Discours d'inauguration à l’Institut Pierre-Gilles de Gennes

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Rubrique : Education, enseignement supérieur et recherche

Paris – Lundi 14 mars 2016

Madame, Monsieur les ministres,

Madame la maire de Paris,

Mesdames, Messieurs les élus,

Messieurs les directeurs,

Mesdames, Messieurs les présidents des universités,

Je salue la famille Pierre-Gilles DE GENNES qui est ici présente et qui nous fait grand honneur.

Je voulais venir ce matin inaugurer ces locaux, non seulement parce qu’ils portent ce nom mais aussi parce que des travaux de la plus grande importance se font ici. En venant ici, c’est aussi la Recherche française que je veux reconnaître et je veux démontrer qu’elle est la priorité de l’action que nous conduisons.

La Recherche, c’est à la fois la capacité pour la France de rester une puissance scientifique, c’est aussi pour l’industrie, l’économie la conviction qu’il y a en France les moyens de développer de nouvelles technologies et d’imaginer de nouveaux marchés. C’est également l’avenir, le bien-être de nos compatriotes mais aussi du monde entier qui se joue à travers la Recherche et notamment ici dans l’Institut Pierre-Gilles DE GENNES.

Ce qui m’a été montré fait que nous pouvons penser que dans quelques années, peut-être beaucoup plus vite que les chercheurs ne l’ont eux-mêmes prévu, il y aura des bouleversements et des révolutions dans le domaine de l’énergie, dans le domaine de la santé, dans le domaine de l’industrie agroalimentaire.

Je disais que la France demeure une puissance scientifique. Nous le constatons lorsque nous regardons avec beaucoup de fierté des chercheurs étrangers venir travailler ici, dans votre Institut. Il y en a beaucoup, qui ont exprimé dans leur langue ou dans la nôtre avec accent combien ils trouvaient ici un environnement pour la Recherche.

Nous savons aussi que beaucoup de chercheurs sont également tentés d’aller à l’étranger, quand on leur offre des opportunités pour un travail qui peut leur donner plus de confiance encore dans le résultat de leurs travaux.

Nous avons donc un devoir qui est de créer le meilleur environnement pour que la Recherche française soit au plus haut niveau de l’excellence, ce qu’elle est aujourd’hui et ce qu’elle doit être encore demain.

Pour y parvenir, nous devons d’abord faire confiance à la recherche fondamentale, parce que ce sont les audaces, les prises de risque, le temps long qui vont faire naître les plus intéressantes applications. Dans les arbitrages qu’il nous faut rendre, il peut toujours y avoir une tentation d’aller vers ce qui est le plus immédiatement traduisible, transposable. Ce qui n’a pas forcément vocation à l’être peut être négligé. Or nous savons que tout vient et même tout provient de la recherche fondamentale.

Pierre-Gilles DE GENNES avait compris qu’il pouvait y avoir un lien entre industrie et recherche scientifique, sans que la Recherche soit dépendante de l’industrie ou sans que l’industrie ne vienne s’engouffrer dans la Recherche. A la condition cependant que la recherche fondamentale puisse être laissée libre autant qu’il est possible pour qu’ensuite des applications puissent éclore et se multiplier.

Ainsi, l’Institut Pierre-Gilles DE GENNES a été créé pour réunir des savants du monde entier, venus de spécialités différentes autour d’une thématique pluridisciplinaire : la microfluidique. Je ne connais pas encore tout de cette discipline, mais j’avance, je progresse. Des expériences m’ont été montrées, des définitions m’ont été livrées.

J’ai donc cru comprendre que cette discipline prometteuse était la science de la manipulation des fluides à une échelle micrométrique. Tout devient clair puisque c’est l’infiniment petit qui va nous permettre de réaliser l’infiniment grand et de réaliser ainsi une accélération dans les analyses et même dans les conclusions. Cette discipline nous donne donc la compréhension de mécanismes fondamentaux, ceux du vivant, en permettant des progrès notables dans le diagnostic et le traitement de certaines maladies graves. Le cancer et la fièvre Ebola ont été cités.

C'est-à-dire partir de ce qui peut être extrêmement simple à constater - les gouttes très difficiles à miniaturiser encore davantage - pour arriver à soigner, tout simplement soigner. Cette science a connu en 10 ans de nombreuses conséquences industrielles qui, sans doute, n’avaient pas été prévues au départ. J’ai évoqué la santé, l’énergie mais aussi la chimie verte, la cosmétique et l’agroalimentaire. Ce qui peut faire le meilleur environnement pour la Recherche, c’est donc d’abord de faire confiance dans la recherche fondamentale et c’est le message que je suis venu délivrer ici.

