Discours au centre spatial de Guyane à Kourou

Mesdames Messieurs les ministres,

Mesdames, Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs membres de l’équipe de France,

Mesdames, Messieurs,

J’ai ressenti une grande émotion et je veux ici, vous la livrer, en survolant le Centre spatial de Kourou et à cet instant en y pénétrant et en voyant le lieu à partir duquel partent nos fusées. Cette émotion, c’est celle de beaucoup de Français, qui vous regardent de loin, de très loin et qui apprennent avec fierté, qu’ici a été lancé un nouveau satellite.

Mais comme vous répétez l’opération avec une régularité et une fiabilité, nous finissons par penser que c’est presque automatique, qu’il suffit d’appuyer sur un bouton et le satellite s’envole. Or nous savons qu’il n’en est rien. C’est le travail de toutes ces équipes qui permet d’avoir autant de succès.

Cette émotion, c’est celle aussi d’un chef de l’Etat, qui est fier de ce nous pouvons faire, de ce que vous pouvez faire. Tout à l’heure il a été dit que c’est en France, ici en Guyane, que la plupart des satellites partent, que les lancements sont réussis au service de notre pays, de l’Europe et de beaucoup de nations au monde, pour des gouvernements, comme pour des entreprises qui font appel à nous.

C’est un domaine d’excellence et il n’est pas le seul mais nous devons le faire valoir, le démontrer, le promouvoir. C’est le sens de ma visite aujourd’hui.

Je veux remercier tous ceux qui y contribuent : les dirigeants d’entreprise, les ingénieurs, les chercheurs, les techniciens, les ouvriers car c’est une usine qui est ici, dans ce centre spatial. Egalement exprimer ma gratitude à l’égard de la Guyane, représentée par ses élus parce que c’est la Guyane qui permet à la France d’être dans cette technologie de pointe. Si, il y a 40 ans, il n’y avait pas eu cette rencontre, cette volonté commune, il n’y aurait pas la réussite que je viens de saluer.

Je veux également associer à cet hommage les militaires qui permettent la protection donc la dissuasion du site. Un site immense et qui appelle à des techniques particulièrement raffinées pour observer, contrôler et éventuellement intervenir.

C’est cette synergie, ce rassemblement qui permet d’avoir la consécration à chaque succès industriel, que nous devons saluer.

Dans ce moment où les Français peuvent s’interroger sur leur avenir, se poser la question de savoir si nous sommes encore capables d’être les meilleurs, vous en faites la démonstration : nous sommes les meilleurs dans le spatial comme dans l’aéronautique et dans tant d’autres secteurs.

Je suis aujourd’hui dans cette salle Jupiter. C’est impressionnant d’être avec Jupiter, qui peut décider de tout. Une base qui ici permet d’avoir le décompte. Je salue cette jeune femme beaucoup plus célèbre que tous les autres présents ici, qui donne le décompte et qui va dans les dernières secondes permettre que nous ayons la rencontre entre la technologie et le savoir-faire humain.

Oui, c’est une belle mission que de placer des satellites en orbite. Et c’est tout le succès de la filière spatiale que je voulais ici, saluer.

Je reviens à l’Equipe de France. Il y a plusieurs équipes de France. Nous souhaitons d’ailleurs qu’une viennent en Guyane, si j’ai bien compris mais il y en a une qui est déjà là et qui rassemble le Président du Centre national d’études spatiales, M. LE GALL, le Président de l’Agence spatiale européenne, le Président d’Arianespace, le Président d’Astrium, qui viennent de signer à cet instant et qui sont deux collègues de la Cour de comptes. Ce qui prouve que la Cour des comptes ne fait pas que des rapports et qu’elle aussi permet à ses meilleurs talents d’être au service d’une industrie qui ne compte pas mais qui permet d’avoir des résultats impressionnants sur le plan financier. Je salue aussi le Président de Safran, là aussi, grande entreprise, qui nous permet d’être présents dans bien des domaines, grâce encore à la recherche et à la technologie française. Enfin le Directeur du Centre guyanais, parce que c’est d’ici que tout part.

