Avril 2014

Discours de M. le Président de la République à l'université de Tlemcen

Monsieur le Président de la République, avec lequel j’ai descendu les avenues de Tlemcen, main dans la main, avec le sentiment de faire l’histoire à notre tour,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Monsieur le recteur, qui me fait grand honneur aujourd'hui, non seulement en me remettant au nom de l’université de Tlemcen le titre de docteur honoris causa mais en plus en m’offrant tant d’ouvrages, tant de lectures, que je me demande encore comment je vais pouvoir trouver le temps de parcourir les livres, pourtant essentiels de l’histoire universelle.

Je vous fais une promesse: la nuit, je lirai ces œuvres, non pour trouver pour le sommeil comme certains pourraient l’imaginer mais pour rester éveillé par rapport à la contribution de ces auteurs à la science et à la philosophie. Je suis particulièrement sensible à l’accueil qui m’est réservé à Tlemcen aujourd'hui. Une ville si chère au Président Bouteflika, une ville multiséculaire dont les racines plongent au plus profond de l’histoire de l’Algérie.

Tlemcen fut en effet la capitale pendant trois siècles de la dynastie zianide, qui a profondément marqué le destin algérien, et dont la mosquée d’Alger demeure le plus beau des symboles.

Tlemcen, ville de culture qui a été l’an dernier capitale même de la culture islamique. Je sais l’importance que l’Algérie a attaché à cet événement, auquel elle a associé de nombreux partenaires, dont la France parce que c’était la place de la France, parce que mon pays reconnait le rôle éminent qu’occupe les cultures d’Islam dans le patrimoine commun de l’humanité.

J’ai eu à inaugurer, ce fut une fierté, comme Président de la République, le département des arts islamiques au Louvre qui porte témoignage de la richesse, de l’universalité de ces cultures, de leur diversité. Elles n’ont rien à voir avec le fanatisme dont l’Algérie a souffert pendant des années douloureuses. Je suis convaincu que les meilleures armes pour lutter contre ces dérives se trouvent à l’intérieur-même de l’islam.

Tlemcen illustre cette vocation universelle car cette ville s’est tournée dès le Moyen-Age vers l’Espagne chrétienne. Elle a aussi compté sur la communauté juive qui a ici tant apporté aux sciences, à la musique et aux traditions religieuses comme le pèlerinage au tombeau du rabbin Enkaoua, l’illustre si bien.

Tlemcen témoigne de l’existence d’une fraternité méditerranéenne dont notre rôle est de rappeler à chaque fois l’utilité et le sens.

L’université de Tlemcen, votre université, je salue ici les professeurs et tous ceux qui se consacrent à la diffusion de la connaissance et du savoir, l’université de Tlemcen est le symbole de cette expression universelle qui fait que nous pouvons tous contribuer aux échanges, à l’information et à la diffusion de l’excellence. Cette université est placée sous le patronage glorieux de Sidi Boumedienne, ce maître du soufisme médiéval. On l’appelait le professeur des professeurs et il fut lui-même un lien entre les peuples de la Méditerranée. Il était né à Séville. Il alla étudier dans l’Atlas avant de poursuivre son itinéraire en Arabie pour ensuite connaître la belle ville de Béjaïa et pour s’établir enfin, finalement après avoir tant voyagé, dans la ville des villes, c'est-à-dire Tlemcen. Il incarne lui-même l’islam des lumières.

Mais votre université est aussi le lieu où s’enseignent, au plus haut niveau, toutes les disciplines scientifiques, économiques, technologiques, qui font la force de l’Algérie d’aujourd’hui.

C’est donc pour moi un honneur, que de recevoir le titre de docteur honoris causa de votre université. Compte-tenu de la fonction qui est la mienne aujourd'hui en me remettant cette distinction, en me faisant docteur, c’est la France que vous honorez.

C’est un signe, un de plus, des liens qui vous unissent à la France, notamment à travers la communauté universitaire. Tlemcen est liée à l’université de Montpellier, rien que de plus normal, puisque Tlemcen a avec Montpellier une relation toute particulière, un jumelage. Mais Tlemcen est également comme université liée à l’université d’Evry, c’est le sens de la présence de Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, il n’y en a pas d’autre! Mais après, je vais faire le tour de France car vous êtes aussi en relation avec l’université de Bordeaux, de Lyon, de Grenoble, de Valenciennes, et même de Nantes – je crois Monsieur le recteur est particulièrement attaché à cette ville et il n’est pas le seul.

Ce titre m’oblige au sens où je veux comme Président de la République française intensifier les relations scientifiques, culturelles, humaines entre les universités, autour notamment de la langue française car ici vous avez fait le choix d’enseigner du français. Vous participez au projet d’école doctorale de Français avec de plus de 50 magistères, 7 doctorats soutenus entre 2004 et 2008.

La francophonie, la langue française n’est pas un enjeu pour mon pays seulement. La langue française n’appartient pas à la France, elle appartient au monde tout entier. Nous la donnons, au sens où nous faisons en sorte que la langue puisse être pratiquée par tous. C'est une volonté, ce qu’on appelle la francophonie, volonté de pluralisme, volonté de diversité, volonté aussi de liberté. Car la langue porte aussi des valeurs.

