Avril 2014

Discours de M. le président de la République à l'Hôtel de Ville de Paris

Mardi 15 Mai 2012 - Hôtel de Ville

 

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Ch(è)r(e)s ami(e)s,

C'est un honneur que d'être accueilli, en ce jour solennel où je suis investi de la plus haute charge de l'Etat, à l'Hôtel de Ville de Paris.

Je vous remercie, Monsieur le Maire, des paroles émouvantes et justes que vous venez de prononcer. Elles m'inspirent une sincère gratitude. Pour vous, pour la capitale de la France, et pour le peuple de Paris, que je salue.

Vous avez évoqué la belle et tumultueuse histoire de Paris. Une histoire où souffle l'esprit de liberté dont s'est éprise notre Nation tout entière.

L'esprit de 1789, qui a guidé les premiers pas de notre démocratie et inspiré les mots éternels de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, celui des Etats Généraux qui ont proclamé la souveraineté du peuple.

L'esprit du 14 juillet 1790, de la Fête de la Fédération, qui a permis à la France de se retrouver, à Paris. Fédérer, c'est rassembler. Et ma première mission, je le redis ici, est de réunir tous les Français et de redonner confiance et espoir à notre communauté nationale.

L'esprit de 1848, qui a fait inscrire sur les frontons de nos écoles et de nos mairies la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » et adopté le drapeau tricolore.

L'esprit de 1871, qui a conduit Paris à refuser la défaite et à s'ériger en Commune avant que la semaine sanglante ne vienne écraser cette aspiration.

L'esprit de 1885, quand, le 22 mai, un cortège de plusieurs centaines de milliers de personnes suivi depuis l'Etoile, jusqu'au Panthéon, le corbillard des pauvres dans lequel reposait Victor HUGO.

L'esprit de 1944, qui a soulevé Paris pour libérer la capitale et rétablir la République.

L'esprit de 1968, qui a abattu tant de ces frontières sociales et culturelles qui corsetaient notre société.

C'est cet esprit qui rend Paris unique au monde. Et en même temps, Paris appartient au monde entier. Paris est universel. Quand Paris parle, le monde l'écoute. Son génie, c'est d'inspirer les autres villes, les autres peuples, et comme le résumait si bien Victor HUGO : « le genre humain a des droits sur Paris. »

Tout citoyen français a deux attaches : son village ou sa ville, et Paris. Et moi, qui suis né en Normandie, qui ai tissé une relation si forte et si précieuse avec la Corrèze, je suis un Parisien de cœur et de vie.

Paris est plus grand que Paris.

C'est la ville qui attire le plus de visiteurs. Sans doute à cause de sa beauté, qui n'est pas seulement harmonie des formes mais aussi grâce du mouvement, force de la vie qui va.

A Paris, la culture est chez elle. Elle y respire librement, elle y est vivante, et ne cesse de se réinventer. La politique culturelle de la Ville de Paris est exemplaire. Des lieux comme le 104 ou la Gaîté lyrique, une expérience inédite comme Nuit Blanche, désormais imitée sur tous les continents, libèrent l'art de tous les liens qui voudraient l'enfermer, pour affirmer l'idée simple que les trésors de la création appartiennent à tous.

La création à Paris, c'est aussi l'audace, c'est le développement économique, l'innovation. Paris, c'est la ville où des centaines d'entreprises naissent chaque semaine, la ville du laboratoire Paris Région Innovation, qui accueille les idées neuves pour les transformer en projets puis en actes, la ville de la Cité de la mode et du design. C'est la ville où les créateurs, les entrepreneurs savent qu'ils trouveront toujours le soutien, l'encouragement, pour façonner l'avenir.

Paris, dans ses 105 km2, produit 10% de la richesse nationale. N'en doutons pas, notre capitale jouera un rôle central dans le nécessaire redressement de la France.

Ce dynamisme est également démographique. Paris est une ville qui grandit et qui rajeunit à la fois. Elle a gagné plus de 100 000 habitants en dix ans, et parmi eux beaucoup de familles, beaucoup d'enfants. C'est une ville jeune.

Cette jeunesse, c'est d'abord celle des universités et des grandes écoles de la capitale. Celle de la Sorbonne, du Collège de France, de l'Ecole normale supérieure, de l'Institut Pasteur, des Beaux-Arts, de la Faculté de Médecine. Et je n'oublie pas l'Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de Paris, celle où Marie CURIE --que je vais honorer dans quelques minutes au nom de la Nation- a découvert le radium, celle où Georges CHARPAK et Pierre-Gilles de GENNES ont conduit les travaux qui leur ont valu le Prix NOBEL. Mais aussi celle qui vit et étudie dans le « Nouveau Quartier Latin », entre la Seine et la rue de Tolbiac. Paris est et doit rester un pôle d'excellence mondial de la recherche, dans les sciences humaines comme dans les sciences exactes.