Ensuite pour que notre système de Recherche soit le plus compétitif, attractif, conquérant - vous choisirez les mots selon vos sensibilités - il doit y avoir des partenariats. L’Etat doit les stimuler sans les craindre, mais sans tirer prétexte non plus pour se désengager. Partenariat d’abord avec des collectivités publiques et nous en avons ici la démonstration. Je veux saluer l’engagement de la ville de Paris, puisque c’est en 2013 que Bertrand DELANOE avec Jean-Louis MISSIKA ont décidé d’investir 12 millions d’euros sur le grand projet de l’Institut Pierre-Gilles DE GENNES. C’est cette décision qui nous permet d’être là ce matin. La maire de Paris Anne HIDALGO avec Madame Marie-Christine LEMARDELEY ont prolongé ces efforts et ont donné l’accélération indispensable.

C’est un exemple de partenariat, il peut y en avoir d’autres avec la région Ile-de-France comme avec toutes les régions françaises, parce que nous avons maintenant la certitude que c’est dans les régions qu’il peut y avoir un puissant mouvement de coopération avec les universités, avec les pôles de compétitivité et forcément, avec les instituts de Recherche. L’Etat est prêt à s’associer.

Puis il y a le partenariat avec les entreprises. Là encore, l’Institut Pierre-Gilles DE GENNES est un exemple puisqu’il est riche d’une cinquantaine de collaborations industrielles. D’un côté, ce sont des millions d’euros de contrats qui sont en jeu, mais ce sont aussi des applications qui peuvent être pour ces entreprises des facteurs de création de richesses. Je n’ai pas à les citer toutes mais il y a aussi bien des entreprises publiques que des entreprises privées, des entreprises qui sont dans la cosmétique que celles qui sont dans la chimie et beaucoup qui sont dans l’énergie.

Je veux les saluer parce que même si elles peuvent y avoir leur intérêt – et c’est bien légitime – elles font là aussi confiance à la Recherche française. Nous voyons bien qu’il y a un lien entre l’économie et la Recherche, sans que la Recherche ne soit dépendante de l’économie et en même temps sans que la Recherche soit absente de l’économie. Le fait qu’il y ait 11 start-up qui aient pu être créées dans l’Institut est une formidable opportunité qu’ont saisie les chercheurs.

C’est aussi pour des investisseurs, puisqu’il faut lever des fonds ; ou pour des entreprises, puisqu’elles peuvent être intéressées par l’activité de ces start-up ; une formidable stimulation pour la croissance et pour la création de richesse. Nous devons donc – c’est la deuxième priorité que je voulais donner – favoriser les partenariats et je sais que les ministres y travaillent.

Nous devons aussi réformer. Oui, réformer. Réformer notre organisation de la Recherche, ce n’est jamais simple de réformer puisque nous sommes tous conscients que ce qui existe fait partie de notre vie et que ce qui n’existe pas encore peut la changer. La changer, oui, mais en mieux. Nous avons donc voulu, à travers la loi de Juillet 2013, créer ce que nous avons appelé « COMUE ». Ce sont toujours des noms extrêmement difficiles ensuite pour faire comprendre ce que nous voulons faire, mais enfin communauté universitaire puisque COMUE, nous avons l’impression d’avoir avalé une partie du mot. C’est donc l’outil qui permet de rassembler les institutions de Recherche et d’enseignement pour faire du travail collaboratif.

Cela suscite ou a suscité une forme de peur, l’idée que l’on va se fondre dans un magma, que l’on va disparaître alors que ce qui peut être en cause, c’est une forme de mutualisations, d’échanges, de partages, de liens qui vont rendre plus forts tous les établissements qui adhèrent à ces COMUE.

L’IPGG réunit 15 laboratoires au sein d’une COMUE prestigieuse, Paris Sciences et Lettres, qui justement associe sciences humaines et sciences dures comme l’on dit, c'est-à-dire toutes les sciences ; et qui fédère des établissements de recherche et d’enseignement dont le rayonnement est remarquable.

Ce qui est tout à fait satisfaisant, c’est que tous ces établissements qui existent et qui existeront encore ont pu trouver aussi un rayonnement particulier. L’IPGG réunit 15 équipes, 14 laboratoires, 250 chercheurs, 4 institutions scientifiques de premier ordre.

Je veux en citer quelques-unes parce que c’est pour beaucoup une reconnaissance : l’Ecole supérieure de physique et de chimie de la ville de Paris, l’Ecole normale supérieure, l’Institut Curie, l’Ecole nationale supérieure de chimie de Paris, L’ensemble de ces institutions ont pu trouver leur place dans l’IPGG et la COMUE a pu montrer qu’elle n’est pas une structure fermée et qu’elle savait s’associer à d’autres.

