Discours devant la communauté française à EREVAN

Erevan, le mardi 13 mai 2014

 

« Monsieur l’Ambassadeur,

Je vous remercie de nous prêter ce lieu qui est un havre de paix, ici, dans le Caucase, et qui nous permet de nous retrouver.

Je tiens toujours à rencontrer la communauté française à chacun de mes déplacements. Mais, ici en Arménie, j’y tenais encore plus particulièrement. Je viens avec des Ministres que je salue et qui vont mener avec moi une coopération exceptionnelle avec l’Arménie. Je viens avec des parlementaires, nombreux, que je remercie pour le souci qu’ils ont de défendre la relation entre la France et l’Arménie au Parlement. Je viens également avec les élus locaux qui mènent des coopérations décentralisées avec des collectivités arméniennes. Et, puis, je viens aussi avec de nombreux chefs d’entreprise qui ont conscience qu’ici en Arménie peut se jouer une part du développement dans le Caucase. Il y a aussi beaucoup d’artistes. Hier, nous avions celui qui compte le plus ici, Charles AZNAVOUR, qui faisait un récital exceptionnel et qui a enthousiasmé tous ceux qui y assistaient.

Alors, Mesdames et Messieurs, je sais que vous êtes une communauté importante, près de 600 inscrits. L’Ambassadeur me disait toute la variété, toute la diversité de ce que vous représentez. Il y a ici des femmes et des hommes qui sont des descendants de famille qui ont été victimes du génocide, qui ont fui, qui ont trouvé refuge en France et qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, sont revenus vivre en Arménie dans des conditions difficiles.

Il y a aussi un certain nombre de nos compatriotes, et vous en êtes les vibrants exemples, qui sont revenus en Arménie après la chute du mur de Berlin et qui ont marqué ainsi leur fidélité, leur solidarité à l’égard de l’Arménie qu’ils considèrent encore, quel que soit leur attachement à la France, leur patrie, comme une seconde patrie.

Et, puis, il y a aussi parmi vous des représentants d’entreprise, d’administrations à commencer par l’Ambassade et ses services, d’institutions éducatives et culturelles, d’organisations non gouvernementales. Voilà ce qui fait la communauté française en Arménie.

Nous avons avec l’Arménie une coopération intense. Sur le plan politique, vous connaissez nos liens et vous savez que la France va participer pleinement au centenaire du génocide et que je serai moi-même à Erevan l’année prochaine. Nous le faisons non pas pour créer je ne sais quelle division, non pas pour opposer, non pas pour stigmatiser - et qui d’ailleurs aujourd’hui ? Nous le faisons parce que nous considérons que nous sommes pleinement conscients du drame qui s’est produit il y a un siècle. 1 500 000 Arméniens ont été décimés. Nous participerons au centenaire pour rassembler, réunir, aussi expliquer, informer. Nous avons une responsabilité particulière en France puisque nous avons fait voter, c’était en 2001, une loi qui a reconnu le génocide arménien.

Nous avons une coopération qui va bien au-delà de l’attachement presque familial que nous portons, que nous accordons à l’Arménie. Nous avons une coopération qui, sur le plan éducatif, est tout à fait impressionnante, puisqu’il y a ici la possibilité de se former en français de la maternelle à l’université. Il y a également des sections bilingues qui sont organisées. Je veux saluer d’ailleurs tous les enseignants qui s’y consacrent et qui permettent à beaucoup d’Arméniens de se familiariser avec la langue française et de venir, pour quelques-uns d’entre eux, faire leurs études en France. Nous avons même voulu qu’il y ait une université française présente ici en Arménie qui est liée à l’université de Lyon et qui permet à de nombreux jeunes Arméniens, mais d’autres aussi qui veulent s’y inscrire, de suivre des enseignements de gestion, d’économie bancaire et tant d’autres choses.

Nous avons également voulu qu’il y ait, sur le plan économique, une relance de nos relations. Car c’est un point qui, convenons-en, nous déçoit. Nous n’avons pas eu ou pu développer autant qu’il était imaginable, il y a quelques années, les échanges entre l’Arménie et la France au plan économique. Certes, nous sommes le premier investisseur occidental en Arménie. Certes nos exportations progressent mais elles restent à un niveau très modeste. C’est pourquoi hier s’est tenu un forum économique avec des chefs d’entreprise arméniens, avec des représentants d’entreprises françaises, et je veux ici les en remercier. Ce forum avait pour objectif d’engager une stratégie de moyen terme qui permettra à nos entreprises d’être bien accueillies dans des conditions plus simples et aux entreprises arméniennes de nouer des relations, des partenariats, avec les entreprises françaises.