Il était très important de souligner, qu’il ne convient pas simplement de constituer une équipe, elle est là, mais de la faire travailler ensemble. Or, ce n’est pas si simple car il peut parfois y avoir des intérêts qui ne sont pas forcément contradictoires mais divergents, au moins dans le temps. De cette cohésion, de cette capacité à mener ensemble des projets, vient précisément le succès d’aujourd’hui et les succès de demain.

Les succès, c’est d’assurer la moitié du marché mondial. Arianespace est le numéro un mondial du transport spatial commercial et sa contribution au commerce extérieur est de 500 millions d’euros. Nous venons du Brésil, où nous avons signé des accords très importants, qui une nouvelle fois, ont confirmé l’excellence de l’industrie spatiale française.

Ariane inspire confiance et c’est légitime puisque 57 succès d’affilée ont été confirmés pour le lanceur européen. Cette performance est unique au monde. Nous le devons à la rigueur, au sérieux des ingénieurs, des techniciens et des opérateurs. Mais nous devons aussi la réussite de la filière spatiale française à la qualité de nos satellites, dont les fonctions sont multiples et viennent bouleverser notre vie quotidienne.

C’est aux satellites que nous devons les nouveaux modes de communication. S’il n’y avait pas de satellites, il n’y aurait pas de télévision. Mais qu’est-ce qu’on ferait matin, midi et soir ? Merci aux satellites qui nous permettent de restituer tout ce que nous réalisons pour le pays. Mais, il n’y a pas que la télévision, il y a toutes les communications qui passent par les satellites et qui font que nous pouvons avoir une vie qui n’a rien de comparable à celle qui était la nôtre il y dix ans, seulement dix ans. Tout cela, c’est grâce aux satellites qui sont lancés.

Ce n’est pas simplement pour nos modes de consommation, nos modes de communication que les satellites interviennent. Il y a tout ce qui est observation, sécurité, protection de l’environnement, prévision météo. C’est simple pour nous. Mais c’est tellement complexe pour ceux qui doivent assurer cette anticipation de prévision, éviter un certain nombre de catastrophes. Et puis, ce sont des satellites qui sont devenus européens et qui grâce à un système autonome de navigation, Galileo, va nous permettre d’être au rendez-vous du futur.

L’enjeu est européen, une fois encore, M. AUQUE l’a rappelé. Oui, nous sommes dans une compétition, une vraie concurrence. N’imaginons pas parce que nous sommes les meilleurs qu’il y a monopole. Il n’existe aucun monopole. Personne ne peut penser qu’il sera seul alors que les enjeux sont aussi importants. Il y a la concurrence des Etats-Unis, de la Russie, de la Chine, c’est-à-dire des plus grands pays. Il était très important que les Européens manifestent de la solidarité, manifestent un engagement, manifestent une envie d’être encore une fois les premiers.

Il est souvent facile de mettre en cause l’Europe, de la désigner comme responsable de tout, y compris ici en Outre-mer, alors que l’on sait que l’Europe pour l’Outre-mer, est majeure. Parfois, c’est vrai, je succombe aussi à cette tentation, quand je vois que l’Europe n’avance pas assez vite, de la stimuler, notamment sur la question de la croissance, de l’emploi et de la coordination des politiques économiques.

Mais quand il y a des avancées européennes, il convient de les saluer. Et là, je veux, effectivement à mon tour, dire combien Geneviève FIORASO, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, a pu, avec les dirigeants qui s’y sont impliqués, faire réussir la négociation. Puisqu’à la conférence interministérielle de Naples, il a été décidé de mobiliser plus de dix milliards d’euros pour les programmes spatiaux, il était essentiel que la France soit en harmonie avec ses partenaires et notamment l’Allemagne, l’Italie qui sont des alliés précieux. La France va continuer à veiller à cet enjeu européen. Car notre pays est à l’avant-garde de l’Europe des lanceurs.

