Discours de M. le Président de la République lors du cinquantenaire du discours du général DE GAULLE à la jeunesse allemande

Madame la Chancelière, Chère Angela MERKEL,
Monsieur le Ministre-Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres et élus de nos deux pays,
Mesdames et Messieurs,
Jeunes d'Allemagne
Jeunes de France venus pour cette belle occasion


Nous ouvrons ici à Ludwisburg, l'année franco-allemande.

Durant les prochains mois, en France, en Allemagne, à Strasbourg, à Hambourg, à Sarrebruck, à Avignon, des rencontres universitaires, sportives, culturelles symboliseront l'amitié de nos deux pays.

Le 22 janvier prochain, les deux parlements, français et allemand se réuniront à Berlin pour commémorer le cinquantenaire du traité de l'Elysée. Ce traité, c'était la volonté de deux hommes, qui avaient connu, l'un et l'autre, la guerre et l'avaient faite et qui voulaient établir la paix, la paix non pas pour leur génération, la paix pour toujours entre nos deux Nations. Ces deux hommes s'appelaient Konrad ADENAUER et Charles de GAULLE.

Il y a plus de 50 ans, le Président de la République, le général de GAULLE s'était adressé ici-à la jeunesse allemande en allemand, dans un discours qu'il avait répété, appris par cœur pour le prononcer sans faute devant la jeunesse allemande. Dans ce discours, il s'était adressé à tous les Allemands et leur avait dit que « l'amitié mutuelle du peuple français et du peuple allemand était la base sur laquelle pourrait se construire l'union de l'Europe, mais aussi la liberté du monde ».

Il fallait de l'audace, moins de vingt ans après la fin du plus horrible conflit mondial, d'appeler à l'union de nos deux pays, qui s'étaient combattus, et avec quelle barbarie. Il fallait de l'audace pour croire en l'Europe, ce continent qui venait de se déchirer, il fallait de l'audace pour transformer les ressentiments en espérance et cette audace a été une réussite. Elle nous pose une grande question à nous tous, aux dirigeants de l'Europe, aux peuples de l'Union. Est-ce que nous avons encore cette audace ? Est-ce que nous sommes encore capables de dépasser ce qui peut nous séparer pour nous unir dans un nouveau projet.

Nous nous trouvons, nous aussi, face à l'Histoire.

L'Europe traverse non plus une guerre, c'est fini, mais une crise, et elle dure. Une crise qui traduit les déséquilibres de la finance, l'ampleur des dettes, mais aussi la vulnérabilité des Etats. Cette crise se paie cher : un chômage élevé, l'angoisse des jeunes pour leur avenir et une défiance à l'égard de la politique. C'est une crise morale que nous avons à relever.

L'Europe, la première puissance économique du monde doute d'elle-même. Comment comprendre ? Elle hésite à s'unir davantage au risque que nos pays soient eux-mêmes ramenés, emportés par le scepticisme, l'égoïsme et le populisme.

La réponse à la crise de l'Europe a un nom, un seul nom, c'est l'Europe elle-même, c'est l'Europe qui vaincra la crise qui la traverse !

La promesse de ses fondateurs Konrad ADENAUER, Charles de GAULLE reste intacte. Que nous ont-ils dit ? Etre plus forts ensemble que séparément ; être capables de concilier le marché avec le progrès ; de dominer les technologies ; de créer des emplois; de promouvoir aussi la démocratie partout dans le monde ; de porter un projet culturel, et de faire de la jeunesse la grande cause de la construction européenne.

Pour être fidèle à cette promesse, rien ne serait pire que le statu quo. S'arrêter, ce serait reculer. Nous n'avons pas d'autres choix, pas d'autres obligations que d'avancer et de marcher vers le destin qui est le nôtre, celui de l'Europe unie.

L'urgence, aujourd'hui, c'est de créer les conditions de la croissance, de mieux contrôler la finance, de renforcer la zone euro, d'installer une nouvelle gouvernance de l'Europe

C'est ce à quoi nous travaillons ensemble, France et Allemagne

Et aujourd'hui, avec Angela MERKEL nous agissons pour le changement qui est attendu.

Pour vaincre la crise, il nous faut voir plus loin qu'elle, être capable déjà d'être dans l'après.

Et, le moment est venu, d'approfondir notre relation France -Allemagne, afin de permettre à l'Europe de disposer d'institutions et de processus de décision politique conformes aux exigences économiques et sociales.

C'est une nouvelle frontière que nous devons tracer. Nos prédécesseurs ont été capables de faire le marché commun, de créer l'Euro et d'élargir l'Europe aux pays qui étaient sortis du communisme. Aujourd'hui, nous devons inventer nous aussi, porter une espérance, déplacer la frontière et être capable de forger une union budgétaire, une union bancaire, une union sociale, une union politique.

Dans cette entreprise, l'Allemagne et la France ont une responsabilité exceptionnelle.

Nous formons le cœur de l'Europe. Nous n'avons pas vocation à décider pour les autres pays, mais nous devons, s'ils l'acceptent, les entraîner. Notre amitié est essentielle, mais nous sommes comme un couple déjà âgé qui s'est uni depuis longtemps et qui, parfois, perd ses repères.