Paris, c'est une capitale qui se transforme, dont l'architecture change. Des opérations d'urbanisme comme celle de la tour Bois le Prêtre, dans le 17ème arrondissement, ont prouvé que les exigences d'esthétique, d'équilibre et d'audace relevaient aussi d'une politique sociale : elles ne sont pas réservées à des immeubles de prestige, mais elles s'appliquent au logement social, comme d'ailleurs aux équipements publics, aux crèches, aux écoles. Et dans les prochains mois, c'est le cœur de la capitale qui sera en un sens reconquis, restauré, retrouvé : les berges de la Seine seront rendues à la vie ; et les Halles, « le ventre de Paris », ressurgiront, plus belles, plus vertes que jamais.

A cette ville, Monsieur le Maire, vous avez beaucoup donné avec votre équipe. Ce qui a été accompli, ici, depuis onze ans, donne la mesure de ce que peut produire l'action publique lorsqu'elle est inspirée par l'exigence et par la simple et noble ambition d'être utile. Tous les Français vous en sont reconnaissants.

Car je le dis simplement : tout ce qui fait progresser Paris fait progresser la France.

Nous le savons, et vous l'avez rappelé, l'histoire des relations entre l'État et Paris est parcourue d'affrontements. C'est même l'une des grilles de lecture les plus constantes et les plus exactes de notre histoire commune, que ces défis lancés par le pouvoir parisien au pouvoir central. Le prévôt face au roi, la Ville face à la Cour, la Commune face à Versailles : l'Etat se méfiait de Paris, jusqu'à contenir la Ville dans un statut particulier.

Les temps ont changé. La France et Paris ne peuvent qu'avancer ensemble, dans la conscience d'un destin partagé. Ensemble, il nous revient d'engager une relation fondée sur le respect réciproque. Et je prends notamment devant vous, et devant les élus de cette agglomération, un engagement : celui de créer les conditions nécessaires à l'émergence d'une métropole parisienne capable d'affronter, à l'échelle pertinente, tous les défis qui se présentent à elle.

Nous nous appuierons sur une structure qui existe, et qui a commencé de faire ses preuves : Paris Métropole, qui rassemble 200 collectivités, de toutes sensibilités politiques. Il nous faudra donner à cette fédération des bonnes volontés les moyens d'aller plus loin, avec l'énergie d'un Etat partenaire. Cette nouvelle confédération métropolitaine disposera de pouvoirs réels --notamment en matière de logement, puisque c'est là l'enjeu le plus immédiat et le plus urgent pour tant de familles.

Je m'adresse aujourd'hui à tous les Parisiens, à tous les habitants de la métropole et, au-delà, à tous les Français, sans en exclure aucun, sans écarter qui que ce soit, sans ignorer aucun citoyen de la République.

Un temps nouveau s'ouvre dans la vie de notre pays. Rien ne sera facile, rien ne nous sera donné, mais rien n'est inaccessible à la volonté. J'entends prouver, dans les mois qui viennent, que l'action de l'Etat peut apporter des changements véritables dans la réalité de la vie des Français telle qu'elle est.

L'enjeu de ce quinquennat, c'est la jeunesse. Elle retrouvera sa place dans l'aventure collective de la Nation, elle cessera de vivre en marge de son propre pays, elle reconquerra sa fierté, sa conscience d'elle-même, et sa capacité de croire en ses chances.

L'enjeu de ce quinquennat, c'est le redressement. La France est une grande nation. Elle mérite de grands projets. La France se refusera au déclin, elle se relèvera, en s'appuyant sur la force et sur l'énergie de ses créateurs, de ses travailleurs, de ses artistes, de ses ingénieurs, de ceux qui la font vivre. Elle a toujours su le faire. Elle le fera à nouveau.

L'enjeu de ce quinquennat, c'est la justice. La République sera à tous les Français, elle saura tous les reconnaître, avec leurs différences. La République ne laissera aucun de ses enfants de côté.

L'enjeu de ce quinquennat, c'est le changement. Et le changement commence en ce jour. Il commence ici, dans la ville qui a si souvent été à l'origine de tant de bouleversements.

Au peuple de Paris, je veux dire ma reconnaissance. La large majorité que m'ont accordée les Parisiens m'honore et m'oblige particulièrement.

Je n'ai qu'une promesse à vous faire : que l'Etat soit au rendez-vous de sa capitale.

Je n'ai qu'une chose à vous demander : que Paris soit toujours Paris. C'est ainsi que la ville lumière continuera à servir le mieux notre patrie.

Vive Paris !

Vive la République !

Vive la France !

 

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