Nous devons, pour notre part, et c’est aussi un choix budgétaire, y consacrer les moyens nécessaires. Parce que c’est un enjeu d’excellence, on le voit, mais également de souveraineté. C’est par ces moyens-là que nous assurons aussi le contrôle de notre propre destin et c’est un enjeu d’emplois ici, en Guyane comme en métropole.

L’industrie spatiale européenne représente plus de 35 000 emplois, des emplois très qualifiés. En France, c’est 16 000 salariés. Ici, en Guyane, le centre spatial, à lui seul, représente à peu près 1 700 emplois et ce chiffre va augmenter dans le futur. Quand on prend on compte les emplois induits, c’est 9 000 personnes qui, en Guyane, vivent grâce au spatial. Et les activités se développent.

On aurait pu penser que nous aurions une installation qui resterait pour toujours, fixe et immobile. Nous avons accueilli les lancements des fusées Soyouz et quand je suis allé en Russie, le Président POUTINE m’a dit combien il y tenait. Les fusées Vega sont d’une autre dimension. La construction d’un nouveau bâtiment, ici, au centre spatial augmentera encore notre capacité de lancement.

Alors, je pourrais m’arrêter là, en considérant que le présent suffit à nous satisfaire et qu’il y aurait à laisser aller pour que l’avenir soit garanti. Tel n’est pas le cas. Nous devons toujours préparer l’avenir. L’avenir, c’est Ariane 6 qui sera opérationnelle dans une dizaine d’années. Les programmes sont en cours. Nous devons assurer cette transition entre Ariane 5 et Ariane 6. Ariane 5 doit continuer à répondre aux évolutions du marché et nous devons réfléchir au développement, aux ajustements nécessaires sur Ariane 5, ce qui a été fait, pour permettre d’accueillir le moment venu Ariane 6. Les décisions sur ces deux points devront être prises à la conférence ministérielle de l’ESA au Luxembourg.

Je souhaite que les membres de l’équipe de France du spatial soient unis pour trouver les meilleurs adaptations techniques et faire les meilleurs choix. Cela suppose que chacun comprenne l’enjeu également financier afin que nous puissions être efficaces et compétitifs. Ce sont les mots qui étaient rappelés : fiabilité, compétitivité et rapidité à pouvoir répondre à la demande. C’est cette cohésion, c’est cet ensemble qui va nous permettre de gagner les futures batailles.

Je sais que vous y travaillez tous. C’est aussi le sens de ma venue ici, de vous réunir, à la fois ceux qui permettent de réaliser quotidiennement les travaux qui sont nécessaires et ceux qui vont avoir à prendre les décisions avec le gouvernement, avec nos partenaires européens.

Enfin, je ne peux pas dissimuler une autre émotion qui a été la mienne en survolant Kourou, qui était d’aller regarder l’île du Diable et voir où le capitaine DREYFUS avait passé des années douloureuses.

Je remercie le CNES d’avoir réhabilité l’ensemble de ces îles et d’avoir permis que cette maison, cette masure, puisse être préservée pour que nul n’oublie ce qui s’est produit sur cette île et le sort qui a été fait au capitaine DREYFUS qui doit nous conduire toujours à chercher la justice à défendre le droit, à faire prévaloir la dignité. Ce combat-là n’est jamais achevé. C’était il y a un siècle que DREYFUS avait été enfermé là.

Il n’y a pas si longtemps, il y avait aussi un bagne qui n’a fermé qu’au lendemain de la guerre et un peu plus tard. Ce qui doit être pour nous l’essentiel, c’est que ce qui a été un lieu d’épreuves, puisse être maintenant en un lieu d’émancipation et de succès. La Guyane peut être fière d’avoir été capable de passer de l’histoire, parfois tragique, à l’avenir qu’il nous convient de préparer ensemble. C’est pourquoi, ici, dans ce moment où nous regardons le futur, nous n’oublions pas le passé.

Nous pouvons dire, vive la Guyane, vive la République et vive la France.

Merci.

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