la Chine. Si nous voulons rééquilibrer le commerce extérieur, il faut le faire parce qu’à partir de 25 à 26 milliards pendant plusieurs années, cela commence à être un problème pour France, mais aussi pour la Chine ! Enfin, c’est ce que nous essayons de lui dire…

Nous devons faire en sorte que ce soit un rééquilibrage par le haut : on ne va pas réduire nos échanges pour faire que nous ayons moins de déficit, cela s’appellerait la déflation. Certains y songent, mais ce n’est pas ma position. On ne va pas non plus faire du protectionnisme, on ne va pas rentrer dans une guerre des monnaies.

Comment faire ? Nous avons à être plus compétitifs – c’est ce que nous nous efforçons de faire comme politique depuis un an. Il y a aussi nécessité de faire en sorte que la zone euro puisse être stabilisée – c’est le cas – et de faire aussi que nos entreprises puissent être accompagnées autant qu’il est possible - les grandes n’ont pas forcément besoins de nous. Mais je me suis félicité qu’il y ait des grandes entreprises qui soient présentes en Chine et qui nous ont accompagnés – pas simplement dans l’aéronautique et dans le nucléaire, même si ce sont les deux piliers de la coopération et nous avons d’ailleurs signé des accords importants sur le nucléaire et sur l’aéronautique.

Mais ce que nous devons faire, c’est faire venir des petites entreprises et des moyennes, des entreprises intermédiaires. C’est pourquoi j’ai voulu visiter l’une d’entre elles, ici à Pékin l’entreprise BERNARD CONTROLS pour que nous ayons vraiment ce message, à la fois, aux autorités chinoises – regardez ce que nous sommes capables de faire ! – et également aux entreprises de France en disant : voilà ce que plusieurs ont déjà fait et que vous pouvez faire ! Mais là, il faut accompagner, c’est le rôle de l’ensemble des services qui contribuent à la promotion de nos produits, à l’accompagnement des entreprises. Ce sera aussi le rôle de la Banque publique d’investissement qui prend le relais d’OSEO.

Rééquilibrer le commerce extérieur pour faire plus d’emplois en France, cette question est posée. Je le comprends dans cette période où le chômage ne cesse d’augmenter depuis 5 ans : 1 million de chômeurs depuis 5 ans et cela continue, même si j’ai annoncé que tout l’engagement du gouvernement c’était de faire inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année. Mais il n’y a pas de croissance, il va donc falloir trouver des dispositifs. C’est ce que nous avons introduit, mais l’emploi vient de la croissance, donc des entreprises.

Nous devons donc faire en sorte que nous puissions, par une compétitivité accrue, par une meilleure présence développer l’emploi en France. Souvent, je le disais, il y a une peur quand une entreprise française vient en Chine, on craint que cela ne soit au détriment de l’emploi en France, avec une motivation qui serait simplement le coût du travail. Nous devons donc faire en sorte que, dès qu’il y a un investissement français en Chine, il soit porteur d’emplois en France. Nous avons d’ailleurs établi cette relation, cette corrélation entre un investissement lorsqu’il est bien mené dans un grand pays comme la Chine et le courant d’exportation qu’il peut nourrir et l’emploi qu’il peut favoriser.

Cela doit être la grande question qui doit nous mobiliser, nous rassembler. Il y en a qui nous sépare, cela peut arriver ! Vous suivez les évènements, j’imagine, les moyens d’information viennent jusqu’à vous. Il y a parfois des sujets qui divisent, cela dure un temps. Puis après il y a une forme de conviction que la société doit avancer, doit toujours être une société d’égalité, de liberté, ce qui fait le sens de la République.

S’il y a des sujets qui divisent, il y a des sujets qui rassemblent. L’emploi, la croissance, la place de la France dans le monde sont des sujets qui doivent rassembler tous les Français. J’ai évoqué la délégation qui m’accompagne, toutes les sensibilités politiques sont représentées, parce que quand il s’agit de l’essentiel, il n’y a plus de clivage qui doit nous séparer.