Au-delà de cette de cette université, c’est pour faire rayonner la culture et la connaissance. Je veux saluer tout l’effort de formation qui est engagé en Algérie depuis l’indépendance, ce choix que vous avez fait de donner priorité à l’école. Sans doute est-ce aussi ce que vous aviez retenu de la France, de ce qu’elle a de meilleur, de ce qu’elle avait également porté au lendemain de sa propre révolution, celle de 1789, autour du projet de Condorcet pour permettre l’accès de tous à la connaissance et au savoir. Faire de l’école un projet de société, donner de l’égalité mais aussi de l’émancipation, de la liberté, de la fierté. Et encore aujourd’hui, je fais de l’école et de l’éducation la priorité de mon gouvernement et c’est pourquoi je veux m’adresser comme je l’ai fait, il y a encore quelques mois, pour la France, je veux m’adresser aux jeunes algériens.

La jeunesse est la richesse de votre pays. Près de 70% des Algériens ont moins de 35 ans. L’Algérie compte 1 300 000 étudiants, c’est considérable et bientôt 2 millions en 2015. C’est un immense atout, à la condition que cette formation débouche sur, non seulement des diplômes, non seulement des qualifications, mais des emplois. C’est là l’enjeu.

Vous avez, jeunesse algérienne, eu une enfance douloureuse parce que vous avez vécu dans des années de trouble. Vous avez dû faire face à de redoutables épreuves. Vous avez parfois grandi dans la peur. Mais aujourd’hui, à l’image de l’Algérie, vous êtes sortis victorieux de ce combat.

Vos parents se sont réconciliés et le mérite en revient au Président Bouteflika.

Mais se rassembler, se réunir ne suffit pas. Ce qu’il faut c’est porter un projet, c’est bâtir l’avenir. Alors comme toutes les jeunesses de la Méditerranée, vous sentez se lever des possibilités nouvelles, des occasions à saisir, des espoirs, des exigences de liberté, de dignité, de démocratie. Mais, en même temps, votre génération doute car elle est confrontée, comme partout, au chômage, à la précarité, à l’incertitude quant à l’avenir. Et parfois cette inquiétude conduit certains à vouloir quitter leur propre pays, malgré l’amour qu’ils lui portent et à regarder vers l’Europe, vers la France.

Nous nous sommes prêts à recevoir, bien sûr, des étudiants qui viennent se former, mais l’avenir des Algériens il est en Algérie.

La jeunesse française connaît les mêmes interrogations et les mêmes espérances. et c’est pourquoi, compte-tenu de l’histoire qui nous a séparés, mais qui nous a aussi unis à travers les liens humains, que jeunes Algériens et jeunes Français, par la géographie, par la culture, par la langue, par les familles peuvent se rapprocher et le partenariat que nous avons scellé avec le Président Bouteflika, avec les deux gouvernements français et algériens, c’est d’abord et avant tout un pacte pour la jeunesse.

Et cela passera par la formation, c’est-à-dire par la volonté qui sera la nôtre de contribuer à donner à toutes les universités les conditions de pouvoir davantage échanger. Cela passera par des centres de formation, notamment en technologie, qui bénéficieront de notre propre expérience des instituts supérieurs de technologie. Déjà 4 instituts d’enseignement supérieur algériens vont avoir notre accompagnement. L’information grâce à la langue puisque nous la mettons en partage, la formation aussi grâce à la mobilité entre la France et l’Algérie. Déjà près de 30 000 jeunes Algériens poursuivent leurs études en France. Je souhaite qu’il y ait un effort pour leur donner les meilleures conditions d’accueil et de réussite. Mais je souhaite aussi dans le cadre de la réciprocité des échanges que puisse s’intensifier l’accueil de jeunes Français étudiants, ici, dans vos universités.

Je souhaite aussi que les entreprises contribuent à cet effort de formation. Chaque fois qu’un investissement se fait en Algérie, il doit y avoir l’accompagnement par des mesures de qualification permettant à des jeunes de trouver un emploi durable.

Voilà ce que je voulais dire à la jeunesse algérienne, qu’elle ait confiance dans son destin, qu’elle ait foi dans sa réussite. Qu’elle sache bien que la France est son meilleur ami, son meilleur allié pour aller plus loin. Que les jeunes Français ne demandent qu’à mieux connaître les jeunes Algériens.

Votre génération, celle des moins de 25 ans, je pourrais dire, même celle des moins de 35 ans a toujours connu l’Algérie indépendante. Dès lors, vous êtes fiers de votre histoire, vous en connaissez les grandeurs et les douleurs. Vous êtes fiers du combat de vos parents pour la liberté. Mais en même temps, vous devez vivre maintenant dans la paix des mémoires, vous devez être tournés résolument vers l’avenir, ne plus regarder le passé comme une division, mais comme une nécessité de réunion et de rassemblement.

C’est ce message que je voulais venir délivrer, ici, devant vous, à l’université de Tlemcen. L’avenir, que nous avons maintenant en partage, l’avenir que nous devons construire ensemble, l’avenir que nos jeunesses demandent, nous devons être suffisamment responsables pour l'organiser en commun. Oui, vous pouvez, vous devez avoir confiance.

Ce que nous sommes en train de décider, aujourd’hui, à l’occasion de ce voyage c’est de donner une chance, une chance de plus, une grande chance pour l’amitié entre la France et l’Algérie. Cette chance là, jeunesse algérienne, saisissez là, elle est la vôtre.

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