Discours de M. le Président de la République "Retour des soldats d’Afghanistan"

Palais de l’Elysée, Vendredi 21 Décembre 2012

Monsieur le ministre de la Défense,
Amiral,
Messieurs les officiers généraux,
Officiers, sous-officiers, soldats,
Mesdames et Messieurs,

J’avais annoncé au lendemain de mon élection que nos unités - celles qui étaient directement aux combats - se retireraient d’Afghanistan à la fin de l’année. Cette décision a été prise après mûre réflexion, en bonne intelligence avec nos alliés qui en comprennent les raisons et veulent, comme nous, confier à l’Afghanistan la maîtrise de son destin. Je rappelle que c’est aussi le vœu du gouvernement afghan, qui désire légitimement recouvrer sa pleine souveraineté sur son territoire.

Telle était la décision que j’avais prise. Elle est aujourd’hui exécutée, pleinement et avec succès.

Aujourd’hui vous êtes donc de retour. Il n’y a plus de forces combattantes françaises en Afghanistan. C’est un moment important pour vous, mais aussi pour notre pays et pour l’Afghanistan. Je tenais à partager cet instant avec vous.

Organiser cette opération - ce désengagement - dans le calendrier exigeant que j’avais fixé avec le ministre de la Défense était une manœuvre extrêmement compliquée et difficile. Vous y avez réussi pleinement sans que de nouvelles pertes soient à déplorer, malgré les tentatives jusqu’au dernier instant des insurgés. Je salue le travail remarquable et l’efficacité avec laquelle les états-majors et les unités ont conduit et maîtrisé cette opération.

En sept mois, ce sont près de 2.000 soldats qui sont rentrés. La moitié des équipements - progressivement déployés au cours de dix années de présence - ont également été rapatriés sur notre territoire en quelques mois. Je veux vous en féliciter et dire combien j’ai apprécié la collaboration de pays voisins de l’Afghanistan qui nous ont permis de dégager ces matériels.

J’ai une attention particulière pour le général HAUTECLOQUE-RAYZ qui vient de commander avec sang-froid la dernière « Task Force La Fayette ».

Au-delà du Général, je veux associer à ce succès tous les militaires qui ont contribué à sa réalisation ; également les civils au ministère de la Défense qui ont accompagné ce processus.

Je vous souhaite un bon retour dans votre pays. Je pense bien sûr, avec une profonde émotion, à ceux qui ne rentreront pas, qui ne rentreront jamais.

Comme je l’ai fait lors des cérémonies du 11 novembre accompagné des enfants de deux militaires tués au combat, je veux rendre devant vous un hommage solennel à vos 88 camarades tombés en Afghanistan. Ils sont morts pour la France : nous ne les oublierons jamais.

Je pense aussi à leurs familles, encore meurtries par le deuil. Nous serons à leurs côtés.

J’associe les blessés : plus de 700 de nos soldats portent dans leur chair les traces du combat. Je leur dis - à eux et à leurs proches - qu’ils peuvent compter sur le soutien de notre pays et sur l’esprit de solidarité de cette grande famille qu’est la communauté militaire. J’ai eu l’occasion de visiter l’hôpital militaire de Percy et l’Institution nationale des Invalides : j’ai rencontré ces blessés, admiré leur courage, leur force d’âme ; j’ai entendu ce qu’ils me disaient, leur volonté de retourner le plus vite possible sur le lieu même où ils avaient été touchés et blessés.

J’ai pu aussi évaluer la prise en charge de nos blessés et le dévouement des cellules d’aide de nos armées. Je veux vous en adresser toutes mes félicitations.

Au total, 70 000 soldats ont été en mission en Afghanistan depuis onze ans. C’est considérable et sans doute historique par rapport à ce qu’étaient les missions jusque-là engagées.70 000 soldats ont été confrontés à des situations extrêmement délicates et ont pu rencontrer des risques, y compris celui de disparaitre.

Je veux là encore convaincre les français que ce que nous avons fait en Afghanistan était utile. Et je sais aussi les sacrifices, les angoisses de nombreuses familles qui ont accepté qu’il y ait cette mission et qu’elle puisse être menée à bien. A tous, j’exprime ma gratitude.

La France s’est battue en Afghanistan pour une cause juste. D’abord elle a pris sa décision en fonction d’un mandat, celui confié par le conseil de sécurité des nations unies au lendemain d’un attentat terroriste qui avait frappé les Etats-Unis d’Amérique le 11 septembre 2001. La France a pris sa décision souverainement et elle l’a fait parce qu’elle avait conscience de participer à l’éradication du terrorisme.

Aujourd’hui cette mission s’achève. L’organisation Al-Qaïda a été chassée d’Afghanistan, son chef a été tué et ceux qui soutenaient cette organisation ont été durablement désorganisés et affaiblis.

Depuis 2008, en Kapisa et en Surobi, l’armée française avait la responsabilité de former les forces de sécurité afghanes et d’assurer la transition avec les autorités locales. Cette tâche a été menée à bien et une relation de confiance avec la population de ces régions a permis de soutenir le développement économique et social de ces villages et de ces vallées, où des projets ont pu être conduits. C’est grâce à vous.

En avons-nous complètement terminé ? Non. Mais nous entrons dans la dernière phase de notre engagement. Je l’ai dit, 2000 soldats ont été retirés d’Afghanistan – ceux qui étaient dans les zones de combat –. Il reste 1500 soldats qui ont comme mission première de désengager les matériels et de les faire revenir en France. Au milieu de l’année 2013 il n’y aura plus que 500 militaires français présents en Afghanistan et affectés à trois missions principales : la formation, l’hôpital de Kaboul et l’aéroport, donc au service des forces alliés et de la population.

Nous ferons en sorte là encore de le faire dans un cadre clair et c’est la raison pour laquelle un Traité d’amitié et de coopération - que le Parlement français a d’ailleurs ratifié – a été signé, nous permettant d’être liés à l’Afghanistan. Une aide financière a été déployée – elle atteindra d’ailleurs 300 millions d’euros - et elle accompagnera ce pays à passer d’une économie de guerre à une économie de paix. Nous avons donc toujours un rôle à jouer, mais différent, n’appelant pas une présence militaire mais une coopération militaire et civile.

Je vous dis donc à vous tous : « mission accomplie »  Je vous dis aussi « action exemplaire ».

Je vous dis « félicitations pour ce que vous avez fait » ! Vous avez été dignes de votre engagement, de votre vocation, de votre uniforme. Vous avez défendu les valeurs de la République, mais également le mandat des nations unies : vous étiez envoyés par la France mais vous interveniez dans le cadre prévu par le droit international.

Vous revenez de l’autre bout du monde. Vous retrouvez votre pays. Vous avez servi la paix.

Votre patrie – que vous avez si bien servi – vous exprime aujourd’hui par ma voix sa gratitude. Elle sait aussi pouvoir compter sur vous – parce que vous êtes des militaires – pour d’autres responsabilités et d’autres actions, que vous conduirez au nom de la France en fonction des objectifs qui vous sont assignés et aussi grâce à la qualité de votre service.

Il y a des moments où nous pouvons – au-delà de nos différences – être fiers d’être ensemble réunis. Aujourd’hui la France peut être fière de son armée pour ce qu’elle a fait en Afghanistan et aussi pour le retrait de nos troupes : réussite exemplaire, de qualité, de courage, de dévouement et je voulais ici vous en rendre hommage. Merci ».

 

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