Alors, je reviens vers vous, communauté française importante, dynamique, jeune, diverses. Beaucoup d’étudiants aussi ! J’irai à Shanghai visiter une université où il y a beaucoup d’étudiants français. Moi, ce que je veux pour la relation entre la France et la Chine, c’est qu’on favorise la mobilité, qu’on lève les restrictions en matière de visas, qu’il y ait davantage d’étudiants chinois qui viennent en France, davantage de chercheurs, davantage d’artistes, davantage d’entrepreneurs. J’ai lancé un appel à l’investissement chinois en France - faut-il encore que les entrepreneurs puissent venir ! Nous devons créer ce lien humain, ce lien culturel et c’est vous qui largement y contribuez.

La présence de la France en Chine remonte à loin. Vous n’étiez peut-être pas encore là, mais en 1688 – il m’est rappelé et j’en remercie Madame l’Ambassadeur – Louis XIV prit la décision d’envoyer des missionnaires. Voyez ce que vous êtes devenus ! D’une certaine façon, vous êtes aussi en mission ici pour favoriser les échanges. Il y a une grande admiration, le mot est peut-être fort, et encore.

Je parlais au président chinois dans ce dîner, j’ai été surpris, mais heureusement surpris, par sa connaissance de la littérature française. Il me disait qu’il avait lu Flaubert en chinois, il savait même qu’il était de Rouen, il avait lu Les Misérables, il se réjouissait que Tocqueville fasse un bestseller en ce moment. C’est dire s’il y a un regard qui est porté sur notre culture, sur notre histoire, sur l’apport de la France aux valeurs universelles. Nous devons en tirer pas simplement une fierté, mais aussi un enseignement.

Cela veut dire que nous devons continuer à porter la langue française, la culture française, c’est ce que vous faites. Faut-il encore qu’il y ait des établissements qui le permettent : à la fois des instituts culturels qu’il nous faut préserver et des établissements scolaires – et je sais que c’est quand même un grand problème pour vous : scolariser les enfants dans de bonnes conditions, sans qu’il en coûte excessivement.

Il y a la construction d’un lycée à Pékin. On m’a présenté la maquette, cela tombait bien, le proviseur était de Tulle. L’architecte était de grand talent et, après, on m’a dit il ne manque que 7 à 8 millions d’euros. Je lance un appel : entreprises françaises comprenez bien que l’Etat doit faire son devoir, mais que si nous voulons qu’il y ait des cadres, des techniciens qui viennent ici en Chine, il faut aussi avoir des établissements scolaires. Cela fait partie de ce que nous devons faire et de ce que vous attendez des pouvoirs publics et des entreprises. 45 000 Français vivent ici en Chine, 5000 à Pékin. Je veux vous rappeler que vous êtes pleinement des citoyens français et que tous les services de l’ambassade, des consulats sont à votre disposition. Nous devons vous accompagner dans votre travail ici et saluer ce que vous faites.

Je veux enfin terminer sur la jeunesse. J’évoquais la présence de beaucoup d’étudiants. Nous devons encore l’amplifier, parce que si nous voulons que l’amitié entre la France et la Chine demeure, puisse même s’intensifier dans les années qui viennent, faut-il encore cette relation personnelle et humaine. On ne pourra pas toujours dire, « il y a cinquante ans, le général de GAULLE… » – surtout qu’il n’y aura plus il y a cinquante ans, les années passant ! On ne peut pas vivre simplement avec les grands moments de notre histoire. Ils existent, ils sont dans nos consciences, mais c’est l’histoire de demain que vous devez, vous, faire. C’est pourquoi je tenais à vous exprimer toute notre gratitude pour faire l’avenir de la relation entre la France et la Chine. Merci ».

 

 

Restez connecté