Reste la question des moyens attribués à la Recherche. Nous avons fait en sorte – le Gouvernement a pris cette décision – de sanctuariser et même d’augmenter le budget de la Recherche, avec le PIA de pouvoir apporter les moyens supplémentaires. Le PIA avec Idex et Labex, le grand emprunt, ont pu jouer tout son rôle pour doter davantage la Recherche.

L’ANR néanmoins ne dispose pas de ressources suffisantes pour permettre à des chercheurs d’avoir une qualification, c'est-à-dire en fait une sélection leur permettant de poursuivre autant qu’il est souhaitable leurs projets. Si nous restons à des taux de réussite d’environ 9 %, ce qui est le cas aujourd’hui pour les projets soumis à l’Agence, nous ne sommes pas à la hauteur de l’ambition que je viens d’évoquer pour la Recherche française.

Cela voudrait dire que 91 % des projets n’étaient pas de qualité. C’est faux, ils sont pour l’essentiel tous de très haute qualité. Est-ce que cela veut dire que nous devrions faire de la sélection le principe qui justifierait la bonne utilisation des fonds ? Ce serait un gâchis si nous négligions un certain nombre de projets.

Pour 2016, j’ai souhaité que l’ensemble des projets soumis à l’ANR bénéficient d’une hausse du taux de sélection, avec un effort particulier pour la recherche fondamentale. Les projets « Frontières de la Recherche » devront bénéficier d’un taux de réussite d’au moins 14 %, et d’un taux d’au moins 12 % pour les défis sociétaux.

En 2017, des moyens supplémentaires seront apportés pour que les taux de sélection puissent être portés à 20 % pour les frontières de la Recherche et 14 % pour les « Défis sociétaux ». Ce qui, rien que par cette annonce, permet à des chercheurs de préparer déjà des projets qu’ils pourront soumettre à l’ANR en 2016 et en 2017.

Pour que la Recherche puisse s’inscrire dans un temps long, il faut aussi que nous puissions intéresser les nouvelles générations à cette aventure, car c’en est une. La Recherche par définition est une aventure, il faut qu’il y ait un espoir qui soit entretenu et que les jeunes chercheurs puissent avoir le plus tôt possible la confiance de ceux qui les entourent. J’ai donc voulu qu’une nouvelle mesure puisse être consacrée aux jeunes chercheurs prometteurs, qui n’ont pas pu être retenus dans les financements européens. 10 millions d’euros seront donc affectés dès cette année au soutien de leurs projets.

L’ANR avec des taux de sélection plus élevés, les financements européens qu’il nous a fallu d’ailleurs sauvegarder et préserver - et cela a été un dur combat, je remercie celles et ceux qui y ont participé - et au-delà de ces financements européens, 10 millions d’euros affectés pour le soutien des projets des jeunes chercheurs.

Nous devons non seulement donner des moyens mais nous devons aussi porter un discours pour la Recherche. C’est le rôle du chef de l’Etat de dire que cette Recherche française est pour nous l’ambition majeure. Un pays qui ne cherche plus, un pays qui ne donne pas à ses meilleurs talents toutes les chances pour réussir est un pays qui engage son déclin.

La première défaite finalement, ce n’est pas celle où on rencontre la compétition, la première défaite c’est lorsqu’on ne s’est pas préparé à la compétition Aujourd’hui, nous devons donner à la Recherche française tous les moyens, toutes les ressources, toutes les conditions pour qu’elle puisse donner envie aux jeunes de chercher. C’est tout l’enjeu : pouvoir très tôt dans les parcours scolaires orienter les jeunes vers les filières scientifiques, faire en sorte qu’il puisse y avoir aussi une mixité dans les orientations, qu’il y ait plus de jeunes femmes qui puissent être orientées, dirigées vers les établissements scientifiques et de Recherche.

Faire en sorte que nous puissions faire partager cette passion très tôt et chez tous les jeunes, sans qu’il y ait de distinction sociale, de quartier ou de lieu de vie. Que chercher puisse être une aventure à la portée de tous, ce qui permet de donner cette passion et en même temps de porter des valeurs, la raison, la liberté, la conscience, le progrès, valeurs que portait également Pierre-Gilles DE GENNES. La science, c’est aussi la manière de vivre ensemble, d’avoir confiance dans son destin, de savoir que le monde avance, que le progrès est possible.

Pour un pays comme la France, pays de liberté, pays de lumière, pays de raison, pays aussi d’émotion et d’engagement, la Recherche, la science c’est finalement sa culture. Je ne détache pas la science de la culture, et donc la culture scientifique fait partie aussi de ce qui nous constitue.

C’est pourquoi je voulais ce matin venir ici, à l’Institut Pierre-Gilles DE GENNES, pour exprimer à tous les chercheurs de France et à tous les chercheurs français à l’étranger qui contribuent avec leurs talents à des découvertes et également à des progrès, ma reconnaissance. Merci.

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