Tout à l’heure, j’irai inaugurer le chantier de Carrefour. C’est un symbole même. Carrefour aura comme mérite à la fois de présenter des produits français, mais également de faire en sorte que l’Arménie puisse faire valoir aussi ses savoir-faire à travers ses productions qui pourront être présentées, j’imagine, dans tous les magasins Carrefour du monde.

J’inaugurerai également, durant cette visite encore trop courte, avec le Président SARKISSIAN, le square Missak MANOUCHIAN.

Vous savez qu’au Mont Valérien, le 21 février dernier, j’étais présent, avec d’ailleurs beaucoup de ceux qui m’accompagnent aujourd’hui, pour rappeler le souvenir tragique de l’exécution de ce que l’on a appelé le groupe MANOUCHIAN. Je me souviens encore des mots qui ont été prononcés par ceux-là mêmes qui ont été exécutés ce jour-là, les lettres qui ont été écrites et les souvenirs qui y sont attachés. Chacun se souvient aussi de l’affiche rouge, des vers d’ARAGON, de la chanson de FERRE. Il y a là pour nous, comme une dette. MANOUCHIAN lui-même avait voulu acquitter cette dette. Il avait été accueilli très jeune en France et il s’était engagé très tôt dans la résistance dès 1940. Il avait même voulu être mobilisé, il l’avait été. Ensuite, il avait été considéré comme suspect, d’abord parce qu’il était Arménien, ensuite parce qu’il était communiste. Il a tout fait pour porter des actions d’éclat et ensuite, arrêté, il a été exécuté. A travers MANOUCHIAN, c’est toute la Résistance que nous voulons honorer dans laquelle beaucoup d’Arméniens ont été présents.

Puisque je parle des Français d’origine arménienne, ils sont 500 000, ils représentent une communauté vivante, une communauté brillante, une communauté active qui se reconnaît pleinement dans la République. Elle a, en même temps, un lien indéfectible avec l’Arménie. Sur le plan politique, elle est active dans des lieux qui sont aujourd’hui bien connus, ne serait-ce que par les parlementaires qui s’expriment pour défendre l’amitié entre la France et l’Arménie,

Ce que je veux dire à cette communauté, c’est qu’elle doit s’investir encore davantage en Arménie, non pas simplement par les voyages que beaucoup de nos ressortissants y font. Mais il y a encore beaucoup d’Arméniens, ou plus exactement de Français d’origine arménienne, qui ne sont pas encore venus en Arménie. Alors, si ma visite peut une nouvelle fois les y inciter, elle sera réussie.

Voilà, Mesdames et Messieurs, je voulais vous témoigner notre reconnaissance, notre gratitude, saluer toutes celles et tous ceux qui font vivre la France ici en Arménie, les cadres d’entreprise, les jeunes qui favorisent la coopération, les fonctionnaires, les collaborateurs locaux et, puis aussi, toutes celles et tous ceux qui sont dans les organisations non gouvernementales. Je sais, par exemple, le rôle que joue Médecins sans frontières ici en Arménie pour un certain nombre d’actions sanitaires tout à fait essentielles. Parce que l’Arménie a aussi à relever des défis dans ce domaine.

Je voulais aussi vous dire que nous ne vous oublierons jamais. C’est-à-dire que vous êtes pleinement des citoyens français. Vous allez d’ailleurs être appelés aux urnes. Je ne vais pas ici faire campagne, même si le cadre pourrait m’y inciter. Mais il y a une double élection, il y a l’élection pour le parlement européen, le 25 mai, et vous aurez aussi à désigner les conseillers qui vous représentent au titre des Français de l’étranger. Vous avez des Parlementaires, Sénateurs et députés. Vous avez également une ministre qui vous représente. C’est très important, où que l’on soit dans le monde, de pouvoir être pleinement citoyen français et exprimer ses choix.

Faites-en sorte que la France rayonne ici en Arménie. Nous sommes conscients que l’amitié entre la France et l’Arménie ne se dissoudra jamais, parce qu’elle est le fruit de liens humains qui sont indéfectibles. Ces liens humains sont ceux noués par les communautés françaises en Arménie et arménienne en France, même si vous êtes tous des citoyens français.

Merci »

 

Erevan, le mardi 13 mai 2014

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