Nous avons tendance à considérer que cette amitié va de soi, qu'elle est naturelle, qu'elle est presque banale. Que nous serons toujours ensemble, ce qui est vrai, mais nous ne mesurons plus à quel point elle est précieuse, elle est fructueuse. Elle est audacieuse cette amitié. Alors plutôt que d'entretenir la flamme, nous avoir aujourd'hui le devoir de la rallumer chaque jour.

L'Allemagne, la France, nous pouvons porter des projets. Et d'abord une communauté de l'énergie. Nous voulons dans chacun de nos pays, avec des voies différentes, réussir cette transition énergétique, écologique. Alors travaillons ensemble pour ces énergies renouvelables, développons de nouvelles technologies, inventons les emplois de demain qui nous permettront à la fois de tenir notre rang dans la compétition mondiale, mais aussi de lutter contre le réchauffement climatique de la planète. Voilà un beau projet pour nos deux pays !

Mais nous avons aussi à faire davantage pour la recherche. Parce que l'Europe, la France, l'Allemagne détiennent une richesse incomparable avec leur nombre de savants et d'ingénieurs. Faisons travailler, encore davantage qu'aujourd'hui, nos étudiants, nos enseignants, nos chercheurs pour porter, là encore, de nouveaux projets.

Et puis, nous avons aussi à donner du sens à notre amitié et quel plus beau sens pouvons-nous lui donner que de le faire à travers un projet culturel ? Multiplions toutes les créations artistiques, développons les industries culturelles, mobilisons les technologies de l'information et tournons-nous vers la jeunesse. C'est elle qui donnera la direction pour notre amitié.

Angela l'a dit, il y a l'apprentissage des langues, il y a le réseau des établissements scolaires et universitaires. Amplifions encore cet effort.

Il y a l'Office franco-allemand pour la jeunesse. Relançons cette idée. Transformons ce bel instrument pour qu'il devienne l'opérateur d'un vaste programme d'échanges universitaires, une sorte d'ERASMUS franco-allemand.

L'Europe, ce ne sont pas simplement des institutions, des procédures, des textes juridiques -- ils sont nécessaires. L'Europe, génération après génération, c'est le plus beau projet politique que nous puissions imaginer ensemble.

Un projet pour chacun de nos pays, pour nous unir dans le respect de chacune de nos identités. Un projet pour l'Europe elle-même qui doit, non pas, être regardée comme une zone vulnérable, mais comme une puissance de paix, de progrès et de croissance.

Un projet pour le monde car l'Europe est un exemple, à condition qu'elle donne l'exemple, qu'elle tende sa main aux pays les plus pauvres, ceux qui connaissent la faim, la pauvreté, les fléaux sanitaires. Oui, qu'elle soit irréprochable pour lutter contre la pollution, le pillage des richesses. Qu'elle soit également exigeante face au fanatisme, à l'intolérance, aux dictatures. Tous ceux qui souffrent de ces maux, qui sont privés des nourritures essentielles ou qui sont soumis à une dictature doivent savoir que l'Europe sera, toujours, à leurs côtés.

Et nous, européens, qui avons accueilli, génération après génération, tant d'hommes et de femmes venus d'autres pays, nous devons montrer, là encore, notre cohésion autour de nos valeurs. Et lutter contre le racisme, contre l'antisémitisme, contre l'intolérance. L'Europe, là encore, doit être un exemple du vivre ensemble.

Je suis heureux que la parole qu'avait prononcée le général de GAULLE, il y a cinquante ans, résonne encore ici, en Allemagne, dans ce lieu. C'est une fierté, pour la France, que de savoir que cette voix-là a pu être entendue. Sachons bien l'écouter. Le général de GAULLE proposait aux jeunes de nos deux pays, il y a 50 ans, de « devenir plus libres, plus dignes, meilleurs ». Ce message reste encore vrai aujourd'hui.

Vous, les jeunes allemands, comme les jeunes français, vous pouvez souffrir de la crise économique, connaître l'angoisse du chômage. Et nous devons tout faire pour vous redonner espoir. Mais vous, jeunes allemands, jeunes français, vous avez cette chance exceptionnelle de n'avoir jamais connu d'autres situations que la paix et la démocratie.

Vous, jeunes allemands, vous êtes les enfants d'un grand pays, plus grand encore que celui que visitait le général de GAULLE, il y a cinquante ans, puisque les murs sont tombés.

Construisez donc l'Europe à votre image, jeunes allemands, jeunes français. Une Europe exigeante, une Europe morale, une Europe généreuse, une Europe ouverte ! Poursuivez le rêve européen, celui qui a été esquissé par les pères fondateurs, ce rêve que faisaient, ici même, il y a cinquante ans, ensemble, les yeux ouverts, le chancelier ADENAUER et le général de GAULLE.

« Junge Damen, junge Herren, aus Deutschland, aus Frankreich, aus ganz Europa.
Ihre Rolle ist es nun dem europäischen Traum Wirklichkeit und Zukunft zu verleihen!
Es lebe die deutsch-französisch Freundschaft! »

(Traduction : « Jeunes d'Allemagne et de France, et de tout notre continent, c'est à vous, maintenant, de donner une réalité à vos espérances et un avenir au rêve européen. Vive l'amitié franco-allemande !»).

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