Discours de M. le Président de la République « Accueil des jeunes et des délégations des 80 pays invités au 14 juillet »

Monsieur le Ministre,
Mesdames, Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs les officiers généraux, sous-officiers, soldats venus de tous les continents,
Et puis, Mesdames, Messieurs les jeunes représentants du monde entier, car vous venez du monde entier. Et je tenais à vous accueillir 

Vous allez participer au lancement des cérémonies du déclenchement, il y a 100 ans, de la Première Guerre mondiale. Et pour cet évènement exceptionnel, vous avez obtenu le droit d’être présents sur le défilé sur les Champs-Elysées, en même temps que les troupes françaises. 

Ce n’était pas un honneur qui vous est fait, c’était une reconnaissance que la France voulait porter à toutes les nations qui s’étaient engagées dans cette terrible guerre, il y a 100 ans. 

Vous allez même créer un tableau artistique – enfin c’est ce qui m’a été annoncé. Je n’en connais rien. Je découvrirai donc le 14 juillet votre création. 

Vous allez donc participer à un évènement qui est mondial, comme la guerre l’avait été. 80 nations d’aujourd’hui ont, entre 1914 et 1918, envoyé des soldats sur le sol européen. Et la France voulait inviter ces 80 pays, pour partager ce moment fait de recueillement, de souvenir et qui sera en même temps un moment de paix. 

Je rappelle que partout dans vos pays, il y a des monuments, il y a des symboles qui rappellent ce qu’a été cette tragédie, cette guerre mondiale, qui a fait tant de victimes. 

Par exemple les Canadiens, qui sont ici représentés, ont le mémorial de Vimy sur leurs billets de banque. Je ne sais pas d’ailleurs si avoir un mémorial sur un billet de banque rend la chose tout à fait compréhensible. Mais c’était sûrement le signe que les autorités monétaires de ce grand pays voulaient livrer au monde, et d’abord à leurs propres citoyens. Ils voulaient montrer que si le Canada est ce qu’il est, c’est parce qu’il a pu à un moment aussi participer à cet évènement. 

Les Australiens ont replanté au Mémorial de Canberra un grand pin des Dardanelles, pour également se rappeler ce qu’avait été pour eux la Première Guerre mondiale. 

Les Américains ont envoyé en France l’Escadrille Lafayette, du nom de celui qui avait été le symbole de l’amitié entre la France et les Etats-Unis. 

Je sais qu’il y aussi parmi vous des Algériens, des Marocains, des Tunisiens, des Sénégalais, des Maliens, des Africains qui rappellent que les combats de la Première Guerre mondiale ont également mobilisé des hommes venus de ce Continent, pour sauver la France. 

Il y a aussi ceux qui viennent de très loin, d’Asie, comme pour nous rappeler là encore que leurs ancêtres sont venus travailler en France et même dans une partie de l’Europe, dans les usines, dans les chantiers, pour préparer ce qu’était la guerre. 

Commémorer la Grande Guerre, c’est se souvenir de tous ceux qui sont venus et qui ensuite ont pu témoigner de ce qu’ils avaient vécu, et vous en êtes les descendants. Et puis, c’est aussi se rappeler de ceux qui sont morts, 8 millions de soldats ont été tués durant la Première Guerre mondiale.
Je ne parle pas des civils qui ont aussi été victimes de ce conflit. 

Il y a eu en plus 20 millions de blessés. Des personnes qui ont été infirmes tout au long de leur vie, qui ont eu le visage broyé, défiguré par des éclats d’obus, ceux qui ont été gazés, qui en ont gardé les traces tout au long de leur existence. 

J’ai eu la chance, car c’était une chance, d’avoir mes deux grands-pères, qui m’ont raconté la Première Guerre mondiale. 

Le premier, le père de ma mère, avait été gazé et lorsqu’il est mort, il m’a  dit qu’il avait souffert tout au long de sa vie de ce qu’il avait inhalé durant cette guerre. A tel point, je ne suis pas sûr que ce conseil était judicieux, que lorsqu’il était adulte et donc père de famille, il lui avait été conseillé de quitter Paris, pour respirer le bon air de la banlieue. Il était allé à Vigneux, c’est une petite ville, à l’époque l’air y était respirable sans doute, et en abondance. 

Mon autre grand père avait été blessé. Il avait reçu une balle et il me la montrait, durant toute mon enfance, comme pour me rappeler ce qu’avaient été cette blessure et cette guerre pour lui. 

Pendant toute mon enfance, je n’ai cessé de les interroger. Qu’est-ce qu’il se passait dans les tranchées ? Pourquoi étaient-ils restés si longtemps ? Comment vivaient-ils ? Ils n’ont jamais osé me dire la réalité de ce qu’ils avaient vécu. C’est bien plus tard, dans les livres, dans les films, dans les témoignages des historiens, que j’ai su ce qu’avaient été leurs conditions de vie, épouvantables. 

Pourquoi ne disaient-il pas la vérité ? Ou pourquoi, tout simplement, se taisaient-ils ? Parce qu’’ils voulaient sans doute ne pas exhumer des souvenirs trop cruels, des images effroyables qu’ils avaient encore dans la tête. Sans doute aussi, parce qu’ils ne voulaient pas nous affliger de leurs souvenirs. 

D’une certaine façon, ils avaient tort, car la meilleure façon d’éviter la guerre, c’est d’en parler, pour ceux qui ont, hélas, connu l’effroi et le drame. 

Alors, voilà pourquoi il était très important que vous, les descendants, vous soyez là. Et votre présence témoigne que notre monde a progressé. Des pays sont nés, sont devenus indépendants, ont accédé à la liberté. Et puis, nous vivons en paix ou presque en paix, puisque vous venez de tous les continents. Chaque continent est affligé encore par un conflit. Il y a toujours du terrorisme, il y a toujours du fondamentalisme, toujours de l’intolérance, toujours des querelles qui ne sont pas réglées par la négociation et le dialogue. 

Alors, votre présence est aussi un message que vous allez adresser au monde entier. Un message de paix, un message de fraternité, un message de respect et un message de joie, parce que vous allez être très joyeux lors du défilé du 14-Juillet. Les soldats, eux, devront respecter le rythme et la discipline. Je vous conseille également d’être attentifs à ce que vous pouvez faire. 

Mais vous allez marquer par votre propre engagement combien il était important que la jeunesse fût là, à côté de celle qui est engagée sous les drapeaux. 

Voilà, vous allez venir un 14 juillet. Le 14-Juillet, c’est la Fête nationale de la France. Mais le 14 juillet, c’est la fête de tous les pays qui sont épris de liberté. C’est la fête des Droits de l’Homme, c’est la fête de l’émancipation, c’est la fête de la dignité humaine. 

Donc, vous êtes bienvenus le 14 juillet 2014, à la fois pour rappeler ce qu’a été la Première Guerre mondiale, pour envoyer ce message de paix et pour partager l’esprit de la liberté, des droits de la personne et la fête populaire, la fête populaire partout dans le monde qu’est le 14 juillet. 

Merci, merci à vos pays de vous avoir envoyés, vous avez une semaine pour vous préparer, une semaine pour répéter et une heure pour défiler. 

Merci aussi d’avoir fait ce long voyage, merci de visiter la France. Nous sommes tellement heureux de vous accueillir vous, et tellement reconnaissants à vos arrières grands-parents d’être venus pendant la Première Guerre mondiale sauver la liberté. 

Merci. »

 

Restez connecté